Christian Saint-Etienne était l’invité d’Hedwige Chevrillon dans l’émission « 18/19 » sur BFM Business, ce mercredi 3 juin 2026.
Mercredi 3 juin, Hedwige Chevrillon a reçu Jean-Bernard Lévy, président du Conseil français de l’énergie, ancien président d’EDF et de Vivendi, Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’OFCE, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM, ainsi que Ludovic Desautez, directeur délégué de la rédaction de La Tribune, dans l’émission La Grande Interview sur BFM Business.
Interview au Journal du Dimanche – 29 mars 2026
DEFI – Pour relancer la croissance, l’économiste préconise de désindexer les prestations sociales pour flécher 50 milliards par an vers l’investissement productif.
DECRYPTAGE – Christian Saint-Etienne reproche aux gouvernements successifs une coûteuse absence de vision stratégique.
Si un accord avec l’Iran intervient avant la fin du mois d’avril, nous sommes face à ce que je qualifierais de « mini-choc pétrolier », dont nous ne subissons pas encore les effets. Le pétrole qui est actuellement livré a, la plupart du temps, été acheté avant le début des frappes. Les experts s’attendent – quand bien même le conflit s’arrêterait dans les jours qui viennent – à ce que le pic du choc intervienne dans trois ou quatre semaines. On devrait s’attendre à un cours du pétrole culminant à 120 dollars le baril fin avril, du fait de la reconstitution des stocks et dans l’attente de la remise en route des champs d’exploitation de pétrole et de gaz. Dans ce scénario d’un mini-choc « technique », le retour à la normale peut intervenir rapidement, avant l’été. Les Français repartiraient alors en vacances avec un baril retombé à 60 dollars, le cœur et le portefeuille légers. Si le conflit se prolonge en revanche sur plusieurs mois ou semaines, il y a un risque que le blocage des routes maritimes dans la région s’étende à la mer Rouge, sous la pression des alliés de l’Iran, en l’occurrence les Houthis au Yémen. Le choc pétrolier serait alors bien réel et d’une ampleur considérable. Cela pourrait inciter les États-Unis à réduire leurs exportations de pétrole et de gaz au bénéfice de leur marché domestique pour contenir la hausse des prix à la pompe, ce qui créerait des tensions supplémentaires sur l’approvisionnement. On parlerait alors de choc massif. Mais nous n’en sommes pas là.
À ce stade, trois professions sont réellement touchées : les transporteurs, les agriculteurs et les pêcheurs. Il paraît nécessaire d’instaurer des aides immédiates sur le prix du fioul pour ces professions, d’autant que ces filières survivent avec de très faibles marges. Les transporteurs français en particulier, très fortement concurrencés par les pays de l’Est, ne convoient plus que 40 % des marchandises en France. Le risque de tomber à 10 % de l’activité est réel si l’on ne fait rien. Il faut de la même manière préserver les agriculteurs et les pêcheurs pour des raisons évidentes de souveraineté.
Il y a dans cette crise une opportunité : provoquer un choc qui conduise à l’augmentation des ventes de véhicules électriques. La France est en excès de production d’électricité, elle est en mesure d’absorber une montée en charge de la part des voitures électriques. Deuxième enseignement : si l’Europe et la France sont de plus en plus souveraines en matière de production d’électricité, elles sont toujours extrêmement dépendantes des produits pétroliers. Le gaz et le pétrole représentent encore la moitié de l’énergie consommée en Europe, or nous avons péché par idéologie sur cette question en fixant des objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre, et donc d’abandon des énergies fossiles. En réalité, il faudra à peu près vingt-cinq ans pour en sortir. En attendant, la France a décidé d’interdire toute recherche de pétrole et de gaz en 2010. Par exemple au large de la Guyane, qui regorge vraisemblablement de réserves importantes de pétrole. Ou en Alsace, où la présence de gaz dans les mines est considérable. Autant de choix idéologiques, souvent pris au nom d’équilibres politiques partisans, qui nous conduisent in fine à nous prostituer pour aller chercher du gaz et du pétrole au Moyen-Orient, plutôt que d’en rechercher chez nous. Cette crise devrait nous faire réfléchir : notre incapacité de modifier nos analyses stratégiques et de prendre en compte les intérêts de souveraineté est inquiétante. Emmanuel Macron vient d’opérer un revirement sur le nucléaire, c’est un très bon exemple. La première centrale EPR entrera en fonction, si tout va bien, en 2038. Comment fait-on d’ici là ?
