Christian Saint-Etienne

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi, février 4 2012

L'Incohérence française

Publication d'un nouveau livre de Christian Saint-Etienne : "L'incohérence française" chez Grasset, janvier 2012

La France est à la veille d’une crise de finances publiques d’ampleur historique, comparable à celle de la fin de l’Ancien Régime. Le déficit extérieur est à un niveau dangereux qui traduit douze ans de désindustrialisation accélérée. La crise de la zone euro ne trouve pas de solution effective. De graves ruptures économiques et politiques sont à craindre à bref délai. Cette situation est le fruit amer de nos incohérences. Comment la France peut-elle se donner les moyens de maîtriser son destin ?

L’analyse présentée est rude. Les mesures proposées sont à la hauteur des enjeux. Il s’agit fondamentalement de reconstruire une société de production dans laquelle tout le monde ait sa place. Une société de production ouverte dans un monde libre. Il s’agit de redonner à une France forte les moyens de son indépendance dans une Europe enfin capable de jouer un rôle stratégique lisible.

Tout est encore possible. Mais il faut agir.

vendredi, décembre 23 2011

La perte probable du triple A

La perte probable du triple A de la France sanctionne une double crise : une crise de gouvernance européenne et une crise de compétitivité française.

Si l'on prend le déficit de l'ensemble de la zone euro en 2011, il n'est que de 4% du PIB de la zone contre 9% au Royaume-uni et 10% du PIB aux Etats-Unis. De plus, la balance courante des paiements de la zone est à l'équilibre alors que le déficit courant atteint 3% du PIB aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. La crise européenne n'est pas une crise économique mais une crise de gouvernance. L'euro a été mis en place sans les trois éléments nécessaires à son succès : un gouvernement économique, un budget fédéral pour redistribuer la prospérité et faire face aux crises imprévues, une meilleure coordination en matière fiscale et sociale. Le sommet du 9 décembre 2011 a instauré une "règle d'or" pour les Etats membres de la zone, comme c'est le cas pour 49 des 50 Etats américains. Mais les Etats-Unis disposent d'un budget fédéral pour faire face aux crises et instaurer une dynamique de développement pour l'ensemble du pays. Sans un accord sur les trois conditions de la pérennité de l'euro, la crise européenne va perdurer et nous coûter très cher en termes de croissance.

Mais la perte du triple A sanctionne également la crise de la compétitivité française. La France a perdu 40% de ses parts de marché à l'export entre 1998 et 2011. Elle a laissé dériver ses finances publiques depuis 1992 au point que sa dépense publique est supérieure de 8% du PIB à la moyenne de la zone euro hors France. Le déficit anticipé à 5% du PIB en 2012 est trop lourd d'au moins deux points de PIB.

La dégradation de la note française est le fruit amer de ces deux dérives. A ce point du diagnostic, de deux choses l'une : - soit la France est dégradée comme les autres Etats de la zone euro ayant encore un triple A, et ce sera une crise de la zone euro, - soit elle dégradée plus que les autres Etats qui perdraient leur triple A et ce sera une gifle pointant nos dérives internes.

La dégradation de notre rating va être coûteuse si elle ne conduit pas à une forte correction des dérives de nos finances publiques et de nos coûts de production. Dans l’immédiat, elle se traduira par une dégradation de toutes les signatures opérant à partir de la France. L’Etat devrait payer des taux d’intérêt plus élevés pour ses emprunts, mais cette hausse des taux se répercutera également sur nos entreprises et sur les ménages. A court terme, la hausse devrait être modeste. Si nous montrons notre détermination à enrayer les dérives, on pourrait même assister à une petite baisse des taux, mais qui peut croire à l’expression de la détermination nécessaire ? La dégradation de la note de la France entraînera également celle du Fonds européen de stabilité financière et compliquera la gestion de la crise européenne. Elle permettra peut-être à quelques fonds vautours d’enregistrer quelques gains en spéculant sur la dette française, mais il apparaît de façon aveuglante que cette dégradation, qui met l’accent sur les faiblesses de l’économie française et sur la crise de gouvernance européenne, fera essentiellement des perdants en France et en Europe. Et il est difficile de penser que le reste du monde peut être gagnant à une aggravation de la crise européenne.

mercredi, novembre 30 2011

Pour une relance économique en Europe

Pour une relance économique en Europe

La crise au sein de la zone euro n’en finit plus de s’aggraver alors que la zone dans son ensemble a des comptes extérieurs équilibrés. Des propositions sont faites pour essayer de contrôler les événements. Elles vont toutes dans la même direction : durcissement des plans d’ajustement dans les pays déficitaires et mise en place d’une gouvernance économique européenne punitive qui se pare à tort des habits du fédéralisme alors que ce dernier est fondé sur une solidarité entre acteurs qui est totalement absente de la gouvernance punitive.

Comment expliquer la crise actuelle ? Pour bien comprendre les problèmes de la zone euro, il faut réfléchir à la situation des cinquante états constituant les Etats-Unis d’Amérique. Comment ont-ils pu tenir ensemble à travers toutes les crises des cent dernières années ? Parce qu’ils sont intégrés dans un Etat fédéral avec un budget fédéral représentant un cinquième du PIB américain, tout en partageant les mêmes valeurs et les mêmes intérêts stratégiques.

Les pays de la zone euro ont prétendu créer la monnaie unique sans avoir de fédéralisation de la zone, sans partager les mêmes valeurs et les mêmes intérêts, et tout en se livrant à une concurrence fiscale et sociale frontale. Le sommet a été atteint quand la France et l’Allemagne ont apporté 85 milliards d’euros à l’Irlande qui revendiquait le droit de leur faire une concurrence fiscale directe avec un taux d’impôt sur les sociétés de 12,5%, presque trois fois plus faible que le taux français. La concurrence, pour être efficace, suppose que tous les acteurs, comme c’est le cas au sein des Etats-Unis d’Amérique, opèrent avec les mêmes règles fiscales et sociales. Aux Etats-Unis, les principaux systèmes sociaux et fiscaux sont fédéraux et la totalité du pays est soumis aux mêmes règles pour le commerce ou la finance.

Si cette erreur de conception de l’euro ne suffisait pas, il convient de noter qu’au moment même où les pays membres mettaient en œuvre l’euro en 1999, ils adoptaient des politiques opposées. L’Allemagne, suivie des Pays-Bas et de l’Autriche, a choisi un modèle industriel et exportateur pour retrouver sa compétitivité et engrange depuis plusieurs années des excédents de balance courante. La France, et dans une moindre mesure l’Espagne et l’Italie, a choisi un modèle de consommation tirée par une dépense publique à crédit. Ce modèle s’est traduit par une forte désindustrialisation et des déficits croissants de balance courante. Chacun de ses modèles a ses avantages et ses limites, mais ils ne peuvent fonctionner ensemble au sein de la même zone monétaire, surtout si cette dernière n’a pas de budget permettant de redistribuer des ressources d’un pays à l’autre. La crise de l’euro a restauré la « contrainte extérieure » venant du déficit de balance courante et les pays du sud sont menacés par leur déficit extérieur au moins autant que par le déficit public.

Pour atténuer la crise, on exige des pays du sud qu’ils réduisent fortement leur déficit public, aggravant celle-ci par la réduction de la demande globale au sein de la zone. Que les pays du sud fassent un effort important pour revenir à l’équilibre de leurs comptes est effectivement nécessaire. Mais il est tout aussi essentiel de compléter ces ajustements par un plan de relance au niveau de l’ensemble de la zone afin de redonner confiance aux acteurs économiques sur les perspectives de croissance de la zone. Il serait parfaitement justifié de mettre en place un plan de relance de 150 milliards d’euros pour financer des infrastructures nouvelles de toutes natures au sein de la zone euro en faisant appel à des financements obligataires dont le remboursement serait garanti par la création d’un budget de la zone.

Il est donc clé de comprendre qu’une gouvernance punitive exigeant toujours plus de baisse des déficits des pays du sud sans relance au niveau de la zone est l’inverse d’une fédéralisation de la zone ou d’une partie de la zone. Les principaux pays de la zone doivent s’unir en prenant trois séries d’engagements : - instaurer des minima fiscaux et sociaux entre eux, par exemple s’engager à ne pas baisser le taux de l’impôt sur les sociétés et le taux de fiscalité de l’épargne au-dessous de 20%, - s’interdire des déficits structurels des Etats membres de cette fédération monétaire supérieurs à 1% du PIB aussi longtemps que la croissance est égale ou supérieure à la croissance potentielle avec un bureau fédéral en charge de faire respecter ces engagements en se substituant aux Etats nationaux défaillants, - mettre en place un budget spécifique à cette zone atteignant rapidement 3% du PIB de la zone pour financer des infrastructures, de la R&D et la mise en place d’un tissu d’universités fédérales. C’est ce budget fédéral qui pourrait être financé par des eurobonds (obligations européennes). En attendant la mise en place de ces nouvelles orientations, il faut que la BCE rachète la dette de tous les pays prêts à s’engager sur la voie de la fédéralisation économique de la zone euro.

