pollution

Les Echos – 15/05/2023

En 2025, la Chine représentera 20% de la production mondiale de biens et de services et 25% de la consommation mondiale d’énergie. Des chiffres record qui se retrouvent dans les émissions de CO2.

La Chine a toujours été un géant politique et militaire, économique et technique avec une volonté affirmée de domination stratégique sur son environnement immédiat. SI la Chine devrait atteindre 20% du PIB mondial en 2025 – contre 23,5% pour les Etats-Unis – , son poids dans l’économie des biens, par opposition aux services, est en réalité bien plus élevé. En 2022, la Chine pesait déjà 24% de la consommation mondiale d’énergie primaire, 58% de la consommation mondiale de ciment, 56% de celle de nickel, 55% de celle de cuivre, 53% de celle d’acier, 49% de celle de zinc.
La Chine est donc un géant physique avec 1,4 milliards d’habitants, soit presque 18% de la population mondiale. Elle est le grand concurrent des Etats-Unis dans la révolution numérique, notamment dans l’intelligence artificielle et la conquête spatiale. Elle se veut l’égale des Etats-Unis en 2025 sur le plan militaire et diplomatique.

En Chine, une part prédominante de l’électricité produite au charbon.

Il est encore un domaine où la Chine a pris le leadership mondial et creuse l’écart avec ses concurrents : les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie. En 2021, la Chine a émis 10,52 milliards de tonnes de CO2 (31,1% du total mondial), devant les Etats-Unis et l’Inde, avec respectivement 4,70 milliards et 2,55 milliards de tonnes (respectivement 13,9% et 7,5% de la pollution mondiale). L’Union européenne à 27 a émis 2,73 milliards de tonnes (8,1%), la Russie 1,58 milliards de tonnes (4,7%) et le Japon 1,05 milliards de tonnes (3,1%).
En 2021, L’Allemagne a représenté 23,1% des émissions de CO2 de l’UE, l’Italie 11,4% et la France 10%. Les émissions du Royaume-Uni étaient supérieures de 23% à celles de la France à population équivalente.
De 2017 à 2021, l’UE a réduit ses émissions de CO2 de 11% et les Etats-Unis de 6% quand celles de la Chine augmentaient de 11%. L’UE se fixe des objectifs ambitieux de réductions des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 alors que la Chine se fixe pour seul objectif de réduire ses émissions par point de croissance économique supplémentaire. En se calant sur les variations de 2017 à 2021, chaque fois que l’UE baisse ses émissions de x milliards de tonnes, la Chine les augmente de 3x ! C’est pourtant en Europe que s’expriment les mouvements les plus violents contre les émissions de CO2.
En 2021, les émissions de la France ont atteint 0,8% des émissions mondiales, soit 2,3% fois moins que l’Allemagne et 4 fois moins que le poids de la France dans le PIB mondial. Une réalité pratiquement jamais mise en avant par nos dirigeants ou les médias.

En 2025, les émissions des CO2 de la Chine atteindront 35% du total mondial contre 23,5% pour la somme des émissions des Etats-Unis, de l’UE à 28 (UE27 + Royaume-Uni) et du Japon ! Même si la Chine prend le leadership dans la production mondiale de voitures électriques, ces dernières fonctionneront pour une part prédominante avec de l’électricité produite au charbon.
L’UE peut se contenter, pour projet stratégique, de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, qui seront bientôt faibles à l’échelle mondiale, et investir trois fois moins que la Chine et neuf fois moins que les Etats-Unis dans l’intelligence artificielle. Et quatre fois moins que la Chine et cinq fois moins que les Etats-Unis dans l’espace. En dépit d’initiatives récentes, l’Europe n’est plus dans la course sino-américaine, sinon comme proie.

