Atlantico – 28/09/2026

Sébastien Lecornu a annoncé un effort budgétaire de 54 milliards d’euros pour le budget 2027, un chiffre déjà revu à la hausse par rapport aux 30 milliards initialement évoqués. Mais pour une partie des économistes, ce montant reste très en deçà de ce qu’exige l’état réel des finances publiques françaises.

Ce qu’il faut en retenir

1. Les 54 milliards du gouvernement sont un chiffre gonflé. Il est calculé par rapport à un tendanciel (ce que seraient les dépenses si rien n’était fait), pas par rapport à une baisse réelle des dépenses. La réduction effective du déficit visée est bien plus modeste que ce chiffre ne le laisse penser.

2. Anthony Morlet-Lavidalie plaide pour un ajustement de 120 milliards concentré sur 2 à 3 ans plutôt qu’étalé sur 5 à 7 ans, un rythme long qu’il juge jamais tenu par la France et politiquement intenable. Christian Saint-Étienne, lui, chiffre le besoin à environ 40 milliards par an, sans se prononcer sur un horizon de 2-3 ans contre 5-7 ans : pour lui, la condition n’est pas la rapidité mais l’ampleur des réformes structurelles (retraites, chômage, dépenses des collectivités) qui rendent ce montant crédible.

3. Un tel choc suppose une majorité forte à l’Assemblée nationale, condition qu’aucun des deux n’estime réunie aujourd’hui : le précédent de la chute du gouvernement Bayrou sur un ajustement de 44 milliards illustre la fragilité politique de tout effort de cette nature.

4. Sur la Banque centrale européenne : elle dispose d’un instrument déjà prévu, l’instrument de protection de la transmission de la politique monétaire, qui lui permettrait d’acheter des titres français pour faire baisser les taux si la France était jugée « injustement attaquée » par les marchés. Mais tant que la France ne mène pas de réformes structurelles crédibles, la BCE la considère comme justement attaquée, et n’interviendra pas.

1. Un ajustement de 120 milliards, un chiffre exagéré ou sous-évalué ?

Le gouvernement, après avoir laissé filtrer un chiffre de 30 milliards, nous a dit la semaine dernière que ce serait finalement 54 milliards d’économies, ce qui est déjà en soi une petite révolution pour résorber un déficit. Mais vous, dans le scénario que vous défendez, c’est pourtant un ajustement de 120 milliards, pour éviter que la charge de la dette n’atteigne 4% du PIB en 2030. Comment expliquez-vous un tel écart entre votre évaluation et celle du gouvernement ?

Anthony Morlet-Lavidalie : Pour commencer par le commencement, il faut avoir en tête notre point de départ, qui est aujourd’hui extraordinairement dégradé. Nos finances publiques sont dans un état que l’on peut qualifier de catastrophique, avec un déficit public qui devrait être autour de 5,4% du PIB en 2026. L’objectif premier, pour éviter un risque de crise financière, c’est de reprendre le contrôle de nos finances publiques. Sur la tendance actuelle, la dette publique augmente d’à peu près 3,2 points de PIB par an, ce qui est insoutenable très longtemps.

L’effort à faire collectivement, pour que le taux d’endettement n’augmente plus, c’est réduire le déficit public de 120 milliards d’euros. La vraie question, c’est la vitesse de l’ajustement. Il existe deux écoles : une majorité d’économistes plaide pour un effort progressif sur cinq à sept ans, Olivier Blanchard lui-même proposait récemment, dans les colonnes du Monde, un ajustement en sept ans, mais je m’y oppose pour deux raisons. Premièrement, la France n’a jamais tenu un plan budgétaire pluriannuel, elle promet toujours mieux et fait toujours moins bien.

Deuxièmement, il y a un problème d’économie politique, annoncer cinq ans de consolidation revient à promettre cinq ans de pluie, ce que les ménages ne peuvent pas accepter longtemps. Je pense qu’il vaut mieux un plan très dur mais sur trois ans, quitte à faire un peu de casse, pour ensuite dire à la population que l’effort est fait et repartir du bon pied. J’ajoute qu’il faut comprendre ce que représentent vraiment les 54 milliards du gouvernement, ce chiffre est gonflé, car calculé par rapport à un tendanciel, c’est à dire ce que seraient les dépenses si on ne faisait rien. La réduction réelle du déficit proposée est loin d’être aussi massive que ce chiffre le laisse penser.

