Christian Saint-Etienne était l’invité de Laure Closier dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mercredi 4 juin 2025.
Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.
Ce mercredi 4 juin, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM, membre du Cercle des Économistes, Stéphane Van Huffel, fondateur de SVH Conseil, et Gaël Sliman, président et cofondateur d’Odoxa, sont revenus sur le moral économique des Français qui est au plus bas, aggravé par la dissolution, les bénéfices des Américains dans la guerre commerciale, et sur la loi fast fashion qui est en discussion au Sénat, dans l’émission Les Experts, présentée par Laure Closier.
Christian Saint-Etienne était l’invité d’Emilie Broussouloux dans l’émission « Le Grand Dossier » sur LCI ce mercredi 2 avril 2025.
Les Echos – 29/01/2025
Des droits de douane élevés vont pousser les entreprises européennes à investir davantage sur le territoire américain. Mais quoi que fasse Donald Trump, le premier danger pour l’industrie européenne reste la Chine, estime l’économiste Christian Saint-Etienne.
Trois principales menaces pèsent sur l’industrie européenne : la politique exportatrice débridée de la Chine qui a enregistré un excédent commercial de 992 milliards de dollars sur le reste du monde en 2024, dont environ 300 milliards de dollars d’excédent dans ses échanges avec l’Union européenne ; les coûts de l’énergie deux à trois plus élevés qu’aux Etats-Unis depuis l’invasion russe en Ukraine, qui a fortement réduit les importations à bas prix de Russie ; et la politique de réindustrialisation mise en place par Joe Biden avec le Chips Act de 2022, visant à augmenter massivement la production de microprocesseurs sur le territoire américain, et l’Inflation Reduction Act (IRA) de 2022 qui vise à localiser aux Etats-Unis la production des technologies de la transition verte (panneaux photovoltaïques, éoliennes, voitures électriques, etc.).
Donald Trump est certes en train de détricoter une partie de l’IRA en annulant certaines dispositions favorables aux technologies de la transition verte et en poussant à la production d’hydrocarbures, en lien avec sa décision de sortir les Etats-Unis des accords de Paris sur le climat. Mais il maintient l’objectif de localiser la production industrielle aux Etats-Unis. Il a annoncé une baisse du taux de l’impôt sur les sociétés de 21 % à 15 % et la déréglementation de l’industrie de la finance, ces deux décisions contribuant à un essor général de l’activité aux Etats-Unis.
Il faut attendre les décisions précises du gouvernement américain sur les droits de douane et leur périmètre d’application à l’Union européenne, ainsi que les réponses de l’UE pour apprécier les conséquences de ces mesures en matière de politique commerciale. Des droits de douane élevés vont pousser les entreprises européennes à investir davantage sur le territoire américain.
Pour les Etats-Unis, les mesures de baisse d’impôt et de déréglementation devraient compenser les conséquences de la guerre commerciale en termes d’activité. Pour l’Union européenne, la tenue de l’activité en 2025-2026 dépendra au moins autant des décisions de baisse des taux de la Banque centrale européenne et des mesures de déréglementation annoncées par la Commission européenne que de l’impact de la guerre commerciale. Si les prix de l’énergie se maintiennent au double ou triple en Europe de ceux constatés aux Etats-Unis, la baisse d’activité des industries fortement consommatrices d’énergie, comme la chimie, va continuer en Europe. Si la guerre commerciale frappe les exportations d’automobiles, cette industrie va continuer de se rétracter en Europe.
Mais quoi que fasse Trump, le premier danger pour l’industrie européenne reste la Chine. Et c’est la volonté et la capacité de l’UE de contrer l’invasion de produits chinois subventionnés par le gouvernement chinois qui permettront d’apprécier le degré de crise de l’industrie européenne en 2025-2026. Des pans entiers de nos industries ont été délocalisés en Chine depuis trente ans au point que pour de nombreux secteurs industriels européens, les achats de produits semi-finis en Chine sont un élément clé de leur compétitivité et de leur survie.
