Christian Saint-Etienne était l’invité d’Emmanuel Cugny dans l’émission « Les débats de l’éco » sur France Info, le samedi 8 octobre 2022.
Crise de l’énergie : vers l’implosion de l’Europe ?
Lundi dernier, le ministre français des Finances Bruno Le Maire a appelé les pays européens à l’unité et à la solidarité face à la flambée des prix de l’énergie. Cet appel intervenait quelques jours après l’annonce par Berlin d’un plan de soutien unilatéral de 200 milliards d’euros à l’économie allemande. L’ampleur de ce paquet a suscité les critiques de plusieurs dirigeants qui craignent une concurrence déloyale et une fragmentation du marché unique européen : tous les Etats ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre budgétaires que l’Allemagne.
Renationaliser EDF, et après ?
L’État a lancé mardi dernier le processus de renationalisation d’EDF, une opération à 9,7 milliards d’euros voulue par le gouvernement pour relancer un vaste programme nucléaire après une année noire pour l’électricien. Ce retour dans le giron de l’Etat doit permettre de pouvoir planifier et investir sur le très long terme, affirme Bercy. Et après ?
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 6 octobre 2022.
Cliquez ici pour visionner le replay sur le site de l’émission.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 6 octobre 2022.
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Les Echos – 4/10/2022
Dix chiffres comme autant de propositions pour éviter les erreurs commises il y a deux ans.
En 2019, la réforme des retraites a échoué pour deux raisons : par péché d’orgueil car l’on voulait remplacer 42 régimes par 1 seul, et parce qu’on a voulu cacher la nécessaire réforme paramétrique sous un régime dit « par points », la valeur de ces derniers baissant subrepticement sur la longue durée. Pour éviter ces deux erreurs, il faut reconnaître qu’il y a 5 façons de se relier au marché du travail, et donc 5 régimes s’imposent.
1. Pour les salariés du privé.
2. Pour les fonctionnaires de l’Etat qui s’engagent à vie avec des salaires faibles à condition d’espérer vivre décemment à la retraite.
3. Pour les indépendants, dont le nom dit tout : pourquoi un Etat centralisateur devrait-il gérer leur régime ?
4. Pour les régimes spéciaux du public (EDF, RATP, SNCF) qui doivent rester indépendants compte tenu de suggestions spécifiques.
5. Pour les régimes spéciaux du privé (médecins, avocats, etc.) qui sont excédentaires : pourquoi un Etat mal géré devrait-il prétendre gérer des régimes excédentaires ?
La deuxième erreur à éviter est de vouloir cacher la réforme paramétrique que les Français voient à livre ouvert. Ce n’est jamais bon de les prendre pour des imbéciles.
L’allongement de la durée de vie depuis la dernière réforme de 2010 devrait conduire à fixer l’âge de départ à la retraite à 65 ans avec une durée de cotisation de 44 ans. Même si une majorité des travailleurs du privé partent à 63,5 ans, le pays n’est pas prêt pour 65 ans. Il semble raisonnable de se caler sur 64 ans et 44 ans. Pour favoriser la natalité, on peut réduire de 4 mois par enfant avec un plafond de 16 mois, les deux paramètres. De même, pour prendre en compte la pénibilité, on peut construire une échelle de pénibilité permettant de réduire au maximum les deux paramètres de 18 mois, le maximum ne devant pas concerner plus de 15 % des travailleurs. Les deux paramètres seraient plafonnés à 24 mois. Ainsi, au maximum de ces deux cas, l’âge de départ serait à 62 ans avec une durée de 42 ans, les branches pouvant négocier une réduction supplémentaire d’un an à leurs frais. On peut gager qu’en moyenne, l’âge de départ serait à 63,5 ans avec une durée de 43 ans, tout en donnant un avantage aux familles et aux emplois pénibles.
Il faut enfin limiter les régimes de retraite en répartition en annuités à près de trois fois le plafond de la Sécurité sociale arrondi à 120.000 euros par an, pour calculer cotisations et prestations, et mettre en place des régimes assurantiels privés au-delà. Et il faut innover avec la mise en place du régime 80-90-100 %, négocié par branche, permettant aux travailleurs, à partir de l’âge de 63 ans, de travailler 4 jours par semaine (80 %), en touchant 90 % du salaire, et en venant le cinquième jour faire du tutorat pour les jeunes ou enseigner dans les CFA (100 % du temps). C’est reconnaître la valeur de l’expérience plutôt que de virer les gens comme des malpropres après 60 ans.