120 milliards ou 150 milliards selon Gabriel Attal ? Un ajustement aussi massif est-il tenable, selon vous, sans un accompagnement de la Banque centrale européenne, d’une manière ou d’une autre ?

Christian Saint-Étienne : Il y a deux sujets. D’abord l’ordre de grandeur : puisque nous sommes à deux doigts du mur, il faut environ 40 milliards d’euros d’ajustement par an. Dans les 54 milliards annoncés par le gouvernement, il y en a en réalité plutôt 30. Il faudra sans doute poursuivre cet effort année après année, car nous aurons encore des surprises. Mais le point clé, c’est que cet ajustement ne peut pas se faire sans des réformes absolument massives. Les 40 milliards par an resteraient une chimère si l’on ne recule pas l’âge de départ à la retraite à 64 ans avec 44 ans de cotisation, voire à 65 ans.

On peut prévoir des aménagements pour les carrières longues ou pénibles, mais cet ajustement sur les retraites est indispensable : tous les autres pays européens sont à 67 ans et se dirigent vers 68, un minimum de 64 ans en direction de 65 s’impose donc pour nous aussi, puisque nous combinons également une durée de cotisation. L’idéal serait d’atteindre 65 ans avec 44 ans de cotisation d’ici 2030, et il faut le voter. Le deuxième point, c’est qu’il faut aligner les règles de l’assurance chômage sur celles de l’Allemagne, c’est à dire non pas un jour de prestation pour un jour cotisé, mais deux jours de cotisation pour un jour de prestation, comme chez nos voisins. Il faut aussi plafonner strictement, en valeur nominale, tous les budgets des agences de l’État ainsi que les transferts de l’État aux collectivités locales. Pour que ces 40 milliards soient crédibles, il faut donc un plan d’ensemble, ce qui suppose une majorité forte à l’Assemblée pour le faire voter, c’est le préalable absolu. Si l’on présente un plan aussi sérieux, avec les réformes que je viens d’évoquer, les marchés s’ajusteront d’eux-mêmes. Nous aurions néanmoins besoin d’une aide temporaire de la Banque centrale européenne, qu’elle ne nous accordera pas, en raison de la faiblesse politique actuelle de sa présidente au sein du Conseil des gouverneurs, qui n’a pas l’envergure nécessaire pour porter une telle décision. Un dirigeant de la stature de Mario Draghi nous aurait aidés. La présidente actuelle de la BCE quittera ses fonctions, en principe à l’automne 2027, et il faudra alors un profil de cette envergure pour lui succéder.

2. Un choc budgétaire est-il politiquement tenable ?

Le gouvernement n’a pas de majorité. L’an dernier, le gouvernement Bayrou est tombé parce qu’il proposait 44 milliards d’ajustements, motion de censure, on connaît la suite. Alors comment un choc de 120 milliards, même si c’est sur trois ans, a-t-il le début d’une chance d’être adopté dans ce contexte ?

Anthony Morlet-Lavidalie : Je pense déjà que ce sera au prochain locataire de l’Élysée de porter cela, pas à la mandature actuelle. Avec le narratif que je défends, qui consiste à ne pas mentir sur l’ampleur de l’effort mais à dire clairement que c’est trois ans, pas une année de plus, et qu’ensuite viendra du ciel bleu, on est crédible et cohérent.

Ce qui bloque aujourd’hui, c’est l’exaspération des gens, parce que la crédibilité de la parole politique n’est plus au rendez-vous. Il faut une parole ferme, qui ne ment pas sur la réalité, oui ce sera dur, tout le monde devra passer à la caisse, mais cela durera trois ans et pas un an de plus, et ensuite on n’en parlera plus.

Votre scénario ne tient-il que si le futur président dispose d’une majorité à l’Assemblée ?

