Les Echos – 21/10/2025

L’abandon de l’âge de départ à la retraite de 64 ans est une erreur politique et sociale. Relancer la production et traiter la pénibilité exige des réformes précises et non un retour en arrière brutal, explique Christian Saint-Etienne.

Nous allons donc simultanément, en 2026, ramener l’âge de départ à la retraite à 62 ans et 9 mois tout en empruntant 310 milliards d’euros pour financer le déficit et refinancer la dette publique. La moitié de ces sommes sera demandée à des fonds de pension de pays étrangers qui ont déjà fixé l’âge de départ à la retraite à 67 ans et envisagent de le porter à 70 ans. Est-ce sain et durable ? La réponse est dans la question.

Le débat politique et social s’est hystérisé en France depuis dix ans sur la question de la retraite et des inégalités sociales alors même que l’âge de départ à la retraite est l’un des plus bas du monde, même s’il restait fixé à 64 ans, et que les inégalités de revenus après redistribution sont parmi les plus faibles au monde. Quel est le sujet de politique économique massif qui n’est pas traité dans notre pays, sauf à la marge ?

La croissance annuelle moyenne de notre économie depuis vingt ans est à peine supérieure à 1 % quand elle devrait dépasser 2 % par an pour générer les recettes nécessaires afin de financer une protection sociale de pays riche alors que notre économie stagnante nous transforme en pays pauvre au sein de l’Union européenne. Or les débats politiques ne portent qu’occasionnellement sur la relance de la production, notamment industrielle. De plus, notre démographie est chancelante, car les familles ont intégré cet appauvrissement relatif dans leurs perspectives sociales de long terme.

Pénibilité

Même si l’industrie du futur se développe dans des usines robotisées, numérisées et électrifiées, et que les travaux dans le bâtiment – travaux publics, l’agroalimentaire et les activités répétitives dans le froid et le bruit – ont fait l’objet d’aménagements de confort significatifs, on peut considérer que 11 % à 14 % de la population active travaillent dans des conditions « pénibles ».

Les travaux du Conseil d’orientation des retraites et de l’Insee conduisent à considérer que la disparition du déficit des régimes de retraite exigerait de porter la durée de cotisation à quarante-quatre ans et l’âge de départ à la retraite à 65 ans d’ici à 2032 pour régler le problème jusqu’en 2060. Ceci permettrait d’augmenter le taux d’emploi de la population active et de contribuer à la hausse de la croissance économique. Comment concilier ces objectifs ?

Maternité

L’abandon de l’âge de départ de 64 ans est évidemment une erreur politique et sociale d’autant plus grave qu’elle ne traite pas les deux sujets majeurs de la pénibilité du travail et de la maternité.

Il faut maintenir l’objectif à terme d’un âge de départ à 64 ans avec une durée de cotisation de quarante-quatre ans, accompagné d’une grille de réduction de l’âge et de la durée allant jusqu’à deux années pour pénibilité en fonction de critères objectifs et de deux ans pour maternité – six mois par enfant avec un plafond de deux ans. Les deux aménagements seraient plafonnés à trois ans en cas de cumul aux extrêmes (emploi le plus pénible et plus de quatre enfants). On peut anticiper que les 11 % à 14 % d’emplois pénibles donneraient un bonus moyen de douze à quinze mois et que les mères de deux enfants auraient un bonus d’un an. Le bonus global pour les mères en emploi semi-pénible serait de dix-huit mois, à la fois sur l’âge et la durée, soit 62 ans et demi et quarante-deux ans et demi.

Il faut également favoriser les accords de filière permettant aux entreprises de secteurs à l’emploi difficile de réduire l’âge et la durée à leurs frais. Relancer la production et traiter la pénibilité exige des doigts de fée réformistes plutôt qu’un retour en arrière brutal et destructeur de prospérité collective.

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