Tant que l’on confondra gouvernance punitive et fédéralisation économique et que l’on proposera une accentuation permanente des ajustements des pays déficitaires sans relance au niveau de la zone, on ne fera qu’accentuer une crise qui est désormais pratiquement hors contrôle.

mardi, octobre 11 2011

War and Peace in the 21st Century

Le livre "Guerre et Paix au XXIe siècle", paru chez François Bourin Editeur en septembre 2010, vient de paraître en anglais en septembre 2011 sous le titre : "War and Peace in the 21st Century" et est disponible sur Ipad sur l'Apple store. Apple ID : 448635595, ISBN : 9782849412749.

mardi, juillet 26 2011

Zone euro : soit la fédéralisation, soit l'éclatement (article paru dans Le Monde daté 23 juillet 2011)

La crise de la zone euro n’en finit pas de distiller son parfum de fin de monde. A chaque jour sa mauvaise nouvelle : girations des marchés, divagations des politiques, souffrances des peuples abandonnés. Pour quelle issue ? On sait que les pays faibles ne peuvent pas sortir de la zone euro car leur dette extérieure serait réévaluée du montant de la dévaluation de leur nouvelle devise tandis que les taux d’intérêt sur leur dette augmenteraient fortement. Seuls les pays forts peuvent sortir car leur nouvelle devise se réévaluerait. Mais ces derniers n’ont pas intérêt à sortir tant que les dettes publiques de la France, de l’Italie et de l’Espagne ne sont pas simultanément attaquées. En attendant cette attaque, qui semble désormais inéluctable, deux thèses s’affrontent sur l’euro.

Certains pensent que la mise en place d’un Mécanisme européen de stabilité (MES) au 1er janvier 2013, pour remplacer l’actuel Fonds européen de stabilité financière de 440 milliards d’euros, et la réforme du Pacte de stabilité et de croissance (PSC) pour le rendre plus contraignant, avec un ‘Pacte pour l’euro plus’ comprenant des réformes de compétitivité, vont suffire à pérenniser la zone euro telle qu’elle est. D’autres pensent que la stagnation actuellement imposée aux pays du sud de la zone rend impossible un retour à la croissance qui permettrait seul de rembourser les dettes. Or, malheureusement, les niveaux d’excédents budgétaires primaires (avant paiement des intérêts) nécessaires pour que la Grèce ou le Portugal puissent se rétablir sont inatteignables. L’Espagne est proche de cette situation d’impossibilité.

Quel est le problème fondamental de la zone euro ? C’est une zone aujourd’hui cassée en deux. Non seulement la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale, mais elle n’est pas dotée d’un gouvernement économique avec un budget fédéral opérant des transferts automatiques entre les pays en bonne santé et les autres, ainsi que ce mécanisme fonctionne aux Etats-Unis grâce au puissant budget fédéral américain. De plus, et surtout, la zone a divergé avec deux groupes de pays : le premier groupe centré autour de l’Allemagne a choisi il y a dix ans un modèle de développement économique fondé sur l’industrie et l’exportation, qui produit des excédents extérieurs de 4% du PIB, tandis que le second groupe, centré sur la France, l’Italie et l’Espagne, a choisi un modèle fondé sur la consommation et les loisirs qui donne des déficits extérieurs compris entre 2% et 4% du PIB. En France, qui plus est, la consommation est tirée par une dépense publique financée par le déficit, c’est-à-dire l’emprunt. Le point clé est que la moitié des excédents de la zone nord se fait au détriment de la zone sud. Or l’approche officielle pour traiter les déséquilibres de la zone euro consiste à demander à la zone sud d’adopter le modèle exportateur de la zone nord. C’est évidemment un projet dément alors même que l’euro s’établit autour de 1,4 dollar et que la zone sud n’est plus compétitive au-delà de 1,2 dollar. Supposons néanmoins que la zone sud parvienne à se réindustrialiser. Non seulement se fermeraient les marchés actuels de la zone nord, mais l’ensemble de la zone serait fortement exportatrice, ce qui exigerait, avec une Asie également excédentaire, des déficits extérieurs croissants des Etats-Unis qui accentueraient la chute du dollar. Il y a donc une impossibilité technique à réussir la mise en œuvre de l’approche des autorités officielles de la zone euro.

Que faire ? Soit on rétablit une flexibilité du change entre la zone nord et la zone sud, par la sortie de la zone des pays du nord, soit on prolonge l’agonie des pays du sud car la crise de l’euro a provoqué le retour de la contrainte extérieure : les pays durablement déficitaires vont s’écraser sur le mur de la dette. On se doute que les pays du nord ne sortiront pas avant une crise grave des grands pays du sud se tournant vers le nord pour demander 2 000 à 2 500 milliards d’euros d’aides, ce qui va nécessairement arriver à bref délai. Pour éviter l’agonie du sud, il faudrait se résoudre à une fédéralisation partielle de la zone. Celle-ci pourrait inclure l’Allemagne, le Benelux et l’Autriche, la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal. Naîtrait instantanément la deuxième puissance économique du monde. L’Europe reviendrait sur l’échiquier politique mondial et pourrait aborder plus sereinement les crises géopolitiques en préparation. Mais l’on sait que la probabilité de cette occurrence, pourtant hautement souhaitable, est aujourd’hui quasi nulle.

Dans ce contexte, la seule solution raisonnable est une sortie de l’Allemagne, des Pays-Bas et de l’Autriche de la zone euro, qui n’interviendra toutefois que lorsque les dettes publiques de la France et de l’Italie seront attaquées car aucun gouvernement ne peut prendre cette décision à froid. La France, qui a subi la plus forte désindustrialisation en Europe depuis 1998, devra rester dans la zone euro tout en opérant enfin une forte réduction de son déficit public. Le rétablissement progressif du commerce extérieur nous redonnera les bases d’une croissance saine. Etant devenu le pays fort de la zone euro, nous pourrons sortir de la zone euro, avec l’Italie, si la situation des pays les plus en difficulté ne se rétablit pas. Un nouvel axe politique franco-allemand relancera la construction européenne.

La crise libératrice est proche.

vendredi, juin 24 2011

The end of the euro

Le livre "La fin de l'euro", paru en mars 2011 aux Editions François Bourin sort en anglais sous le titre : "The end of the euro". Il est disponible en édition numérique sur l'Apple Store avec les références suivantes : Apple ID : 440189237, ISBN-13 : 9782849412732. Bonne lecture !

mardi, avril 12 2011

Nouveau livre : L'Etat et votre argent

Christian Saint-Etienne publie un nouveau livre : "L'Etat et votre argent : Les vrais enjeux de la fiscalité" Chez François Bourin Editeur

lundi, avril 4 2011

La fin de l'euro

Christian Saint-Etienne a publié en mars une nouvelle version de "La fin de l'euro" chez François Bourin Editeur.

lundi, janvier 17 2011

France, le pays paradoxal

Il y a un mystère français : comment un pays ayant autant d’atouts peut-il afficher des performances aussi médiocres ? Car la France a tout pour réussir ! Elle dispose des hommes en quantité et qualité suffisantes, grâce à un taux relativement élevé de fécondité des femmes parmi les pays industriels et à une qualité reconnue de nos meilleures formations. Les produits de nos grandes écoles et de nos meilleures universités sont très recherchés, selon leurs spécialités, par les industriels allemands, les financiers anglo-saxons ou les start-ups californiennes. Elle dispose également des capitaux, avec un des taux d’épargne des ménages parmi les plus élevés au monde et des banques et assurances dont la puissance et le professionnalisme sont reconnues dans la finance mondiale. Nos capacités managériales dans la sphère marchande sont tout aussi remarquables comme en attestent l’internationalisation du CAC 40 dont les entreprises peuvent être décrites comme du management français appliqué à des capitaux étrangers pour produire de façon efficace dans le monde global (les entreprises industrielles du CAC 40 sont possédées pour moitié par des actionnaires étrangers et réalisent les deux tiers de leur activité et les trois quarts de leurs profits hors de France). Alors comment expliquer ce climat délétère de fin de monde, ce manque de confiance qui fait douter de l’avenir à trois quarts des Français, cette quasi-certitude que les générations futures vont moins bien vivre que les précédentes ? La France traverse une terrible crise de confiance en elle-même qui frise en permanence, et simultanément, la crise de nerf et le ridicule.

