Presse

Les Echos – 30/10/2018

Oui, il faut réformer les retraites. Mais au lieu de croire que le régime par points réglera tous les problèmes, il faut agir sur les seuls véritables leviers : la durée de cotisation et l’âge de départ.

Donc, tout est clair. Si vous êtes intelligent, progressiste et favorable à une France ouverte et fluide, vous êtes favorable à la retraite par points . Mais si, par malheur, vous êtes réaliste, conscient d’une société fracturée et de la violence des rapports de force, vous appartenez à l’ancien monde.

Je me bats pour que l’on passe la durée de cotisation à 44 ans (45 ans après 2030) et l’âge de départ à la retraite à 64 ans d’ici 2024 afin d’alléger le poids des retraites. Les retraites publiques pèsent plus de 14 points de PIB sur une dépense publique de 56 points de PIB, soit précisément un quart !

Il n’y a pas, et il n’y aura pas de réduction de la dépense publique sans commencer par une réforme des paramètres des régimes de retraite. D’autres réformes sont nécessaires, mais celle des retraites est la mère de toutes les réformes.

Le but réel du régime par de retraite par points est de baisser les retraites sans le dire et en faisant sauter tous les systèmes de solidarité inclus dans le système actuel.

Foin des errements, la retraite par points va régler tous les problèmes. « Un euro cotisé donnera le même nombre de points à tous les cotisants », qui peut être contre ça ? Naturellement, il ne faut pas insister sur le fait que la valeur du point peut baisser aussi bien que monter : compte tenu de l’état de l’économie française, il aura tendance à baisser, y compris une fois que vous êtes déjà parti à la retraite, car il sera calculé chaque année. Le but réel du régime par points est de baisser les retraites sans le dire et en faisant sauter tous les systèmes de solidarité qui sont inclus dans le système actuel.

Se limiter à 3 régimes

Outre l’exercice de vérité sur l’équilibre des régimes de retraite, je prône ici le passage des 42 régimes actuels à 3 régimes de retraite : le premier pour la totalité du secteur privé hors indépendants, le deuxième pour les indépendants et le troisième pour le secteur public. La durée de cotisation doit être la même pour tous (44 ans), l’âge de départ – avant correction individuelle souhaitée en fonction des décotes et surcotes connues – à 64 ans et le taux de remplacement (première pension sur le salaire de référence) au même niveau pour tous.

Pourquoi trois régimes plutôt qu’un seul ?

1. Parce que la majeure partie des cotisations est payée par l’employeur dans le secteur privé, sans que le salarié en ait conscience, et à un niveau que très peu de salariés supporteraient s’ils contribuaient eux-mêmes. Dans un régime individualisé par points, les salariés contribueront moins, peut-être pas immédiatement, mais très vite, car l’attrait de « l’argent tout de suite » est plus fort que celui d’une pension dans cinquante ans.

2. Le régime des indépendants leur permet de cotiser moins aujourd’hui et d’accumuler un patrimoine qui les protège (théoriquement) à la retraite. Pourquoi leur enlever cette liberté ?

3. Le régime public, qui n’est pas plus généreux que le régime privé en termes de taux de remplacement, quoi qu’on en dise, donne néanmoins l’illusion d’un privilège aux fonctionnaires. Or, gare à ceux qui dissipent les illusions de personnes dont notre vie dépend (policiers, enseignants, hospitaliers, etc.) !

Naturellement, avec trois régimes et des systèmes informatiques standardisés, le passage de l’un à l’autre sera immédiat, car il suffira que chaque régime donne la somme des versements effectués et la durée de cotisation pour les créditer au nouveau régime d’affiliation. Qu’il y en ait un ou trois, les régimes paramétrés à prestations nominales fixées à l’avance sont plus protecteurs de l’équité entre professions et générations que l’illusoire régime par points à la valeur continuellement changeante et aux points bonus incontrôlés.

Appauvrissement spectaculaire

Tous les sondages montrent que les deux tiers des Français sont stressés par la perspective du régime en points variables, qui déstabilisera notre société, alors qu’il suffit d’adapter le régime paramétré actuel – aux prestations définies à l’avance – au vieillissement de la société, ce que les Français comprennent parfaitement.

La vérité au sein d’un régime paramétré rénové est infiniment préférable à la variabilité d’un régime à points qui prépare un appauvrissement spectaculaire des classes populaires à terme.

Le Figaro – 29 octobre 2018

Emmanuel Macron s’est fait le chantre de l’intégration européenne. Il a tout misé sur l’axe franco-allemand en espérant créer une dynamique que personne ne pourrait arrêter. Le président a pris la tête de la lutte contre les démocraties illibérales en personnalisant le débat : Macron contre Orban. Il était convaincu d’une rapide victoire.

Pourtant la machine s’est enrayée. La zone euro n’a pas les institutions nécessaires pour sa survie et les économies des pays de la zone sont de plus en plus hétérogènes.

Le PIB par habitant a décroché de plus de 11 % en France par rapport à l’Allemagne de 2005 à 2017, de 12,5 % en Espagne et de 15,5 % en Italie. C’est-à-dire qu’en relatif, Français, Espagnols et Italiens se sont respectivement appauvris de 11 %, 12,5 % et 15 % par rapport aux Allemands alors que l’euro devait favoriser la convergence des niveaux de vie entre pays membres.

