Christian Saint-Etienne était l’invité de David Jacquot dans l’émission « La Grande Interview » sur Boursorama ce lundi 6 mai 2024.
Le président chinois est de passage en France pour la première fois depuis 5 ans. Alors que Pékin cherche à renforcer son industrie, faut-il craindre un déferlement de produits chinois vendus à perte en Europe, notamment dans les secteurs clés de la transition énergétique ? Comment l’Europe doit-elle réagir face à cette concurrence déloyale chinoise ? Le point de vue de Christian Saint-Etienne, économiste et professeur au CNAM. Ecorama du 6 mai 2024, présenté par David Jacquot sur Boursorama.com
Les Echos – 8/11/2022
La rivalité Etats-Unis-Chine pour la domination mondiale s’amplifie chaque jour avec deux lutteurs de plus en plus durs, et un Xi Jinping qui renforce sa puissance. Pendant ce temps, que fait l’Europe ?
Il faut replacer le sacre récent de Xi Jinping dans la progression du duopole sino-américain en matière de puissance économique et numérique, militaire et diplomatique, et d’influence globale. En 2021, le PIB cumulé des deux pays s’est établi à 42,5 % du PIB mondial. Ils ont effectué 56 % des dépenses militaires mondiales. Ils détiennent 80 % des licornes et 100 % des grandes plateformes numériques.
Face à ces deux pays en compétition pour dominer le monde, l’Europe désunie ne s’est pas mise en ordre de bataille, au contraire. Et la peur de Poutine ne suffit pas à encourager ses membres à renforcer réellement leur autonomie stratégique et militaire.
L’héritage de Deng Xiaoping, refondateur de la Chine moderne, était marqué par trois lignes de force : 1/la création d’une économie socialiste de marché plus ouverte sur le monde et favorisant les initiatives individuelles avec une séparation progressive entre les administrations de l’Etat et celles du Parti communiste ; 2/l’importance donnée à l’expérimentation dans les politiques publiques avec une plus grande liberté laissée aux ménages pour développer des activités privées et la création de zones économiques spéciales accueillant les entreprises étrangères, le développement d’un système financier et la multiplication des investissements à l’international ; et 3/l’institutionnalisation du régime avec la Constitution de 1982, qui réduisait le rôle de la lutte des classes et visait à favoriser le développement économique, ce qui préparait l’introduction des droits de propriété privée, en 2004. Les mandats politiques étaient limités à deux termes de cinq ans. Si la Chine n’en devenait pas une démocratie, elle se transformait et s’ouvrait sur le monde. Ce sont toutes ces évolutions que Xi a inversées.
Xi a fait voler en éclats le programme politique de Deng. Tout d’abord, il a fait sauter les règles de limitation des mandats et s’est placé au centre de la Constitution, alors que Deng avait voulu bannir le pouvoir personnel. Ensuite, il a mis de côté le principe d’expérimentation par une recentralisation du système et une nouvelle fusion des administrations du Parti et de l’Etat donnant le primat au Parti. Les cadres nationaux et régionaux perdent beaucoup en autonomie, qu’ils utilisaient parfois mal et à leur profit, mais le plus souvent en multipliant les projets de développement. Enfin, il accentue le contrôle du Parti sur les entreprises et reprend le suivi en direct de leur internationalisation. Progressivement, la propagande officielle met Deng sur le bord de l’histoire et réaffirme le contrôle total du Parti sur les sphères économique et politique.
Le XXe Congrès du Parti communiste chinois (16-22 octobre 2022) a renouvelé 65 % des membres du Comité central, ce qui montre la mainmise de Xi sur cette instance. Le Comité central s’est réuni le 23 octobre 2022 et a renouvelé les mandats de Xi Jinping à la tête de la Chine pour la troisième fois et nommé un Comité permanent du Bureau politique constitué de fidèles de Xi.
L’ex-président Hu Jintao, dernier héritier de Deng, a été physiquement escorté hors du Congrès le 22 octobre, sous le regard des caméras, en semblant résister à cette expulsion qui est intervenue juste avant le vote visant à intégrer le « rôle central » de Xi à la charte du parti. Voulait-il voter contre ?
