France

Les Echos – 25 février 2025

Alors que le pays se cherche une nouvelle coalition de gouvernement, Christian Saint-Etienne pense que l’Allemagne n’a pas dit son dernier mot. Ce pays de travailleurs redoublera d’effort face aux incertitudes.

La croissance économique allemande est à l’arrêt depuis 2023 et les perspectives pour 2025 ne sont pas bonnes, alors que les Etats-Unis de Trump menacent les exportations européennes, notamment les automobiles allemandes, d’une hausse des droits de douane.

Le modèle allemand de développement des années 1990-2022 fondé sur des exportations industrielles massives vers la Chine et les Etats-Unis avec des coûts d’énergie faibles, grâce au gaz russe, a été miné par l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022. Depuis, l’incertitude règne avec le « grand protecteur américain » de la sécurité européenne qui ne veut plus assurer son rôle et qui agit brutalement pour inféoder l’Europe à une Amérique fantasmée par Trump.

Une Amérique qui se veut grande par l’abaissement de ses propres alliés séculaires et par la prédation des territoires de pays amis, le Groenland et le Canada, tout en exigeant la mainmise sur les ressources d’une Ukraine en guerre. Le shérif admiré de l’Allemagne s’est transformé en chef de bande prédatrice. Dieu est devenu le diable pour l’Allemagne de Martin Luther. Donc, l’Allemagne serait foutue.

Le choc est plus que rude, alors que tout semble ébranlé dans la grande Allemagne réunifiée qui régnait sur l’Europe, avec une France abrutie d’impôts et de réglementations qui ploie et geint. Mais l’Allemagne n’est pas finie. Une Allemagne qui, année après année et décennie après décennie, a une balance courante positive de plus de 6 points de PIB, qui est une des trois grandes nations créditrices au monde, dont le poids de l’industrie manufacturière en proportion du PIB est presque le double de cette proportion en France, et qui a un taux d’emploi de la population âgée de 18 à 65 ans nettement supérieur au taux français.

Une Allemagne au travail qui redoublera d’effort face aux incertitudes radicales qu’elle traverse. Alors que les élites politiques françaises pensent qu’il y a un nouvel impôt à inventer pour résoudre chaque problème, les élites allemandes, y compris à gauche, sont d’abord les ambassadeurs des usines et des travailleurs allemands.

« Pas de prospérité sans effort »

Certes la population allemande, chauffée à blanc par les attentats d’immigrés en déshérence – une faible proportion -, a voté aux extrêmes comme en France. L’AfD d’Alice Weidel, pro-russe et climatosceptique, atteint un score historique avec le slogan « Alice für Deutschland » qui singe le « Alles für Deutschland » de la milice nazie SA.

Mais même les extrêmes allemands n’imaginent pas qu’il y ait un impôt comme solution à tout problème. Le taux d’emploi des immigrés est élevé et l’Allemagne n’est pas choquée de ce que les autorités, à gauche comme à droite, veuillent reprendre le contrôle de leurs frontières. Les ETI allemandes restent solides et les investissements dans la tech, l’espace et la défense progressent rapidement.

Friedrich Merz, souvent décrit comme l’anti-Merkel, a faiblement gagné les élections du week-end dernier. Merz, le cancre à l’école qui a siégé dans de nombreux conseils d’administration, devrait néanmoins former le nouveau gouvernement. Au cours de la campagne électorale, Merz a tenu un discours « apocalyptique » : « Il n’y a pas de prospérité sans effort. Pas d’avenir pour notre pays avec la préretraite, la semaine de quatre jours, un équilibre entre vie professionnelle et vie privée. » Ce garçon n’a aucun avenir dans la politique française.

Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mardi 25 février 2025.

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Ce mardi 25 février, Augustin Landier, professeur à HEC, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des Économistes, et Pierre-Henri de Menthon, directeur de la rédaction de Challenges, ont donné leurs points de vue sur la politique de Friedrich Merz en Allemagne, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.

Les Echos – 29/01/2025

Des droits de douane élevés vont pousser les entreprises européennes à investir davantage sur le territoire américain. Mais quoi que fasse Donald Trump, le premier danger pour l’industrie européenne reste la Chine, estime l’économiste Christian Saint-Etienne.