Anthony Morlet-Lavidalie : Oui, vous avez raison, et historiquement c’est plutôt rare. Mais j’insiste, c’est la seule manière de s’en sortir. Si on continue les méthodes actuelles, avec un ajustement très étalé, on déprime la population sans qu’elle en voie le bout, et on dévie très vite de la trajectoire annoncée, ce qui condamne le pays à voir ses finances publiques se dégrader continuellement, jusqu’à l’amener aux portes de la crise financière.

Qui peut porter un tel projet ?

Christian Saint-Étienne : Je ne vois personne parmi ceux qui occupent aujourd’hui le devant de la scène. Ma prévision personnelle, que beaucoup de gens que je rencontre partagent, c’est qu’un consensus se dessine autour de l’idée que nous ne parviendrons pas à mener ces réformes, et que la situation va se dégrader fortement, l’écart de taux avec l’Allemagne pourrait grimper jusqu’à 200 points de base, jusqu’à des émeutes bien plus violentes que les manifestations que provoquerait la mise en œuvre du paquet de réformes que je propose.

Il faudra alors espérer que, dans cette débandade, la population prenne peur et se tourne vers quelqu’un qui est déjà là, comme De Gaulle l’était en 1938, mais que personne ne connaissait encore. Soit la France a encore de la chance et un tel profil sort de l’ombre, soit nous finirons comme la Grèce.

3. Quel rôle pour la Banque centrale européenne ?

Quelles seraient les armes de la BCE pour nous accompagner ?

Christian Saint-Étienne : Ces armes reposent sur les programmes existants, qui permettent notamment à la BCE d’acheter les titres d’un pays lorsque l’évolution des marchés n’est pas conforme à la politique de cet État. Le nom officiel de ce dispositif est l’instrument de protection de la transmission de la politique monétaire. En dehors de quelques experts, presque personne ne sait qu’il existe. Sa définition exacte, c’est que la BCE peut acheter les titres d’un pays injustement attaqué.

Pourquoi ne le fait-elle pas aujourd’hui ? Parce que la BCE considère que la France est, à ce stade, justement attaquée : on voit bien que nous ne sommes pas capables de mener les ajustements nécessaires sur les retraites, le chômage et le reste. C’est ainsi que les choses sont perçues, à tort ou à raison, par les autorités monétaires et par l’Allemagne.

Et ça se traduirait par quoi concrètement ?

Christian Saint-Étienne : Concrètement, la BCE achèterait des titres d’État français, uniquement français, pendant une certaine période, pour faire baisser l’écart de taux avec l’Allemagne. C’est envisageable, c’est même prévu sur le papier, mais cela suppose la détermination politique de faire basculer notre image, de passer du statut de pays « attaqué à juste titre » à celui de pays « injustement attaqué ». Or, dans la vision du Conseil des gouverneurs et de l’Allemagne, c’est à juste titre que nous sommes attaqués aujourd’hui. C’est subtil, mais c’est ainsi que cela fonctionne.

La BCE nous permettrait-elle alors de retrouver des marges de manœuvre pour accompagner cet ajustement ?

Christian Saint-Étienne : A priori, ce paquet réglerait le problème sans même l’intervention de la BCE, car les marchés financiers mondiaux verraient qu’il s’agit d’un programme considérable, totalement crédible et cohérent. Mais si, malgré ce paquet, la prime de risque ne baissait pas suffisamment pour permettre le redéploiement de l’économie, alors oui, la BCE pourrait nous aider, car nous serions à ce moment-là considérés comme injustement attaqués, et elle pourrait acheter des titres français pour faire baisser les taux longs. Le seul fait qu’elle annonce qu’elle pourrait recourir à cet instrument ferait déjà baisser les taux.

4. Quel coût récessif, quel risque social ?

Existe-t-il de la littérature et des scénarios sur les effets d’un tel ajustement de 120 milliards mené sur deux à trois ans ? Dans un contexte de croissance atone comme aujourd’hui, un choc de cette ampleur ne risque-t-il pas d’aggraver la situation, de provoquer une récession et d’engendrer d’autres problèmes ? Saurait-on en maîtriser les conséquences ?