Photo de Max Zhang sur Unsplash

Le Figaro – 28/10/2021

Quel que soit le scénario envisagé pour le climat, la part des émissions des pays européens, et en particulier de la France, sera bien moindre à l’horizon 2030 que celle des pays du Moyen-Orient, d’Afrique ou d’Asie, démontre l’économiste. Pourtant, ce sont ces nations qui sont le plus pointées du doigt, déplore-t-il.

Le réchauffement climatique est avéré et ses conséquences sont significatives. Partant de ce constat, une certaine propagande écologiste instille trois idées clés. Ce serait la responsabilité de l’Europe de résoudre le problème car l’Europe est la source principale de pollution. La classe politique européenne n’aurait rien fait pendant des années et il faut mettre les Verts au pouvoir en urgence absolue pour sauver l’humanité, la population européenne devant accepter, de gré ou de force, une forme de décroissance accélérée. La situation en France serait catastrophique, et la seule solution passerait par les énergies renouvelables car on ne pourrait compter sur le nucléaire comme solution pérenne.

Or il apparaît que ces trois affirmations sont monstrueusement fausses !

Le développement conjoint du marxisme vert – vert à l’extérieur et rouge à l’intérieur -, et du wokisme qui analyse tous les sujets sous le prisme de la race et du sexe tout en récusant toute référence au réel, ne permet plus de regarder les choses en face. C’est néanmoins ce que j’entreprends ici.

Des travaux s’appuyant sur le programme Edgar – Emissions Database for Global Atmospheric Research – de la Commission européenne montrent la répartition géographique des émissions de CO2 dans le monde en 2018 et sa répartition probable en 2030 selon deux scénarios. Selon le scénario 1, nous supposons qu’un effort minimal est mis en œuvre par les principaux pollueurs mondiaux et que les émissions mondiales n’augmentent que de 10 % de 2018 à 2030. Selon le scénario 2, les principales tendances actuelles continuent et les émissions mondiales de CO2 augmentent de 25 % de 2018 à 2030.

Compte tenu des tendances d’émission de CO2 observées sur les dix dernières années et des engagements effectivement pris et mis en œuvre par les États, il apparaît que, dans le scénario S1, le plus favorable pour le climat, la part de l’Union européenne à vingt-sept dans les émissions mondiales de CO2 devrait passer de 8,1 % en 2018 à 6,3 % en 2030. Celle de la France passerait de 0,9 % en 2018 à 0,7 % des émissions mondiales en 2030 pour un PIB français représentant 3 % de la production mondiale, ce qui démontre l’extrême efficacité et rigueur environnementale du secteur productif français.

Cette réduction massive de la part européenne dans les émissions mondiales résulte de toutes les dispositions prises par les gouvernements européens, depuis un quart de siècle, visant à améliorer l’efficacité climatique de la construction et des transports. L’instrumentalisation de la jeunesse européenne contre les seuls gouvernements ayant réellement agi contre le réchauffement climatique est grotesque.

À l’inverse de l’Europe, la part de la pollution émise par l’Asie, l’Afrique et Moyen-Orient passerait de 58,6 % des émissions mondiales de CO2 en 2018 à 64,8 % en 2030.

Dans le scénario S2, le moins favorable pour le climat, la part de l’Union européenne dans la pollution mondiale tombe à 5 % en 2030 et celle de la France à 0,6 % des émissions mondiales de CO2 en 2030 ! À l’inverse, la part de la pollution mondiale émise par l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient grimpe à 68,5 %, voire dans un scénario plus pessimiste à 70 % de la pollution mondiale en 2030 !

