Budget

Christian Saint-Etienne était l’invité de Raphaël Legendre dans l’émission « les Epxerts » sur BFM Business, ce lundi 22 décembre 2025.

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Ce lundi 22 décembre, Raphaël Legendre a reçu Christian Saint-Étienne, économiste, Ludovic Desautez, directeur délégué de la rédaction de La Tribune, et Victor Lequillerier, économiste et vice-président du Think Tank « BSI Economics », dans l’émission Les Experts sur BFM Business.

Atlantico – 10/01/2025

L’instabilité politique a un coût qui rend financièrement rationnelles les concessions sur les objectifs de réduction du déficit budgétaire. Mais jusqu’où ?

Atlantico : François Bayrou, nouveau locataire de Matignon, sera bientôt amené à se présenter devant les parlementaires pour la traditionnelle déclaration de politique générale. Depuis leur arrivée au gouvernement, Éric Lombard, ministre de l’Économie, et Amélie de Montchalin, ministre chargée des Comptes publics, tentent de négocier un pacte de non-censure sur le budget 2025 que l’exécutif devra présenter. D’aucuns évoquent d’ores et déjà la suspension de la réforme des retraites. Que sait-on, pour commencer, du coût financier réel de l’instabilité politique ?

Christian Saint-Étienne : Naturellement, c’est une question qu’il est difficile de traiter avant le discours de politique générale du Premier ministre, qu’il doit donner mardi 14 janvier 2025. Nous ne savons pas encore précisément ce qu’il va annoncer. Le ministre des Finances a fait savoir qu’il était question de réduire le déficit français de 50 milliards plutôt que de 60 milliards, comme cela était initialement prévu. On ne sait précisément sur quels outils le gouvernement entend s’appuyer pour s’en sortir. Ce que l’on sait, c’est que certaines mesures (et l’on parle ici d’une annulation complète de la réforme des retraites, déjà évoquée par certains partis politiques, par exemple) pourraient conduire à un véritable tsunami. Tout le monde connaît la métaphore de la grenouille que l’on ébouillante progressivement en la plaçant dans une casserole d’eau qui chauffe peu à peu. Dans ce scénario, l’eau se met soudainement à bouillir, et la grenouille brûle vive en un instant. La hausse du différentiel de taux avec l’Allemagne mesure la hausse de la température. La suspension de la réforme des retraites fera bouillir la casserole.

D’une façon générale, pour répondre à la question de fond qui est ici posée, il est nécessaire de distinguer l’instabilité politique de l’absence de vision comme de stratégie politique. En l’occurrence, et c’est là que la situation française se fait particulièrement inquiétante, nous devons composer avec un double manque en Hexagone. Depuis le début du second mandat d’Emmanuel Macron, au moins, la France avance sans la moindre stratégie de moyen ou de long terme. D’aucuns pourraient arguer que c’était même déjà vrai pendant son premier mandat, et nous pourrions, en vérité, remonter davantage encore. Cogner les riches, comme le souhaitait François Hollande, ne constitue pas une stratégie de moyen terme à proprement parler. Travailler plus pour gagner plus non plus, de même que favoriser le développement des start-ups n’est rien de plus qu’un gimmick, un élément qui doit s’inscrire dans une stratégie de long terme, une vision qui dénote le positionnement souhaité de la France dans la répartition de la richesse mondiale. Quels efforts sommes-nous prêts à engager pour demeurer une grande puissance ? Les Français sont-ils prêts à travailler davantage, à investir plus dans la recherche, dans l’innovation, à mettre en place des investissements productifs permettant la réindustrialisation du pays ? Il ne s’agit évidemment pas de se contenter d’un discours, il faut aussi regarder la réalité ensuite. Dans quelle mesure se contente-t-on seulement d’annoncer un effort collectif de développement économique, pour une croissance durable et environnementalement propre ? Met-on réellement et physiquement le pays au travail ? Compte tenu de tous ces éléments, on pourrait légitimement avancer que le dernier discours de politique générale qui ressemblait à un discours courageux de méthode comme d’objectif, c’est celui d’Alain Juppé, en 1995. Autrement dit, cela fait maintenant 30 ans que la France n’a plus de vision. Or, la somme d’une absence de vision et d’une instabilité politique est catastrophique pour le pays. Elle se traduit par ce que l’on observe depuis maintenant 25 ans : une croissance faible, de 1 % par an au mieux.