Deux grandes raisons expliquent cet apparent paradoxe. D’abord, le mythe d’une République unitaire et égalitaire n’est plus que cela : un mythe ! La France est devenue très hétérogène alors que son système politique et social a été fabriqué par les ordonnances de Charles de Gaulle de 1944 – 1945, avec l’appui des communistes, et la Constitution de 1958 modifiée par l’élection du président au suffrage universel. Ce fondement politico-social a été conçu pour une France blanche et chrétienne, fille aînée de l’Eglise et du Communisme, dotée d’une économie dirigée par l’Etat et dont le commerce extérieur et les échanges financiers étaient totalement contrôlés par l’Etat jusqu’en 1990 (date de l’abandon du contrôle des changes et de l’ouverture de nos marchés financiers). Or la France est passée, sans transition, à une économie globalisée sans se doter de fonds de pension pour stabiliser le contrôle de ses entreprises, sans réécrire un contrat social dispendieux qui accorde trop de droits sans contreparties, et sans être capable de développer une économie entrepreneuriale forte et un système d’innovations permettant de renouveler sa production. Le système éducatif s’est fracassé sur la diversité des enfants et de leurs familles, l’idéologie du collège unique transformant cette diversité en usine à échecs. La sécurité sociale devenant un acquis offert à tous les résidents, sans contributions obligatoires pour les nouveaux arrivants, a créé un formidable appel d’air pour tous les migrants, souvent sans qualifications, alors que de plus en plus de jeunes qualifiés partaient s’installer à l’étranger. Le bilan des flux migratoires en termes de compétences professionnelles est devenu calamiteux. La France n’a su ni rendre son système social plus contributif et exigeant en termes d’effort et d’insertion, ni s’ouvrir aux étrangers qualifiés qui souhaitaient venir travailler dans notre pays. La passion égalitaire qui nous conduit à être le dernier pays de l’Union européenne à avoir un Impôt sur la fortune (ISF) qui fait fuir les entrepreneurs et les capitaux dont nous avons tant besoin, un taux d’impôt sur les sociétés le plus élevé de l’Union depuis 2008 et un taux de fiscalité de l’épargne constamment alourdi, entretient la défiance des entrepreneurs et des investisseurs qu’on encourage par ailleurs à investir avec des dispositifs fiscaux de plus en plus coûteux. Le corporatisme qui s’épanouit dans un système social étatique a produit une France de statuts qui protègent une moitié de la population, tandis que l’autre moitié trime, comme des soutiers, de CDD en chômage. Cette alliance de corporatisme et d’étatisme déresponsabilisant nourrit une société de défiance qui fait de chacun l’ennemi de l’autre. Ensuite, cette France, dont l’hétérogénéité est structurellement aggravée par les préjugés de l’action publique en matière sociale, fiscale ou migratoire, subit une crise massive d’intelligence. La France ne vit pas dans le monde mais dans une représentation tronquée de ce monde : nos élites s’imaginent au centre du jeu alors qu’elles sont de plus en marginalisées, comme le montre la place de nos universités dans le classement de Shanghai ou le fait que notre littérature et notre culture sont ignorées ou moquées hors de nos petites frontières. Elles pensent qu’elles peuvent organiser un monde qu’elles ne comprennent pas. Or le peuple est tout sauf stupide : il perçoit parfaitement l’affaiblissement national, le blocage de l’ascenseur social, le rétrécissement du champ des possibles en dépit des atouts exceptionnels du pays. Et c’est bien ce double décalage résultant d’un système politique et social qui déconstruit les avantages de la diversité par son incapacité à responsabiliser les acteurs publics et privés et de pseudo-élites opérant dans une représentation tronquée du monde qui alimente la crise de confiance massive que traverse notre pays. Comme à la veille de l’effondrement du système soviétique, c’est la distance entre ce que prêchent des élites, dont l’inefficacité est à la mesure de leur arrogance, et les réalités que le peuple observe qui alimente la déconsidération de ces mêmes élites.

Le paradoxe s’épaissit quand les mêmes Français, qui doutent de l’avenir du pays, prennent des décisions dans la sphère privée qui dénotent une forte confiance en eux-mêmes. Pourquoi faire des enfants si l’on ne croit pas en l’avenir ? Pourquoi épargner pour demain si le monde doit être sans lendemain ? Pourquoi vouloir conduire une moitié de génération à bac + 3 et un quart de génération à bac + 5 si une croissance indéfiniment anémique doit conduire au déclassement massif de tous ces jeunes ? Pourquoi adopter avec autant d’enthousiasme toutes les technologies numériques et s’ouvrir aux innovations biologiques si le progrès ne peut plus être un vecteur de dépassement des contraintes qui s’imposent à l’homme ? Les Français et les familles, par leurs actes au quotidien, démontrent qu’ils croient que demain peut être meilleur, ce qui rend d’autant plus insupportables les rodomontades de leaders politiques, sociaux et culturels qui organisent consciemment ou inconsciemment la stagnation du pays. Le paradoxe français d’un pays surdoué qui patine sur lui-même et d’une nation dotée d’atouts exceptionnels qui déprime ne se résoudra pas sans un choc d’une violence extrême contribuant à balayer des pseudo-élites politiques et culturelles coupées du monde réel, comme la défaite de 1940 avait ouvert le champ aux hommes qui jetèrent les bases des trente glorieuses. Un pays dans lequel on ne peut plus construire de diagnostics partagés fondant une action publique résolue, alors que le monde accélère vers de nouveaux horizons, est un pays mûr pour une révolution.

lundi, novembre 22 2010

Penser l'avenir

Penser demain, c’est vivre aujourd’hui. Que l’on y songe un instant. Imaginez, lecteur, que la fin du monde soit certaine dans trois jours. Cela changerait-il votre emploi du temps des prochaines 36 heures ? Evidemment oui. Il n’y a plus lieu, de travailler, d’étudier, d’investir, d’épargner. Tout doit être vécu dans l’instant. Pour certains, la recherche du plaisir total permettra seule d’échapper à l’idée de la mort. Le sage voudra se préparer à la mort dans le calme et le recueillement. Le sentiment religieux de ceux qui croient à l’au-delà sera exacerbée. Le présent n’est donc qu’une manifestation d’une vision consciente ou inconsciente de l’avenir. Refuser d’imaginer l’avenir tout en accomplissant les gestes du quotidien est encore une vision de l’avenir, même si elle est par défaut. Penser l’avenir, c’est donner un sens au présent et c’est, plus encore, justement préparer l’avenir. On prévoit moins l’avenir qu’on ne le prépare. Si l’on détermine que tous les citoyens doivent être connectés numériquement et que l’on investit massivement aujourd’hui dans le maillage complet du territoire national en fibres optiques, on change à la fois le présent et l’avenir et l’on augmente la probabilité que l’avenir soit plus conforme à ce que l’on souhaite qu’il soit. A l’inverse, renoncer à investir massivement dans les infrastructures du savoir, de l’énergie ou des transports, c’est à la fois prendre position sur l’avenir et vider le présent de toute ambition. Comme si l’on attendait simplement que l’avenir soit écrit par d’autres.

On peut penser l’avenir en l’imaginant tel qu’il pourrait être ou tel qu’il devrait être. Penser l’avenir tel qu’il pourrait être, c’est préparer l’action, soit pour contrer un avenir qui ne convient pas à nos valeurs ou à nos intérêts, soit pour s’y insérer en le dominant ou en en tirant profit. Penser l’avenir tel qu’il devrait être est aussi un discours sur le réel pour mieux le façonner. Les Pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique ont imaginé leur pays en réaction à un monde européen qu’ils rejetaient : ils voulaient jeter les bases d’un « nouveau monde » obéissant à d’autres valeurs. Certains auteurs ont imaginé un monde parfait, mais toujours avec le désir de changer le cours du monde réel. Thomas More écrit et décrit Utopie pour mieux montrer les insuffisances du monde dans lequel il est et indiquer une direction souhaitable de transformation de cette réalité. Platon, avant lui, avait imaginé un monde souhaitable dans La République pour mieux discourir sur le régime politique idéal de la Cité grecque. L’auteur d’une utopie affirme toujours que l’homme peut changer son destin. Les utopies ont rythmé la pensée occidentale : la Nouvelle Atlantide de Francis Bacon, L’Eldorado dans le Candide de Voltaire, et des dizaines d’autres. Il s’agit là, moins de prévoir les événements, que d’identifier les moteurs du changement.