La théorie économique montre que l’unification monétaire de territoires aux dotations économiques différentes entraîne une spécialisation de ces territoires en termes d’activité sans garantir une homogénéisation des systèmes financiers. Les pays gardant alors une industrie puissante et un système financier solide peuvent financer investissement productif, recherche et développement et innovation de produits et services. L’Italie et l’Espagne, ayant subi une crise financière forte dans les années 2010-2015, ont eu du mal à résister à la pression concurrentielle des pays du nord de la zone euro.

La France a mieux résisté au moment de la crise, grâce à la puissance de son système financier, mais n’a pu éviter un recul de sa compétitivité sous l’effet de l’alourdissement du coût du travail et du recul du poids de son industrie manufacturière qui s’est accéléré depuis quinze ans. Il a fallu attendre la mise en œuvre du pacte de responsabilité en 2015 et la réforme du marché du travail à l’automne 2017 pour que travail et industrie retrouvent partiellement leurs lettres de noblesse après une éclipse de deux décennies qui a dévasté l’économie française et conduit à un déficit extérieur croissant depuis 2004. La dette extérieure de la France – à ne pas confondre avec la dette publique qui est interne – dépasse aujourd’hui 500 milliards d’euros. La contribution négative du commerce extérieur à la croissance, totalement liée à notre effondrement industriel, nous a coûté près d’un demi-point de croissance par an depuis quinze ans.

Le poids moyen pondéré de l’industrie manufacturière est de 18,5 % du PIB en Allemagne, Pays-Bas et Autriche, alors qu’il n’est que de 12,5 % du PIB en France, Italie et Espagne. Or l’industrie exporte environ la moitié de sa production dans tous les pays.

Pour faire face à l’hétérogénéité croissante dans une zone monétaire intégrée, il faut la doter d’un budget permettant d’impulser la modernisation industrielle des pays membres et de construire des infrastructures communes, mieux coordonner les politiques économiques internes et mettre fin à la concurrence fiscale et sociale entre ses membres. Soulignons qu’il n’y a pas de concurrence fiscale et sociale entre les cinquante États américains, soumis au même droit fédéral (à l’exception des taxes à la consommation).

Un accord franco-allemand sur l’avenir de l’Union européenne et de la zone euro a été présenté le 19 juin à l’issue d’un séminaire de travail au château de Meseberg, à côté de Berlin. Or si cet accord évoque un projet de budget de la zone euro, l’Allemagne n’envisage de le doter qu’à hauteur de 0,1 à 0,2 % du PIB de la zone, et non à la hauteur souhaitable de 3 % du PIB. Fin juin, les autres pays de la zone euro ont repoussé tout accord éventuel à un sommet européen en décembre 2018. Certains pays ont même indiqué qu’il n’était pas question de mettre en place un tel budget. Pour ce qui est de la concurrence fiscale et sociale, aucun progrès réel n’a été réalisé.

Macron a commis une erreur d’analyse. Le nord de la zone euro refuse de renflouer les finances publiques des pays du sud de la zone. La seule façon d’imposer un budget significatif est de financer une initiative puissante de recherche et d’innovation dans l’intelligence artificielle, la 5G et la voiture autonome, comme l’a indiqué le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier, en juillet. Or Macron louvoie et penche davantage pour un budget de redistribution. Il rêve qu’un tel budget lui permettrait d’éviter certaines réformes structurelles en France pour réduire la dépense publique.

Le rêve du président français est mort-né. Il n’y aura ni budget pour renflouer le Sud, ni budget pour moderniser la zone euro. Même sur le terrain politique, les Allemands n’apprécient pas la tentative de Macron d’opposer « progressistes » et « nationalistes » au niveau européen alors que, pour eux, la question du populisme doit se régler au niveau national par une politique d’inclusion des perdants de la mondialisation.

Macron échoue sur la réforme institutionnelle de la zone euro car il poursuit trop d’objectifs en vrac sans identifier et privilégier des objectifs clés et compte sur la vitesse d’exécution pour écraser les autres. Mais le président français n’est plus le plus rapide. Et ceux qui s’opposent à ses projets savent exactement ce qu’ils veulent ou ne veulent pas et exécutent rapidement les manœuvres pour le bloquer.

Christian Saint-Etienne était l’invité d’Annie Lemoine dans l’émission « Inside Business » sur BFM Business ce mercredi 10 octobre 2018.

Cliquez ici pour visionner la première partie : réforme des retraites, les « premiers grands principes » dévoilés
Cliquez ici pour visionner la deuxième partie : remaniement, Emmanuel Macron « maître des horloges » malgré lui ?

Christian Saint-Etienne était l’invité d’Annie Lemoine dans l’émission « Inside Business » sur BFM Business ce mercredi 10 octobre 2018.

Cliquez ici pour visionner la première partie : réforme des retraites, les « premiers grands principes » dévoilés
Cliquez ici pour visionner la troisième partie : les constructeurs lorgnent l’autopartage

Christian Saint-Etienne était l’invité d’Annie Lemoine dans l’émission « Inside Business » sur BFM Business ce mercredi 10 octobre 2018.

Cliquez ici pour visionner la deuxième partie : remaniement, Emmanuel Macron « maître des horloges » malgré lui ?
Cliquez ici pour visionner la troisième partie : les constructeurs lorgnent l’autopartage à Paris

Suivez-moi sur Twitter
Derniers passages médiatiques