Ces chiffres essentiels sont soigneusement cachés pour cliver la population européenne en lui faisant croire qu’elle est la source principale de la pollution mondiale et qu’elle doit accepter, y compris par la contrainte, de réduire non seulement ses émissions de CO2 mais aussi et surtout sa consommation d’énergie afin d’accélérer sa décroissance. Une punition inutile infligée à une Europe qui par la révolution scientifique et politique des XVIIIe et XIXe siècles a « inventé » la croissance économique après trois millénaires de stagnation du niveau de vie et de l’espérance de vie, cette dernière ayant triplé au cours des deux derniers siècles. À preuve, les scénarios de RTE qui viennent d’être publiés pour envisager la « dépollution » de la France, qui est pourtant le grand pays de plus de 50 millions d’habitants le plus vertueux du monde en termes d’environnement, sont construits sur une baisse de la consommation d’énergie de plus de 40 % d’ici à 2050 afin d’enclencher la décroissance de la production française et la baisse du niveau de vie de la population la plus vertueuse !

Il s’agit donc de briser la France, dont la contribution à la pollution mondiale baissera mécaniquement à 0,2 ou 0,3 % des émissions mondiales de CO2 avant 2050, afin de permettre à l’Asie de multiplier les centrales électriques au charbon en produisant près de 70 % de la pollution mondiale en 2030.

Encore plus insupportable est le fait que lorsque les Verts sont au pouvoir, comme Cécile Duflot lorsqu’elle était ministre du Logement en 2012-2014, ils n’enclenchent pas une politique massive d’isolation des logements qui permettrait de réduire les émissions de C02 de 20 % en vingt ans, sans régression du niveau de vie, par la création d’une filière entière de réhabilitation du parc de logements qui pourrait créer de 300 000 à 350 000 emplois pérennes non délocalisables. Car les Verts français, à la différence des Verts allemands, n’ambitionnent pas de favoriser l’essor d’une France prospère et toujours plus vertueuse en matière environnementale, mais poursuivent le vieux rêve de mettre à bas le capitalisme et entreprennent de culpabiliser un pays dont ils n’ont pas la fierté.

Crédit photo : Markus Spiske

 

Le Figarovox – 5/08/2021

Le Conseil d’État a condamné l’État à verser 10 millions d’euros à des associations militantes, estimant que le gouvernement n’a pas pris les mesures suffisantes pour limiter la pollution de l’air. La judiciarisation de l’action gouvernementale est à son comble, s’inquiète l’universitaire Christian Saint-Étienne.

Le combat pour le pouvoir entre le Politique et les Juges est récurrent en France depuis des siècles. Sous l’Ancien Régime, les Juges ont affaibli le pouvoir royal à plusieurs reprises. La Ve République, au contraire, avait essayé de limiter le pouvoir judiciaire au profit de l’Exécutif. Or une double jurisprudence, européenne et nationale, contraint aujourd’hui l’action politique non plus seulement en légalité, ce qui est le propre du Juge, mais aussi, de plus en plus ouvertement, en opportunité.

Cette dérive vient d’être illustrée, qui plus est un 4 août, par un arrêt du Conseil d’État qui condamne l’État à verser 10 millions d’euros à l’association Les Amis de la Terre ainsi qu’à plusieurs organismes et associations engagés dans la lutte contre la pollution de l’air.
En juillet 2020, le Conseil d’État avait «ordonné» au gouvernement d’agir pour améliorer la qualité de l’air dans plusieurs zones en France, sous peine d’une astreinte de 10 millions d’euros par semestre de retard. «Si des mesures ont été prises, le Conseil d’État estime aujourd’hui qu’elles ne permettront pas d’améliorer la situation dans le délai le plus court possible, car la mise en œuvre de certaines d’entre elles reste incertaine et leurs effets n’ont pas été évalués. C’est pourquoi il condamne l’État à payer l’astreinte de 10 millions d’euros à l’association Les Amis de la Terre (…). Le Conseil d’État évaluera les actions du Gouvernement pour le second semestre de l’année 2021 au début de l’année 2022 et décidera si l’État devra verser une nouvelle astreinte», explique le Conseil d’État dans le communiqué de presse qui présente son arrêt.

Seul le Législatif peut écrire la loi et dicter des obligations au gouvernement.

