Etats Unis

Christian Saint-Etienne était l’invité de François Lenglet dans l’émission « Lenglet déchiffre » sur LCI ce dimanche 5 mars 2023.

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Tous les dimanches à 17H00, François Lenglet propose Lenglet déchiffre. Une émission d’une heure pendant laquelle ses invités livreront une vision de haut vol sur l’actualité et les sujets économiques du moment.

Les Echos – 3 mars 2023

La France n’a pas compris qu’un nouvel ordre stratégique mondial se mettait en place : la Chine et les Etats-Unis se battent pour être la puissance dominante dans une révolution « informatique » mondiale.

Le conflit stratégique entre la Chine et les Etats-Unis ne se limite pas à la destruction de ballons dans l’espace…Les deux pays se sont lancés dans une compétition entre une puissance dominante de l’ordre international qui veut le rester – les Etats-Unis – et une puissance montante qui veut prendre sa place – la Chine. C’est un conflit classique, depuis Athènes et Sparte. Depuis le XVe siècle, seize conflits de ce type ont été recensés dont douze se sont conclus par une guerre et quatre par le renoncement de l’un des deux ennemis. Les Etats-Unis sont prêts à tout pour rester le dominant ; la Chine également, comme l’a clairement exprimé Xi Jinping, pour les remplacer.

Le conflit entre les deux géants se décline en deux luttes complémentaires :

  1. pour être la puissance géostratégique et militaire dominante ;
  2. pour être le leader de la révolution informatique mondiale.

L’informatique, comme science et technologie, transforme le monde depuis quatre décennies, comme la vapeur à la fin du XVIIIe siècle et l’électricité à la fin du XIXe siècle. Le numérique désigne les applications de l’informatique dans ses interactions avec les consommateurs. L’informatique est la mutation scientifique, technique, industrielle, énergétique et logistique qui fait fonctionner la planète.

L’Ukraine à la puissance 100.

Si l’informatique s’arrête, tout s’arrête ! Plus de banque, d’assurance, de logistique et d’approvisionnement. Mais aussi plus d’eau, de pain (les fours sont électriques) ou d’électricité, de télécommunications ou d’hôpitaux. L’informatique qui fait fonctionner les systèmes électriques, fonctionne elle-même à l’électricité. Les prochaines guerres globales commenceront par la destruction des systèmes électriques : l’Ukraine à la puissance 100. La révolution informatique est hyperindustrielle et investir dans la production d’ordinateurs, de microprocesseurs, de robots et d’électricité est une question de survie.

Et depuis trois décennies, les élites françaises pensent qu’on est entré dans un monde postindustriel, post-travail, et posténergie. Réindustrialiser dans le monde hyperindsutriel informatisé supposerait de doubler la production électrique en vingt ans, ce que nos dirigeants ne conçoivent même pas.

La France prépare son suicide lent. »

Ces deux pays dominent tellement la planète et leur conflit est si intense, qu’ils produisent plus de 42% du PIB mondial, assurent près de 60% des dépenses militaires mondiales, contrôlent 80% des licornes mondiales en capitalisation et 100% des grandes plateformes mondiales avec les GAFAM américains et les BATHX chinois.

L’Europe est – et se pense – en marge de cette transformation totale alors qu’elle est une proie. L’Allemagne, qui n’a pas de GAFAM – ce qui montre qu’elle n’est pas intellectuellement invincible -, investit depuis deux ans dans quatre grandes usines de microprocesseurs quand la France s’est lancée dans un demi-projet d’extension d’une capacité existante.

Notre pays a préparé son suicide lent en sous-investissant dans la production électrique et informatique depuis quinze ans.

En France, le débat porte sur l’âge de départ à la retraite, qui sera encore un des plus bas du monde à 64 ans, les inconvénients à construire des usines propres et des centrales électriques même propres, le désagrément à réintroduire l’excellence, la discipline et les devoirs à l’école, et les formes légales que pourrait prendre le droit à la paresse.

Le tsunami économique et l’affaissement brutal de la protection sociale qui se profilent – de moins en l’absence d’un réveil stratégique -, vont sidérer les Français au-delà de ce qu’ils ont vécu aux pires moments de leur histoire. Nous pouvons encore réagir à condition de comprendre le nouvel ordre mondial.

Les Echos – 8/11/2022

La rivalité Etats-Unis-Chine pour la domination mondiale s’amplifie chaque jour avec deux lutteurs de plus en plus durs, et un Xi Jinping qui renforce sa puissance. Pendant ce temps, que fait l’Europe ?

Il faut replacer le sacre récent de Xi Jinping dans la progression du duopole sino-américain en matière de puissance économique et numérique, militaire et diplomatique, et d’influence globale. En 2021, le PIB cumulé des deux pays s’est établi à 42,5 % du PIB mondial. Ils ont effectué 56 % des dépenses militaires mondiales. Ils détiennent 80 % des licornes et 100 % des grandes plateformes numériques.

