Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mercredi 22 octobre 2014.
Au sommaire: Débat sur la modulation des allocations familiales. Livret A: est-ce un bon calcul de se replier sur les dettes publiques ? Avec: Guillaume Dard, président de Montpensier Finance, société de gestion et conseils en investissement, Christian Poyau, président directeur général de Micropole, société spécialisée en conseil, ingénierie et formation dans les domaines de la Business Intelligence, président de la Fondation Croissance Responsable, et Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM, auteur de « l’Iconomie pour sortir de la crise », chez Odile Jacob, co-auteur avec Robin Rivaton du « Kapital. Pour rebatir l’industrie » édité par la Fondapol, auteur de « France : État d’urgence. Une stratégie pour demain » Odile Jacob.
Les Echos – 1er octobre 2014
Le déficit public va se maintenir au-dessus de 4 % du PIB en 2014 et 2015. Est-ce souhaitable ou catastrophique ? Rappelons d’abord la raison fondamentale des inquiétudes portant sur la France. C’est le pays développé qui s’est le plus désindustrialisé depuis quinze ans, la part de la valeur ajoutée industrielle dans la production ayant chuté de 30 %. Compte tenu du rôle joué par l’industrie dans les exportations mondiales hors énergie et matières premières, avec une production industrielle retombée en 2014 au niveau de 1994, nos échanges extérieurs sont déséquilibrés depuis 2005 et le déficit de la balance courante a atteint près de 2 % du PIB en 2011-2013. L’économie est à l’arrêt en 2014, le pouvoir d’achat baisse depuis 2012 tandis que le déficit public ne se réduit pas en dépit d’une punition fiscale de 70 milliards d’euros en 2011-2013 et à nouveau d’environ 10 milliards d’euros en 2014. Les importations continuent de pénétrer nos marchés, signe du manque de compétitivité et d’attractivité de nos produits et services. Nos entreprises développent leurs activités hors de France compte tenu de l’écrasement fiscal et social de la production interne tandis que les investissements directs étrangers en France se sont effondrés. Certes, nous avons beaucoup d’atouts pour rebondir mais à force de passivité et d’archaïsme, on pourra bientôt nous appliquer le mot de Charles de Gaulle à propos du Brésil dans les années 1960 : « C’est un pays qui a son avenir devant lui, et pour longtemps encore ! »
C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier notre incapacité à réduire la dépense publique, qui se maintient à 57 % du PIB en 2014, comme en 2013. Les annonces de baisse de la dépense, une baisse toujours reportée dans les faits, apparaissent mirobolantes. La stagnation de l’activité ne permet pas que les hausses d’impôt ex ante se traduisent en baisse des déficits ex post. En un mot comme en cent, le pays est « planté ». Echoué dans la vase de la médiocrité et du renoncement à l’effort. Toute crédibilité du gouvernement est évanouie.
Dans cette situation délétère, renoncer à réduire le déficit, voire accepter qu’il dérape encore, apparaît suicidaire. De fait, il faut impérativement le maintenir en dessous de 4 % du PIB pour éviter un décrochage complet du marché de la dette publique qui serait mortifère, notre dernier atout étant la faiblesse historique des taux d’intérêt. Mais faut-il pour autant vouloir le ramener en urgence à moins de 3 % du PIB voire à l’équilibre comme en Allemagne ? Evidemment non, puisque cela affaiblirait plus encore la demande intérieure et pourrait provoquer un nouveau repli de la production. Dans ces conditions comment rassurer nos partenaires et redonner goût d’aller de l’avant aux entrepreneurs et investisseurs français ? Il faut réduire la dépense publique future et stabiliser les anticipations.
Quatre mesures s’imposent pour fixer un cadre cohérent de politique économique :
On ne peut maintenir le déficit public à un niveau élevé sans retrouver un début de crédibilité sur le moyen terme. Il faut agir vite. Sinon, nous aurons un ajustement subi à l’italienne.
Le choix est simple : l’intelligence tout de suite ou le bain de sang fiscal demain.
Le Figaro – 23/09/2014
« Se résigner à un déficit au-dessus de 4 % place la France dans une position très vulnérable »
Le président de la République, dans sa conférence de presse de la semaine dernière, a déclaré en substance, avec beaucoup d’assurance sur ce point, alors qu’il semblait douter de tout par ailleurs : « Non, nous ne ferons pas plus d’économies que les 50 milliards annoncés, car, au-delà, cela nuirait à la croissance. » Eh bien, Monsieur le Président, vous avez tort !