Il apparaît clairement que le Juge administratif ne juge pas ici en légalité mais en opportunité.
Projetons-nous dans un autre contexte. Une association d’Anciens combattants aurait pu faire condamner l’État en 1871 pour ne pas avoir équipé nos soldats de mitrailleuses dans la guerre de 1870, comme les armées allemandes qui avaient observé – ainsi que des attachés militaires français -leur usage, aux Etats-Unis, pendant la Guerre de Sécession. En 1941, la même association aurait fait condamner l’État pour ne pas avoir constitué des divisions blindées face à l’armée allemande et ce d’autant plus qu’un colonel français, de Gaulle, avait défendu cette nouvelle approche.

De même, aujourd’hui, une association militant en faveur de la «réindustrialisation de notre économie» pourrait faire condamner l’État pour avoir mis en œuvre les 35 heures en 2000-2002 et ne pas avoir retardé l’âge de départ à la retraite à 65 ans, deux mesures qui sont massivement responsables d’un coût du travail qui bloque notre compétitivité. Ainsi de suite.

Il convient d’ouvrir ici un débat, non de sémantique juridique, mais de stratégie politique dans le cadre du régime de la démocratie libérale représentative avec séparation des pouvoirs. Seul le Législatif peut écrire la loi et dicter des obligations au gouvernement. Celui-ci, dans le cadre de l’État de droit ainsi institué, essaie de faire progresser la situation économique, sociale, environnementale, militaire et diplomatique du pays du mieux qu’il peut, en commettant des erreurs mais aussi en enregistrant des réussites sur la durée.

Il n’appartient donc pas au Juge d’évaluer les politiques gouvernementales mais à un Office parlementaire d’évaluation des politiques publiques d’en juger, sous le contrôle des représentants élus du peuple. À condition que cet Office existe, évidemment, ce qui n’est pas le cas. Il faut le créer en urgence, par une révision constitutionnelle parlementaire.

Il faut casser la dérive vers le pouvoir de Juges non élus. Créons dans la Constitution un tribunal parlementaire de 60 membres qui, à la majorité qualifiée, aura le droit d’annuler une décision du Conseil Constitutionnel et un arrêt de la Cour de Cassation ou du Conseil d’État.

Mais il faut aller plus loin si l’on veut casser la dérive vers le pouvoir de Juges non élus. Cette révision devrait être mise à profit pour créer dans la Constitution un tribunal parlementaire de 60 membres (moitié Assemblée nationale et moitié Sénat et en proportion de tous les partis) pouvant être saisi par le gouvernement ou 150 parlementaires, dont au moins un tiers de l’opposition, et qui pourra, à la majorité qualifiée, annuler une décision du Conseil constitutionnel et un arrêt de la Cour de cassation ou du Conseil d’Etat.

Il ne s’agit pas de dupliquer les dérives des pays d’Europe centrale qui veulent s’attaquer à l’État de droit au bénéfice d’un gouvernement, mais de rétablir la séparation des pouvoirs avec un outil – le Tribunal parlementaire – qui permette de casser ce que l’on peut nommer le pouvoir de «double opportunité» des juges.

On nommera pouvoir de «simple opportunité» la capacité des juges d’évaluer si un agent de l’État ou une collectivité a respecté ou non la loi au sens de ne pas faire ce qui est interdit, voire de faire ce qui est explicitement ordonné par la loi sous forme de mesures spécifiques édictées, mesure par mesure, par la loi elle-même. Mais seul un Office parlementaire peut «évaluer» des politiques – «pouvoir de double opportunité»- en fonction d’objectifs généraux fixés par la loi.

Enfin, dans cette affaire, le Conseil d’État condamne l’État à payer une somme à une Association, ce qui va conduire à la multiplication des contentieux. À ce propos, une loi devrait prévoir que toute condamnation de «l’État» sera complétée par l’expression «donc le contribuable». On condamne «l’État – donc le contribuable» à verser des sommes à des intérêts privés . L’État, sur le plan financier, n’est qu’une fiction, ce que les Juges ont apparemment oublié.