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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce vendredi 16 mai 2025.

Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.

Ce vendredi 16 mai, Xavier Jaravel, professeur à la London School of Economics, Jean-Pierre Petit, président des Cahiers Verts de l’économie, et Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des Économistes, ont partagé leurs avis sur les contre-performances de l’économie chinoise et sur la décision du groupe pharmaceutique français Sanofi d’affecter 20 milliards d’euros d’investissements aux États-Unis, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.

Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce vendredi 16 mai 2025.

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Ce vendredi 16 mai, Xavier Jaravel, professeur à la London School of Economics, Jean-Pierre Petit, président des Cahiers Verts de l’économie, et Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des Économistes, sont revenus sur l’attractivité économique des USA par rapport à celle de l’Europe dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.

Les Echos – 14 mai 2025

En voulant passer du rôle de protecteur de l’ordre mondial créé par les Etats-Unis à une logique impériale à la Poutine, Trump systématise l’affaiblissement de la puissance américaine. « Make America Small Again », analyse Christian Saint-Etienne.

On a déjà beaucoup écrit sur la destruction de l’ordre mondial par Trump. De quel ordre s’agit-il ? Il a été édifié pendant sept décennies par les Etats-Unis eux-mêmes à partir de la conférence de Bretton Woods en juillet 1944, qui voulait reconstruire le système monétaire et financier mondial, et des accords du GATT d’octobre 1947, pour harmoniser les politiques douanières des 23 pays signataires à l’origine.

Parallèlement à cet ordre économique et financier, la Charte des Nations unies fut signée à San Francisco le 26 juin 1945. Elle codifie les grands principes des relations internationales, avec l’égalité souveraine des Etats, quelle que soit leur taille, et l’interdiction d’employer la force dans ces relations. L’Organisation des Nations unies est instituée le 24 octobre 1945 par les 51 premiers Etats membres.

De l’URSS à la Chine

Sur le plan militaire, l’Otan a été créée le 4 avril 1949 et compte 32 membres en 2025. L’Alliance, qui avait perdu sa raison d’être avec la fin de l’Union soviétique en 1991, l’a retrouvée en 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Des années 1980 aux années 2020, les Etats-Unis avaient conclu avec l’URSS puis la Russie des traités de limitation des armes nucléaires qui ont été remis en cause par la montée en puissance de la Chine, qui ne veut pas en faire partie.

Cet ordre monétaire, militaire, économique et financier a été construit pas à pas par les Etats-Unis pour éviter le retour des guerres militaires, monétaires et douanières sur la planète, après les épisodes désastreux des années 1930. Les Etats-Unis avaient ensuite négocié le traité transpacifique (TPP) le 4 février 2016, qui visait à corriger les conséquences négatives de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, sans avoir signé les protocoles ouvrant ses marchés publics ou interdisant les subventions aux exportations. Ils avaient négocié durement un accord sur le nucléaire iranien le 14 juillet 2015 qui visait à contrôler l’essor des armes nucléaires de ce pays.

Les Etats-Unis avaient donc constitué pendant sept décennies, de 1944 à 2016, un ordre global qui servait leurs intérêts mais qui était assez ouvert pour permettre l’essor économique de tous les pays y adhérant. Trump avait déjà porté des coups de canif à cet ordre mondial. Le 23 janvier 2017, il avait désengagé les Etats-Unis du TPP, à la stupéfaction des géostratèges américains, avant d’ensuite quitter l’accord sur le nucléaire iranien le 8 mai 2018. Parallèlement, il lançait une renégociation de l’Accord commercial nord-américain (Alena) qu’il avait violemment condamné dans sa campagne en 2016.

Fascination pour les dictatures

Trois constantes émergent des décisions de Trump. D’abord, un mépris sans nom pour les autres pays. Sur l’Iran, il fait comprendre qu’il va mettre le pays à genoux pour qu’il signe un accord meilleur que celui de 2015 : échec total car les Iraniens, peuple millénaire, refusent de se coucher face aux injonctions de Trump. Deuxième constante, des concessions telles qu’il finira par exemple par signer en 2018 un nouvel Aléna très peu différent du premier. Enfin, émerge une fascination pour les dictatures.

En voulant passer, au début de 2025, du rôle de protecteur de l’ordre mondial créé par les Etats-Unis à une logique impériale à la Poutine lui permettant éventuellement d’accaparer le Groenland ou le Canada, Trump systématise l’affaiblissement de l’ordre international américain, décrédibilise ses fondements et affaiblit les alliances politiques et militaires qui construisaient l’influence américaine dans le monde. Mais Trump est obligé de reculer quand les marchés obligataires rejettent sa politique tarifaire en avril 2025. De plus, il dessert les intérêts américains car les flux commerciaux vont se réorganiser pour contourner les Etats-Unis. Trump prépare MASA : « Make America Small Again ».

