appauvrissement

Les Echos – 27/01/2026

Les Français s’appauvrissent collectivement. Seule une planification stratégique pour reconstruire des filières de financement et de production sortira le pays de l’ornière.

L’économie française représentait 71 % de l’économie allemande et 20,7 % de celle de la zone euro en 2015. Elle ne représentait plus que 67 % de l’économie allemande et 19,2 % de l’économie de la zone euro en 2024. Le basculement du leadership européen de la France à l’Allemagne, intervenu il y a une dizaine d’années après trois décennies d’affaiblissement relatif, est lié à la désindustrialisation de la France, à l’effondrement de l’école, aux mesures contre l’effort et le travail, et aux errements de sa politique de finances publiques. C’est une erreur grave d’imaginer que la croissance française à crédit, sous l’effet du double déficit public et extérieur, est uniquement une question d’endettement. C’est d’abord et surtout un problème d’appauvrissement collectif qui explique l’insatisfaction de la population en termes de pouvoir d’achat et de perspectives d’amélioration de la condition des travailleurs et de leurs enfants.

Jamais les Français n’ont été aussi pessimistes sur le bien-être futur de leurs propres enfants depuis le début de la Ve République. Si les Français ont eux-mêmes élu ceux qui abaissent le pays depuis près d’un demi-siècle, à quelques exceptions près, on peut saluer leur lucidité sur les conséquences de leurs mauvais choix. Il faut cesser de geindre sur la nullité de la classe politique actuelle sans admettre qu’elle est élue par le peuple qui porte l’entière responsabilité de son malheur.

La France, redevenue la quatrième puissance économique mondiale en 1974, encore un phare de l’humanité en 1980 et se tenant à peu près debout en 1997, s’étiole depuis son entrée dans la zone euro en 1999. Les pseudo-élites nationales ont cru qu’il s’agissait d’un bouclier nous protégeant des effets de nos renoncements alors que l’euro est un accélérateur des divergences à l’intérieur de la zone : ceux qui ne travaillent pas sont progressivement « mangés » par ceux qui innovent, investissent et produisent. La rétraction de la France, en poids relatif dans le PIB et les exportations de la zone, est considérable depuis vingt ans.

Sans planification stratégique de reconstruction de filières de production intégrées qui assure que chaque producteur final de marchandises et de services dispose des sous-traitants sur son territoire de production afin d’organiser la souveraineté de chaque filière, le pays ne se relèvera pas. Les « entreprises sans usines » est un slogan imbécile.

Mobiliser les milliards d’euros d’épargne

La planification stratégique ne se fait pas entre fonctionnaires dans un commissariat de confort. Il faut une volonté et une vision qui organisent un travail construit avec les industriels, les ingénieurs, les financiers, les chercheurs et les logisticiens. Il faut reconstituer des filières de financement au service des filières de production construites sur l’innovation, la productivité et l’investissement dans des acteurs ayant la taille critique dans chaque activité de production. C’est ainsi que la Chine, les États-Unis, l’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud travaillent dans la durée et dans un monde ouvert dans lequel les progressions se font sur des routes tracées par l’intelligence et l’effort.

Des centaines de milliards d’euros d’épargne dorment dans des livrets sans risque. Les mobiliser par des instruments bénéficiant d’une garantie, qui ne sera pas appelée si l’on travaille selon l’organisation présentée ici, permettrait de reconstruire une industrie verte compétitive, des biotechs et licornes numériques, spatiales et énergétiques, et des infrastructures numérisées et optimisées.

Au lieu de cette approche, nous privilégions le « sociétal dans l’endettement ». Comme pour l’alcoolisme, les trois premiers verres chaque jour sont réconfortants. Dans les deux cas, on finit dans l’abjection de la stagnation gavée de dettes. Nous y sommes.

Les Echos – 30/10/2018

Oui, il faut réformer les retraites. Mais au lieu de croire que le régime par points réglera tous les problèmes, il faut agir sur les seuls véritables leviers : la durée de cotisation et l’âge de départ.