Mais de quelle dépense parle-t-on ? Et quelle est la situation du pays ? Car il ne faut pas se tromper de diagnostic. La situation économique de la France est catastrophique. Nos échanges extérieurs sont déficitaires depuis 2005. Le déficit de la balance courante a atteint près de 2 % du PIB de 2011 à 2013. La production industrielle est tombée en 2014 au niveau de 1994. Le déficit public est scotché au-dessus de 4 % du PIB chaque année de 2013 à 2015. La dette publique continue de dériver.
Mais il faut remonter plus loin. Le dernier point haut de l’économie française a été atteint en 1999. Au cours des quinze années suivantes, la part de la production industrielle dans le PIB a baissé de 30 %. Et la part des exportations françaises dans les exportations mondiales a chuté de plus de 40 %. Surtout, le taux de marge de nos entreprises était inférieur d’un tiers à celui des entreprises des pays qui sont nos principaux concurrents. Financièrement exsangues, trop spécialisées dans des productions de moyenne gamme, nos entreprises se trouvaient incapables de garder leurs parts de marché dans la zone euro et de profiter de la croissance mondiale hors zone euro.
La situation était donc déjà difficile en 2012 lorsque François Hollande a été élu. Mais il a déjà commis deux erreurs graves au moment où les Français lui confient le pouvoir. Le nouveau président a prononcé une série de discours menaçants contre la finance et les « riches » alors qu’il fallait promouvoir une finance régulée et exemplaire. En outre, il a annoncé une série de mesures coûteuses, dont un retour à la retraite à 60 ans pour la moitié de ceux qui partent à la retraite, qui vont peser sur la dépense publique. De surcroît, Hollande a augmenté massivement la fiscalité sur le capital et les entrepreneurs alors que la troisième révolution industrielle est hyper-capitalistique et hyper-entrepreneuriale.
Puis un nouvel Hollande a décidé de mettre en place le CICE et le pacte de responsabilité. Au début de 2014, à l’inverse des discours de 2012, le président a déclaré que « seules les entreprises créent la richesse » et, en substance, que « la dépense publique n’est pas la solution mais le problème ». Mais la dépense publique tarde à être reprise en main. En outre, les 50 milliards de baisse annoncée sont en partie un mirage. Ils sont en effet gagés sur une désindexation partielle de la dépense sociale alors que l’inflation a disparu.
C’est de surcroît une erreur de maintenir le déficit au-dessus de 4 % du PIB en 2014, 2015 et vraisemblablement en 2016. D’abord, le gouvernement y perd toute crédibilité. Ensuite, nous sommes très vulnérables si les taux d’intérêt remontent. Il faut donc ramener le déficit à 4 % en 2015 et 3,5 % en 2016 en prenant des mesures connues : renouer avec le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, accentuer les restructurations de services publics.
Faut-il aller au-delà et, dans les deux prochaines années, couper brutalement la dépense de 50 milliards d’euros de plus ? Non, car cela accentuerait le risque de déflation. En revanche, il faut, pour redevenir crédible maintenant, couper la dépense future ! Plusieurs réformes de structures s’imposent.
En premier lieu, nous devons imposer un gel de la dépense publique en volume pendant au moins trois ans en menant les réformes nécessaires des régimes de retraite. Il est nécessaire de reculer l’âge de départ à la retraite à 64 ans et d’allonger la durée de cotisation à 44 ans d’ici à 2024. De même, afin de réduire les dépenses des collectivités locales, instituons l’élection des maires des intercommunalités au suffrage universel direct.
En deuxième lieu, il faut réintroduire la dégressivité des allocations chômage après 6 mois et réduire la durée d’indemnisation à 18 mois. D’autres dispositifs prendront en charge ceux qui n’auraient pas retrouvé de travail. En troisième lieu, il est indispensable de rétablir une structure de la fiscalité du capital dans la moyenne européenne si l’on veut relancer les investissements productifs.
Hollande a aggravé une situation déjà très sérieuse avant lui, puis a commencé à s’attaquer à la source du problème. S’il veut transformer son changement de cap en emplois, le président doit maintenant corriger sa réforme initiale de la fiscalité du capital. Bref, qu’il fixe une direction claire et qu’il s’y tienne !
