Les Echos – 19 juin 2025
Le fatras réglementaire auquel se consacre Bruxelles est inadapté et contre-productif. Il faut d’urgence transformer les institutions européennes si l’on veut que l’Union européenne survive.
Compte tenu du retard croissant de l’Europe en biotechs, numérique et espace, la croissance européenne sera, pour la décennie 2026-2035 et en se fondant sur des données du FMI, deux fois moindre que celle des Etats-Unis, trois à quatre fois moindre que celle de la Chine et six fois moindre que celle de l’Inde. Les débats sur l’avenir de l’Union sont une perte de temps quand son fonctionnement bureaucratique transforme l’industrie, l’agriculture et la transition écologique en marais stagnant.
L’approche européenne de la transition écologique fait massivement appel à la réglementation et à l’interdiction, quand les Etats-Unis font surtout appel aux incitations à produire, et les Chinois, à la défense de leurs seuls intérêts nationaux. L’Union européenne a voulu accélérer la transition sans se préoccuper de la production des panneaux photovoltaïques, des éoliennes, des électrolyseurs et des pompes à chaleur, tous secteurs dominés par la Chine. Cette domination va s’accentuer car plus de 80 % des projets de nouvelles usines dans ces équipements devant être mises en service dans le monde d’ici à 2030 sont en Chine.
Le déclin de l’industrie automobile européenne au bénéfice de la Chine est programmé sans modification majeure des règles du commerce en Europe. Les errements de Donald Trump sur le commerce ne font qu’aggraver la situation.
Fatras réglementaire
Les corrections annoncées en 2025 aux directives européennes restrictives adoptées depuis dix ans, et notamment depuis le Green Deal de 2019, ne vont corriger que moins de 10 % du fatras réglementaire européen d’ici deux ans. La politique européenne se concrétise dans de nombreux secteurs économiques par un gigantesque « Buy China Act » quand l’Europe refuse depuis un demi-siècle l’idée même d’un « Buy European Act ». Quelle est la nature du problème ?
Selon les enseignements de la théorie économique de la bureaucratie, l’organisation « Commission – Cour de justice européenne » est authentiquement une Bureaucratie, c’est-à-dire un système institutionnel qui fonctionne selon des règles et des procédures soumises au contrôle d’une autorité hiérarchique. Le calcul économique n’est utilisé que pour conforter la règle. Le fonctionnaire zélé met en oeuvre les règles et procédures en contrepartie d’un salaire élevé et d’une sécurité du travail. C’est une mécanique froide dont la course ne peut être modifiée que par des révoltes populaires.
Penser opérationnel !
Or, la Bureaucratie, dans un monde en évolution rapide, est un frein aux transformations nécessaires. La Bureaucratie est l’antithèse de la vigueur politique et de la pensée stratégique opérationnelle qui sont les clés du succès dans la tempête qu’est le monde aujourd’hui. Si l’on définit l’Union comme une « économie de marché où la concurrence est libre », toute autre considération est écartée. Le pouvoir du bureaucrate vient de l’interprétation et de l’application des règles de la concurrence libre, colonne vertébrale de l’Union de 1958 à 2023. Depuis deux ans, des « documents d’orientation » suggèrent des « changements stratégiques » : ils se traduiront en de nouvelles règles bureaucratiques.
Il convient donc en urgence de transformer les institutions européennes si l’on veut que l’Union européenne survive. La Commission doit intégrer les mutations stratégiques et technologiques dans ses deux domaines de compétence exclusive que sont la politique commerciale et le droit de la concurrence. Pour ses autres missions, elle doit devenir le secrétariat politique du Conseil européen tandis qu’un noyau dur de nations volontaires doit mettre en place une politique de puissance. Il est essentiel que l’Europe revienne au premier plan dans le numérique, les biotechs, l’espace et la défense. Seule une stratégie de puissance peut nous sauver.
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