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Les Echos – 16/09/2025

Le débat sur la taxe Zucman ne doit pas faire oublier la création, dans la loi de Finances pour 2025, d’une contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR). Christian Saint-Etienne propose de l’augmenter de 3 % en échange de l’inclusion de 3 règles d’or budgétaires dans notre Constitution.

Le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, doit construire une base de compromis pour envisager la présentation d’un budget pour 2026. Le Parti socialiste (PS) s’arc-boute sur la mise en oeuvre de la taxe Zucman tandis que le parti Les Républicains ne souhaite pas de hausse de fiscalité sur les patrimoines. La loi de Finances pour 2025 a déjà prévu la création d’une Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) instituant un taux minimal de 20 % pour l’impôt sur le revenu, y compris pour la CEHR – contribution exceptionnelle sur les hauts revenus – des personnes physiques dont le revenu fiscal de référence est supérieur à 250.000 euros pour les célibataires, veufs ou divorcés et 500.000 euros pour les couples.

Non-sens économique

Oui, Bercy s’éclate, la CDHR concerne la CEHR afin de simplifier le code fiscal pour les contribuables. Cela étant clarifié (!), continuons. La taxe Zucman est une contribution différentielle visant à s’assurer que la somme des impôts payés par les contribuables ayant un patrimoine supérieur à 100 millions d’euros atteint effectivement 2 % de leur patrimoine. Dans le cas contraire, ils devront payer la différence entre les impôts payés et 2 % du patrimoine chaque année. Le débat porte sur l’inclusion ou non du patrimoine professionnel, Zucman et le PS répondant oui à la question. L’idée de base de Zucman est que le revenu des « riches » n’inclut pas – pour faire simple – l’excédent brut d’exploitation (EBE) de leurs entreprises, ce qui est un non-sens économique puisque l’EBE finance l’investissement et le développement global de l’entreprise. Les « riches » reçoivent des dividendes qui sont déjà fiscalisés.

Il faut rappeler que les 10 % de ménages ayant les revenus les plus élevés paient déjà 75 % de l’impôt sur le revenu et que, contrairement à l’approche générale en France, nous ne sommes pas en économie fermée mais ouverte. Une taxe Zucman à 1 % excluant le patrimoine professionnel pourrait être adoptée au niveau européen voire mondial pour faire sens. Mais choisir de l’appliquer d’abord dans le pays subissant la fiscalité la plus élevée au monde et en incluant le patrimoine professionnel ne relève pas de la théorie économique mais de la psychanalyse collective.

Respecter les règles d’or

Dans ces conditions que faire ? Je propose de remplacer la taxe Zucman de 2 % par une taxe Saint-Etienne de 3 % – je suis le plus fort ! – s’appliquant à la CDHR qui passerait à 23 % pendant trois ans, tandis que toutes les prestations sociales et la dotation globale de fonctionnement (DGF) des collectivités locales seraient indexées sur l’inflation moins 1 % pendant trois ans. Le calcul conduisant à la CDHR s’appuierait sur le ratio de l’IR + taxes foncières payées en France + CEHR + prélèvements libératoires sur le revenu fiscal de référence.

Donc, 3 % supplémentaires de CDHR et 3 ans de sous-indexation des dépenses contre l’inclusion de 3 règles d’or dans la Constitution : 1 – interdiction du déficit sur le périmètre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) avec une hausse de la CSG au démarrage pour équilibrer les comptes, 2 – les collectivités locales doivent couvrir par des recettes courantes non seulement les dépenses de fonctionnement mais 60 % du budget d’investissement, ce qui correspond à l’amortissement du stock de capital des collectivités, 3 – le déficit du budget de l’Etat ne peut dépasser 3 % du PIB en temps de paix et idéalement être inférieur à 1,5 % du PIB quand la croissance dépasse 1 % par an.

Donc trois fois 3, avec des mesures de bon sens pour sauver durablement le pays. Si vous avez supporté la lecture des sigles et des calculs jusqu’ici, sachant que Bercy va adorer, reprenez votre souffle et vous verrez que ce qui est proposé ici est très malin. Sourions.

Christian Saint-Etienne était l’invité de Margot Haddad dans l’émission « Un Oeil sur le Monde » sur LCI, ce samedi 6 septembre 2025.

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Au sommaire : La gauche à Matignon ? La droite en ébullition. Dissolution : Emmanuel Macron n’a plus le choix ? Taxe Zucman, la fausse bonne idée ? Trump à l’Ukraine, promesse XXL, garanties mini ?


Christian Saint-Etienne était l’invité de David Jacquot dans l’émission « Ecorama » sur Boursorama.com, ce vendredi 5 septembre 2025.