CHRISTIAN SAINT-ÉTIENNE
Débat entre Christian Saint-Etienne et Eric Aubin, secrétaire confédéral de la CGT, suite à l’annonce des chiffres du chômage du mois de juillet 2014, qui ont connu une nouvelle forte hausse.
L’Express – 20 août 2014
Propos recueillis par Benjamin Masse-Stamberger
L’économiste Christian Saint-Etienne, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, juge que François Hollande paie aujourd’hui deux années d’erreurs.
Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans notre économie ?
Notre secteur productif est extrêmement affaibli. Il l’était déjà avant l’arrivée au pouvoir de François Hollande, puisque son dernier point haut remonte à 1999. Depuis cette date, nous nous sommes continuellement affaiblis. La part de l’industrie dans la valeur ajoutée, en France, a reculé de 30 %. Nos coûts ont augmenté de 20 % par rapport à ceux des Allemands : nous étions 12 % moins chers à l’époque, nous sommes 8% plus chers aujour d’hui. Nous sommes en déficit commercial sans discontinuer depuis 2003. Enfin, la part de nos exportations par rapport aux exportations mondiales a baissé de 40%. En résumé, notre économie était déjà très mal en point, et la politique menée entre 2012 et 2014 lui a porté le coup de grâce.
Que reprochez-vous précisément à François Hollande ?
Les deux premières années du quinquennat ont été complètement ratées : les quelques bonnes mesures prises par Nicolas Sarkozy (réforme des retraites, TVA sociale…) ont été annulées ; les impôts ont grimpé de 75 milliards d’euros – en particulier pour les entreprises – sans réduire pour autant le déficit, du fait de la faiblesse de la croissance ; le gouvernement s’est livré à un discours violemment antiriches, symbolisé par la taxe à 75 % et les violentes diatribes du ministre du Redressement productif. Tout cela a eu pour conséquence de faire fuir une partie de nos élites économiques et finan cières, et d’effrayer les investisseurs étrangers. Résultat : notre secteur productif est aujourd’hui encore plus abîmé qu’il ne l’était en 2012.
Rien ne trouve grâce à vos yeux ?
Il y a bien eu le rapport Gallois de novembre 2012, mais il ne portera véritablement ses fruits qu’à partir de 2015, tout comme le pacte de responsabilité, d’ailleurs. Le tournant social-démocrate du début de 2014 est louable, même s’il arrive bien tard et s’il faudraitle compléter par une réduction massive de la fisca lité du capital. Pour l’heure, le pari de Hollande est que les résultats obtenus à partir de 2015 feront oublier les erreurs du début du quinquennat.
Peut-il encore gagner ce pari ?
Notre pays est très dé -pendant pour ses exportations de l’Italie et de l’Espagne, qui sont de gros marchés, notamment dans les secteurs mécanique, agroalimentaire ou automobile. Or l’Italie va mal et, si l’Espagne semble aller un peu mieux, elle reste confrontée à une crise sociale extrêmement profonde. Par ailleurs, pour faire baisser véritablement le chômage, il faudrait une croissance annuelle d’au moins 1,5 %. Or on devrait avoir autour de 0,5 % en 2014 et 1 % en 2015. On pourrait même retomber à zéro si l’Italie et l’Espagne replongeaient. Autant dire que ce sera compliqué…
Faute de croissance, les marchés ne risquent-ils pas de donner l’alerte ?
La meilleure manière de les rassurer, c’est de faire un véritable aggiornamento social et fiscal, pour réduire nos dépenses et renforcer notre compétitivité. Mais si la situation devient vraiment difficile, nous risquons effectivement d’être contraints à un ajustement encore plus brutal, comme celui qu’a dû effectuer Mario Monti en Italie. Mieux vaut agir avant de devoir en arriver là.