Est-il donc indifférent que la France soit en panne de représentation de l’avenir ? Tous les analystes économiques et politiques, selon leur angle d’étude, nous décrivent depuis quinze ans et plus que jamais aujourd’hui, un pays sans vision de l’avenir, sans confiance du lendemain et avec l’opinion partagée par plus de 70% de la population que demain sera pire qu’aujourd’hui. Ce pire est soit informe, soit apocalyptique avec des variantes sur le thème « le capitalisme prédateur va asservir le peuple ». Est-il indifférent que l’Allemagne ait conçu il y a vingt ans un projet « Allemagne base productive » qui ait été mis en œuvre par des réformes conduites par tous les responsables allemands depuis ? En sorte que l’Allemagne semble avoir su maîtriser le dragon hideux – le capitalisme prédateur – pour le mettre au service de sa réussite. Est-il indifférent que la Chine, la Corée du Sud ou Singapour allouent des moyens considérables pour comprendre les conditions de réussite de l’économie de l’innovation et de la métropolisation qui transforment le monde ? Et si l’action politique était aujourd’hui en France socialement conflictuelle et intellectuellement asséchée parce que nous ne sommes plus capables de penser l’avenir ?

jeudi, octobre 21 2010

retraites : en finir avec le "no future", publié dans Les Echos du 21 octobre 2010

Le mouvement de rejet de la réforme des retraites ne faiblit pas en France et ses leaders veulent obtenir le retour à l’âge de 60 ans et une taxation du capital pour financer un cinquième de la population à la retraite qui bénéficie en outre de plus de la moitié des dépenses des santé. Au total, pensions et santé pour les retraités coûtent 18% du PIB alors que notre pays n’alloue que 3% du PIB aux dépenses d’avenir. Comment comprendre un tel collapsus mental ? Et ce, alors que la réforme est insuffisante et qu’il faudrait reculer l’âge de départ à 64 ans et allonger la durée de cotisation à 44 ans pour rétablir durablement l’équilibre du régime en répartition. De plus, la faible croissance française traduit une accumulation de capital productif très insuffisante et une compétitivité réduite en sorte qu’une taxation accrue du capital achèverait le malade.

Que nous apprend ce conflit ? Deux notions clés : le gouvernement se cabre sur une réforme technique alors qu’il faudrait l’inscrire dans un projet stratégique, d’une part, et les entrepreneurs n’arrivent pas à mobiliser leurs salariés sur des projets partagés qui leur donnent envie de travailler, d’autre part. Nous souffrons surtout d’une insuffisance de croissance depuis dix ans (1% en moyenne dans les années 2000) qui ne permet pas de remonter le taux d’activité de la population, notamment chez les moins de 25 ans et les plus de 55 ans. La réforme des retraites est rejetée car le pays s’est enfoncé dans le « no future ». Personne ne croit que la France va s’en sortir et chacun s’imagine vivre plus mal à bref délai. Ce n’est qu’en abordant ce syndrome de « no future » qu’on peut réussir cette réforme nécessaire ainsi que toutes les autres : fiscale, éducative, politique, etc.

Pour ce qui est des retraites, les bornes actuelles de 62 et 67 ans sont incontournables mais ne font pas une réforme. En fait, les Français comprennent la nécessité de la réforme mais ont peur de ne pas pouvoir ou vouloir travailler plus longtemps. Mais on ne peut pas continuer d’avoir le record du monde des transferts sociaux au bénéfice des plus de soixante ans pendant que la jeunesse « crève debout » en attente d’insertion dans un pays sans croissance. Il faut donc opérer un changement stratégique complet pour booster les PME afin qu’elles doublent de taille et nous donnent les quatre millions d’emplois marchands qui nous manquent. Je ne parle d’une « série de mesures » pour aider les PME. Je parle d’un choc stratégique total «équivalent à un effort de guerre ». Il faut briser tous les obstacles à la croissance. En contrepartie, les chefs d’entreprise doivent comprendre qu’un tel programme ne peut se faire à leur seul bénéfice : les salariés doivent être réellement associés à la prise de décision et aux résultats financiers des entreprises en croissance.

Si un miracle permettait d’opérer ce changement, ce qui supposerait un « gouvernement de combat », il faudrait inscrire la réforme des retraites dans un projet global : généralisation du « régime gendarme » - tout le monde peut partir à 62 ans en soldant sa retraite compte tenu de ses années de cotisations et peut recommencer une autre activité sans aucune limite -, et mise en place du système du 80-90-100 pour ceux qui travaillent entre 62 et 67 ans : à partir de 62 ans on travaille 4 jours par semaine (80%) en étant payé 90% de son salaire et on donne le cinquième jour (100%) en formation aux apprentis que les entreprises seraient obligées d’accepter en masse. Par ailleurs, il faut obliger les entreprises à allouer 40% des budgets de formation sur les plus de quarante ans pour leur donner les armes nécessaires pour travailler au-delà de 60 ans. La durée de cotisation pour une retraite pleine augmenterait progressivement à 44 ans d’ici 2024 mais on ne toucherait plus aux bornes de 62 et 67 ans jusqu’en 2024. Ceux qui ont commencé à travailler avant 18 ans pourraient toujours partir à 62 ans. Si les PME rejettent le comité d’entreprise à partir de 50 salariés car il fige la vie de l’entreprise dans un débat archaïque, il faut mettre en place un comité stratégique à partir de 10 salariés devant lequel le chef d’entreprise devrait expliquer, deux fois par an, ses projets de développement et d’investissement et recueillir les avis et propositions de la totalité de l’encadrement de l‘entreprise (au moins un tiers des salariés dans les entreprises ayant jusqu’à 150 personnes).

Quand on gouverne un pays ou une entreprise sans projet partagé, on obtient des comportements de blocage au lieu de susciter l’enthousiasme de citoyens responsables.

vendredi, octobre 15 2010

commentaires sur le livre Guerre et Paix

Commentaires sur le livre de Christian Saint-Etienne :

« Guerre et Paix au XXIe siècle » « Comprendre le monde de demain » François Bourin Editeur, 16 septembre 2010

Le Figaro, 14 octobre 2010, « bibliothèque des essais » (Cyrille Lachèvre) : « Après avoir prédit dans son précédent ouvrage la fin de l’euro, qui a bien failli arriver il y a six mois, Christian Saint-Etienne se livre à un exercice difficile. Les grandes lignes de force qu’il trace pour les vingt prochaines années sont passionnantes ».

Le Monde, 12 octobre 2010, « le livre du jour » (Adrien de Tricornot) : « Sorti en septembre, l’ouvrage d’anticipation de Christian Saint-Etienne semble déjà validé par l’actualité. La confrontation actuelle sur les monnaies, et notamment sur la valeur du yuan, est la toile de fond sur laquelle s’écrit son scénario. « Christian Saint-Etienne analyse d’abord les tensions économiques, démographiques, environnementales et géopolitiques mondiales à l’œuvre aujourd’hui, pour trouver leur prolongement dans les quinze années à venir. Ensuite, il imagine quel ordre mondial pourrait en découler et comment l’organiser. » Il faut insister sur « la finesse critique et la profondeur de ce livre ».

Les Echos, 5 octobre 2010, « le livre du jour » : « Un livre ambitieux. L’auteur brasse quantité de données et en recherche une explication globale ».

Finances publiques : une erreur stratégique

Le gouvernement a annoncé fin septembre un projet de loi de Finances pour 2011 qui prévoit une baisse significative du déficit du budget de l’Etat qui passerait de 152 à 92 milliards d’euros. Mais la baisse du déficit est beaucoup moins impressionnante si l’on observe que les déficits des collectivités locales et de la Sécurité sociale vont se maintenir à un niveau historiquement élevé. Au total, le déficit de l’ensemble des administrations publiques baissera de 30 milliards d’euros – et même de moins hors grand emprunt dont le coût a été imputé sur le budget 2010 -. On est loin de la purge annoncée ! Faut-il se féliciter d’un ajustement aussi limité ? A la suite de l’annonce du budget, la prime de risque sur les emprunts d’Etat français, par rapport aux allemands, a augmenté et les observateurs internationaux ont regretté la faiblesse de l’ajustement budgétaire français.



Rappelons que la France détient le record du monde de la dépense publique au sein des pays de l’OCDE, avec une dépense de 56% du PIB, et que la dette publique a dérapé de 19 points de PIB de 2007 à 2010 pour atteindre 83% du PIB. Surtout, la qualité de cette dépense est mauvaise : la Recherche et Développement publique reçoit un point de PIB, tout comme l’Enseignement supérieur, tandis que la part des investissements publics sous forme d’investissements structurants favorisant la croissance est également d’environ un point de PIB. Ainsi, la France ne dépense que trois points de PIB pour préparer l’avenir, tandis qu’elle déverse 34% du PIB sur la protection sociale, dont 23% du PIB pour financer les retraites et la santé, cette dernière bénéficiant pour plus de la moitié aux plus de soixante ans. Nous dépensons donc onze fois plus en protection sociale que pour toutes les dépenses d’avenir et six fois plus uniquement pour financer les retraites et la santé des retraités. Il ne faut pas chercher ailleurs la cause de l’effondrement de notre taux de croissance, tombé à 1% l’an au cours des années 2000 alors que nous avons besoin de croître du double simplement pour tenir la tête hors de l’eau. Dans ce contexte, notre dynamisme démographique, qui est une chance exceptionnelle dans l’absolu, se transforme en handicap car nos jeunes n’arrivent pas à s’insérer sur le marché du travail et les meilleurs d’entre eux partent travailler à l’étranger.

