Christian Saint-Etienne était l’invité de France Infos ce dimanche 20 janvier 2019.
Le Figaro – 14 janvier 2019
Emmanuel Macron a commis une triple erreur : il n’a pas baissé la dépense publique, a ignoré les deux France du déplacement et n’a pas relancé le moteur industriel.
Il faut revenir sur l’origine du conflit des « gilets jaunes ». Emmanuel Macron s’est fait élire sur la promesse de réduire la dépense publique mais a tout de suite écarté les mesures qui permettraient de la dégonfler. Puis il a ignoré la division des deux France du déplacement. Enfin, il n’a pas relancé le moteur industriel. Ce faisant, il a contribué à enfoncer davantage encore la voiture France dans l’ornière en dépit de l’utile réforme du marché du travail. Analysons ces différents points.
La dépense publique française dépasse celle de la moyenne des dix-huit autres pays de la zone euro de 9 points de PIB et celle de l’Allemagne de 12 points de PIB. Les dépenses de retraite atteignent 14 points de PIB, soit le quart d’une dépense de 56 points du PIB. Pas de baisse de la dépense publique sans réforme des retraites. Or Macron a triché en prétendant régler le problème par un régime par points qui n’est qu’un mode de calcul des droits à retraite. De plus, cette réforme est contestable, car elle méconnaît les besoins différents des trois catégories de travailleurs : les fonctionnaires, dont certains sont planqués mais un grand nombre travaillent à la dure – qui veut être flic à 1 500 euros net par mois ou infirmière d’urgence à 1 600 euros net par mois ? – ; les salariés, dont la retraite est essentiellement financée par les charges patronales – cotiseront-ils suffisamment lorsqu’ils devront accumuler des points pendant quarante-quatre ans pour une retraite qui semble loin des besoins immédiats ? – ; et les indépendants qui arbitrent entre retraite et constitution d’un patrimoine. Il convient de passer des 42 régimes de retraite existants à 3 régimes adaptés à ces trois catégories avec les mêmes règles : âge de départ à 64 ans, avec décotes et surcotes pour introduire de la flexibilité, une durée de cotisation de quarante-quatre ans dès 2024 et des règles appropriées pour les emplois pénibles.
Macron a également annoncé la suppression de la taxe d’habitation, qui est pourtant un impôt juste s’il est calculé sur des bases locatives actualisées, car il correspond à un service rendu localement. Cette suppression conduit l’État à faire en urgence les fonds de poche des Français pour compenser le trou de recettes qui atteindra 20 milliards d’euros à l’horizon 2020. On avait ainsi prélevé 3 milliards d’euros sur le gasoil, quelques centaines de millions d’euros en supprimant les crédits d’impôt sur les fenêtres, etc., avant d’annuler ces mesures. La réforme des retraites présentée précédemment permettrait d’économiser progressivement 25 milliards d’euros par an d’ici à six ans. Macron s’est ainsi privé d’une augmentation de ses marges de manœuvre de 45 milliards d’euros par an qui auraient pu être utilisés pour réduire le déficit de 25 milliards d’euros et pour financer à hauteur de 20 milliards d’euros par an la réindustrialisation et la numérisation du pays. Ce trou de 45 milliards d’euros annuels dans les finances publiques va le hanter jusqu’à la fin de son quinquennat qui semble aujourd’hui largement compromis.
Enfin, face à l’équation de la croissance durable, Macron a ignoré l’existence des deux France du déplacement. La population métropolitaine de 65 millions d’habitants se scinde en 25 millions vivant dans des grandes villes connectées avec des transports en commun et des marchés de l’emploi dynamiques et une France de 40 millions d’habitants vivant dans des villes moyennes ou des zones rurales sans ou avec peu de transports en commun. Cette deuxième France ne vit pas forcément mal, mais elle a besoin de sa voiture pour vivre, travailler, aller chez le médecin ou emmener les enfants à l’école. Miser la transformation environnementale sur une hausse massive du prix du gasoil alors qu’on a encouragé pendant trente ans la deuxième France à s’en équiper – chauffage ou voiture au gasoil qui émet beaucoup moins de CO2 et pas tellement plus de particules pour les moteurs les plus récents – est une atteinte à sa dignité autant qu’à son portefeuille.
Enfin, Macron n’a pas plus que ses prédécesseurs compris la nécessité de réindustrialiser le pays après une vague massive de désindustrialisation pendant vingt ans fondée sur le mythe de l’entrée dans un monde post-industriel et post-travail alors que nous sommes dans la révolution du numérique et de la robotique. « Pas d’industrie » veut dire pas d’exportation et pas de R&D, car partout la R&D industrielle représente plus de 80% de la R&D des entreprises. Il a pris quelques mesurettes, comme une annonce de 1,5 milliard d’euros d’investissements dans l’intelligence artificielle sur la durée de son quinquennat, alors que sur la même durée il alloue 50 milliards d’euros en cumulé pour supprimer la taxe d’habitation.