Non seulement Joe Biden continue la politique de Trump envers la Chine mais il l’a durcie le 7 octobre par un blocage de plus en plus complet des achats chinois de produits technologiques américains.
La rivalité USA-Chine pour la domination mondiale s’amplifie chaque jour avec deux lutteurs de plus en plus durs. L’Europe molle est un des enjeux de cette rivalité.
Photo par Alejandro Luengo sur Unsplash
Christian Saint-Etienne était l’invité de Stéphane Soumier sur la chaine Be Smart ce lundi 13 septembre 2021.
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Faut-il continuer d’investir en Chine ?
Le constructeur automobile allemand Porsche a annoncé à la fin du mois d’août qu’il comptait abandonner le 100% made in Germany en délocalisant une partie de sa production en Chine et en Malaisie, pour se rapprocher de ses clients asiatiques. Un pari risqué au vu de la nouvelle politique économique de Xin Jinping, qui compte redistribuer de manière plus équitable les richesses produites en Chine, en taxant davantage les entreprises chinoises et étrangères.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Stéphane Soumier sur la chaine Be Smart ce lundi 13 septembre 2021.
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Où en est l’économie de la Chine aujourd’hui ?
Les exportations chinoises, à destination de l’Europe, ont explosé depuis le début de la crise sanitaire. Celles-ci dépassent en effet 36 milliards d’euros par mois depuis le début de l’année, quand elles étaient tout juste au-dessus de 31 milliards en 2019. Parallèlement, la production industrielle du pays est au plus bas depuis septembre 2020, en raison d’un regain de l’épidémie de Covid-19, dû à la prolifération du variant delta.
Les Echos – 18/11/2020
Les Etats-Unis et la Chine sont lancés dans un combat pour la domination mondiale depuis une dizaine d’années, un combat qui s’est durci depuis trois ans avec l’affirmation de la volonté chinoise de passer devant l’Amérique. Trump a lancé la contre-offensive avec la guerre commerciale sino-américaine qui a effectivement commencé le 6 juillet 2018. Aujourd’hui, l’essentiel de leur commerce est taxé.
Cette rivalité stratégique est doublée d’une rivalité dans la nouvelle révolution industrielle de l’informatique et des plateformes numériques. Face aux Gafam s’imposent les BATHX : Baidu, Alibaba, Tencent, Huawei et Xiaomi. Les Chinois ont bloqué Google ou Facebook pour des raisons politiques, permettant l’essor de Baidu et de Tencent. Alibaba excelle face à Amazon tout en s’affirmant comme un acteur financier de rang mondial. Les Gafam et les BATHX s’affrontent dans le monde, en Asie et en Afrique, mais aussi et surtout en Europe.
C’est donc d’un double affrontement qu’il s’agit : stratégique et militaire, mais aussi économique et numérique. Ils s’exacerbent mutuellement. Quand les Etats-Unis cognent sur Huawei, quel que soit le prétexte, il s’agit de gêner cet acteur, gonflé aux subventions publiques, qui a l’audace de prendre de l’avance dans la 5G.
Dans ce double affrontement, l’Europe est deux fois absente. Stratégiquement d’abord, sans vision commune et sans politique solide face à ces deux géants. Les Allemands aiment obéir aux Américains, comme l’a rappelé récemment la ministre allemande de la Défense, tout en ménageant la Chine, un si gros marché. La France, désindustrialisée et percluse de dettes, papillonne. Economiquement ensuite : il n’y a pas plus de « Gafam allemands que français ». Et il n’y en a aucun en Europe.
« Protégée » par l’Amérique depuis soixante-quinze ans, l’Europe se pense à l’écart du choc sino-américain. Les Etats-Unis ont en réalité pris soin pendant ces trois quarts de siècle d’empêcher l’émergence de tout ce qui pourrait ressembler à des Etats-Unis d’Europe. Et la zone euro, qui devait être une zone de convergence des performances économiques, accumule les divergences péniblement cachées par l’heureuse action de la BCE.
Non seulement l’Europe n’est pas protégée mais elle est le lieu où les géants déploient leurs armées numériques et déroulent la soie de leurs routes où circulent leurs ambitions. La Grèce, mère de l’Europe, leur a livré son premier port. L’Europe centrale sourit à la Chine tout en se revendiquant américaine. Le Royaume-Uni prend le large dans une confusion suprême.