Il est donc urgent d’éliminer le déficit de la Sécurité sociale qui atteindra encore 1,5% du PIB en 2011, en sorte que l’on finance des dépenses ordinaires de fonctionnement par l’emprunt, ce qui est suicidaire car l’on emprunte sans création d’un potentiel de croissance permettant de rembourser ces dettes demain. Mais il faudrait éliminer le déficit des collectivités locales en les associant à l’objectif de rétablissement des équilibres publics selon le même mécanisme mis en place en Allemagne qui assigne à l’Etat fédéral et aux Länder leurs parts respectives dans le retour à l’équilibre des comptes. Pour ne pas casser l’investissement local, il faut créer une CSG départementale au taux de 1% pour financer leur dépense sociale, soit un gain de 10 milliards d’euros, tout en réduisant la dotation des collectivités locales de 5 milliards d’euros et en obligeant les collectivités locales, par une loi organique, à autofinancer non seulement les dépenses de fonctionnement mais les deux tiers de l’investissement en sorte que l’emprunt ne couvre que l’investissement net.

Afin de contribuer à la réduction du déficit de l’assurance maladie, il faut augmenter la CSG de 1%. Cette augmentation de 2% de la CSG, moitié pour les collectivités locales et moitié pour l’assurance-maladie, permettrait de réduire le déficit public de 1% du PIB supplémentaire et de garder des taux d’intérêt aussi bas que possible sur la dette publique. Rappelons qu’une hausse de seulement 1% du taux d’intérêt moyen sur la dette publique coûterait 15 milliards d’euros de plus. Relever à temps la CSG permettrait simultanément de réduire le déficit et d’éviter une hausse brutale des taux d’intérêt sur la dette qui est aujourd’hui financée aux deux tiers par les investisseurs étrangers.

Doit-on craindre un effet récessif de cette hausse limitée de la CSG ? Utiliser la dette publique pour limiter les effets du désendettement privé dans un pays ayant un gros déficit de la balance courante est contreproductif car l’on freine l’ajustement extérieur qui conduirait à réduire le coût de l’ajustement intérieur. Il est essentiel de comprendre que le choix n’est pas entre maintenir le niveau actuel du déficit et le réduire de 20 milliards d’euros, mais entre réduire le déficit de 20 milliards d’euros aujourd’hui ou de 40 milliards d’euros au printemps prochain. La dette publique ne doit pas remplacer la dette privée, surtout si elle ne conduit pas à une hausse des capacités de production compétitive. Cette hausse de la CSG serait-elle équitable ? Oui, à condition de sortir la CSG et la CRDS du bouclier fiscal. Mais l’on sait que le gouvernement ne voudra ni relever la CSG, pour réduire le déficit et se prémunir contre une hausse des taux inévitable sans cette action préventive, ni modifier le bouclier fiscal. La France va donc persévérer dans une erreur stratégique qui aura des conséquences graves à bref délai.

mercredi, octobre 6 2010

Guerre et Paix au XXIe siècle

Christian Saint-Etienne publie un nouveau livre chez 'Bourin Editeur' intitulé : "Guerre et Paix au XXIe siècle". Voici un lien à recopier vers une interview de l'auteur sur le livre : http://www.xerfi.fr/Newsletter/xerfiactiv/Live/E-changes_Xerfi-Christian-SAINT-ETIENNE-1.html

samedi, septembre 11 2010

Etat stratège ou déclin : il faut choisir !

La France est entrée dans une période de sous-développement relatif depuis une quinzaine d’années. Elle a perdu un tiers de ses parts de marché à l’export entre 1998 et 2008, l’année 2009 permettant une stabilisation précaire à un bas niveau. Depuis un an, l’industrie française passe largement à côté de la reprise du commerce mondial qui permet à l’Allemagne d’afficher un rebond exceptionnel de sa croissance. L’industrie automobile est un bon indicateur de la réalité de notre position compétitive. Les constructeurs français ont augmenté leur production mondiale de véhicules de l’ordre de 20% depuis dix ans. Mais alors qu’ils produisaient deux tiers de leurs voitures en France et un tiers à l’étranger il y a dix ans, la proportion est inversée aujourd’hui. Pour compléter ce sombre tableau, le « made in France » recule dans presque toutes les filières industrielles. Même pour les produits qui restent encore assemblés dans l’Hexagone, la part de composants français a chuté de 75% en 1999 à 69% en 2009. Il résulte de la faiblesse de la croissance – environ 1% l’an depuis dix ans -, une extrême faiblesse du taux d’activité de la population : si la France avait aujourd’hui le même taux d’activité qu’en Allemagne, nous aurions deux millions d’emplois en plus, à population française donnée. Ce serait autant de cotisations sociales en plus et de prestations (chômage et RSA) en moins, avec un impact favorable d’au moins deux points du PIB sur le déficit public. Mais l’impact serait au moins aussi fort sur l’intégration des jeunes dans le marché du travail et une vie honnête en société. Ainsi, l’insuffisance de croissance depuis dix ans provoque plus que des troubles sociaux ou de sécurité publique : nous sommes frappés par une perte de confiance collective qui provoque un trouble sociétal auquel on ne peut pas répondre uniquement par la mise en œuvre d’un Etat policier, même si une réponse policière déterminée s’impose face à la multiplication d’actes inadmissibles.

La France a multiplié les obstacles à sa propre croissance depuis dix ans, avec un impôt sur la fortune (ISF) qui a fait fuir environ 20 000 entrepreneurs et plus de 300 milliards de capitaux productifs depuis douze ans, un bouclier fiscal qui ne compense pas les inconvénients de l’ISF mais contribue à « pourrir » le climat politique, et l’instauration des 35 heures il y a dix ans qui ont durablement cassé le primat de la valeur travail au moment même où les pays émergents accéléraient massivement leur développement et où l’Allemagne mettait en œuvre des réformes qui ont restauré sa compétitivité - avec les effets que l’on voit. On a « tout faux » sur le plan stratégique depuis une douzaine d’années, et les bonnes mesures prises récemment comme le crédit d’impôt-recherche et la réforme de la taxe professionnelle ne sont qu’une réponse très partielle au mal qui nous consume. De plus, la France n’aborde que tardivement et marginalement le mouvement massif de métropolisation de la croissance qui se renforce sur l’ensemble de la planète dans le cadre d’une économie de l’innovation. La globalisation de l’économie mondiale n’est pas un phénomène homogène mais un phénomène de concentration métropolitaine et de diffusion progressive des innovations sur l’ensemble des territoires : ce n’est pas la Chine qui se développe, mais d’abord Shanghai, Canton, Pékin, Hong-Kong, etc. Le « rapport 2009 sur le développement » de la Banque mondiale montre le rôle clé de l’urbanisation dans le développement économique. On constate notamment que les activités de recherche et d’innovation sont parmi les plus concentrées au monde. Dans la mesure où, dans de nombreuses activités, les rendements d’échelle sont croissants, le saupoudrage des ressources est inefficace car il ne permet pas d’atteindre la masse critique nécessaire pour être efficace et compétitif à l’échelle nationale ou internationale.

Ainsi la France a non seulement « tout faux » sur le plan stratégique depuis une douzaine d’années, mais elle est la reine du saupoudrage de l’activité économique et de l’action politique au moment où tous les autres pays, développés et émergents, concentrent leurs forces dans un monde en évolution rapide. L’axe central de notre politique d’aménagement depuis vingt ans est l’affaiblissement de l’Ile-de-France au prétexte que Paris serait le prédateur des richesses de nos territoires. Tout est archi-faux dans cette approche. Non seulement le Grand Paris n’est pas prédateur mais c’est une colossale machine à redistribuer : 29% du PIB français est produit en Ile-de-France qui bénéficie seulement de 22% du revenu national. Sous prétexte d’une prédation qui n’existe pas, le taux d’investissement en infrastructures a été presque trois plus faible dans le Grand Paris que dans les Grands Londres et Berlin depuis quinze ans. Il en résulte que le moteur économique de la France hoquète au lieu de tirer la croissance nationale.

Il est donc urgent de mettre en place un Etat stratège qui recrée les conditions de la croissance en France et qui mise sur nos grandes métropoles (Paris, Lyon, Marseille et une quinzaine de métropoles régionales) afin de revitaliser notre pays, pour le plus grand bénéfice de tous nos territoires.

Etat stratège ou déclin : il est urgent de choisir !

jeudi, avril 8 2010

Un ou deux euros ?