Si ce jeudi la France a levé 11 milliards d’euros sans difficulté, le taux a légèrement dépassé l’objectif. Faut-il s’inquiéter ? Rendements en hausse, comparaisons avec l’Italie, risques de dégradations, et scénario d’une tempête financière d’ici la fin d’année : le point de vue de Christian Saint-Etienne, économiste et universitaire et Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, dans « On va pas se fâcher ». Ecorama du 5 septembre 2025, présenté par David Jacquot sur Boursorama.com

Christian Saint-Etienne était l’invité de Raphaël Legendre dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce vendredi 5 septembre 2025.

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Ce vendredi 5 septembre, Raphaël Legendre a reçu Christian Saint-Étienne, économiste, Dany Lang, enseignant chercheur en économie à Sorbonne-Paris Nord, et Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Échos, dans l’émission Les Experts sur BFM Business.

Christian Saint-Etienne était l’invité d’Elizabeth Martichoux dans l’émission « 24H Martichoux » sur LCI, ce jeudi 4 septembre.

Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.

Au sommaire : Troupes en Ukraine, “26 pays engagés” (Macron). “Aucun doute sur l’engagement US” (Macron). Allocation sociale unique, le vrai du faux. Déficit, la piste d’une allocation sociale unique.

Les Echos – 28/08/2025

Face aux subventions commerciales agressives de la Chine, l’Union européenne réplique trop faiblement, trop peu et trop tard. L’exemple des panneaux photovoltaïques est édifiant, estime Christian Saint-Etienne.

En ce qui concerne l’avenir de l’Union européenne, on peut faire des phrases ou regarder les faits. L’Union est une colonie numérique et militaire des Etats-Unis alors que ce pays, certes encore un allié, n’est plus un ami. De plus, la guerre commerciale de Trump, qui frappe directement l’Europe, redirige également les exportations chinoises vers nous.

De 2014 à 2024, le déficit des échanges de biens de l’UE avec la Chine a triplé à plus de 300 milliards d’euros. Ce n’est rien par rapport à ce que l’on peut anticiper pour 2025-2027, avec des exportations chinoises d’acier, de voitures et de batteries électriques, de panneaux photovoltaïques et de micro-ordinateurs, de pompes à chaleur et d’électrolyseurs, de biens intermédiaires et de produits textiles qui submergent une Union qui, pour l’essentiel, continue de pratiquer un commerce ouvert sans contrepartie. Bruxelles ne corrige qu’à la marge les effets des subventions chinoises à l’exportation et lorsque la Commission intervient, c’est toujours trop peu et trop tard, contrairement à l’action résolue du « Department of Commerce » américain.

Une réponse trop faible

Par exemple, pour les voitures électriques produites en Chine et depuis le 30 octobre 2024, les droits de douane ont été portés par la Commission à 17,8 % pour Tesla en Chine et 37 % pour le géant BYD, quand ils avaient été portés à 100 % par Joe Biden bien avant l’arrivée de Donald Trump. Alors que la Chine a mené pendant trois décennies une politique de contrôle féroce des importations de véhicules européens, l’UE est incapable de mettre en œuvre une politique équivalente pour les voitures électriques.

C’est pire encore pour les panneaux photovoltaïques. La Chine a éradiqué la production européenne de panneaux en versant des subventions massives à ses producteurs pendant deux décennies pour qu’ils conquièrent le marché européen. A chaque fois que les producteurs européens ont demandé la mise en place de droits compensatoires corrigeant les effets des subventions chinoises, la Commission a mis des mois à étudier le dossier et mis en œuvre des droits correcteurs inférieurs au préjudice subi par les industriels européens et pour une durée limitée, selon l’approche des « droits moindres », afin de maintenir une pression concurrentielle maximale sur les producteurs européens.

Les droits moindres pour une durée limitée après une longue enquête tuent les industries de la transition écologique, sacralisée par ailleurs, ou affaiblissent les industries chimiques, sidérurgiques et mécaniques, automobiles, textiles, etc. Alors que l’Union ne produira que 6 % des émissions mondiales de CO2 contre 60 % pour l’Asie en 2030, elle mène une transition écologique à base de technologies chinoises : un contresens stratégique colossal. Il faut développer les technologies européennes pour réussir la transition écologique afin de ne pas opposer transition et emploi.

Se remettre en cause

De plus, la Commission manie le droit de la concurrence comme une arme de guerre contre ses propres secteurs économiques. Nous avons ainsi 180 opérateurs téléphoniques exsangues dans l’Union contre 3 ou 4 en Chine et aux Etats-Unis, alors qu’une dizaine suffirait en Europe.

Si la politique conduite par la Commission était un succès, la croissance de l’Union et notamment celle de la zone euro devrait dépasser celle des Etats-Unis et de la Chine, alors que l’inverse est vrai. En toute logique, la non-croissance européenne depuis la mise en œuvre du marché unique devrait provoquer une remise en cause totale des politiques menées, de l’organisation de l’Union et de son système de prise de décision. Pas ici. L’Union va continuer de stagner plutôt que de questionner les raisons des échecs passés et présents.