Trois principales menaces pèsent sur l’industrie européenne : la politique exportatrice débridée de la Chine qui a enregistré un excédent commercial de 992 milliards de dollars sur le reste du monde en 2024, dont environ 300 milliards de dollars d’excédent dans ses échanges avec l’Union européenne ; les coûts de l’énergie deux à trois plus élevés qu’aux Etats-Unis depuis l’invasion russe en Ukraine, qui a fortement réduit les importations à bas prix de Russie ; et la politique de réindustrialisation mise en place par Joe Biden avec le Chips Act de 2022, visant à augmenter massivement la production de microprocesseurs sur le territoire américain, et l’Inflation Reduction Act (IRA) de 2022 qui vise à localiser aux Etats-Unis la production des technologies de la transition verte (panneaux photovoltaïques, éoliennes, voitures électriques, etc.).

Donald Trump est certes en train de détricoter une partie de l’IRA en annulant certaines dispositions favorables aux technologies de la transition verte et en poussant à la production d’hydrocarbures, en lien avec sa décision de sortir les Etats-Unis des accords de Paris sur le climat. Mais il maintient l’objectif de localiser la production industrielle aux Etats-Unis. Il a annoncé une baisse du taux de l’impôt sur les sociétés de 21 % à 15 % et la déréglementation de l’industrie de la finance, ces deux décisions contribuant à un essor général de l’activité aux Etats-Unis.

Quelles réponses de l’UE ?

Il faut attendre les décisions précises du gouvernement américain sur les droits de douane et leur périmètre d’application à l’Union européenne, ainsi que les réponses de l’UE pour apprécier les conséquences de ces mesures en matière de politique commerciale. Des droits de douane élevés vont pousser les entreprises européennes à investir davantage sur le territoire américain.

Pour les Etats-Unis, les mesures de baisse d’impôt et de déréglementation devraient compenser les conséquences de la guerre commerciale en termes d’activité. Pour l’Union européenne, la tenue de l’activité en 2025-2026 dépendra au moins autant des décisions de baisse des taux de la Banque centrale européenne et des mesures de déréglementation annoncées par la Commission européenne que de l’impact de la guerre commerciale. Si les prix de l’énergie se maintiennent au double ou triple en Europe de ceux constatés aux Etats-Unis, la baisse d’activité des industries fortement consommatrices d’énergie, comme la chimie, va continuer en Europe. Si la guerre commerciale frappe les exportations d’automobiles, cette industrie va continuer de se rétracter en Europe.

Mesures antidumping

Mais quoi que fasse Trump, le premier danger pour l’industrie européenne reste la Chine. Et c’est la volonté et la capacité de l’UE de contrer l’invasion de produits chinois subventionnés par le gouvernement chinois qui permettront d’apprécier le degré de crise de l’industrie européenne en 2025-2026. Des pans entiers de nos industries ont été délocalisés en Chine depuis trente ans au point que pour de nombreux secteurs industriels européens, les achats de produits semi-finis en Chine sont un élément clé de leur compétitivité et de leur survie.

Quant aux industries encore localisées principalement sur le territoire européen, comme la sidérurgie et l’automobile, ce sont les mesures antidumping prises par Bruxelles qui vont décider de leur survie à bref délai. Dans ces deux secteurs, les annonces de plans de licenciements massifs sont liées essentiellement aux importations massives de Chine avec des droits antidumping qui interviennent toujours trop tard et à des niveaux ne corrigeant pas les aides directes et indirectes du gouvernement chinois à ses industries exportatrices.

Christian Saint-Etienne était l’invité d’Emilie Broussouloux dans l’émission « Le Grand Dossier » sur LCI, ce mercredi 29 janvier 2025.

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Au sommaire : Hausses d’impôts, Bernard Arnault menace de délocaliser. Taxé en France, Arnault rêve du « modèle Trump ». La France taxe-t-elle trop ses entreprises ?

Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mardi 28 janvier 2025.

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Ce mardi 28 janvier, Agnès Bénassy-Quéré, sous-gouverneure à la Banque de France, Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des Économistes, et Mathieu Plane, directeur adjoint du département Analyses et Prévisions de l’OFCE, débattent autour des raisons de la hausse du chômage, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.