Anthony Morlet-Lavidalie : Très clairement, on va abîmer l’activité, il ne faut pas se mentir, et on passera sans doute par des phases récessives. Mais les dégâts de court terme d’un plan d’ajustement très fort sont infiniment moindres que ceux d’une absence totale d’effort, ou que ceux d’un ajustement qu’on prétend étaler sur longtemps mais qu’on ne tient jamais.

Le parallèle avec le Portugal est très parlant, ce pays connaît une récession en 2012 quand son PIB s’ajuste, puis un rebond timide en 2013-2014, suivi d’années de forte croissance jusqu’en 2019, au point de rejoindre la trajectoire française alors que la France n’a pas connu ce moment de récession. Il faut accepter de dire à la population qu’on va régler l’addition maintenant plutôt que de continuer à se construire un avenir de déclassement prolongé.

Un plan d’une telle ampleur provoquerait forcément un choc récessif, c’est incontournable. Vous qui avez travaillé sur l’impact de la réforme des retraites, pouvez-vous faire un parallèle sur ce que cela pourrait nous coûter en termes de croissance à court terme ?

Christian Saint-Étienne : C’est très complexe. Je multiplie les conférences dans toute la France, et même en Europe, depuis trente ans, mais particulièrement depuis début septembre, où j’en ai déjà fait cinq ou six. J’y rencontre des chefs d’entreprise un peu partout, et je constate que, depuis deux ans, ils ne font plus que des investissements de renouvellement de leurs machines : plus aucun investissement de développement. Tout est à l’arrêt, parce que la France apparaît comme un pays « zombie » aux yeux des investisseurs et de la BCE.

Le jour où l’on mettrait en œuvre le programme que j’évoque, il y aurait un léger effet récessif à l’instant T, c’est vrai, mais assez limité, puisqu’en reculant l’âge de départ à la retraite, on augmente en même temps la force de travail. Surtout, le simple fait d’avoir été capable de mener une telle réforme, ce qui suppose un gouvernement politiquement fort, redonnerait confiance à tous les acteurs : les fonds de pension japonais se diraient qu’ils peuvent réinvestir dans la dette française, les trois cent mille chefs d’entreprise qui réalisent 80% du PIB marchand retrouveraient l’espoir et recommenceraient à investir, et les investisseurs étrangers reviendraient en France.

Ce n’est donc même pas certain que l’effet sur l’activité serait très marqué, d’autant que je ne propose pas de hausse d’impôts mais des réformes de structure, qui ont un effet positif sur la quantité de travail, la force de travail et la motivation à investir. Cela dit, si la mise en œuvre de ce programme provoquait des grèves massives pendant plusieurs mois, ce que je ne crois pas, l’effet serait différent. Car je propose de coupler ces mesures drastiques à une hausse de la durée du travail, de 35 à 37 heures par semaine, payées 37 heures, ce qui représenterait une hausse du pouvoir d’achat de 5%.

Ce paquet prévoirait aussi une interdiction constitutionnelle du déficit de la Sécurité sociale, financée par deux points de hausse de la CSG sur ces cinq points de gain de pouvoir d’achat, afin d’équilibrer le budget de la Sécurité sociale au moment même où l’on voterait cette réforme. Avec un tel ensemble, on augmente le nombre d’années travaillées et le nombre d’heures travaillées dans la semaine, et malgré les deux points de CSG, on augmente tout de même le pouvoir d’achat des salariés de 3%. Pour moi, seul un paquet de réformes de cette nature, pris dans son ensemble, peut sortir le pays de la situation où il se trouve.

Ces éléments, qui devraient permettre aux chefs d’entreprise de retrouver espoir et ambition, auront forcément un impact sur les marchés, qui entendront ce message, et donc sur la BCE, qui devra bien entendre ce qui se passe en France.

Christian Saint-Étienne : C’est exactement ce que je vous disais à propos de l’instrument de politique monétaire évoqué plus tôt. Avec un tel paquet, nous passerions du statut de pays zombie attaqué à juste titre, à celui de pays extrêmement sérieux et crédible, qui, si la prime de risque ne baissait pas massivement malgré tout, serait alors considéré comme injustement attaqué.

Est-ce que la BCE nous permettrait alors de retrouver des marges de manœuvre pour accompagner cet ajustement ?

