Presse

Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mercredi 18 avril 2023.

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Ce mercredi 19 avril, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des économistes, Benjamin Coriat, professeur de sciences économiques à Paris 13, et André Loesekrug-Piétri, président de Jedi et fondateur d’A Capital, se sont penchés sur le tollé provoqué par Bruno Le Maire après sa déclaration sur BFMTV indiquant qu’il comptait bien lutter contre la fraude fiscale et sociale, notamment le fait que l’on puisse toucher des aides sociales directement sur un compte détenu à l’étranger, ainsi que sur « France Travail », le nouveau service public de l’emploi qui sera prochainement dévoilé par le gouvernement, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.

Le Figaro – 10/04/2023

L’effondrement de notre balance commerciale est profondément lié à la faiblesse de notre industrie, analyse l’universitaire et économiste*, une spirale qui explique le déclin économique de la France en Europe et que seule une politique de réindustrialisation massive pourra enrayer.

Le déficit commercial a atteint 164 milliards d’euros en 2022, contre 85 milliards d’euros en 2021. La dégradation du solde commercial de 2019 à 2022 résulte de la dégradation du solde énergétique à hauteur de 60 % et de celui des échanges de produits industriels pour 40 %. Entre 2019 et 2022, la France a perdu des parts de marché et dégradé son solde extérieur dans presque tous les secteurs industriels. Le déficit des échanges de biens et services a atteint 3,3 % du PIB en 2022, soit le déficit le plus élevé depuis 1948.

La part de la France dans les exportations de biens de la zone euro a baissé de 31 % de 2000 à 2022, période au cours de laquelle la part de l’industrie manufacturière dans le PIB a baissé d’autant et notre part dans les exportations mondiales de produits manufacturés a baissé de moitié.

Les économies des pays développés ont un secteur des services qui représente 80 % de leur PIB. On ne peut comprendre l’importance de l’industrie si l’on ignore ce que j’appelle le paradoxe des deux fois 80 %. Alors que nos économies sont à 80 % des économies de services, 80 % des exportations mondiales de biens et services, hors matières premières et énergie, sont des exportations de produits manufacturés. De plus, on croit pouvoir se passer de l’industrie grâce à la recherche et développement (R&D) pour rester à la pointe des transformations globales. Or l’industrie effectue plus de 85 % de la R&D mondiale. Pour dire les choses clairement : « pas d’industrie = pas de R&D et pas d’exportations ».

Il faut également comprendre qu’un pays qui rate une révolution industrielle entre en sous-développement relatif et s’appauvrit rapidement. Ce sont le sous-développement de l’industrie et la dérive de la dépense et de la dette publiques qui expliquent l’effondrement économique relatif de la France en Europe depuis l’an 2000.

La part de la France par rapport à l’Allemagne dans l’industrie de la zone euro a chuté de 49,5 % en 2000 à 35,1 % en 2 021. Le poids relatif de l’industrie française par rapport à l’allemande est donc tombé de la moitié en 2000 au tiers en 2022. Compte tenu des investissements massifs en Allemagne dans la voiture électrique et les semi-conducteurs, le poids relatif de l’industrie française par rapport à l’industrie allemande va continuer de baisser en 2023-2025.

En dépit du plan d’investissement de 30 milliards d’euros sur cinq ans, annoncé en octobre 2021 et intitulé France 2030, – tourné notamment vers les petits réacteurs nucléaires, l’hydrogène vert et la décarbonation, les biomédicaments et l’espace -, la désindustrialisation relative du pays va s’aggraver d’autant plus que ce nouveau plan ne corrige pas les défauts d’éparpillement des précédents Plans d’investissement d’avenir (PIA). Les PIA, initiés en 2010, n’ont permis ni de freiner la désindustrialisation du pays, ni même d’augmenter l’effort national de R&D qui stagne à 2,2 % du PIB.

Notre effondrement industriel depuis près d’un quart de siècle, depuis le dernier point haut de nos parts de marché à l’export en 1999 jusqu’au point bas de 2022, explique notre plongée dans le déficit extérieur massif récurrent, l’affaiblissement des gains de productivité et la paupérisation relative du pays dont le niveau de vie a baissé d’environ 12 % depuis quinze ans par rapport à l’Allemagne. De plus, notre déficit public s’établira à 4,5 % du PIB en 2023, alors qu’il faudrait le réduire en urgence à 1,5 % du PIB pour enclencher une baisse sensible du ratio d’endettement public en proportion du PIB.

Seule une industrie compétitive, numérisée, robotisée et électrifiée et des services à forte valeur ajoutée peuvent nous donner une croissance décarbonée plus rapide offrant des emplois rémunérés 30 % à 50 % de plus que dans les services à la personne. Si le gouvernement a pris tardivement des mesures pour arrêter notre effondrement industriel, il n’y a pas de prise de conscience collective dans notre pays sur la nécessité d’une stratégie de réindustrialisation massive et d’un doublement de la production d’électricité en vingt ans pour compenser l’élimination du charbon et la baisse du recours au gaz et au pétrole. Il faut notamment créer en urgence des zones industrielles vertes capables d’accueillir rapidement des industries propres. C’est la stratégie de l’Allemagne et des Pays-Bas tandis que la France se déchire sur les questions sociales.