Donc Madame Merkel a déclaré le 17 mars 2010 devant le Parlement allemand qu’elle était favorable à l’exclusion d’un pays de la zone euro « si les conditions budgétaires ne sont pas remplies de façon répétée sur le long terme. »

Donc Madame Merkel a déclaré le même jour qu’un « gouvernement économique européen doit s’aligner sur les Etats membres les plus rapides et les meilleurs, pas sur les plus faibles. »

Donc le plan d’aide à la Grèce décidé le 25 mars 2010 par le Conseil européen est un « mécanisme en dernier recours, déclenché à l’unanimité des Etats membres de la zone euro et uniquement si la Grèce ne parvient pas à se refinancer sur les marchés ». Il comprendrait des prêts bilatéraux des Etats de la zone, à des taux de marché intégrant le risque grec, et des prêts du Fonds Monétaire International (FMI) dans une proportion deux tiers – un tiers. Le président de la Banque Centrale Européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a condamné l’intervention du FMI car il souhaitait que les « gouvernements de la zone prennent leurs responsabilités ».

Donc l’Allemagne a parlé. Les masques sont tombés. Trois illusions françaises sont mortes.

La première illusion concernait l’euro. Le rêve Delorien initial imaginait que la mise en place de l’euro serait le lancement d’un processus qui conduirait automatiquement à l’union politique européenne. Jacques Delors n’avait pas exigé, comme condition nécessaire au lancement de l’euro, un gouvernement économique et un minimum de fédéralisme fiscal dans son rapport au Conseil européen préparant le traité de Maastricht (même s’il en évoquait le caractère souhaitable). Ce dernier s’est concentré sur les conditions d’indépendance de la BCE en ignorant totalement l’impératif d’un gouvernement économique commun pour fonder l’euro. Car qu’achète-t-on quand on achète de l’euro ou du dollar : une puissance politique et une politique économique. L’euro, aujourd’hui, n’a ni l’une, ni l’autre. Le dollar a les deux, quoique l’on pense de l’une ou de l’autre. De plus le traité de Maastricht introduisait le ver dans le fruit en autorisant le Royaume-Uni et le Danemark à bénéficier d’une clause d’opting out, c’est-à-dire la possibilité de rester dans l’Union européenne sans partager l’euro. Pour réussir l’euro, il eût fallu rejeter toute clause d’opting out, forçant les pays à choisir entre être dans l’Union ou dehors. Il fallait aussi mettre en place un gouvernement économique de la zone euro, non pas au sens de Madame Merkel, c’est-à-dire une version plus dure du Pacte de stabilité et de croissance, mais jeter les bases d’une conduite optimale du policy mix européen, c’est-à-dire la mise en cohérence des politiques monétaire, budgétaire et de change, ce qui aurait dû être la mission d’un véritable Eurogroupe (Conseil des Ministres de l’Economie et des Finances de la zone euro). Il fallait aussi un fédéralisme fiscal, c’est-à-dire un mécanisme de transfert automatique de ressources entre les Etats faibles et forts de l’Union par l’intermédiaire d’un budget fédéral important. Il fallait encore bannir la concurrence fiscale et sociale qui est le seul véritable moteur de cette Union. Une Union qui est aujourd’hui intrinsèquement anti-politique car fondée sur la concurrence par les normes et la sélection des meilleurs et l’exclusion des faibles. Pour asseoir l’euro, que faut-il donc ? Un gouvernement économique au sens précédent, un mécanisme de fédéralisme fiscal, un accord sur des minima sociaux et de fiscalité pour ne pas transformer la nécessaire concurrence sur les marchés de biens et services en une concurrence par les normes fiscales et sociales. Madame Merkel vient donc de dire que cette route est fermée.

La deuxième illusion portait sur la notion de politique économique coopérative. A tout le moins, en l’absence des trois conditions précédentes, fallait-il éviter que les pays membres mènent des politiques macroéconomiques contraires à l’intérêt commun. Car la politique allemande est, depuis dix ans, non coopérative en privilégiant une désinflation salariale qui, non seulement lui permet d’exporter plus vers les autres pays membres de l’Union – ce que recouvre la notion merkellienne de « pays les plus rapides et les meilleurs », mais interdit aux autres d’exporter en Allemagne en l’absence de hausse de la demande intérieure dans ce pays, ce qui est suicidaire pour l’Union mais aussi pour l’Allemagne. Car, alors, les revenus de la production n’augmentent plus assez chez les partenaires de l’Allemagne pour qu’elle y exporte. En déclarant que le modèle allemand est l’avant-garde de la construction européenne sans même envisager d’en discuter les limites, Madame Merkel consacre la voie de la compétition interne par la politique de désinflation salariale et rejette celle de la coopération.

La troisième illusion portait sur les notions d’effort et de solidarité. L’Union européenne devait être inclusive, c’est-à-dire favoriser une convergence des performances économiques et sociales des pays membres. Or, la réalité est inverse : non seulement les performances divergent mais tout est fait, notamment par la concurrence fiscale et sociale et la compétition par les politiques économiques, pour accentuer ces divergences. Sans parler de la compétition franco-allemande à l’intérieur des rares programmes européens qui fonctionnent (Galileo, Airbus, etc.). Ainsi, l’euro n’est plus un commencement politique mais une fin économique, voire comptable, avec syndic de faillite à l’affût : « ceux qui ne respectent pas les critères seront exclus de la zone euro » ! L’idée française, un peu « foireuse » dès l’origine, selon laquelle l’Europe serait une super – France protectrice, est définitivement morte. La France est nue ! Avec ses déficits publics de plus en plus ingérables, sa dépense publique incontrôlée, sa désindustrialisation accélérée. Madame Merkel a, à la fois, donné le refus de coopération allemand en exemple à suivre, et démasqué une certaine complaisance française.

Que peut-on imaginer ? Si la zone euro explose en seize parties, avec un retour aux dévaluations compétitives internes, c’est toute la construction européenne qui est en risque. Mais rester en l’état ne peut qu’accentuer les divergences et les rancoeurs. Il existe une solution intermédiaire.

En réalité, il y a deux zones euros. L’une qui est centrée sur la production et l’exportation, avec des excédents de balance courante élevés, constituée de l’Allemagne, des Pays-Bas, de l’Autriche et, dans une moindre mesure, de la Belgique. L’autre qui est centrée sur la consommation, avec des déficits significatifs de balance courante comme en France et en Italie, ou considérables comme en Espagne, au Portugal et en Grèce. Puisqu’il est clair qu’il n’y aura pas de gouvernement économique et de fédéralisme fiscal dans la zone euro, il est donc économiquement justifiée d’envisager la partition de la zone euro : l’une centrée sur le premier groupe de pays et l’autre sur le second. Ceci suppose la mise en place d’une deuxième BCE, par exemple à Paris, ce qui ne pose aucun problème technique. Pour simplifier, le premier euro serait un Euromark et le second un Eurofranc. On évoque généralement deux difficultés après l’émergence du nouvel euro. Les dettes publiques libellées seraient-elles en Euromark ou en Eurofranc ? Deux solutions sont possibles : soit les Etats paieraient une prime, aux seuls non-résidents détenteurs de la dette publique, correspondant au montant éventuel de la dévaluation diminuée de la valeur des CDS sur la dette de chaque pays (toutes les dettes et créances entre résidents seraient enregistrées au nominal en Eurofranc) ; soit toutes les dettes et créances seraient en Eurofrancs puisque l’existence d’un marché de CDS est la preuve que chaque créancier a connaissance de risques différenciés dans la zone et qu’il accepte par avance qu’une créance sur l’Espagne est en Eurofrancs ou Europesetas (si la zone explose en seize parties). La seconde difficulté a trait à un éventuel affaiblissement de l’axe franco-allemand : outre qu’il va mal avec un seul euro, il s’améliorerait ensuite car cet axe permettrait de coordonner les deux zones et deviendrait plus que jamais central dans la construction européenne. Les bénéfices d’une éventuelle dévaluation seraient intégralement utilisés pour réduire fortement les déficits budgétaires dans la zone Eurofranc.

Cette solution réaliste ne sera pas mise en place à froid, mais il faut l’avoir en tête quand la crise finale viendra. Car, bientôt, la solution coopérative avec deux euros apparaîtra infiniment préférable à la guerre entre seize euros.

jeudi, février 11 2010

Quelle réforme des retraites ?

L’augmentation de l’espérance de vie, spectaculaire au 20ème siècle, se double d’une amélioration non moins exceptionnelle de l’état de santé jusqu’à 75 ans pour 90% de ceux qui sont en bonne santé à 50 ans. Compte tenu de cette réalité, la quasi-totalité des grands pays industriels ont décidé ou envisagé de repousser progressivement, d’ici 2040, l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans. Sauf en France. Non seulement, il a été décidé, en 1982, de ramener l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, mais l’on a massivement fait appel aux préretraites dans les années 1980 et 1990. Comment construire un système de retraite efficace et équitable ?