Quant aux industries encore localisées principalement sur le territoire européen, comme la sidérurgie et l’automobile, ce sont les mesures antidumping prises par Bruxelles qui vont décider de leur survie à bref délai. Dans ces deux secteurs, les annonces de plans de licenciements massifs sont liées essentiellement aux importations massives de Chine avec des droits antidumping qui interviennent toujours trop tard et à des niveaux ne corrigeant pas les aides directes et indirectes du gouvernement chinois à ses industries exportatrices.
Christian Saint-Etienne était l’invité de David Pujadas dans l’émission « 24h Pujadas » sur LCI ce mercredi 22 janvier 2025.
Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission (à partir de 45:00).
Au sommaire : Ukraine, Poutine a retoqué le plan de Trump. Trump annonce une nouvelle hausse des droits de douane contre l’Union européenne. Avons-nous besoin d’un Trump français ?
Les Echos – 17/12/2024
Donald Trump lance une guerre commerciale aux conséquences financières et politiques très incertaines. Croyant bien faire, il pourrait porter un coup terrible aux Etats-Unis.
Donald Trump a annoncé, lors de la campagne électorale présidentielle aux Etats-Unis, qu’il envisageait d’augmenter les droits de douane avec une taxe de 10 % à 20 % sur l’ensemble des importations et de 60 % sur les importations venant de Chine. De plus, les pays qui voudraient cesser d’utiliser le dollar comme monnaie principale du commerce mondial seraient « punis ».
Sans réaction des contreparties, ce qui est inenvisageable, les prix des importations progresseraient peut-être de 6 % à 12 % – selon le taux pour l’ensemble des importations -, en moyenne aux Etats-Unis, en supposant des baisses des marges des exportateurs et des importateurs et un dollar qui pourrait se renforcer. Les importations atteignent 14 % du PIB américain. Sachant qu’il n’y a pas de produits de substitution pour tous les produits importés, les importations baisseraient peut-être de « seulement » 5 % à 8 %. La production américaine augmenterait dans quelques domaines mais l’inflation accélérerait.
Sachant que le principal reproche fait à Biden par les électeurs était une inflation qui avait marginalement réduit leur pouvoir d’achat réel en 2022-2024, il est probable que les élections de novembre 2026 ne se passeront pas aussi bien qu’en 2024 pour Trump. Par anticipation des conséquences sur les exportations américaines, il est possible que les droits de douane augmentent moins que ce que Trump envisageait pendant sa campagne.
Trump n’est pas un stratège mais un négociateur de deals. Ses annonces sont des positions de négociation qui peuvent évoluer fortement au cours des discussions. Lors de la renégociation du traité de l’Alena, la version de novembre 2018 du traité commercial, qui prit le nom d’« Accord Etats-Unis-Mexique-Canada – Aeumc » ne différait que partiellement de la précédente version, alors que Trump avait laissé entendre qu’il allait tout « casser » et éventuellement annuler l’Alena.
L’impact des décisions de Trump – si elles se confirment – sur l’activité des pays qui exportent vers les Etats-Unis serait élevé et pourrait entraîner un ralentissement d’une activité déjà misérable en Europe et une baisse des exportations des pays asiatiques qui pourrait affaiblir l’économie mondiale. A l’impact comptable d’une hausse des droits de douane, il convient d’ajouter l’impact sur la confiance et les investissements. Le ralentissement de l’économie mondiale sans réaction du reste du monde pourrait atteindre 1 point de pourcentage, soit un tiers de la croissance mondiale, en 2026.
Le point clé est celui des mesures compensatoires prises par les autres pays du monde. Le 17 juin 1930, le président républicain Hoover a signé la loi tarifaire Hawley-Smoot, qui a augmenté les droits de douane moyens sur les produits soumis à des hausses des droits de douane et par rapport aux taux moyens de 1925-1929, de 52 % en 1932. Comme le note l’économiste américain Sydney Ratner, les Américains furent terriblement surpris par les hausses de droits de douane sur les exportations américaines qui chutèrent fortement, notamment les exportations de produits agricoles, qui chutèrent de 68 % de 1929 à 1933.
Le commerce international s’effondra de plus de 60 % en valeur de 1929 à 1932 et resta en dessous du niveau de 1932 jusqu’en 1937. Les républicains subirent une défaite majeure aux élections de 1932. La crise des années 1930, accentuée par une politique monétaire restrictive de 1929 à 1933, porta le taux de chômage à plus de 20 % aux Etats-Unis.
