Les Echos – 5/11/2025

Le redressement français ne passera que par la restriction des dépenses publiques, la relance de la production et la justice fiscale. L’histoire du pays l’a démontré, rappelle Christian Saint-Etienne.

La classe politique française et ses électeurs veulent une protection sociale de pays riche alors que nous nous appauvrissons relativement aux autres pays européens sous l’effet d’une croissance misérable depuis vingt ans. Cette dernière dépasse à peine 1 % alors qu’elle devrait dépasser 2 % pour financer la protection sociale, l’éducation, la recherche et innovation, etc. Seule une réindustrialisation déterminée, une relance du bâtiment, des travaux publics et de la production agroalimentaire, et le doublement du nombre de grosses PME et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) peut conduire à la nécessaire accélération de notre développement durable dans le respect de l’environnement.

Une telle approche de résurrection de notre économie suppose la conjonction d’un projet stratégique ambitieux à sept ans et d’une rigueur de gestion des finances publiques qui soit stricte à trois ans. Au lieu d’une telle ambition, nous avançons à reculons avec le retour de l’âge de départ à la retraite à 62 ans et 9 mois, une dérive permanente des finances publiques et un matraquage fiscal centré sur les talents les plus recherchés dans l’économie moderne. Comment expliquer un tel divorce entre le souhaitable et le constaté ?

Retour en 1774

Ce n’est pas la première fois que la France se trouve enfermée dans ses contradictions. La chute de l’Ancien Régime, prévisible compte tenu de l’opposition de la cour, de la noblesse et du clergé aux réformes de Turgot, contrôleur général des finances dans le gouvernement pleinement constitué le 24 août 1774 – Louis XVI devenant roi le 10 mai 1774, clin d’oeil au 10 mai 1981 -, résulte de la crise des finances publiques qui mine la royauté au XVIIIe siècle. Dès le 1er septembre 1774, le roi s’entretient quotidiennement avec Turgot qui suggère un plan de réduction de la dépense publique : « Si l’économie n’a précédé, aucune réforme n’est possible. » Turgot propose l’établissement d’un impôt territorial sur la noblesse et le clergé, et l’établissement d’un cadastre pour une égale taxation de tous, mais son programme est centré sur le contrôle de la dépense qu’il ne parvient pas à imposer. Turgot, qui voulait notamment réduire les dépenses de Marie-Antoinette, est renvoyé le 12 mai 1776 car tous se sont ligués contre la réduction de la dépense et l’impôt territorial.

La crise des finances publiques provoque la convocation des Etats généraux en mai 1789, l’enclenchement de la Révolution et l’exécution du roi. Les crises de finances publiques sont à l’origine de la plupart des crises de régime dans l’histoire mondiale.

Réformer les holdings et le Dutreil

A contrario, des gouvernants aux idées claires, comme Poincaré en 1926, de Gaulle en 1958 ou Raymond Barre en 1976, parviennent à retourner la situation rapidement en contrôlant strictement la dépense et en favorisant le rebond des entreprises par des politiques stratégiques claires et ambitieuses.

Il n’y a pas de substitut, pour opérer un redressement national, à une politique simultanée de restriction de la dépense publique et de relance de la production marchande. La distribution de pouvoir d’achat suppose une accélération de la création de richesses et donc une politique pro entreprises, ainsi que l’élaboration d’un plan stratégique de développement de filières compétitives.

Un tel plan doit s’accompagner de justice fiscale. On privilégiera des mesures franches et simples à la technicité revancharde. Par exemple, plutôt qu’une fiscalité d’une complexité inouïe sur les holdings familiales, il faut simplement leur interdire de détenir des biens d’usage (voiliers, chalets et autres biens de luxe) qui doivent être détenus en direct par les particuliers. De même, le Dutreil ne s’applique pas aux biens d’usage.

Contrôle strict de la dépense publique, fiscalité simple et juste, et planification stratégique ambitieuse à moyen terme sont les éléments clés de la réussite politique.

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