Première remarque : certains accusent l’État d’être un profiteur de guerre, qui s’enrichit grâce aux taxes. C’est une imbécillité maligne, puisqu’en réalité, même si l’État reçoit un peu plus de recettes fiscales, le ralentissement de l’économie va coûter très cher en prestations sociales et en pertes de recettes fiscales. L’expérience des derniers chocs montre que l’État n’est pas gagnant sur la durée. Pour la réduction de la TVA, de 20 % à 5,5 %, cela relève d’une incompréhension totale de la situation économique du pays. Nous présentons 3 500 milliards d’euros de dette publique. En réduisant brutalement le taux de TVA, vous envoyez le message suivant aux marchés et à nos prêteurs : la France continue de sortir l’édredon face aux chocs mondiaux, en s’appuyant sur une croissance moyenne depuis vingt ans autour de 1 % et un niveau toujours plus haut d’endettement. La réponse sera immédiate : une hausse de taux conséquente, alors même qu’ils ont déjà augmenté d’environ 30 centimes pour la France et l’Allemagne depuis le début de la crise.
Dans l’hypothèse d’un mini-choc technique de courte durée, non. D’autant que les accords salariaux pour 2026 ont été signés et protègent dans une large mesure le pouvoir d’achat des salariés. Dans le deuxième scénario, en revanche, on peut redouter le retour de l’inflation et un recul de la production industrielle, voire une désindustrialisation, qui toucherait la France, l’Italie et leurs sous-traitants allemands. Au lieu d’avoir une croissance européenne au-dessus de 1 %, on risquerait la stagnation de l’activité économique et une croissance nulle.
Un bon tiers de la population est très insatisfait de son niveau de vie dû à la faible croissance de ces vingt dernières années. Lorsque la France se traîne à 1 % de croissance, l’essentiel des ressources va au maintien des infrastructures et du stock de capital. La marge restante pour distribuer des augmentations de pouvoir d’achat est très limitée et de surcroît inégale, au profit des activités économiques qui fonctionnent bien. Ce qui manque au pays, c’est une vision stratégique : nous dépensons 1 200 milliards d’euros pour la protection sociale. Or si l’on veut relancer l’industrie, le bâtiment – secteur à l’arrêt depuis trop longtemps – ou la conversion à l’électrique, il faut y consacrer a minima 50 milliards par an d’investissement public. La question est de savoir qui est capable de dire aux Français qu’il faut, pour le bien du pays et la préservation de sa croissance économique, renoncer aux indexations des prestations sociales sur plusieurs années pour dégager des milliards à investir sur l’avenir. C’est un mal bien français de toujours promettre de nouveaux droits, de nouvelles allocations, et ne jamais débattre de la relance de la production. Résultat : depuis la crise des subprimes en 2008, la France a abandonné toute vision stratégique, elle est à l’arrêt depuis vingt ans.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Raphaël Legendre dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mardi 18 novembre 2025.
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Ce mardi 18 novembre, Raphaël Legendre a reçu Christian Saint-Étienne, économiste et auteur de « Trump et nous : comment sauver la France et l’Europe », Rafik Smati, fondateur de Louxor.ai et président du groupe Aventers, et Rayan Nezzar, professeur à Sciences Po, dans l’émission Les Experts sur BFM Business.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Pierre de Vilno dans l’émission « Europe 1 Soir » sur Europe 1.
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Le tour complet de l’actualité en compagnie de Pierre de Vilno et de la rédaction d’Europe 1 de 19 heures à 21 heures.
Christian Saint-Etienne était l’invité d’Aude Kersulec dans l’émission « Ecorama – La Grande Interview » ce mardi 15 avril 2025.
Trouver 40 milliards d’euros d’économies : c’est l’objectif annoncé par le ministre de l’Economie, Eric Lombard pour l’année prochaine, sans augmentation d’impôts. D’où pourrait venir le tour de vis ? Cet objectif est-il réaliste ? Christian Saint-Etienne, économiste et professeur au Conservatoire national des arts et métiers, était l’invité de l’émission Ecorama du 15 avril 2025, présentée par Aude Kersulec sur Boursorama.com.
Christian Saint-Etienne était l’invité de 11h30 dans l’émission « Le Temps de l’Info » sur LCI ce mardi 31 décembre 2024.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce vendredi 13 décembre 2024.
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Ce vendredi 13 décembre, Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l’OFCE, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des Économistes, et Olivier Babeau, président de l’Institut Sapiens, ont parlé de l’ensemble des mesures économiques prises par Emmanuel Macron, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce vendredi 15 novembre 2024.