Atlantico – 10/01/2025

L’instabilité politique a un coût qui rend financièrement rationnelles les concessions sur les objectifs de réduction du déficit budgétaire. Mais jusqu’où ?

Atlantico : François Bayrou, nouveau locataire de Matignon, sera bientôt amené à se présenter devant les parlementaires pour la traditionnelle déclaration de politique générale. Depuis leur arrivée au gouvernement, Éric Lombard, ministre de l’Économie, et Amélie de Montchalin, ministre chargée des Comptes publics, tentent de négocier un pacte de non-censure sur le budget 2025 que l’exécutif devra présenter. D’aucuns évoquent d’ores et déjà la suspension de la réforme des retraites. Que sait-on, pour commencer, du coût financier réel de l’instabilité politique ?

Christian Saint-Étienne : Naturellement, c’est une question qu’il est difficile de traiter avant le discours de politique générale du Premier ministre, qu’il doit donner mardi 14 janvier 2025. Nous ne savons pas encore précisément ce qu’il va annoncer. Le ministre des Finances a fait savoir qu’il était question de réduire le déficit français de 50 milliards plutôt que de 60 milliards, comme cela était initialement prévu. On ne sait précisément sur quels outils le gouvernement entend s’appuyer pour s’en sortir. Ce que l’on sait, c’est que certaines mesures (et l’on parle ici d’une annulation complète de la réforme des retraites, déjà évoquée par certains partis politiques, par exemple) pourraient conduire à un véritable tsunami. Tout le monde connaît la métaphore de la grenouille que l’on ébouillante progressivement en la plaçant dans une casserole d’eau qui chauffe peu à peu. Dans ce scénario, l’eau se met soudainement à bouillir, et la grenouille brûle vive en un instant. La hausse du différentiel de taux avec l’Allemagne mesure la hausse de la température. La suspension de la réforme des retraites fera bouillir la casserole.

D’une façon générale, pour répondre à la question de fond qui est ici posée, il est nécessaire de distinguer l’instabilité politique de l’absence de vision comme de stratégie politique. En l’occurrence, et c’est là que la situation française se fait particulièrement inquiétante, nous devons composer avec un double manque en Hexagone. Depuis le début du second mandat d’Emmanuel Macron, au moins, la France avance sans la moindre stratégie de moyen ou de long terme. D’aucuns pourraient arguer que c’était même déjà vrai pendant son premier mandat, et nous pourrions, en vérité, remonter davantage encore. Cogner les riches, comme le souhaitait François Hollande, ne constitue pas une stratégie de moyen terme à proprement parler. Travailler plus pour gagner plus non plus, de même que favoriser le développement des start-ups n’est rien de plus qu’un gimmick, un élément qui doit s’inscrire dans une stratégie de long terme, une vision qui dénote le positionnement souhaité de la France dans la répartition de la richesse mondiale. Quels efforts sommes-nous prêts à engager pour demeurer une grande puissance ? Les Français sont-ils prêts à travailler davantage, à investir plus dans la recherche, dans l’innovation, à mettre en place des investissements productifs permettant la réindustrialisation du pays ? Il ne s’agit évidemment pas de se contenter d’un discours, il faut aussi regarder la réalité ensuite. Dans quelle mesure se contente-t-on seulement d’annoncer un effort collectif de développement économique, pour une croissance durable et environnementalement propre ? Met-on réellement et physiquement le pays au travail ? Compte tenu de tous ces éléments, on pourrait légitimement avancer que le dernier discours de politique générale qui ressemblait à un discours courageux de méthode comme d’objectif, c’est celui d’Alain Juppé, en 1995. Autrement dit, cela fait maintenant 30 ans que la France n’a plus de vision. Or, la somme d’une absence de vision et d’une instabilité politique est catastrophique pour le pays. Elle se traduit par ce que l’on observe depuis maintenant 25 ans : une croissance faible, de 1 % par an au mieux.

