Christian Saint-Etienne était l’invité de l’émission « Bonjour chez vous ! » sur Public Senat, ce vendredi 24 octobre 2025.
Avec une dette publique de plus de 3300 milliards d’euros, augmentant de plus de 5000 euros par seconde, selon les chiffres de l’Insee, le rejet du budget 2026 en commission des finances à l’Assemblée nationale pose de nombreuses questions. La suspension de la réforme des retraites, la hausse des dépenses publiques et la création de nouvelles taxes entrent en débat dans l’Hémicycle, ce vendredi 24 octobre. L’accord qui ressortira ou non face au texte budgétaire, aura un autre impact indirect : la fluctuation du taux d’intérêt pour emprunter et financer notre dette. Un enjeu majeur, puisque le remboursement des taux d’intérêts est en passe de devenir le premier budget de l’État. Selon Christian Saint-Étienne, économiste et universitaire, ancien membre du parti Les Républicains : « L’année prochaine, le gouvernement a annoncé qu’on allait emprunter 310 milliards d’euros. Au moins la moitié de ces sommes sont empruntées à l’étranger, par l’intermédiaire de fonds de pension, dans des pays dans lesquels l’âge de départ à la retraite est à 67 ans. La question centrale est : jusqu’à quel point on va pouvoir emprunter à des pays qui ont un âge de départ supérieur au nôtre, tout en continuant à ne pas vouloir réformer le système des retraites ? Nous sommes dans La Fontaine, avec des cigales qui veulent travailler encore moins, et qui disent aux fourmis de leur prêter encore plus ». Christian Saint-Étienne est également revenu sur les enjeux de réindustrialisation de la France : « Nous avons une protection sociale de pays riche et une production de pays pauvre. Emmanuel Macron a raté sa promesse de relance de l’économie française. Il pensait qu’on allait relancer l’économie simplement en réformant la fiscalité. Or, toute la réflexion sur l’économie industrielle montre qui si l’on veut relancer la production, il faut une politique de filière ».
Les Echos – 21/10/2025
L’abandon de l’âge de départ à la retraite de 64 ans est une erreur politique et sociale. Relancer la production et traiter la pénibilité exige des réformes précises et non un retour en arrière brutal, explique Christian Saint-Etienne.
Nous allons donc simultanément, en 2026, ramener l’âge de départ à la retraite à 62 ans et 9 mois tout en empruntant 310 milliards d’euros pour financer le déficit et refinancer la dette publique. La moitié de ces sommes sera demandée à des fonds de pension de pays étrangers qui ont déjà fixé l’âge de départ à la retraite à 67 ans et envisagent de le porter à 70 ans. Est-ce sain et durable ? La réponse est dans la question.
Le débat politique et social s’est hystérisé en France depuis dix ans sur la question de la retraite et des inégalités sociales alors même que l’âge de départ à la retraite est l’un des plus bas du monde, même s’il restait fixé à 64 ans, et que les inégalités de revenus après redistribution sont parmi les plus faibles au monde. Quel est le sujet de politique économique massif qui n’est pas traité dans notre pays, sauf à la marge ?
La croissance annuelle moyenne de notre économie depuis vingt ans est à peine supérieure à 1 % quand elle devrait dépasser 2 % par an pour générer les recettes nécessaires afin de financer une protection sociale de pays riche alors que notre économie stagnante nous transforme en pays pauvre au sein de l’Union européenne. Or les débats politiques ne portent qu’occasionnellement sur la relance de la production, notamment industrielle. De plus, notre démographie est chancelante, car les familles ont intégré cet appauvrissement relatif dans leurs perspectives sociales de long terme.
Même si l’industrie du futur se développe dans des usines robotisées, numérisées et électrifiées, et que les travaux dans le bâtiment – travaux publics, l’agroalimentaire et les activités répétitives dans le froid et le bruit – ont fait l’objet d’aménagements de confort significatifs, on peut considérer que 11 % à 14 % de la population active travaillent dans des conditions « pénibles ».
Les travaux du Conseil d’orientation des retraites et de l’Insee conduisent à considérer que la disparition du déficit des régimes de retraite exigerait de porter la durée de cotisation à quarante-quatre ans et l’âge de départ à la retraite à 65 ans d’ici à 2032 pour régler le problème jusqu’en 2060. Ceci permettrait d’augmenter le taux d’emploi de la population active et de contribuer à la hausse de la croissance économique. Comment concilier ces objectifs ?
L’abandon de l’âge de départ de 64 ans est évidemment une erreur politique et sociale d’autant plus grave qu’elle ne traite pas les deux sujets majeurs de la pénibilité du travail et de la maternité.
Il faut maintenir l’objectif à terme d’un âge de départ à 64 ans avec une durée de cotisation de quarante-quatre ans, accompagné d’une grille de réduction de l’âge et de la durée allant jusqu’à deux années pour pénibilité en fonction de critères objectifs et de deux ans pour maternité – six mois par enfant avec un plafond de deux ans. Les deux aménagements seraient plafonnés à trois ans en cas de cumul aux extrêmes (emploi le plus pénible et plus de quatre enfants). On peut anticiper que les 11 % à 14 % d’emplois pénibles donneraient un bonus moyen de douze à quinze mois et que les mères de deux enfants auraient un bonus d’un an. Le bonus global pour les mères en emploi semi-pénible serait de dix-huit mois, à la fois sur l’âge et la durée, soit 62 ans et demi et quarante-deux ans et demi.