Penser, dans ce contexte, que Biden, s’il est confirmé, va renverser la table et centrer sa politique étrangère sur des déclarations d’amour à l’Europe est « amusant ». Certes, déclarations il y aura, mais platoniques et non suivies d’effet. L’Amérique continuera de faire son marché en Europe, notamment en Allemagne, avec laquelle la réconciliation sera spectaculaire et massivement mise en scène de part et d’autre. On célébrera Paris, dans une courte étape, vraisemblablement à vélo. C’est si romantique.
Après le départ anglais, l’Europe aurait pu enclencher une nouvelle phase de sa construction en jetant les bases d’une politique stratégique, scientifique et économique ambitieuse, en s’appuyant sur un noyau dur d’une dizaine de pays s’accordant sur une politique déterminée afin d’écarter doucement l’étau sino-américain. Mais les principales décisions, y compris le plan européen de relance, sont précautionneuses.
Biden ne sauvera pas l’Europe. Il lui fera plaisir en lui disant les mots qu’elle veut tant entendre.
Crédit photo : US federal government – domaine public
Christian Saint-Etienne est intervenu lors du Printemps de l’Economie 2020 le 14 octobre 2020 sur le thème « L’Union européenne face au duopole sinoaméricain ».
Le Figaro Magazine – 8 mai 2020
L’économie autant que la politique, l’histoire ou la géographie, nourrit la stratégie et les rapports de force entre nations. La preuve par le bras de fer entre Trump et Xi Jinping.
Christian Saint-Etienne s’est déjà fait un nom dans l’étude et l’enseignement de l’économie. Il est en train de s’en faire également un dans l’analyse géostratégique. L’examen de sa biographie montre qu’il est passé, aussi naturellement que certains historiens ou géographes, de sa discipline d’origine aux questions de stratégie et rapports de force entre nations. Le tout à travers un prisme : une lecture pessimiste des événements, qui rappelle parfois la vision « décliniste » de Nicolas Baverez, bien qu’il tienne un discours plus programmatique que l’auteur de La France qui tombe. Comme titulaire de la chaire d’économie industrielle au CNAM, Saint-Etienne ne cache pas ses inquiétudes concernant les fondamentaux de l’économie française ; en tant que président de l’Institut France-Stratégie, il ne dissimule par sa préoccupation quant aux faiblesses politiques de l’Union européenne.
Son ouvrage sur Donald Trump et Xi Jinping est de ces livres qui permettent au profane de saisir un certain nombre de subtilités d’ordinaire réservées aux spécialistes.
L’auteur est persuadé que les deux dirigeants sont engagés dans une course à domination planétaire néfaste pour l’humanité. Sa démonstration est impeccable ; elle est aussi très convaincante. « Trump démolit l’ordre du monde construit pendant un siècle par ses prédécesseurs : une architecture subtile ayant démontré sa stabilité, dit-il. Quant à Xi, après s’être fait passer pour un dictateur éclairé, il apparaît pour ce qu’il est : un autocrate absolu. Leur bras de fer peut à tout instant dégénérer. »
Conclusion de Saint-Etienne, qui tient de la déduction intellectuelle plus que d’un réel motif d’espoir : l’Europe a un rôle à jouer – pour peu qu’elle s’allie avec la Russie, plus inquiète de l’expansionnisme chinois que de sa rivalité avec les Etats-Unis. La stratégie, comme l’histoire, est une science de la tragédie…
Xerfi Canal a reçu Christian Saint-Etienne, Titulaire de la Chaire d’économie industrielle au CNAM, pour parler des désacords entre Chine et Etats-Unis dans la globalisation numérique.
Une interview menée par Adrien de Tricornot.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Karine Vergniol et Guillaume Paul dans l’émission « Les Insiders » sur BFM Business, ce mercredi 15 janvier 2020.
Cliquez ici pour visionner la deuxième partie de l’émission.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Catherine Pottier et d’Emmanuel Cugny dans l’émission « Le Debrief Eco » sur France Info ce dimanche 30 juin 2019.