Notez que l’on peut quantifier et mesurer la combinaison de ces facteurs négatifs. Le premier élément de mesure dont on dispose n’est autre que la chute de la croissance attendue sur l’année en cours. Au printemps 2024, nous anticipions une croissance estimée à 1,3 % ou 1,4 %. Ces estimations s’appuyaient sur des événements macroéconomiques favorables à l’économie française, tels que la baisse des taux d’intérêts, des taux de change, des prix de l’énergie, la stabilisation des prix alimentaires… En bref, il y avait matière à espérer que les choses s’arrangent. Après la dissolution décidée par Emmanuel Macron, la croissance est désormais estimée entre 0,5 % et 0,8 % sur l’année 2025. Autrement dit, l’instabilité politique nous a déjà coûté 0,5 à 0,7 points de croissance sur un an. Si on ajoute à cela l’absence de stratégie française (comme européenne d’ailleurs) face à des politiques chinoises et américaines potentiellement plus agressives, il y a de quoi gonfler le manque à gagner d’un demi-point de croissance supplémentaire. Cependant, cette partie s’avère plus difficile à mesurer, puisqu’il faut de facto prendre en compte l’ensemble des politiques économiques concernées. Dans un cas comme dans l’autre, le coût total est faramineux : aux alentours d’une vingtaine de milliards d’euros de créations de richesses perdues sur les deux années 2024-2025. C’est un acquis que l’on ne pourra d’ailleurs pas rattraper.

De l’instabilité politique à l’absence d’ambition en matière de réduction des déficits, quel est le mal le plus dangereux pour l’État ? Faut-il penser que François Bayrou, s’il accepte effectivement d’annuler la réforme des retraites pour assurer la longévité de son gouvernement, fait le bon calcul ?

La question doit d’abord et avant tout de réfléchir au niveau supérieur. Il est essentiel d’identifier la cause première de l’instabilité politique à laquelle nous faisons aujourd’hui face. Sans rien avoir contre la personne ou contre ses mérites éventuels, force est de constater que le seul responsable de cette situation est Emmanuel Macron. C’est lui qui a décidé de la dissolution et qui l’a menée totalement à contretemps. Dès lors, il faut aussi affirmer que disserter sur les questions d’opportunité de réduction du déficit peut apparaître secondaire compte tenu du contexte politique que nous connaissons. L’important, pourrait-on avancer, c’est qu’Emmanuel Macron tire les conséquences de cet état de fait. Sans quoi, il faudra en effet composer avec une croissance extraordinairement médiocre et une instabilité pérenne.

Nous ne pouvons pas espérer, en raison de la double absence de stabilité et de vision stratégique, une solution à court terme avant la prochaine élection présidentielle. Celle-ci pourrait possiblement donner lieu à de nouvelles orientations plus favorables à l’économie ainsi qu’au volet social… sans oublier la recherche et le développement. Enfin, pour répondre de façon plus précise encore, il est important de prendre en compte la différence entre une instabilité à extrêmement court terme, c’est-à-dire à horizon de Pâques (ou même avant) et une instabilité à horizon 2027, par exemple. Dans le premier cas de figure, il peut s’avérer pertinent d’envisager quelques concessions permettant le vote d’un budget pour 2025, sous réserve que celles-ci ne soient pas de nature à provoquer une crise financière majeure, susceptible de coûter trois, cinq ou même dix fois le coût de l’abandon des mesures sur les retraites. Tenter de gagner un an peut faire sens. Cela supposerait, néanmoins, un certain nombre de réformes après Pâques, visant à redonner confiance dans la possibilité française de croissance.

On peut douter que le gouvernement ait la capacité d’impulser une vision positive sur le moyen terme… particulièrement dans une situation où il sera peut-être amené à des concessions trop lourdes sur le très court terme. Il faudra malheureusement attendre le détail de la loi de finances 2025 que présentera François Bayrou pour en avoir le cœur net.

Dans quelle mesure peut-on dire que la logique de longévité du gouvernement, au prix de concessions parfois importantes, a pu permettre la validation d’un budget français par Bruxelles qui n’a finalement pas vu le jour ? Que faut-il penser de cette logique ?