Un système de retraite efficace est fondé sur deux principes : les prestations sous forme de pension doivent être proportionnelles aux cotisations versées, et le prélèvement sur les actifs au bénéfice des retraités doit être supportable. Un prélèvement sera supportable, dans un monde ouvert, s’il ne dépasse pas la moyenne des prélèvements dans les pays comparables et si le poids des cotisations prélevées sur la rémunération des actifs ne conduit pas à la démotivation des actifs. Car, in fine, quel que soit le système de retraite, en capitalisation comme en répartition, les prestations sont un prélèvement sur la valeur joutée des actifs. Un système de retraite sera équitable s’il inclut une retraite minimale pour les « accidentés de la vie ». Donc un système efficace et équitable est contributif, au sens où ce sont les cotisations qui créent un droit. Deux réformes du régime en répartition sont déjà intervenues. La réforme des régimes de retraite du secteur privé, intervenue en août 1993, avait initié l’adaptation des régimes de retraite au vieillissement de la population. Cette réforme prévoyait l’indexation des retraites sur les prix, l’allongement progressif de la période de durée légale de cotisation de 37,5 ans à 40 ans et le passage progressif de la période de référence pour le calcul des pensions des 10 aux 25 meilleures années de revenus. La réforme Fillon du 21 août 2003 a aligné la durée de cotisation dans la Fonction publique sur la durée de cotisation dans le secteur privé avec effet au 1er janvier 2008. Puis, dans un second temps, il y aura un allongement de la durée de cotisation de référence pour tous à 41 ans en 2012 et, en principe, 42 ans en 2020. La loi fixe comme objectif de maintenir stable le ratio entre la durée d’activité (40 ans actuellement) et le temps passé à la retraite (20 ans environ) : à chaque fois que l’espérance de vie augmenterait de n mois, la durée de cotisation augmenterait de 2 n. Il y aurait alors maintien du ratio dit « A/R », soit le rapport de la durée moyenne d’activité à la durée moyenne de retraite. En 2007, ces nouvelles dispositions ont été étendues aux régimes spéciaux avec, toutefois, des compensations telles que les économies réalisées sont faibles. Les trois réformes intervenues (1993, 2003 et 2007) devraient permettre de limiter la montée des transferts au bénéfice des pensionnés, sans résoudre le problème de fond.

Quelle réforme doit-on appliquer en 2010 ? On peut imaginer, par exemple, de porter la durée de cotisation à 43 ans en 2020, 44 ans en 2024 et 45 ans en 2028. Les retraites seraient indexées sur les prix jusqu’en 2028. En portant l’âge de départ à la retraite à 61 ans en 2012, puis 62 ans en 2016 et 63 ans en 2020, et en supprimant le taux plein automatique à 65 ans d’ici 2016, tout en portant le taux des cotisations sur le salaire brut/brut (charges sociales employeur incluses) de 20% actuellement à 21% en 2010 et 22% en 2020, on résoudrait durablement le problème du financement des retraites en France. En effet, l’allongement des durées de cotisation et l’augmentation des cotisations feraient disparaître les déficits prévisionnels de ces régimes jusqu’en 2040. Pour que ces mesures efficaces et équitables soient acceptables, une retraite à la carte serait mise en place, c’est-à-dire une retraite actuariellement neutre entre 35 ans et 50 ans de cotisations, avec un âge minimum de départ à la retraite de 62 ans. Il faut également prévoir un complément en capitalisation qui pourrait représenter 15% des flux de retraite versés après 2030, la répartition restant le régime de référence.

mardi, décembre 15 2009

Mobiliser les territoires pour une croissance harmonieuse

(Résumé du rapport commandé par le Président de la République et publié à la Documentation française début décembre 2009) La France est évidemment prise, depuis septembre 2008, dans la crise économique globale la plus grave depuis la Deuxième guerre mondiale. Cette crise ne va pas freiner mais accentuer la transformation de l’économie mondiale vers une économie entrepreneuriale de la connaissance. Depuis la fin des années 1980, l’économie des pays avancés est fondée sur l’innovation. Dans les pays les plus en pointe, s’est imposée un nouveau mode de fonctionnement de l’économie où la concurrence par l’innovation a remplacé la concurrence par les coûts et les avantages naturels. La prospérité des territoires et des pays est fortement conditionnée par l’essor de cette économie entrepreneuriale de la connaissance qui est un écosystème socio-économique favorisant, notamment par l’action d’intermédiaires spécialisés, les interactions entre entrepreneurs, capitaux-risqueurs et investisseurs, chercheurs, développeurs, ingénieurs de production et opérateurs de production afin de développer en permanence de nouveaux produits et services aptes à répondre à une demande solvable dans un univers concurrentiel. Cette économie entrepreneuriale de la connaissance (EEC) est le ferment de la croissance mondiale depuis vingt ans, avec une accélération brutale depuis dix ans. Elle a permis l’essor des technologies de l’information et de la connaissance (TIC) et des technologies biologiques. Elle est en train de bouleverser les modes de production et de distribution, y compris dans les secteurs traditionnels. Cette économie moderne s’enracine dans les métropoles compétitives, dans un bouillonnement créatif qui ne peut être que freiné, d’une part, par les structures de recherche opérant en silos et se méfiant des entrepreneurs, et d’autre part, par des organisations territoriales à la fois bureaucratiques et organisés en mille-feuille.

Les métropoles sont les moteurs de la croissance La globalisation de l’économie mondiale n’est pas un phénomène homogène mais un phénomène de concentration métropolitaine et de diffusion progressive des innovations sur l’ensemble des territoires : ce n’est pas la Chine qui se développe, mais d’abord Shanghai, Canton, Pékin, Hong-Kong, etc. Le dernier rapport sur le développement de la Banque mondiale (« Repenser la géographie économique », rapport 2009) montre le rôle clé de l’urbanisation dans le développement économique : « A mesure que les économies passent de la qualification d’économies à faible revenu à celle d’économies à revenu élevé, la production se concentre dans l’espace. Les producteurs choisissent de préférence certaines localisations telles que les villes, les zones côtières ou les pays intégrés dans un riche réseau de relations ». Le développement économique va de pair avec l’agglomération des activités. On constate notamment que les activités de recherche et d’innovation sont parmi les plus concentrées au monde. Il y a de ce point de vue une confusion immense mais répandue selon laquelle les TIC vont conduire à l’éclatement géographique des activités intellectuelles. De fait, dès que des résultats sont établis, ils peuvent être diffusés dans le monde entier. Mais la création de la connaissance exige de longues périodes d’échanges et de discussions en face-à-face. C’est pour cela que les meilleurs chercheurs veulent s’assembler avec les autres « meilleurs chercheurs », ce qui explique l’extrême concentration de la recherche de plus haut niveau d’excellence dans une centaine d’universités, instituts et laboratoires pour l’ensemble du globe ! L’innovation est géographiquement concentrée parce que le regroupement des chercheurs permet une plus grande créativité. C’est la maîtrise conjointe des systèmes de transport et des systèmes d’information permettant à chacun d’optimiser ses déplacements qui rend possible l’avènement de la métropole moderne. Les métropoles modernes sont des villes multi-activités, à forte densité maîtrisée de population, qui visent à favoriser une économie d’entrepreneuriat et une innovation de conception dans un large spectre de domaines. En particulier, la métropole moderne ne rejette pas l’industrie car les services à forte valeur ajoutée s’appuient sur une industrie puissante. Les politiques d’aménagement du territoire qui réussissent mettent l’accent sur la mobilisation des ressources des territoires par des acteurs qui s’accordent sur des projets stratégiques cohérents à l’échelle de ces territoires. Ces projets territoriaux doivent être coordonnés au plan national.

Les pôles de rayonnement La métropole moderne est organisée en réseaux efficaces avec des décideurs oeuvrant pour le même projet stratégique partagé, et des universités et des centres de recherche pleinement engagés dans l’économie entrepreneuriale de la connaissance. Pour favoriser la réussite des projets des différents acteurs dans l’ensemble des territoires, il faut qu’ils aient l’accès le plus facile et le plus rapide à de nombreux centres de décision dans les domaines politiques, économiques, sociaux, juridiques, comptables et financiers. Il faut aussi qu’ils puissent travailler avec les chercheurs et innovateurs dans leurs domaines de développement ou qu’ils puissent trouver des points d’entrée dans le système de recherche et d’innovation national quelle que soit leur position géographique ou sociale sur le territoire. Les acteurs, dans les territoires qui ne sont pas proches d’une aire métropolitaine, ne doivent pas se sentir exclus des réseaux de pouvoir, d’innovation et de financement. Or la France dispose d’un remarquable réseau de villes de taille moyenne. Il faut s’appuyer sur ce réseau pour que tous les acteurs des territoires qui portent un projet, notamment dans le monde rural, puissent accéder rapidement aux décideurs et aux services à forte valeur ajoutée permettant la réalisation de ces projets. L’essentiel, ce sont les fonctions des villes plutôt que leur taille ou leur statut institutionnel. Il y a des villes de taille moyenne qui peuvent jouer un rôle clé dans le développement de l’économie : ce sont des pôles de rayonnement. Ce sont les villes qui permettent aux décideurs politiques, économiques et sociaux de se rencontrer, de s’informer, de se financer et surtout de décider à la fois pour eux-mêmes (acteurs sociaux et économiques) ou pour le bon fonctionnement et l’essor des territoires (acteurs politiques). Toutes les villes moyennes ne répondent pas à ces caractéristiques et certaines sont déjà incluses dans le périmètre d’une métropole moderne. Mais la France dispose potentiellement de plusieurs dizaines de pôles de rayonnement stratégiques en mesure d’assurer un maillage décisionnel des territoires.

