dette

Les Echos – 31/08/2026

Sans réforme de sa colossale protection sociale, la France fera face à un mur de la dette qui l’empêchera d’investir dans sa défense. les candidats à l’élection présidentielle sont prévenus.

Dans un contexte de retour de la guerre en Europe et d’exacerbation des conflits en Méditerranée, la France doit renforcer ses capacités militaires au moment où la crise des finances publiques devient systémique. Les autorités politiques se révèlent incapables de reprendre le contrôle de la dépense publique (57,4 % du PIB en 2026) et surtout de la dépense sociale (34 % du PIB). Les charges d’intérêts sur la dette explosent.

Les dépenses militaires hors pensions sont passées de 32 milliards d’euros en 2017 à 50,5 milliards d’euros en 2025 et 57,1 milliards d’euros en 2026. Mais elles ne représentent que 1,7 % du PIB en 2025 et 1,87 % du PIB en 2026. En incluant les pensions et les dépenses dites du monde combattant, les dépenses complètes de défense – normes Otan – sont passées de 2,05 % du PIB en 2025 à 2,24 % en 2026. La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 a bénéficié cet été d’une hausse de son budget à 436 milliards d’euros.

À la suite des pressions américaines, les pays membres de l’Otan se sont engagés au sommet de La Haye en juin 2025 à porter leurs dépenses à 5 % du PIB d’ici à 2035 dont 3,5 % du PIB en dépenses militaires et 1,5 % du PIB en dépenses de sécurité et cybersécurité, et en infrastructures.

Avec la nouvelle LPM, l’effort de défense français devrait atteindre 2,5 % du PIB en 2030. Or la modernisation simultanée des deux composantes de la dissuasion française – d’une part, la mise en chantier des sous-marins SNLE 3G et le développement des missiles M51-3 pour la composante océanique et, d’autre part, la fabrication des missiles air-sol nucléaires de 4e génération hypersoniques (ASN4G) – devrait coûter 52 milliards d’euros sur la durée.

Le triple risque est celui d’un épuisement budgétaire par absence de réforme de la colossale protection sociale, d’un dérapage budgétaire sur le nécessaire effort de dissuasion nucléaire, et donc d’un sous-investissement dans les forces classiques. Pour éviter cet écueil, il faudrait effectivement porter les dépenses militaires à 3,5 % du PIB en 2035 au moment où les intérêts sur la dette publique pourraient être au même niveau ou plus encore. Le plus probable, en l’absence d’un changement complet de la politique économique et stratégique de la France dès 2027, est que la France soit à genoux avant 2035, surtout si les marchés financiers perdent confiance dans la capacité des autorités françaises à réformer.

L’explosion qui vient

Quelle politique économique et stratégique permettrait de financer simultanément la reconstruction de l’école publique et de nos capacités militaires, de renforcer réellement notre secteur productif et de restaurer la sécurité interne et externe du territoire pour conduire un effort massif d’innovation technologique et d’investissement productif ? Silence total des candidats à la présidentielle.

Si l’on intègre les subventions publiques aux régimes de retraite publics et privés, la situation budgétaire de la France se résume à un déficit public structurel de 5 % du PIB dont 3 % du PIB de subventions non financées au bénéfice des retraites. Explosion certaine !

La dépense publique actuelle de 57,4 % du PIB est supérieure de 8 points de PIB à celle de la dépense publique dans les vingt autres pays membres de la zone euro, dont 5 points de PIB pour la protection sociale et 2,75 % de PIB pour les retraites. Que proposent les deux candidats extrêmes ? Le retour à la retraite à 60 ou 62 ans, soit un excès de dépense pour les seules retraites par rapport à nos compétiteurs, qui portent leur âge de départ à la retraite à 67 ans.

Le niveau de désinformation nécessaire pour être élu sur la base de ces mensonges systémiques va être stratosphérique.

Christian Saint-Etienne était l’invité de Raphaël Legendre dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce vendredi 5 septembre 2025.

Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.

Ce vendredi 5 septembre, Raphaël Legendre a reçu Christian Saint-Étienne, économiste, Dany Lang, enseignant chercheur en économie à Sorbonne-Paris Nord, et Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Échos, dans l’émission Les Experts sur BFM Business.

Christian Saint-Etienne était l’invité d’Elizabeth Martichoux dans l’émission « 24H Martichoux » sur LCI, ce jeudi 4 septembre.

Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.

Au sommaire : Troupes en Ukraine, “26 pays engagés” (Macron). “Aucun doute sur l’engagement US” (Macron). Allocation sociale unique, le vrai du faux. Déficit, la piste d’une allocation sociale unique.

Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mercredi 22 mai.

Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.

Ce mercredi 22 mai, Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l’OFCE, Jean-Pierre Petit, président des Cahiers Verts de l’économie, et Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des Économistes, se sont interrogés sur l’enquête lancée par le Parlement à l’encontre du ministre Bercy, notamment sur les raisons de la croissance de la dette, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.