La crise fut dévastatrice en Europe et favorisa grandement l’arrivée de Hitler au pouvoir en mars 1933. On sait toujours quand on commence une guerre commerciale mais on n’en maîtrise jamais complètement les conséquences à la fois commerciales, financières et politiques. Et Trump, en croyant bien faire, pourrait porter un coup terrible aux Etats-Unis.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « les Experts » sur BFM Business ce mercredi 17 avril.
Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.
Ce mercredi 17 avril, Guillaume Dard, président de Montpensier Finance, Frédéric Farah, économiste et enseignant à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et Christian Saint-Étienne, professeur au Cnam et membre du Cercle des économistes, se sont penchés sur l’UE en quête d’un rebond économique et les chiffres du FMI qui confirment le décrochage entre l’Europe et les USA, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce lundi 11 mars 2024.
Cliquez sur le lien suivant pour visionner le replay de l’émission.
Ce lundi 11 mars, Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM, membre du Cercle des Economistes, Roland Gillet, professeur d’économie à Paris-Sorbonne et à l’Université Libre de Bruxelles Solvay, et André Loesekrug-Pietri, président de Jedi, fondateur du fonds A Capital, débattent autour de la perception des Américains de la France et de l’Europe en termes d’IA, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.
Les Echos – 15/05/2023
En 2025, la Chine représentera 20% de la production mondiale de biens et de services et 25% de la consommation mondiale d’énergie. Des chiffres record qui se retrouvent dans les émissions de CO2.
La Chine a toujours été un géant politique et militaire, économique et technique avec une volonté affirmée de domination stratégique sur son environnement immédiat. SI la Chine devrait atteindre 20% du PIB mondial en 2025 – contre 23,5% pour les Etats-Unis – , son poids dans l’économie des biens, par opposition aux services, est en réalité bien plus élevé. En 2022, la Chine pesait déjà 24% de la consommation mondiale d’énergie primaire, 58% de la consommation mondiale de ciment, 56% de celle de nickel, 55% de celle de cuivre, 53% de celle d’acier, 49% de celle de zinc.
La Chine est donc un géant physique avec 1,4 milliards d’habitants, soit presque 18% de la population mondiale. Elle est le grand concurrent des Etats-Unis dans la révolution numérique, notamment dans l’intelligence artificielle et la conquête spatiale. Elle se veut l’égale des Etats-Unis en 2025 sur le plan militaire et diplomatique.
Il est encore un domaine où la Chine a pris le leadership mondial et creuse l’écart avec ses concurrents : les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie. En 2021, la Chine a émis 10,52 milliards de tonnes de CO2 (31,1% du total mondial), devant les Etats-Unis et l’Inde, avec respectivement 4,70 milliards et 2,55 milliards de tonnes (respectivement 13,9% et 7,5% de la pollution mondiale). L’Union européenne à 27 a émis 2,73 milliards de tonnes (8,1%), la Russie 1,58 milliards de tonnes (4,7%) et le Japon 1,05 milliards de tonnes (3,1%).
En 2021, L’Allemagne a représenté 23,1% des émissions de CO2 de l’UE, l’Italie 11,4% et la France 10%. Les émissions du Royaume-Uni étaient supérieures de 23% à celles de la France à population équivalente.
De 2017 à 2021, l’UE a réduit ses émissions de CO2 de 11% et les Etats-Unis de 6% quand celles de la Chine augmentaient de 11%. L’UE se fixe des objectifs ambitieux de réductions des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 alors que la Chine se fixe pour seul objectif de réduire ses émissions par point de croissance économique supplémentaire. En se calant sur les variations de 2017 à 2021, chaque fois que l’UE baisse ses émissions de x milliards de tonnes, la Chine les augmente de 3x ! C’est pourtant en Europe que s’expriment les mouvements les plus violents contre les émissions de CO2.
En 2021, les émissions de la France ont atteint 0,8% des émissions mondiales, soit 2,3% fois moins que l’Allemagne et 4 fois moins que le poids de la France dans le PIB mondial. Une réalité pratiquement jamais mise en avant par nos dirigeants ou les médias.