Certes, le « gilet jaune » est l’habit commode de tous les désarrois et la couverture d’une insupportable violence, mais sans création d’emplois rémunérateurs dérivés de l’industrie et des secteurs qu’elle entraîne, il ne peut pas y avoir de hausse réelle du pouvoir d’achat.
Les Echos – 30/10/2018
Oui, il faut réformer les retraites. Mais au lieu de croire que le régime par points réglera tous les problèmes, il faut agir sur les seuls véritables leviers : la durée de cotisation et l’âge de départ.
Donc, tout est clair. Si vous êtes intelligent, progressiste et favorable à une France ouverte et fluide, vous êtes favorable à la retraite par points . Mais si, par malheur, vous êtes réaliste, conscient d’une société fracturée et de la violence des rapports de force, vous appartenez à l’ancien monde.
Je me bats pour que l’on passe la durée de cotisation à 44 ans (45 ans après 2030) et l’âge de départ à la retraite à 64 ans d’ici 2024 afin d’alléger le poids des retraites. Les retraites publiques pèsent plus de 14 points de PIB sur une dépense publique de 56 points de PIB, soit précisément un quart !
Il n’y a pas, et il n’y aura pas de réduction de la dépense publique sans commencer par une réforme des paramètres des régimes de retraite. D’autres réformes sont nécessaires, mais celle des retraites est la mère de toutes les réformes.
Le but réel du régime par de retraite par points est de baisser les retraites sans le dire et en faisant sauter tous les systèmes de solidarité inclus dans le système actuel.
Foin des errements, la retraite par points va régler tous les problèmes. « Un euro cotisé donnera le même nombre de points à tous les cotisants », qui peut être contre ça ? Naturellement, il ne faut pas insister sur le fait que la valeur du point peut baisser aussi bien que monter : compte tenu de l’état de l’économie française, il aura tendance à baisser, y compris une fois que vous êtes déjà parti à la retraite, car il sera calculé chaque année. Le but réel du régime par points est de baisser les retraites sans le dire et en faisant sauter tous les systèmes de solidarité qui sont inclus dans le système actuel.
Outre l’exercice de vérité sur l’équilibre des régimes de retraite, je prône ici le passage des 42 régimes actuels à 3 régimes de retraite : le premier pour la totalité du secteur privé hors indépendants, le deuxième pour les indépendants et le troisième pour le secteur public. La durée de cotisation doit être la même pour tous (44 ans), l’âge de départ – avant correction individuelle souhaitée en fonction des décotes et surcotes connues – à 64 ans et le taux de remplacement (première pension sur le salaire de référence) au même niveau pour tous.
Pourquoi trois régimes plutôt qu’un seul ?
1. Parce que la majeure partie des cotisations est payée par l’employeur dans le secteur privé, sans que le salarié en ait conscience, et à un niveau que très peu de salariés supporteraient s’ils contribuaient eux-mêmes. Dans un régime individualisé par points, les salariés contribueront moins, peut-être pas immédiatement, mais très vite, car l’attrait de « l’argent tout de suite » est plus fort que celui d’une pension dans cinquante ans.
2. Le régime des indépendants leur permet de cotiser moins aujourd’hui et d’accumuler un patrimoine qui les protège (théoriquement) à la retraite. Pourquoi leur enlever cette liberté ?
3. Le régime public, qui n’est pas plus généreux que le régime privé en termes de taux de remplacement, quoi qu’on en dise, donne néanmoins l’illusion d’un privilège aux fonctionnaires. Or, gare à ceux qui dissipent les illusions de personnes dont notre vie dépend (policiers, enseignants, hospitaliers, etc.) !
Naturellement, avec trois régimes et des systèmes informatiques standardisés, le passage de l’un à l’autre sera immédiat, car il suffira que chaque régime donne la somme des versements effectués et la durée de cotisation pour les créditer au nouveau régime d’affiliation. Qu’il y en ait un ou trois, les régimes paramétrés à prestations nominales fixées à l’avance sont plus protecteurs de l’équité entre professions et générations que l’illusoire régime par points à la valeur continuellement changeante et aux points bonus incontrôlés.
Tous les sondages montrent que les deux tiers des Français sont stressés par la perspective du régime en points variables, qui déstabilisera notre société, alors qu’il suffit d’adapter le régime paramétré actuel – aux prestations définies à l’avance – au vieillissement de la société, ce que les Français comprennent parfaitement.
La vérité au sein d’un régime paramétré rénové est infiniment préférable à la variabilité d’un régime à points qui prépare un appauvrissement spectaculaire des classes populaires à terme.
Christian Saint-Etienne était l’invité d’Annie Lemoine dans l’émission « Inside Business » sur BFM Business ce mercredi 10 octobre 2018.
Cliquez ici pour visionner la première partie : réforme des retraites, les « premiers grands principes » dévoilés
Cliquez ici pour visionner la troisième partie : les constructeurs lorgnent l’autopartage
Christian Saint-Etienne était l’invité de Stéphanie Antoine dans l’émission « La Semaine de l’Eco » sur France 24, ce vendredi 1er juin.