Enfin, il faut arrêter de concentrer l’essentiel de la formation permanente sur les moins de 40 ans, ce qui justifie de virer les gens réputés mal formés à 50 ans. Donc pour frapper l’attention, 40 % des fonds doivent bénéficier aux plus de 40 ans. Pour réussir la réforme des retraites, il faut donc 10 chiffres : 5 régimes, 64 ans pour l’âge de départ, 44 ans de durée de cotisation, 2 ans de bonus, 120.000 euros de plafond, 80-90-100 % de valorisation de l’expérience, 40 % de formation pour les plus de 40 ans. Et beaucoup d’amour pour les travailleurs.
Les Echos – 14/09/2022
La dérive budgétaire de la France a évidemment été spectaculaire sous l’effet de la crise du Covid-19 et du « quoi qu’il en coûte ». Sommes-nous pour autant en perdition ? La réponse doit être nuancée.
Le déficit public, c’est-à-dire le déficit de l’ensemble des administrations publiques, est passé en pourcentage du PIB de 2,3 % en 2018 à 8,9 % en 2020 et atteindra vraisemblablement 5,2 % en 2022 hors nouveau choc macroéconomique ou géostratégique avant la fin de l’année. La dette publique brute devrait passer de 98 % du PIB en 2018 à 113 % du PIB en 2022, soit une dégradation apparemment limitée compte tenu de la violence du choc. Elle est du même ordre de grandeur que la hausse en pourcentage de PIB de la dette de l’Italie et de l’Espagne sur la même période, mais elle atteint le double de la hausse de la dette publique en pourcentage du PIB de la zone euro et de l’Allemagne, sans parler des Pays-Bas dont la dette n’augmente pas sur la période !
Les points d’inquiétude sont autres. Le premier est lié au niveau d’entrée dans la crise. En 2019, la dette publique en pourcentage du PIB était à 97 % en France, contre 59 % en Allemagne, un écart de 38 points de PIB, alors que ces ratios de dette étaient comparables en 2007 avant la crise des subprimes. Donc la dérive des finances publiques françaises s’opère sur la période 2008-2017 sans correction ultérieure.
Le second est pire et concerne l’avenir. Le gouvernement a publié en juillet son programme de stabilité 2022-2027 qui fait apparaître un incroyable laxisme dans la gestion des finances publiques de la France à l’horizon du quinquennat. La dette publique serait au même niveau en 2027 qu’en 2022, soit 113 % du PIB, ce qui ne laisse aucune marge de manoeuvre en cas de nouveau choc macroéconomique international. Sachant que les chocs majeurs coûtent à la France une quinzaine de points de PIB, soit le double qu’en Allemagne, nous serions très vite en très grande difficulté financière. Le déficit public reste égal ou supérieur à 5 % du PIB en 2023, soit le maintien du déficit de 2022 ! L’incapacité du gouvernement de mener des réformes structurelles portant sur la dépense de protection sociale ou celle des collectivités locales devient un problème stratégique majeur qui porte atteinte à notre souveraineté financière au moment où nous devons renforcer considérablement nos capacités militaires.
La crise énergétique est un autre signal de l’impuissance stratégique des autorités publiques actuelles. L’actuelle Première ministre axe toute sa politique énergétique sur les restrictions de consommation et les punitions qui seront infligées aux entreprises qui ne respectent pas les « instructions » publiques. Aucune perspective n’est offerte en matière d’augmentation des capacités de production électrique. Or si l’on veut réussir la transition énergétique tout en réindustrialisant le pays, il faudra doubler la production électrique sur une vingtaine d’années afin de réduire la consommation de pétrole et éliminer le charbon.
La crise des finances publiques françaises est avant tout un élément de la crise générale de la décision publique qui s’affirme depuis dix ans comme mentalement bloquée sur le court terme, archaïque dans ses choix et limitée à des processus administratifs qui dévitalisent une nation autrefois tournée vers l’avenir, comme ce fut le cas dans les années 1960 et 1970 et dans une certaine mesure dans les années 1980. Quand sortirons-nous de trois décennies de renoncements ?