Notez que l’on peut quantifier et mesurer la combinaison de ces facteurs négatifs. Le premier élément de mesure dont on dispose n’est autre que la chute de la croissance attendue sur l’année en cours. Au printemps 2024, nous anticipions une croissance estimée à 1,3 % ou 1,4 %. Ces estimations s’appuyaient sur des événements macroéconomiques favorables à l’économie française, tels que la baisse des taux d’intérêts, des taux de change, des prix de l’énergie, la stabilisation des prix alimentaires… En bref, il y avait matière à espérer que les choses s’arrangent. Après la dissolution décidée par Emmanuel Macron, la croissance est désormais estimée entre 0,5 % et 0,8 % sur l’année 2025. Autrement dit, l’instabilité politique nous a déjà coûté 0,5 à 0,7 points de croissance sur un an. Si on ajoute à cela l’absence de stratégie française (comme européenne d’ailleurs) face à des politiques chinoises et américaines potentiellement plus agressives, il y a de quoi gonfler le manque à gagner d’un demi-point de croissance supplémentaire. Cependant, cette partie s’avère plus difficile à mesurer, puisqu’il faut de facto prendre en compte l’ensemble des politiques économiques concernées. Dans un cas comme dans l’autre, le coût total est faramineux : aux alentours d’une vingtaine de milliards d’euros de créations de richesses perdues sur les deux années 2024-2025. C’est un acquis que l’on ne pourra d’ailleurs pas rattraper.

De l’instabilité politique à l’absence d’ambition en matière de réduction des déficits, quel est le mal le plus dangereux pour l’État ? Faut-il penser que François Bayrou, s’il accepte effectivement d’annuler la réforme des retraites pour assurer la longévité de son gouvernement, fait le bon calcul ?

La question doit d’abord et avant tout de réfléchir au niveau supérieur. Il est essentiel d’identifier la cause première de l’instabilité politique à laquelle nous faisons aujourd’hui face. Sans rien avoir contre la personne ou contre ses mérites éventuels, force est de constater que le seul responsable de cette situation est Emmanuel Macron. C’est lui qui a décidé de la dissolution et qui l’a menée totalement à contretemps. Dès lors, il faut aussi affirmer que disserter sur les questions d’opportunité de réduction du déficit peut apparaître secondaire compte tenu du contexte politique que nous connaissons. L’important, pourrait-on avancer, c’est qu’Emmanuel Macron tire les conséquences de cet état de fait. Sans quoi, il faudra en effet composer avec une croissance extraordinairement médiocre et une instabilité pérenne.

Nous ne pouvons pas espérer, en raison de la double absence de stabilité et de vision stratégique, une solution à court terme avant la prochaine élection présidentielle. Celle-ci pourrait possiblement donner lieu à de nouvelles orientations plus favorables à l’économie ainsi qu’au volet social… sans oublier la recherche et le développement. Enfin, pour répondre de façon plus précise encore, il est important de prendre en compte la différence entre une instabilité à extrêmement court terme, c’est-à-dire à horizon de Pâques (ou même avant) et une instabilité à horizon 2027, par exemple. Dans le premier cas de figure, il peut s’avérer pertinent d’envisager quelques concessions permettant le vote d’un budget pour 2025, sous réserve que celles-ci ne soient pas de nature à provoquer une crise financière majeure, susceptible de coûter trois, cinq ou même dix fois le coût de l’abandon des mesures sur les retraites. Tenter de gagner un an peut faire sens. Cela supposerait, néanmoins, un certain nombre de réformes après Pâques, visant à redonner confiance dans la possibilité française de croissance.

On peut douter que le gouvernement ait la capacité d’impulser une vision positive sur le moyen terme… particulièrement dans une situation où il sera peut-être amené à des concessions trop lourdes sur le très court terme. Il faudra malheureusement attendre le détail de la loi de finances 2025 que présentera François Bayrou pour en avoir le cœur net.

Dans quelle mesure peut-on dire que la logique de longévité du gouvernement, au prix de concessions parfois importantes, a pu permettre la validation d’un budget français par Bruxelles qui n’a finalement pas vu le jour ? Que faut-il penser de cette logique ?

Bruxelles a effectivement validé le budget Barnier, qui était pour partie dur et sévère, mais qui comprenait aussi trop de hausses d’impôts. Ce que l’on peut tout de même dire, c’est qu’il faisait montre d’une certaine cohérence. Pour le reste, il est encore difficile de commenter ce que fera ou non François Bayrou. Sans doute annoncera-t-il quelques mesures sur les retraites, déclarant qu’il va négocier entre février et avril avant de présenter un projet de loi entre juin et juillet. En contrepartie, il attendra sans doute de la gauche qu’elle vote immédiatement le budget. S’il y parvient effectivement, il pourra procéder à une réduction du déficit de 50 milliards d’euros (plutôt que les 60 milliards initialement attendus), ce qui signifie que le déficit français atteindra 5,5 points de PIB. Le gouvernement sera libre d’affirmer que son action aura permis d’éviter le pire…

Les Echos – 19/11/2024

Selon l’économiste Christian Saint-Etienne, le budget 2025 en discussion est « une rustine coûteuse » et « sans effet structurel ». Tout ça pour ça ?

