Les Echos – 14 mai 2025
En voulant passer du rôle de protecteur de l’ordre mondial créé par les Etats-Unis à une logique impériale à la Poutine, Trump systématise l’affaiblissement de la puissance américaine. « Make America Small Again », analyse Christian Saint-Etienne.
On a déjà beaucoup écrit sur la destruction de l’ordre mondial par Trump. De quel ordre s’agit-il ? Il a été édifié pendant sept décennies par les Etats-Unis eux-mêmes à partir de la conférence de Bretton Woods en juillet 1944, qui voulait reconstruire le système monétaire et financier mondial, et des accords du GATT d’octobre 1947, pour harmoniser les politiques douanières des 23 pays signataires à l’origine.
Parallèlement à cet ordre économique et financier, la Charte des Nations unies fut signée à San Francisco le 26 juin 1945. Elle codifie les grands principes des relations internationales, avec l’égalité souveraine des Etats, quelle que soit leur taille, et l’interdiction d’employer la force dans ces relations. L’Organisation des Nations unies est instituée le 24 octobre 1945 par les 51 premiers Etats membres.
De l’URSS à la Chine
Sur le plan militaire, l’Otan a été créée le 4 avril 1949 et compte 32 membres en 2025. L’Alliance, qui avait perdu sa raison d’être avec la fin de l’Union soviétique en 1991, l’a retrouvée en 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Des années 1980 aux années 2020, les Etats-Unis avaient conclu avec l’URSS puis la Russie des traités de limitation des armes nucléaires qui ont été remis en cause par la montée en puissance de la Chine, qui ne veut pas en faire partie.
Cet ordre monétaire, militaire, économique et financier a été construit pas à pas par les Etats-Unis pour éviter le retour des guerres militaires, monétaires et douanières sur la planète, après les épisodes désastreux des années 1930. Les Etats-Unis avaient ensuite négocié le traité transpacifique (TPP) le 4 février 2016, qui visait à corriger les conséquences négatives de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, sans avoir signé les protocoles ouvrant ses marchés publics ou interdisant les subventions aux exportations. Ils avaient négocié durement un accord sur le nucléaire iranien le 14 juillet 2015 qui visait à contrôler l’essor des armes nucléaires de ce pays.
Les Etats-Unis avaient donc constitué pendant sept décennies, de 1944 à 2016, un ordre global qui servait leurs intérêts mais qui était assez ouvert pour permettre l’essor économique de tous les pays y adhérant. Trump avait déjà porté des coups de canif à cet ordre mondial. Le 23 janvier 2017, il avait désengagé les Etats-Unis du TPP, à la stupéfaction des géostratèges américains, avant d’ensuite quitter l’accord sur le nucléaire iranien le 8 mai 2018. Parallèlement, il lançait une renégociation de l’Accord commercial nord-américain (Alena) qu’il avait violemment condamné dans sa campagne en 2016.
Fascination pour les dictatures
Trois constantes émergent des décisions de Trump. D’abord, un mépris sans nom pour les autres pays. Sur l’Iran, il fait comprendre qu’il va mettre le pays à genoux pour qu’il signe un accord meilleur que celui de 2015 : échec total car les Iraniens, peuple millénaire, refusent de se coucher face aux injonctions de Trump. Deuxième constante, des concessions telles qu’il finira par exemple par signer en 2018 un nouvel Aléna très peu différent du premier. Enfin, émerge une fascination pour les dictatures.
En voulant passer, au début de 2025, du rôle de protecteur de l’ordre mondial créé par les Etats-Unis à une logique impériale à la Poutine lui permettant éventuellement d’accaparer le Groenland ou le Canada, Trump systématise l’affaiblissement de l’ordre international américain, décrédibilise ses fondements et affaiblit les alliances politiques et militaires qui construisaient l’influence américaine dans le monde. Mais Trump est obligé de reculer quand les marchés obligataires rejettent sa politique tarifaire en avril 2025. De plus, il dessert les intérêts américains car les flux commerciaux vont se réorganiser pour contourner les Etats-Unis. Trump prépare MASA : « Make America Small Again ».
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