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Ce vendredi 15 novembre, Sylvie Matherat, senior advisor du cabinet de conseil et d’audit Mazars, Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des économistes, et Xavier Timbeau, directeur principal de l’OFCE, se sont penchés sur les prévisions budgétaires de Bercy, la suppression ou non d’un jour férié, et sur le programme économique à venir de Donald Trump, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.
Christian Saint-Etienne était l’invité d’Amélie Carrouër dans l’émission « Le Temps de l’Info » sur LCI ce mercredi 25 septembre 2024.
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Les Echos – 4/09/2024
Alors que le déficit public s’est encore creusé en 2023 – atteignant les 5,5 % du PIB -, pour Christian Saint-Etienne le constat est sans appel : la France a un important problème d’offre. Une offre de biens et services de moyenne gamme qui reste trop peu compétitive en dehors de quelques secteurs d’excellence.
Même si la croissance économique atteint 0,3 % au troisième trimestre grâce à un « effet Jeux Olympiques » , elle ne dépassera pour l’année 2024 que marginalement sa moyenne de 1,15 % sur la période 2001-2024. Or, avec une dépense publique à 57 % du PIB en 2024, soit 8,5 points de PIB de plus que la moyenne de la dépense publique de la zone euro hors France, le pays doit croître à 2 % ou 2,15 % par an pour compenser l’effet de freinage de la lourdeur administrative et créer les emplois industriels ou de service à forte valeur ajoutée qui commandent des salaires élevés.
Les Français réclament des hausses de pouvoir d’achat qui ne peuvent venir que de l’augmentation de la productivité du travail ou de la hausse de la quantité de travail fournie. La France est de plus frappée par la « maladie » du double déficit : déficit extérieur qui appauvrit le pays et déficit public gigantesque finançant une dépense sociale boursouflée : 33,5 % du PIB, soit 7 points de PIB de plus que la moyenne de la dépense sociale des autres pays de la zone euro.
Tous ces éléments conduisent à un diagnostic tout aussi évident que violent dans sa nature et ses effets : la France a un gigantesque problème d’offre, une offre de biens et services de moyenne gamme peu compétitive en dehors de quelques secteurs d’excellence (défense, aéronautique, luxe, services industriels, et, dans une moindre mesure, chimie, pharmacie, agroalimentaire). De fait, nous ne vendons pas assez de biens manufacturés haut de gamme pour compenser nos importations d’énergie et de biens manufacturés.
Ce diagnostic, qui aurait été non seulement partagé mais défendu par Keynes , devrait conduire à encourager l’essor des entreprises compétitives et exportatrices, à réduire la dépense sociale non conditionnelle actuellement déversée sur les personnes en capacité de travailler, à reculer l’âge de départ à la retraite au-delà de 64 ans pour augmenter la capacité d’offre, et à réduire les impôts sur les entrepreneurs et personnes qualifiées qui tirent la qualité de l’offre vers le haut.
Keynes explique clairement que la dépense publique est utile quand la demande macroéconomique est inférieure à l’offre, mais que stimuler la dépense sociale et réduire la capacité d’offre – en abaissant l’âge de départ à la retraite , en augmentant fortement le salaire minimum qui est à plus de 60 % du salaire moyen en France alors que l’OCDE recommande de le limiter à 50 % du salaire moyen pour accélérer l’insertion des jeunes et moins qualifiés, et en taxant massivement les créateurs de richesses présentés en France comme des accapareurs vicieux alors qu’ils sont déifiés dans les mondes anglo-saxon et germanique mais aussi en Italie – quand la demande est supérieure à l’offre compétitive est suicidaire.
Loin de se limiter au multiplicateur IS-LM en économie fermée, Keynes a développé, dans deux chapitres de la « Théorie générale », une réflexion théorique puissante sur le rôle de l’entrepreneur preneur de risques en univers incertain et économie ouverte qui est continuellement ignorée par les élites françaises biberonnées à un sous-keynésianisme de fonction publique en économie fermée.
Keynes serait horrifié de voir le niveau de réflexion sur la politique économique et sociale de la France depuis la loi sur les 35 heures en 2000 , les hausses d’impôt massives de la dernière année de Sarkozy en 2011, et la politique soi-disant anti-riches de Hollande, Mélenchon et sbires qui cible en réalité les entrepreneurs et innovateurs. Une politique qui rapporte les voix de tous ceux que l’on prétend chauffer avec le bois de la branche sur laquelle le peuple est assis.
La hausse du pouvoir d’achat ne peut venir que du travail, de la productivité et de l’innovation par la prise de risques en univers incertain. Jusqu’à quand la pensée de Keynes sera-t-elle ridiculisée en France ?