Christian Saint-Etienne était l’invité de Sorya Khaldoun dans le journal de 23h sur France Info TV ce vendredi 2 septembre 2022.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 1er septembre 2022.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 1er septembre 2022.
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Les Echos – 31/08/2022
L’essor des ETI doit être la boussole de notre politique économique… d’autant plus que les mesures prises dans leur intérêt sont bonnes pour toutes les entreprises.
Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont entre 250 et 5.000 salariés et un chiffre d’affaires compris entre 50 millions d’euros et 1,5 milliard d’euros. Selon l’Insee, leur nombre est passé de 4.600 en 2009 à 5.400 en 2016 et 5.900 en 2019.
Pour replacer les ETI dans le secteur marchand, en 2019, il y avait 4,1 millions d’entreprises dans les secteurs marchands non agricoles et non financiers. Parmi ces dernières, près de 700.000 relèvent des secteurs de l’enseignement, de la santé et de l’action sociale et 100.000 entreprises sont des exploitations forestières, des auxiliaires de services financiers et d’assurance. Il en résulte que 3,3 millions d’entreprises composent les « secteurs principalement marchands non agricoles et non financiers ».
Il y a 5.500 ETI au sein des 3,3 millions d’entreprises « principalement marchandes non agricoles et non financières », sur les 5.900 ETI recensées en 2019. Elles emploient 3 millions de salariés (équivalents temps plein – ETP), réalisent 30 % du chiffre d’affaires, 27 % des investissements et 26 % de la valeur ajoutée de ces entreprises. En moyenne, elles emploient 550 salariés et comptent 10 unités légales. Parmi les 2,7 millions de salariés (en ETP) que compte l’industrie manufacturière, 37 % sont employés par des ETI.
Il est crucial de noter que les pays qui ont gardé une industrie exportatrice puissante ont beaucoup plus d’ETI que les pays désindustrialisés comme la France. L’Allemagne compte 12.500 ETI et l’Italie 8.000. Le poids de l’industrie manufacturière en pourcentage du PIB est de 20 % en Allemagne, 15,5 % en Italie et moins de 10 % en France. L’essor des ETI est donc excellent pour l’emploi et les exportations. Il doit être favorisé comme élément central du renouveau productif.
Afin de créer un choc de réindustrialisation et d’accélérer le développement de l’ensemble du secteur productif, il faut attirer les investissements internationaux tout en favorisant l’essor des ETI et des grosses PME par une baisse de l’impôt sur les sociétés prenant en compte les accords fiscaux internationaux conclus en 2021-2022. Le taux d’IS doit passer dès 2023 à 15 % jusqu’à 100.000 euros de résultat des entreprises, 18 % de 100.000 euros à 100 millions d’euros de résultat et 21 % au-delà.
Pour réindustrialiser, il faut également pouvoir accueillir les usines robotisées, numérisées et électrifiées qui sont au coeur de la transformation de notre système productif. Créons une agence publique mettant en oeuvre, avec les régions et les intercommunalités, une politique foncière stratégique par le développement rapide d’un millier de zones industrielles électrifiées de 300 à 500 hectares bénéficiant de toutes les autorisations techniques et environnementales préalables.
Et il faut définir, dans le cadre de la décarbonation, un programme de développement massif de la production électrique en investissant, outre le nucléaire, sur l’hydroélectrique, le photovoltaïque et l’éolien maritime. Notre potentiel électrique doit doubler en vingt-cinq ans. Tout en accélérant sur la biomasse et les pompes à chaleur. Il n’y a aucune stratégie publique forte, cohérente et lisible en la matière depuis quinze ans, sans parler des allers et retours sur le nucléaire.
Toutes les mesures prises pour aider les grosses PME et les ETI à grandir sont bonnes pour toutes les entreprises, pour chacun des territoires qui composent notre pays et pour l’emploi qualifié. La croissance des ETI doit être la boussole de notre politique économique.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Bénédicte Le Châtelier dans l’émission « En Toute Franchise » sur LCI ce samedi 23 juillet 2022.
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