Les Echos – 5/04/2023

La France manque cruellement d’entreprises de taille intermédiaire. Il est nécessaire de protéger ce type d’entreprenariat par la Constitution.

Les ETI sont ces entreprises de taille intermédiaire, ayant entre 250 et 5.000 salariés et un chiffre d’affaires inférieur à 1,5 milliard d’euros, qui manquent tant à la France. Il y a 5.500 ETI dans notre pays au sein des 3,3 millions d’entreprises « principalement marchandes non agricoles et non financières » (PMNAF) selon la classification de l’Insee, contre 8.000 en Italie et 12.500 en Allemagne. Nos ETI emploient 3 millions de salariés (ETP), réalisent 30% du chiffres d’affaires, 27% des investissements et 26% de la valeur ajoutée des entreprises PMNAF. Parmi les 2,7 millions de salariés (ETP) que compte l’industrie manufacturière, 37% sont employés par des ETI.

Il est crucial de noter que les pays qui ont gardé une industrie exportatrice puissante ont beaucoup plus d’ETI que les pays désindustrialisés comme la France. Or les impôts de production frappent particulièrement l’industrie. Ils ont atteint 3,8% du PIB en 2021 en France, contre 0,7% en Allemagne et en Suisse et 2,8% en Italie. Il est donc urgent de supprimer la C3S qui taxe le chiffre d’affaires réalisé en France et la CVAE qui, en taxant la valeur ajoutée, pénalise l’investissement et l’indispensable montée en gamme de notre économie. La loi de finances pour 2023 acte la suppression de la CVAE sur deux ans à compter de 2023. Il faudra ajouter la suppression de la taxe foncière sur les propriétés bâties (TPFB) et de la CFE pour les établissements industriels (perte de recettes de 3,2 milliards d’euros) pour s’aligner sur l’Italie.

Des fondations productives

Pour que ces mesures enclenchent le redressement de notre industrie, il faut créer une Agence foncière nationale (AFN) qui équipe en cinq ans un millier de zones industrielles électrifiées et numérisées (ZIEN) de 200 à 300 hectares. l’AFN acquiert les terrains, les dépollue si nécessaire, et fait faire les fouilles archéologiques, tout en les faisant classer en ZIEN, afin de pouvoir accueillir en quelques semaines les entreprises candidates à des pôles de développement cohérents.

Mais il faut aussi stopper le massacre de nos PME et ETI lors des successions. Je propose de créer des fondations productives, comme en Allemagne, ayant pour objet de détenir des actions de sociétés industrielles et commerciales apportées par des personnes physiques qui n’en auraient plus la disponibilité pendant des périodes très longues (huit à douze ans) et renouvelables. Aussi longtemps que ces conditions seraient respectées, les actions et revenus capitalisés dans les fondations seraient isolés du patrimoine personnel des personnes physiques ayant fait l’apport partiel ou total des leurs actions aux fondations productives, y compris au moment des successions.

Ces fondations, créées par un article de la Constitution lors d’une réforme remplaçant le principe de précaution par un principe de responsabilité, seraient le support d’un entreprenariat de long terme au service de la création de richesses et d’emplois sur notre territoire.

Il s’agit de protéger constitutionnellement l’entreprenariat industriel et commercial exigeant des investissements à long terme dans des activités industrielles mais aussi de services à forte valeur ajoutée. Cela permettrait à la France de rattraper son retard dans l’industrie, l’agroalimentaire, l’énergie et le numérique – notamment dans les biotechs, l’intelligence artificielle et la fabrication de microprocesseurs et ordinateurs.

Christian Saint-Etienne était l’invité de Guillaume Durand ce mardi 4 avril 2023 dans l’émission « Les Stars de l’info » sur Radio Classique.

A 8h15 du lundi au jeudi, Guillaume Durand reçoit pendant 10 minutes des personnalités politiques et de la vie civile, pour leur poser les questions qui préoccupent en premier plan les Français. Renaud Blanc présente l’émission chaque vendredi.

Ce samedi 1er avril, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM, membre du Cercle des économistes, s’est penché sur son livre « Le conflit sino-américain pour la domination mondiale », aux éditions Alpha, tandis que Bruno Alomar, économiste, a abordé son ouvrage « La reforme ou l’insignifiance », aux éditions de l’École de Guerre, dans la parole aux auteurs dans l’émission la librairie de l’éco présentée par Emmanuel Lechypre. La librairie de l’éco est à voir ou écouter le samedi sur BFM Business.