Christian Saint-Étienne : A priori, ce paquet réglerait le problème sans même l’intervention de la BCE, car les marchés financiers mondiaux verraient qu’il s’agit d’un programme considérable, totalement crédible et cohérent. L’investisseur japonais, allemand ou américain, qu’il s’agisse d’un fonds de pension ou de particuliers souhaitant investir en actions françaises, réagirait positivement : ce programme entraînerait, selon moi, une hausse d’environ 20% du CAC 40, une baisse des taux d’intérêt, et un retour de la confiance des employeurs et des investisseurs.

Le salarié de base travaillerait deux heures de plus par semaine pour contribuer à redresser son pays, mais en contrepartie, il bénéficierait de 3% de pouvoir d’achat en plus, dans un contexte où les taux baissent et où il pourrait plus facilement emprunter, par exemple pour un achat immobilier. Cela suppose bien sûr un pouvoir fort pour porter et expliquer une telle réforme. Mais pour répondre précisément à votre question : si, malgré ce paquet, la prime de risque ne baissait pas suffisamment pendant une période d’adaptation pour permettre le redéploiement de l’économie, alors oui, la BCE pourrait nous aider, car nous serions à ce moment-là considérés comme injustement attaqués, et elle pourrait acheter des titres français pour faire baisser les taux longs.

Le seul fait qu’elle annonce, dans le cadre d’un tel paquet, qu’elle pourrait recourir à cet instrument, ferait déjà baisser les taux. Il faut bien comprendre que, du point de vue de la finance mondiale, mais aussi des entrepreneurs français eux-mêmes, nous sommes devenus un pays zombie. Cette perception a évolué depuis six mois : les investisseurs pensaient que la France paierait indéfiniment, et ils commencent à comprendre qu’il s’agit d’un pays zombie. Mais on n’a pas encore mesuré que, depuis deux ans, les entrepreneurs eux-mêmes se comportent comme s’ils opéraient dans un pays zombie. Si l’on ne rompt pas cette dynamique par un programme extrêmement strict de réformes structurelles, qui n’ont pas d’effet négatif sur l’économie puisqu’elles augmentent à la fois le pouvoir d’achat et la durée du travail, l’effet récessif serait donc limité, très limité je pense, sauf si les gens descendaient massivement dans la rue. Si l’on explique clairement aux Français ce que l’on fait, et pourquoi, en leur expliquant que l’alternative est une crise massive, les Français ne sont pas dupes.

Il y aura des manifestations de la CGT, bien sûr, même la CFDT viendra. On les laisse défiler, et au bout de trois défilés, cela s’apaise, à condition d’avoir derrière soi une majorité forte à l’Assemblée nationale. Car les syndicats eux-mêmes s’adaptent : quand ils voient qu’un gouvernement dispose d’une majorité très forte à l’Assemblée, cela signifie que c’est le peuple qui lui a donné mandat, et eux aussi s’adaptent en conséquence.

Qui peut porter un tel projet ?

Christian Saint-Étienne : Je ne vois personne parmi ceux qui occupent aujourd’hui le devant de la scène. Ma prévision personnelle, que beaucoup de gens que je rencontre partagent, c’est qu’un consensus se dessine de plus en plus autour de l’idée que nous ne parviendrons pas à mener ces réformes, et que la situation va donc se dégrader fortement : l’écart de taux avec l’Allemagne pourrait grimper jusqu’à 200 points de base, on pourrait connaître une dérive absolument massive, et l’on pourrait se retrouver face à des émeutes bien plus violentes que les manifestations que provoquerait la mise en œuvre du paquet de réformes que je propose.

À ce moment-là, ce sera la débandade, et il faudra espérer que, dans cette débandade, la population prenne peur et se tourne vers quelqu’un qui est déjà là, comme De Gaulle l’était en 1938, mais que personne ne connaissait encore. C’est la débandade de mai 1940 qui a fait naître De Gaulle. Je pense que nous allons connaître une débandade financière du même ordre. Soit la France a encore de la chance et un De Gaulle sort de l’ombre, soit nous finirons comme la Grèce.

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