Bruxelles a effectivement validé le budget Barnier, qui était pour partie dur et sévère, mais qui comprenait aussi trop de hausses d’impôts. Ce que l’on peut tout de même dire, c’est qu’il faisait montre d’une certaine cohérence. Pour le reste, il est encore difficile de commenter ce que fera ou non François Bayrou. Sans doute annoncera-t-il quelques mesures sur les retraites, déclarant qu’il va négocier entre février et avril avant de présenter un projet de loi entre juin et juillet. En contrepartie, il attendra sans doute de la gauche qu’elle vote immédiatement le budget. S’il y parvient effectivement, il pourra procéder à une réduction du déficit de 50 milliards d’euros (plutôt que les 60 milliards initialement attendus), ce qui signifie que le déficit français atteindra 5,5 points de PIB. Le gouvernement sera libre d’affirmer que son action aura permis d’éviter le pire…

Les Echos – 26/11/2024

La désindustrialisation de l’Hexagone, parmi les plus fortes en Europe, est appelée à se poursuive, selon Christian Saint-Etienne. La démonstration par la politique de réserves foncière et les impôts de production.

Alors qu’un petit courant de réindustrialisation semblait se manifester en France en 2022-2023 et au premier semestre de 2024, la dissolution et le débat budgétaire transformé en foire aux hausses d’impôts ont cassé l’élan. Les annonces de fermeture d’usines se multiplient depuis l’élection de Donald Trump, qui veut augmenter les droits de douane de 10 % à 20 % sur les importations de l’ensemble du monde hors Chine et de 60 % sur la Chine. La Chine accentuera son déversement de produits subventionnés sur l’Europe.

Alors que les impôts de production avaient été réduits de 3,4 % du PIB en 2019 à 3,1 % du PIB en 2023, notamment sous l’effet de la baisse de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) de 15 milliards à 4,3 milliards d’euros, le mouvement de baisse est stoppé par le gouvernement dans le cadre de la préparation du budget pour 2025. Il faut d’ailleurs relativiser la réduction des impôts de production puisque ces derniers se situent encore au double du niveau de la zone euro et à plus de quatre fois le niveau allemand.

Perte de lucidité

De plus, la loi ZAN (zéro artificialisation nette) est en train de détruire les zones d’activité qui étaient programmées pour l’activité économique et que les communes réduisent, parfois de moitié d’un trait de plume, pour faire des logements ou du « retour à la nature » en vue de respecter leurs autres obligations environnementales.

Nous n’avons plus la lucidité, ni la volonté pour mener une politique ambitieuse de réserves foncières productives régionales coordonnées par l’Etat. La surface nécessaire pour réindustrialiser est de 50.000 hectares, dont 20.000 hectares de friches restaurées, qui doivent être comptées hors ZAN. Si ça vous semble beaucoup c’est que vous ne savez rien. Nous étions prêts, dans le cadre du Green deal européen et sans étude d’impact, à geler 4 % de la surface agricole utile, soit 1,2 million d’hectares ! On peut geler 1,2 million d’hectares d’un trait de plume mais on ne peut pas préserver 50.000 hectares pour se tenir debout dans la compétition internationale.

Ratios de production manufacturière

En analysant les ratios de production manufacturière en pourcentage du PIB, il apparaît que, de 2019 à 2023, ils ont baissé pour tous les pays (ou ensemble de pays) en difficulté et augmenté dans les pays dont l’activité économique performe. Précisément, ces ratios ont baissé de 14,9 % à 14,7 % du PIB pour l’Union européenne à 27, de 14,7 % à 14,5 % du PIB pour la zone euro, de 19,4 % à 18,5 % du PIB en Allemagne, et de 9,9 % à 9,7 % du PIB en France.

Ces mêmes ratios ont augmenté de 10,7 % à 10,9 % du PIB en Espagne, de 10,4 % à 10,8 % aux Pays-Bas, et de manière encore plus spectaculaire de 14,8 % à 15,4 % du PIB en Italie qui est devenue le quatrième exportateur mondial en 2023. Selon les dernières prévisions économiques de la Commission européenne, l’Italie aura une croissance supérieure (!) à celle de la France en 2025, grâce à ses 27.000 entreprises industrielles internationalisées. Surtout, les Pays-Bas vont croître deux fois plus vite que la France et l’Espagne trois fois plus vite. Les industries italienne et espagnole sont désormais plus robotisées que les françaises.

La France continue d’être le pays le plus désindustrialisé avec l’industrie la moins robotisée des grands pays européens, ce qui se traduit par un déficit commercial abyssal alors que l’Italie accumule les excédents de son commerce extérieur. Seule une révolution politique totale pourrait nous redonner la lucidité et la volonté pour agir.