Cliquez ici pour visionner la première partie de l’émission.
Christian Saint-Etienne était l’invité de David Jacquot dans l’émission « Le Grand Débat » sur boursorama.com, ce vendredi 6 avril 2018.
Alors que la France se prépare à connaitre un nouveau week-end de grèves, le statut des cheminots continue de cristalliser les tensions entre le gouvernement et les syndicats. Sa suppression peut-elle vraiment aider la SNCF à affronter l’ouverture du rail à la concurrence ? Les points de vue d’Eric Heyer, directeur du département Analyse et Prévision à l’OFCE, et de Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM.
La Croix – 28/09/2017
En général, la loi ne crée pas d’emplois. En France, elle a plutôt tendance à en détruire. Les Français ont un rapport très particulier à l’emploi, qui est le fruit d’une longue histoire. Le travail ne se résume pas à un contrat ou à une activité. C’est un élément de dignité pour la personne. Quand un syndicat négocie, il ne négocie pas un contrat mais un statut pour les salariés.
De ce fait, on ne peut pas non plus diriger les salariés en France comme ailleurs. L’employeur doit porter une ambition collective qui donnera du sens au travail de ses salariés. S’il y parvient, les Français sont heureux d’aller travailler. S’il échoue, le divorce peut être brutal.
Cette charge symbolique du travail a des conséquences sur la loi votée par le Parlement, mais aussi sur l’organisation des relations sociales dans leur ensemble. Les conventions collectives créent beaucoup de rigidité au lieu de corriger les effets négatifs de la loi. Résultat : la France compte encore 3,5 millions de chômeurs, au lieu de 1,5 million. Nous devrions, comme nos voisins, connaître un taux de chômage de 5 %, au lieu de 10 %.
La rigidité des relations sociales s’explique aussi par la faiblesse de la croissance depuis quinze ans. Elle ne dépasse guère 1 % par an en moyenne, quand la France ne commence vraiment à respirer qu’à 1,8 %…
Nous n’allons pas refaire la culture française. Mais il faudrait au moins faire basculer la défense de l’emploi vers la défense de la personne pour éviter de bloquer le fonctionnement de l’économie. Il s’agit de biologie, pas de mécanique. Si à force de règles, vous interdisez aux cellules de se renouveler, elles finissent par mourir.
La réforme du code du travail portée par les ordonnances a le grand mérite de donner beaucoup de liberté aux entreprises de moins de 50 salariés. Il est indispensable dans ces communautés de travail de ne pas faire intervenir de syndicats porteurs d’une certaine idéologie, dans la mesure où un bon chef d’entreprise se trouve aux commandes.
Les grandes entreprises vont bénéficier quant à elles de la possibilité de faire apprécier leurs difficultés économiques sur le périmètre national et de mesures de simplification telles que la fusion des instances représentatives du personnel.
En revanche, je m’inquiète pour les PME de plus de 50 personnes, qui sont le maillon faible de l’économie française. Les ordonnances auront pour effet de renforcer l’effet de seuil. À partir de 50 personnes, l’obligation de négocier avec les syndicats persiste, parmi de nombreuses autres, quand les plus petites entreprises auront, elles, beaucoup plus de liberté.
Je crains que cela n’aboutisse à une multiplication du nombre d’entreprises de 49 personnes et ne bride, encore une fois, le développement des PME. Il aurait fallu doubler le seuil de 50, pour le porter à 100.
Recueilli par Emmanuelle Réju.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mardi 29 août 2017.
Cliquez ici pour visionner la deuxième partie de l’émission.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Élisabeth Quin dans l’émission « 28 minutes » sur ARTE, ce mardi 13 septembre 2016.
PLANS SOCIAUX : L’ÉTAT EST-IL IMPUISSANT ? Les points de vue des économistes Anna Creti, David Cayla et Christian Saint-Etienne.
Visionnez la vidéo à partir de 12 min.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Fabrice Lundy dans l’émission « Les Décodeurs de l’Eco » sur BFM Business, ce mardi 13 septembre 2016.
Le dossier Alstom s’envenime à 8 mois de la présidentielle. Et pour cause, la fermeture ou non du site de Belfort est au coeur d’un bras de fer qui oppose le gouvernement, les syndicats et les élus locaux à la direction du groupe. Ce dernier va, en effet, transférer la production de trains et le bureau d’études de ce site historique à Reichshoffen. D’ailleurs, les principaux protagonistes se livrent une bataille politique et de communication depuis lundi. Ils s’affrontent également sur les soi-disant pistes pour régler ce dossier épineux. Alors, qui gagnera la bataille d’Alstom ? – Avec: Laurent Sabbah, conseiller en communication, auteur de « La communication expliquée à mon patron ». François Miquet-Marty, président de Viavoice. Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM, auteur de « Relever la France » (Éd. Odile Jacob). Emmanuel Lechypre, éditorialiste BFM Business. Et Mathieu Sévin, journaliste BFM Business. – Les Décodeurs de l’éco, du mardi 13 septembre 2016, présenté par Fabrice Lundy, sur BFM Business.