En 2025, les émissions des CO2 de la Chine atteindront 35% du total mondial contre 23,5% pour la somme des émissions des Etats-Unis, de l’UE à 28 (UE27 + Royaume-Uni) et du Japon ! Même si la Chine prend le leadership dans la production mondiale de voitures électriques, ces dernières fonctionneront pour une part prédominante avec de l’électricité produite au charbon.
L’UE peut se contenter, pour projet stratégique, de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, qui seront bientôt faibles à l’échelle mondiale, et investir trois fois moins que la Chine et neuf fois moins que les Etats-Unis dans l’intelligence artificielle. Et quatre fois moins que la Chine et cinq fois moins que les Etats-Unis dans l’espace. En dépit d’initiatives récentes, l’Europe n’est plus dans la course sino-américaine, sinon comme proie.
Christian Saint-Etienne s’exprime dans Libre Propos sur Xerfi Canal ce jeudi 4 mai 2023.
Le conflit stratégique entre la Chine et les Etats-Unis ne se limite pas à la destruction de ballons dans l’espace… Les deux pays sont lancés dans une compétition entre une puissance dominante de l’ordre international qui veut le rester – les Etats-Unis – et une puissance montante qui veut prendre sa place – la Chine -. C’est un conflit classique, depuis Athènes et Sparte. Depuis le XVe siècle, seize conflits de ce type ont été recensés dont douze se sont conclus par une guerre et quatre par le renoncement de l’un des deux ennemis. Les Etats-Unis sont prêts à tout pour rester le dominant ; la Chine également, comme l’a clairement exprimé Xi Jinping, pour les remplacer.
Le conflit entre les deux géants se décline en deux luttes complémentaires : 1/ pour être la puissance géostratégique et militaire dominante et 2/ pour être le leader dans la révolution informatique mondiale. L’informatique, comme science et technologie, transforme le monde depuis quatre décennies comme la vapeur à la fin du XVIIIe siècle et l’électricité à la fin du XIXe siècle. Le numérique désigne les applications de l’informatique dans ses interactions avec les consommateurs. L’informatique est la mutation scientifique, technique, industrielle, énergétique et logistique qui fait fonctionner la planète et qui nous a fait entrer dans l’iconomie entrepreneuriale. Si l’informatique s’arrête, tout s’arrête ! Plus de banque, d’assurance, de logistique et d’approvisionnement. Mais également plus d’eau, de pain (les fours sont électriques) ou d’électricité, de télécommunications ou d’hôpitaux. L’informatique, qui fait fonctionner les systèmes électriques, fonctionne elle-même à l’électricité. Les prochaines guerres globales commenceront par la destruction des systèmes électriques : l’Ukraine à la puissance 100. La révolution informatique est hyper-industrielle et investir dans la production d’ordinateurs, de microprocesseurs, de robots et d’électricité est une question de survie.
Et depuis trois décennies, les élites françaises pensent qu’on est entré dans un monde post-industriel, post-travail et post-énergie. Réindustrialiser dans le monde hyper-industriel informatisé supposerait de doubler la production électrique en vingt ans, ce que nos dirigeants ne conçoivent même pas.
Ces deux pays dominent tellement la planète et leur conflit est si intense, qu’ils produisent près de 43% du PIB mondial, assurent près de 60% des dépenses militaires mondiales, contrôlent 80% des licornes mondiales en capitalisation et 100% des grandes plateformes mondiales avec les Gafam américains et les BATHX chinois. L’Europe est et se pense en marge de cette transformation totale alors qu’elle est une proie. L’Allemagne, qui n’a pas de Gafam – ce qui montre qu’elle n’est pas intellectuellement invincible -, investit depuis deux ans dans quatre grandes usines de microprocesseurs quand la France s’est lancée dans un demi-projet d’extension d’une capacité existante. Notre pays a préparé son suicide lent en sous-investissant dans la production électrique et informatique depuis quinze ans.