Face à ces deux pays en compétition pour dominer le monde, l’Europe désunie ne s’est pas mise en ordre de bataille, au contraire. Et la peur de Poutine ne suffit pas à encourager ses membres à renforcer réellement leur autonomie stratégique et militaire.

L’héritage de Deng explosé

L’héritage de Deng Xiaoping, refondateur de la Chine moderne, était marqué par trois lignes de force : 1/la création d’une économie socialiste de marché plus ouverte sur le monde et favorisant les initiatives individuelles avec une séparation progressive entre les administrations de l’Etat et celles du Parti communiste ; 2/l’importance donnée à l’expérimentation dans les politiques publiques avec une plus grande liberté laissée aux ménages pour développer des activités privées et la création de zones économiques spéciales accueillant les entreprises étrangères, le développement d’un système financier et la multiplication des investissements à l’international ; et 3/l’institutionnalisation du régime avec la Constitution de 1982, qui réduisait le rôle de la lutte des classes et visait à favoriser le développement économique, ce qui préparait l’introduction des droits de propriété privée, en 2004. Les mandats politiques étaient limités à deux termes de cinq ans. Si la Chine n’en devenait pas une démocratie, elle se transformait et s’ouvrait sur le monde. Ce sont toutes ces évolutions que Xi a inversées.

Xi a fait voler en éclats le programme politique de Deng. Tout d’abord, il a fait sauter les règles de limitation des mandats et s’est placé au centre de la Constitution, alors que Deng avait voulu bannir le pouvoir personnel. Ensuite, il a mis de côté le principe d’expérimentation par une recentralisation du système et une nouvelle fusion des administrations du Parti et de l’Etat donnant le primat au Parti. Les cadres nationaux et régionaux perdent beaucoup en autonomie, qu’ils utilisaient parfois mal et à leur profit, mais le plus souvent en multipliant les projets de développement. Enfin, il accentue le contrôle du Parti sur les entreprises et reprend le suivi en direct de leur internationalisation. Progressivement, la propagande officielle met Deng sur le bord de l’histoire et réaffirme le contrôle total du Parti sur les sphères économique et politique.

Le XXe Congrès du Parti communiste chinois (16-22 octobre 2022) a renouvelé 65 % des membres du Comité central, ce qui montre la mainmise de Xi sur cette instance. Le Comité central s’est réuni le 23 octobre 2022 et a renouvelé les mandats de Xi Jinping à la tête de la Chine pour la troisième fois et nommé un Comité permanent du Bureau politique constitué de fidèles de Xi.

L’ex-président Hu Jintao, dernier héritier de Deng, a été physiquement escorté hors du Congrès le 22 octobre, sous le regard des caméras, en semblant résister à cette expulsion qui est intervenue juste avant le vote visant à intégrer le « rôle central » de Xi à la charte du parti. Voulait-il voter contre ?

Non seulement Joe Biden continue la politique de Trump envers la Chine mais il l’a durcie le 7 octobre par un blocage de plus en plus complet des achats chinois de produits technologiques américains.

La rivalité USA-Chine pour la domination mondiale s’amplifie chaque jour avec deux lutteurs de plus en plus durs. L’Europe molle est un des enjeux de cette rivalité.

Photo par Alejandro Luengo sur Unsplash

Christian Saint-Etienne était l’invité d’Emmanuel Cugny dans l’émission « Les débats de l’éco » sur France Info samedi 9 avril 2022.

Au programme : Climat : avons-nous les moyens de nos ambitions ? L’alliance Russie-Chine, prochaine bataille pour l’Europe ?

Christian Saint-Etienne était l’invité d’Emmanuel Cugny dans l’émission « Les débats de l’éco » sur France Info, ce samedi 27 novembre 2021.

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Programme :

  • Nouvelle donne politique en Allemagne, bonne nouvelle pour la France ?
  • La Banque centrale américaine reprend-elle le pouvoir contre Joe Biden ?

Christian Saint-Etienne était l’invité de Stéphane Soumier sur la chaine Be Smart ce lundi 13 septembre 2021.

Cliquez ici pour visionner la vidéo sur le site de Be Smart.

Faut-il continuer d’investir en Chine ?
Le constructeur automobile allemand Porsche a annoncé à la fin du mois d’août qu’il comptait abandonner le 100% made in Germany en délocalisant une partie de sa production en Chine et en Malaisie, pour se rapprocher de ses clients asiatiques. Un pari risqué au vu de la nouvelle politique économique de Xin Jinping, qui compte redistribuer de manière plus équitable les richesses produites en Chine, en taxant davantage les entreprises chinoises et étrangères.