Donc, tout est clair. Si vous êtes intelligent, progressiste et favorable à une France ouverte et fluide, vous êtes favorable à la retraite par points . Mais si, par malheur, vous êtes réaliste, conscient d’une société fracturée et de la violence des rapports de force, vous appartenez à l’ancien monde.

Je me bats pour que l’on passe la durée de cotisation à 44 ans (45 ans après 2030) et l’âge de départ à la retraite à 64 ans d’ici 2024 afin d’alléger le poids des retraites. Les retraites publiques pèsent plus de 14 points de PIB sur une dépense publique de 56 points de PIB, soit précisément un quart !

Il n’y a pas, et il n’y aura pas de réduction de la dépense publique sans commencer par une réforme des paramètres des régimes de retraite. D’autres réformes sont nécessaires, mais celle des retraites est la mère de toutes les réformes.

Le but réel du régime par de retraite par points est de baisser les retraites sans le dire et en faisant sauter tous les systèmes de solidarité inclus dans le système actuel.

Foin des errements, la retraite par points va régler tous les problèmes. « Un euro cotisé donnera le même nombre de points à tous les cotisants », qui peut être contre ça ? Naturellement, il ne faut pas insister sur le fait que la valeur du point peut baisser aussi bien que monter : compte tenu de l’état de l’économie française, il aura tendance à baisser, y compris une fois que vous êtes déjà parti à la retraite, car il sera calculé chaque année. Le but réel du régime par points est de baisser les retraites sans le dire et en faisant sauter tous les systèmes de solidarité qui sont inclus dans le système actuel.

Se limiter à 3 régimes

Outre l’exercice de vérité sur l’équilibre des régimes de retraite, je prône ici le passage des 42 régimes actuels à 3 régimes de retraite : le premier pour la totalité du secteur privé hors indépendants, le deuxième pour les indépendants et le troisième pour le secteur public. La durée de cotisation doit être la même pour tous (44 ans), l’âge de départ – avant correction individuelle souhaitée en fonction des décotes et surcotes connues – à 64 ans et le taux de remplacement (première pension sur le salaire de référence) au même niveau pour tous.

Pourquoi trois régimes plutôt qu’un seul ?

1. Parce que la majeure partie des cotisations est payée par l’employeur dans le secteur privé, sans que le salarié en ait conscience, et à un niveau que très peu de salariés supporteraient s’ils contribuaient eux-mêmes. Dans un régime individualisé par points, les salariés contribueront moins, peut-être pas immédiatement, mais très vite, car l’attrait de « l’argent tout de suite » est plus fort que celui d’une pension dans cinquante ans.

2. Le régime des indépendants leur permet de cotiser moins aujourd’hui et d’accumuler un patrimoine qui les protège (théoriquement) à la retraite. Pourquoi leur enlever cette liberté ?

3. Le régime public, qui n’est pas plus généreux que le régime privé en termes de taux de remplacement, quoi qu’on en dise, donne néanmoins l’illusion d’un privilège aux fonctionnaires. Or, gare à ceux qui dissipent les illusions de personnes dont notre vie dépend (policiers, enseignants, hospitaliers, etc.) !

Naturellement, avec trois régimes et des systèmes informatiques standardisés, le passage de l’un à l’autre sera immédiat, car il suffira que chaque régime donne la somme des versements effectués et la durée de cotisation pour les créditer au nouveau régime d’affiliation. Qu’il y en ait un ou trois, les régimes paramétrés à prestations nominales fixées à l’avance sont plus protecteurs de l’équité entre professions et générations que l’illusoire régime par points à la valeur continuellement changeante et aux points bonus incontrôlés.

Appauvrissement spectaculaire

Tous les sondages montrent que les deux tiers des Français sont stressés par la perspective du régime en points variables, qui déstabilisera notre société, alors qu’il suffit d’adapter le régime paramétré actuel – aux prestations définies à l’avance – au vieillissement de la société, ce que les Français comprennent parfaitement.

La vérité au sein d’un régime paramétré rénové est infiniment préférable à la variabilité d’un régime à points qui prépare un appauvrissement spectaculaire des classes populaires à terme.