Quelle stratégie d’aménagement du territoire ? Il faut concevoir le territoire métropolitain français comme un ensemble territorial structuré par trois réseaux de villes : - le Grand Paris, qui est potentiellement un attracteur global de premier rang. Un tel attracteur global se doit d’être un territoire disposant de quatre caractéristiques : des réseaux puissants de recherche et d’innovation comptant plus de 100 000 chercheurs ; une grande diversité d’activités et des systèmes de financement efficaces de PME en croissance opérant dans une véritable économie d’entrepreneuriat de la connaissance ; une densité maîtrisée assurant un équilibre entre espaces de production et de loisir ; une mobilité optimisée par une tarification d’optimisation des services rendus. Le Grand Paris peut seul prétendre au statut d’attracteur global en compétition avec le Grand Tokyo, le Grand Shanghai, le Grand Londres, le Grand Munich, la Silicon Valley, le Grand Los Angeles et le Grand New York. - les grandes métropoles, en nombre limité. Si la France ne dispose que de 3 ou 4 métropoles de rang européen, elle peut souhaiter favoriser l’essor de quelques métropoles régionales. - Un grand nombre, une cinquantaine au moins, de pôles de rayonnement couvrant l’ensemble du territoire. Chaque métropole ou ville appartenant à ces trois niveaux devrait mettre en œuvre un projet stratégique s’insérant dans l’économie entrepreneuriale de la connaissance, permettant à la fois de renforcer sa compétitivité internationale et de contribuer à celle de leurs territoires de rayonnement. Ce projet serait bien évidemment à la fois cohérent avec les projets stratégiques nationaux et régionaux. En dessous de ces trois niveaux, dans un monde rural plus diffus, des villes de 10 000 habitants peuvent constituer des pôles d’attraction lorsqu’elles appartiennent à des pays constitués ou à des réseaux ruraux organisés. Les pays ou les réseaux, s’ils sont capables de s’organiser en intercommunalités, peuvent aussi entrer dans une démarche stratégique de développement appuyée par l’Etat stratège.

Fonctionnement de l’Etat stratège et des régions stratèges L’Etat stratège doit contribuer à donner une vision de long terme aux acteurs nationaux. Il s’appuie sur des régions, renforcées dans leurs compétences et leurs moyens, qui deviennent des opérateurs stratèges dans trois domaines clés : 1/ l’innovation dans le cadre de l’économie entrepreneuriale de la connaissance par l’élaboration de stratégies régionales d’innovation, 2/ les schémas régionaux de transports et 3/ les schémas régionaux d’aménagement du territoire. Pour les autres compétences, on peut largement s’inspirer des propositions de la Commission Balladur. La priorité doit être donnée à l’innovation et à la croissance économique, dans le cadre de l’économie entrepreneuriale de la connaissance. Les régions doivent jouer un rôle clé dans le renforcement du potentiel productif des territoires. Si l’on veut assurer la cohérence des réseaux de transport pour permettre à tout acteur porteur d’un projet sur l’ensemble du territoire, d’atteindre rapidement un pôle de rayonnement, les régions doivent élaborer des schémas prescriptifs de mobilité adaptés à ce besoin, afin de mettre fin à l’isolement décisionnel du monde rural. Enfin, si l’on veut ordonner le développement urbain et péri-urbain à l’échelle des territoires, les régions doivent pouvoir élaborer des schémas régionaux d’aménagement du territoire afin de s’assurer, en agréant les SCOT, que toutes les aires urbaines prennent en compte la nécessité d’une densification maîtrisée du territoire qui soit cohérente avec les exigences d’une croissance verte. Dans les trois domaines d’action stratégique des régions, l’Etat stratège sert de moteur et intervient pour aider à la coordination nationale et à la maturation des projets dans les territoires. Comment incarner la fonction d’Etat stratège en acteurs opérationnels ? Au niveau national, je propose de créer un Haut Commissariat à la Stratégie et au Développement Economique des Territoires (HC-SDET), qui doit être rattaché au Premier Ministre. Sa fonction essentielle doit être d’organiser l’émergence d’une vision stratégique nouvelle forte afin de permettre à la France et à ses territoires de retrouver les degrés de compétitivité perdus depuis ces dernières années. Le HC-SDET doit être un acteur partenarial garant de la cohérence stratégique et de la compatibilité territoriale des projets des trois réseaux de villes et des schémas régionaux prescriptifs pour l’innovation, les transports et l’aménagement du territoire, dans le cadre d’un Projet Stratégique Territorial à horizon de 15 ans, mis à jour tous les cinq ans. Ce Projet Stratégique Territorial serait approuvé par un Conseil National des Territoires (CNT), présidé par le Président de la République, dont le Haut Commissaire SDET serait le Secrétaire général. Le Projet Stratégique Territorial ferait l’objet d’un débat d’orientation au Parlement avant son adoption définitive par le CNT.

En conclusion : un Etat stratège à la française dans un jardin à l’anglaise La désignation d’une grande intercommunalité en métropole et d’une ville moyenne en pôle de rayonnement doit être la concrétisation de l’élaboration par toutes les parties prenantes d’un projet stratégique cohérent. De ce point de vue, il faut prendre le risque d’une révolution copernicienne : il faut construire un Etat stratège de conception française dans un jardin à l’anglaise. Le fondement de la nouvelle organisation territoriale est la mise en cohérence des projets stratégiques des acteurs et non la catégorisation institutionnelle de ces acteurs.

mercredi, septembre 30 2009

Des finances publiques à la dérive

Les finances publiques françaises, par suite de choix ou de non choix faits au cours des trente dernières années, sont en grande difficulté. Le déficit était déjà supérieur à 3% du PIB en 2008. Il dépassera 8% du PIB en 2008 - 2009. Le principal enseignement des données présentées le 30 septembre est de montrer que le déficit structurel de nos finances publiques, que l'on pensait proche de 5% du PIB, est de l'ordre de 6% du PIB. Ceci veut dire que même si nous retrouvions une croissance naturelle de 1,75% l'an, le déficit resterait proche de ce niveau. En d'autres termes, c'est l'ampleur de l'ajustement qu'il faudra opérer au cours des trois prochaines années si l'on veut éviter une crise massive de nos finances publiques. Il faut préparer le pays aux ajustements nécessaires. Christian Saint-Etienne

mardi, juin 30 2009

Remise d'un rapport sur la "Mobilisation des territoires pour contribuer à la croissance" par Christian Saint-Etienne au Président de la République le 29 juin 2009

Communiqué publié le 29-06-09 à 15:45 sur le site de la Présidence de la République : Remise du rapport de M. Christian SAINT-ETIENNE, membre du Conseil d’Analyse Économique . M. Christian SAINT-ETIENNE, membre du Conseil d’Analyse Économique, a remis au Président de la République son rapport « Mobiliser les territoires pour une croissance harmonieuse ». Ce sont les conclusions de la mission que le Président de la République lui a confiée par lettre du 21 janvier dernier sur l’élaboration d’une nouvelle conception, offensive, de l’aménagement du territoire.

Le rapport de M. Christian SAINT-ETIENNE fait le constat de l’entrée des pays développés depuis 20 ans dans l’économie entrepreneuriale de la connaissance où la concurrence se livre avant tout sur l’innovation. Le rapport souligne l’importance d’appuyer la croissance sur le développement stratégique des métropoles et de faire le pari d’une densification maîtrisée de leur tissu urbain. En parallèle, il préconise de consolider des pôles de rayonnement et des pôles d’attraction en milieu rural qui permettraient de mobiliser ses forces : agriculture, économie résidentielle, tourisme, énergies renouvelables, filière bois/forêt.

Le Président de la République a demandé au gouvernement et en particulier à M. Michel MERCIER, ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire, de travailler sur les propositions du rapport afin de renouveler sur cette base l’action de l’État en matière d’aménagement du territoire.

- page 1 de 3