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Par Jean-Louis Chambon, Président du Prix Turgot

A chaque nouvelle année, on se plait à attendre (il arrive même qu’on les redoute…), les « nouvelles parutions » classiques des quelques économistes nationaux qui font référence, et stimulent par leurs talents la littérature et la réflexion économique au sens large du terme. Christian Saint-Etienne est de ceux-là. Economiste et (ancien) homme politique, universitaire et auteur de nombreux ouvrages marquants, il peut se prévaloir d’une expérience assez unique, à l’international (FMI) et en haute finance (dirigeant de groupe bancaire) qui lui ont valu avec la reconnaissance de ses pairs des Prix prestigieux : Grand Prix Turgot en 2012 et en 1994 – pour le « Combat de la France », le prix Vauban 2013, Prix de l’Académie des sciences morales et politiques, entre autres. Il sait se montrer fidèle, comme il l’est en amitié, à ce rendez-vous annuel, à la rencontre de ses nombreux lecteurs. Son nouvel essai, remarquablement documenté et riche de ses précédents travaux académiques, paru les tous premiers jours de 2023, braque le projecteur sur le nouvel ordre mondial qui s’installe à marche forcée, sous fond de conflit sino-américain pour la domination mondiale.

Simultanément l’Europe et la France « pataugent », tandis que l’Allemagne tente (vainement ?) de confirmer sa position dominante en Europe et que la Russie vient de choisir de rompre avec tous ses engagements et son statut de membre du conseil de sécurité des Nations Unies en déclarant une guerre dont elle n’assume pas le nom, à un Etat souverain, l’Ukraine.

Il reste que les principaux conflits économiques et stratégiques sont « ordonnés par la rivalité pour le leadership entre la Chine et les Etats-Unis ». Ces deux « puissances déterminées » qui s’imposent dans la « révolution iconomique[1] », relèguent de facto en deuxième division des acteurs déclinants comme l’Union européenne, l’Inde, la Russie et hélas… la France. L’auteur s’interroge sur le point de savoir si ce nouveau conflit mondial, combat frontal, commercial, numérique, voire de « comparaison de pensées » entre Biden (qui n’est pas aussi éloigné sur ce point de celle de Trump) et le « nouvel empereur » Xi est… inévitable ? La nouvelle « marche en avant » vers une Chine moderne, et la prise de conscience des limites nécessaires au rêve Américain d’incarner pour la nuit des temps la « Nation indispensable » qu’ils n’ont cessé de penser, permettront-elle, grâce à ces points de contacts entre les deux géants, d’avancer vers la création d’un ordre mondial pacifié ? L’auteur veut y croire tout en étant particulièrement lucide sur la voie de passage étroite entre le « piège de Thucydide » (une puissance dominante entre en guerre contre une puissance émergente par peur de sa montée en puissance) et celui de « Kindleberger » (la puissance dominante n’a plus les moyens économiques et financiers de stabiliser l’économie mondiale, tandis que celle, montante, ne veut pas exercer le leadership).

Il reste que « dans le cadre de ce duopole conflictuel sino-américain tous les conflits sur la planète sont instrumentalisés pour faire avancer les intérêts de l’un ou de l’autre des deux géants ». Mais, cette analyse géostratégique mondiale porte tout autant par effet miroir, sur la position de la France dans le Monde : le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’y a pas place dans ce chapitre pour la langue de bois : « […] encore 4e puissance mondiale en 1999, l’effondrement relatif du pays s’est accéléré […] 7e en 2023 et chute vers la 10e ou 12e place, gavée de déficits, une insécurité dans les grandes villes parmi les derniers rangs internationaux et une Ville Lumière qui s’acharne à devenir une Ville Poubelle ».

Le basculement de leadership européen de la France à l’Allemagne s’est traduit indiscutablement par l’affaissement de la France. Dans le nouvel ordre mondial, la France joue son existence de puissance stratégique significative. En « libéral modéré », l’auteur reste convaincu que le défi peut être relevé. Mais, « il ne faut pas tout attendre d’un homme (ou d’une femme) providentiel, doté d’une baguette magique. » Tout le mérite de cet ouvrage stimulant est de montrer qu’une voie existe et qu’un programme peut être mis en oeuvre pour rebondir, si – et seulement si – les Français en comprennent l’urgence et le veulent vraiment avec trois priorités : réindustrialiser, reconstruire l’école, réarmer.

Cet essai, d’une rare densité, s’appuyant pertinemment sur des notes nombreuses reprenant des contributions précédentes de l’auteur, apporte des éléments de réponse argumentés aux grandes questions géostratégiques. Il sera tout autant précieux pour un large public, praticiens universitaires et étudiants auxquels il pourra servir de « bible » de politique économique et géopolitique.

[1] L’iconomie, du grec eikon (image) et nomos (organisation) est un néologisme d’origine brésilienne (Schwartz) et cher à l’auteur, qui désigne l’économie des icônes, de l’information et de la connaissance.

Christian Saint-Etienne était l’invité de François Geffrier dans l’émission « Les Stars de l’éco » sur Radio Classique ce mercredi 8 mars 2023.

Les stars de l’éco, ces personnalités qui par leur engagement et leur vision révolutionnent les grands secteurs de l’économie française et internationale.