Christian Saint-Etienne, économiste, auteur de « Trump et nous Comment sauver la France et l’Europe » (Ed. Odile Jacob) et Guillaume Ancel, ancien officier et chroniqueur de guerre, auteur de « Comment défendre la paix sans avoir peur de se battre », (Ed. Autrement), étaient les invités de Hedwige Chevrillon dans La Grande Interview, ce mardi 13 mai. Ils ont parlé des sujets probables qu’Emmanuel Macron va évoquer lors de son discours de ce soir sur TF1, la guerre commerciale et les droits de douane américains, la visite de Donald Trump en Arabie Saoudite et la guerre en Ukraine, sur BFM Business.

Christian Saint-Etienne était l’invité d’Aude Kersulec dans l’émission « Ecorama – La Grande Interview » ce mardi 15 avril 2025.

Trouver 40 milliards d’euros d’économies : c’est l’objectif annoncé par le ministre de l’Economie, Eric Lombard pour l’année prochaine, sans augmentation d’impôts. D’où pourrait venir le tour de vis ? Cet objectif est-il réaliste ? Christian Saint-Etienne, économiste et professeur au Conservatoire national des arts et métiers, était l’invité de l’émission Ecorama du 15 avril 2025, présentée par Aude Kersulec sur Boursorama.com.

Les Echos – 7 avril 2025

Christian Saint-Etienne convoque les grands penseurs et l’histoire pour déplorer que, dans une France étouffant sous le poids de la fiscalité et de la centralisation, « la diatribe politicienne a remplacé la spéculation philosophique ».

Les fondements conceptuels, philosophiques et politiques de la démocratie libérale représentative s’élaborent aux XVIIe et XVIIIe siècles avec Hobbes, Locke et Montesquieu qui formalisent la philosophie politique libérale construite sur l’individu de raison responsable de ses actes. Dans la même période, Bacon, Descartes et Newton refondent la science moderne.

Alors que Descartes et Leibniz travaillaient en mode hypothéticodéductif à la recherche d’une théorie unifiée du tout, Bacon et Newton voulaient partir des faits, y trouver des régularités et les expliquer dans une approche inductive. Pour Bacon, le savoir doit être utile, notamment pour améliorer les conditions de vie de l’humanité qui, pour l’essentiel, n’avaient pas changé depuis les Grecs.

Syllogismes

Avant Bacon, Galilée et Newton, la notion de protocole expérimental pour résoudre une question pratique ou théorique est étrangère à la réflexion qui obéissait à la connaissance déductive à base de syllogismes, méthode venant des philosophes grecs. Après Bacon, la science expérimentale cesse de se donner pour but de confirmer ce que l’on savait déjà pour tenter d’expliquer ce que l’on ne sait pas encore. Bacon produisit, avec le « Novum Organum » (1620), une synthèse puissante qui installa la science expérimentale au cœur des réflexions des savants européens.

Si l’on a beaucoup opposé le « Novum Organum » et le « Discours de la méthode » (1637) dans leur démarche, avec des controverses marquées aux XVIIe et XVIIIe siècles, on peut aussi considérer que les œuvres de Bacon et Descartes se complètent pour engendrer la révolution scientifique qui permettra le déclenchement de la révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle.

Double révolution intellectuelle

La double révolution intellectuelle de la philosophie politique libérale centrée sur l’individu de raison et de la science expérimentale est une révolution européenne. Cette double révolution aurait pu intervenir en Chine, en Inde, dans le monde musulman ou les grands royaumes africains qui avaient plus de richesses que l’Europe aux XVIIe-XVIIIe siècles, mais dont les structures politiques et sociales interdisaient les innovations philosophiques et scientifiques introduites en Europe à cette époque.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les Français vont exceller dans la théorie, et les Anglais, dans la mise en oeuvre de techniques permettant d’augmenter la production de richesses. Par exemple, en s’appuyant sur des préoccupations techniciennes visant à améliorer le fonctionnement de la machine à vapeur, Nicolas Sadi Carnot pose en 1824 les bases d’une science nouvelle, la thermodynamique. C’est sur cette base que se développeront le moteur thermique et le moteur à réaction. Au même moment, les Anglais multiplient les machines à vapeur dans la production et augmentent leur productivité.

Là où Bacon, Locke et Newton contribuèrent à fonder une approche pragmatique du gouvernement qui joua un grand rôle dans la Révolution glorieuse de 1688-1689, la France cartésienne et centralisée vit son économie stagner. La noblesse anglaise s’intéressait aux techniques productives et investit dans l’agriculture et la petite industrie pour augmenter la productivité du travail quand la noblesse française s’intéressait à la spéculation philosophique et scientifique et aux jeux de Cour, tout en délaissant ses domaines agricoles à la productivité stagnante. La France paiera cher la sous-productivité de son économie dans ses affrontements directs avec l’Angleterre jusqu’en 1815.

Si l’on remplace Angleterre par Allemagne ou Etats-Unis, qu’est-ce qui a changé en France en 2025 ? La diatribe politicienne a remplacé la spéculation philosophique. Une centralisation hébétée étouffe la nation de sa fiscalité. L’industrie stagne et l’agriculture est en panne.