Le Premier ministre Michel Barnier a présenté le 10 octobre 2024 en conseil des ministres son projet de loi de finances pour 2025 (PLF 2025) qui prévoit une baisse du déficit de 60,6 milliards d’euros afin de le réduire de 6,1 % du PIB en 2024 à 5 % du PIB en 2025. Selon le gouvernement et sans ce projet, le déficit eût été de 7 % du PIB.

Dans son avis sur ce projet, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) a considéré que beaucoup d’économies annoncées « ne sont pas documentées ». Il explique que l’ajustement « structurel » du déficit de 1,4 point de PIB repose à 70 % sur des hausses de prélèvements obligatoires et à 30 % sur des baisses de dépenses publiques, alors que le gouvernement annonçait que son projet était fondé aux deux tiers sur une baisse de dépenses et un tiers sur une hausse d’impôts.

Le plus vraisemblable est que le déficit, si la croissance ne tombe pas en dessous de 0,8 % en 2025, se situera à 5,5 % du PIB en 2025. Ce budget est une rustine coûteuse à l’effet temporaire. Surtout, c’est le dernier budget de la Ve République construit par replâtrage. Car selon le PLF 2025 lui-même, la dépense publique hors crédits d’impôts en pourcentage du PIB devrait passer de 56,4 % en 2023 à 56,8 % en 2024, avant un retour à 56,4 % en 2025. 60 milliards de replâtrages sans effet structurel. Tout ça pour ça ?

Dépenser pour dépenser

Quel est le fondement du problème ? En France, seules deux lois d’ordre divin règnent sur les finances publiques, le Parlement et l’opinion publique. Primo, la dépense publique crée la richesse. Secundo, la dette n’a pas d’importance car elle est illégitime : il suffit de l’effacer. Ces deux lois n’ont pas cours en Europe du Nord et à la Commission européenne.

Si la dépense publique créait la richesse, la croissance en France serait de 5 % par an depuis 40 ans, le déficit serait un excédent de même ampleur, l’impôt sur le revenu serait remplacé par des chèques du Trésor aux ménages, etc. Quant à la dette qui, en France et selon les tenants des deux lois précédentes, serait le problème des créanciers, elle est une responsabilité morale en Allemagne mais aussi ici.

De fait, la France a toujours payé, y compris en or après la défaite de 1870. Avoir le record de la dépense publique en pourcentage du PIB en Europe mais une croissance misérable depuis 20 ans n’intéresse personne. Il s’agit de dépenser pour dépenser même si les résultats de l’école sont mauvais, l’insécurité croissante et le chômage important. Non seulement la dépense est élevée mais son efficacité à atteindre les objectifs fixés par les dépensiers est désastreuse. Que faire ?

Les trois règles d’or

Trois règles d’or doivent être écrites dans la Constitution. Première règle : pour l’Etat, le déficit ne peut dépasser le niveau de l’investissement et ne jamais dépasser 3 % du PIB. Deuxième règle : pour les collectivités locales, les recettes courantes doivent couvrir non seulement les dépenses de fonctionnement mais aussi 60 % de celles d’investissement, soit le montant de l’amortissement des infrastructures mesuré sur les 30 dernières années. Troisième règle : pour la Sécurité sociale, équilibre obligatoire sur un cycle de trois années car il est fou de faire payer nos boîtes de médicaments par les générations futures.

Le HCFP mettrait en oeuvre ces dispositions pour les entités ne les respectant pas. Soit nous écrivons ces règles nous-mêmes, soit les marchés financiers nous les imposeront après une crise d’une violence inouïe. En Grèce, après l’accession au pouvoir de Syriza (qui signifie « coalition de gauche radicale ») le 25 janvier 2015, avec la promesse de tout faire sauter, le même parti signait en août 2015 un plan d’ajustement couronnant les plans précédents avec pour effet une baisse du PIB d’un quart et des retraites et prestations sociales d’un tiers (en valeur réelle).

Les réformes structurelles seront faites de toute façon. Par un syndic de faillite ou un Parlement responsable ?

Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce vendredi 6 septembre 2024.

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Ce vendredi 6 septembre, Natacha Valla, senior advisor chez Lazard, Jean-Marc Daniel, professeur émérite à l’ESCP, et Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des Économistes, débattent autour de la nécessité de la réforme des retraites, du salaire et du SMIC, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.

Christian Saint-Etienne était l’invité de Guillaume Paul dans l’émission « Inside » sur BFM Business ce jeudi 11 juillet 2019.

Le gouvernement a annoncé ce jeudi que les niches fiscales pour les entreprises vont être rabotées. Le gazole non routier verra disparaître progressivement sa taxation réduite. Le crédit impôt recherche, qui coûte plus de 6 milliards d’euros, est maintenu, mais les frais de fonctionnement ne pourront plus s’élever au maximum qu’à 43%. 

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