Le Journal du Dimanche – 17 août 2014
« Pour stimuler une croissance atone comme la nôtre, il faut partir du diagnostic. Notre système industriel s’est effondré et nous devons le rebâtir pour réussir la troisième révolution industrielle. C’est-à-dire reconstruire un noyau productif avec des processus normés et informatisés qui font la part belle à l’innovation et aux services avec un écosystème où la rémunération clé du travail n’est plus le salaire mais la plus-value. Il faut donc que, dès la loi de finances pour 2015, le gouvernement propose de réduire la fiscalité des plus-values poussée à 60 % contre 30 % en moyenne chez nos voisins. Ce faisant, nous répliquerions le modèle suédois. Il faut aussi, dès l’automne, faire passer le seuil qui déclenche des obligations sociales (création d’un CE…) pour les entreprises de 50 à 100 employés. Ces deux mesures inciteraient surtout les investisseurs étrangers qui possèdent 30 % de notre appareil productif à maintenir et accentuer leur présence en France.
A plus long terme, il faudrait réformer les retraites en faisant passer l’âge de départ à 64 ans en 2024 après quarante-quatre années de cotisations. Cela réduirait de 1 point de PIB la part du coût des retraites dans la dépense publique française. Cela contribuerait à doper l’emploi. Comme le disait Alfred Sauvy : « Le travail des uns fait le travail des autres. » En France, on fait le contraire et créé du chômage pour les jeunes et les vieux. Enfin, en parallèle de l’allongement des cotisations des retraites, je ferai passer la durée de travail à 36 heures en augmentant temporairement la CSG. »
Christian Saint-Etienne était l’invité de Delphine Liou dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mercredi 23 juillet 2014.
Les premières mesures du choc de simplification de la vie des entreprises et la livraison du Mistral à la Russie ont été les thèmes abordés dans Les Experts par Delphine Liou et ses invités: André Lévy-Lang, professeur à l’Université Paris-Dauphine, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et Emmanuel Lechypre, éditorialiste de BFM Business. Chaque matin, les experts ; débats, controverses et coups de gueule, Delphine Liou livre son grand éditorial entouré de pros du business sur BFMBusiness, première chaîne d’informations économiques en France. Retrouvez toute l’actualité économique et financière sur BFMBusiness.com
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Delphine Liou dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mercredi 23 juillet 2014.
Le 23 juillet, le vote du budget réctificatif de l’Etat et l’adoption du choc de simplification ont été les thèmes abordés dans Les Experts par Delphine Liou et ses invités: André Lévy-Lang, professeur à l’Université Paris-Dauphine, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et Emmanuel Lechypre, éditorialiste chez BFM Business. Chaque matin, les experts ; débats, controverses et coups de gueule, Delphine Liou livre son grand éditorial entouré de pros du business sur BFMBusiness, première chaîne d’informations économiques en France. Retrouvez toute l’actualité économique et financière sur BFMBusiness.com.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mardi 24 juin.
Au programme : Le 24 juin, les réformes structurelles pour réduire le déficit et les alternatives au dossier Alstom ont été les thèmes abordés dans Les Experts par Nicolas Doze et ses invités: Mathilde Lemoine, directeur des études éco d’HSBC-France, auteur des « Grandes questions d’économie et de finance internationales », Editions De Boeck, Alain Madelin, président du fonds Latour-Capital, ancien ministre, Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM, auteur de « l’Iconomie pour sortir de la crise », Odile Jacob, co-auteur avec Robin Rivaton du « Kapital. Pour rebatir l’industrie » édité par la Fondapol, et auteur de « France : Etat d’urgence. Une stratégie pour demain » Odile Jacob, sur BFM Business. Chaque matin, les experts ; débats, controverses et coups de gueule, Nicolas Doze livre son grand éditorial entouré de pros du business sur BFMBusiness, première chaîne d’informations économiques en France.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mardi 24 juin.
Au programme : Le 24 juin, les réformes structurelles pour réduire le déficit et les alternatives au dossier Alstom ont été les thèmes abordés dans Les Experts par Nicolas Doze et ses invités: Mathilde Lemoine, directeur des études éco d’HSBC-France, auteur des « Grandes questions d’économie et de finance internationales », Editions De Boeck, Alain Madelin, président du fonds Latour-Capital, ancien ministre, Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM, auteur de « l’Iconomie pour sortir de la crise », Odile Jacob, co-auteur avec Robin Rivaton du « Kapital. Pour rebatir l’industrie » édité par la Fondapol, et auteur de « France : Etat d’urgence. Une stratégie pour demain » Odile Jacob, sur BFM Business. Chaque matin, les experts ; débats, controverses et coups de gueule, Nicolas Doze livre son grand éditorial entouré de pros du business sur BFMBusiness, première chaîne d’informations économiques en France.
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