En France, le débat porte sur l’âge de départ à la retraite, qui sera encore un des plus bas du monde en 2030 à 64 ans, les inconvénients à construire des usines propres et des centrales électriques même propres, le désagrément à réintroduire l’excellence, la discipline et les devoirs à l’école, et les formes légales que pourrait prendre le droit à la paresse. Le tsunami économique et l’affaissement brutal de la protection sociale qui se profilent – sans réveil stratégique -, vont sidérer les Français au-delà de ce qu’ils ont ressenti dans les pires moments de notre histoire. Nous pouvons encore réagir à condition de comprendre le Nouvel ordre mondial.
Boursorama / Cercle des économistes – 6 mars 2023
Pratiquement chaque semaine, les grands pays occidentaux annoncent des plans d’aide financière et en armement en faveur de l’Ukraine. Une fois dressé le bilan des moyens débloqués, Christian Saint-Etienne explique pourquoi, à ses yeux, les Etats-Unis seront les grands gagnants du conflit.
La Russie a envahi l’Ukraine le 24 février 2022, ce qui semblait inconcevable pour les Ukrainiens dont la moitié d’entre eux considéraient la Russie comme une mère nation dont la langue véhiculait une culture supérieure. Poutine pensait être accueilli en héros et conquérir sa cible en quelques jours. Il voulait éviter que l’Ukraine ne rejoigne l’Union européenne et l’OTAN, considérant que l’Ouest avait trahi la Russie, après 1991, en englobant les anciennes démocraties populaires dans l’UE et l’OTAN. L’absence de réaction après la capture de la Crimée lui a laissé penser que les démocraties ne réagiraient pas à son coup de force. Elles ont, au contraire, fortement réagi sous la conduite des Etats-Unis qui en ont profité pour remettre la main sur l’Europe, pour qu’elle ne tombe pas complètement sous la coupe de la Chine.
Ces deux pays sont en effet engagés dans un conflit pour la domination du monde, un conflit classique entre une puissance ascendante (la Chine) et une puissance dominante (les Etats-Unis). Les Etats-Unis sont les premiers contributeurs à l’effort de guerre ukrainien car ils veulent affaiblir la Russie mais au risque de la pousser toujours plus dans les bras de la Chine, ce qui ne sert pas leurs intérêts de long terme dans leur conflit géostratégique avec ce dernier pays.
Contrairement aux attentes de Poutine, l’invasion russe a poussé les Ukrainiens à se rebeller, créant ou confortant un sentiment national qui existait depuis les années 1930 mais qui apparaissait fragile. Aujourd’hui, l’ensemble des Ukrainiens rejette l’intervention russe, la langue russe n’étant plus perçue comme celle d’une culture supérieure mais comme celle de l’envahisseur.
Les Américains et les Anglais sont les principaux fournisseurs d’aide militaire à l’Ukraine, pour un total qui dépassait 30 milliards d’euros à fin décembre 2022, contre 5 milliards d’euros pour l’Union européenne. En revanche, les aides humanitaires et financières américaine et anglaise atteignaient à cette date environ 35 milliards d’euros, soit le même montant que celui engagé par l’Union européenne. Il apparaît que le coût pour l’Europe de cette guerre résulte surtout de la hausse des dépenses d’importations d’énergie en 2022 qui est de l’ordre de 400 milliards d’euros, dont environ 50 milliards au bénéfice des exportateurs américains.
Le PIB de l’Ukraine a vraisemblablement baissé de 35% en 2022, contre 2% pour le PIB de la Russie, tandis que les destructions d’infrastructures et de logements ukrainiens dépassent 150 milliards d’euros et pourraient atteindre le double ou le triple en 2023 selon le cours de la guerre. Le bilan global du conflit intègre le coût humain avec des pertes en morts et personnes gravement blessées qui dépassent vraisemblablement 150 000 soldats du côté russe, 120 000 soldats du côté ukrainien plus les pertes civiles dans ce dernier pays.
Les coûts directs et indirects du conflit sont donc colossaux pour les belligérants en pertes humaines, pour l’Ukraine et l’Union européenne en coûts économiques et financiers. Les Etats-Unis sont, à ce stade, les grands gagnants du conflit sur le double plan géostratégique et économique.
Crédit photo : Yehor Milohrodskyi sur Unsplash