Il faut également favoriser les accords de filière permettant aux entreprises de secteurs à l’emploi difficile de réduire l’âge et la durée à leurs frais. Relancer la production et traiter la pénibilité exige des doigts de fée réformistes plutôt qu’un retour en arrière brutal et destructeur de prospérité collective.
Christian Saint-Etienne était l’invité d’Alice Darfeuille et Maxime Switek dans l’émission « 20h BFM » sur BFM TV ce samedi 18 octobre 2025.
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Programme : Va-t-on vers une remise à plat totale de notre système de retraite ?
Christian Saint-Etienne était l’invité de David Doukhan ce samedi 28 juin 2025 sur LCI.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mardi 24 septembre 2024.
Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.
Ce mardi 24 septembre, Alexandra Roulet, professeure à l’Insead, Christian Poyau, PDG de Micropole, et Christian Saint-Etienne, professeur au Cnam et membre du Cercle des Economistes, se sont penchés sur les subventions d’équilibre pour les retraites des fonctionnaires, les déterminants sociaux pour réussir, ainsi que la création d’entreprises qui est un facteur majeur de l’ascension sociale, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.
Christian Saint-Etienne était l’invité de François Geffrier dans l’émission « Les Stars de l’éco » sur Radio Classique ce mercredi 8 mars 2023.
Les stars de l’éco, ces personnalités qui par leur engagement et leur vision révolutionnent les grands secteurs de l’économie française et internationale.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mardi 11 juin 2019.
Cliquez ici pour visionner la première partie de l’émission.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 21 mars 2019.
Cliquez ici pour visionner la deuxième partie de l’émission.
Christian Saint Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mardi 11 décembre 2018.
Cliquez ici pour visionner la deuxième partie de l’émission.
Les Echos – 30/10/2018
Oui, il faut réformer les retraites. Mais au lieu de croire que le régime par points réglera tous les problèmes, il faut agir sur les seuls véritables leviers : la durée de cotisation et l’âge de départ.
Donc, tout est clair. Si vous êtes intelligent, progressiste et favorable à une France ouverte et fluide, vous êtes favorable à la retraite par points . Mais si, par malheur, vous êtes réaliste, conscient d’une société fracturée et de la violence des rapports de force, vous appartenez à l’ancien monde.
Je me bats pour que l’on passe la durée de cotisation à 44 ans (45 ans après 2030) et l’âge de départ à la retraite à 64 ans d’ici 2024 afin d’alléger le poids des retraites. Les retraites publiques pèsent plus de 14 points de PIB sur une dépense publique de 56 points de PIB, soit précisément un quart !
Il n’y a pas, et il n’y aura pas de réduction de la dépense publique sans commencer par une réforme des paramètres des régimes de retraite. D’autres réformes sont nécessaires, mais celle des retraites est la mère de toutes les réformes.
Le but réel du régime par de retraite par points est de baisser les retraites sans le dire et en faisant sauter tous les systèmes de solidarité inclus dans le système actuel.
Foin des errements, la retraite par points va régler tous les problèmes. « Un euro cotisé donnera le même nombre de points à tous les cotisants », qui peut être contre ça ? Naturellement, il ne faut pas insister sur le fait que la valeur du point peut baisser aussi bien que monter : compte tenu de l’état de l’économie française, il aura tendance à baisser, y compris une fois que vous êtes déjà parti à la retraite, car il sera calculé chaque année. Le but réel du régime par points est de baisser les retraites sans le dire et en faisant sauter tous les systèmes de solidarité qui sont inclus dans le système actuel.
Outre l’exercice de vérité sur l’équilibre des régimes de retraite, je prône ici le passage des 42 régimes actuels à 3 régimes de retraite : le premier pour la totalité du secteur privé hors indépendants, le deuxième pour les indépendants et le troisième pour le secteur public. La durée de cotisation doit être la même pour tous (44 ans), l’âge de départ – avant correction individuelle souhaitée en fonction des décotes et surcotes connues – à 64 ans et le taux de remplacement (première pension sur le salaire de référence) au même niveau pour tous.
Pourquoi trois régimes plutôt qu’un seul ?
1. Parce que la majeure partie des cotisations est payée par l’employeur dans le secteur privé, sans que le salarié en ait conscience, et à un niveau que très peu de salariés supporteraient s’ils contribuaient eux-mêmes. Dans un régime individualisé par points, les salariés contribueront moins, peut-être pas immédiatement, mais très vite, car l’attrait de « l’argent tout de suite » est plus fort que celui d’une pension dans cinquante ans.
2. Le régime des indépendants leur permet de cotiser moins aujourd’hui et d’accumuler un patrimoine qui les protège (théoriquement) à la retraite. Pourquoi leur enlever cette liberté ?
3. Le régime public, qui n’est pas plus généreux que le régime privé en termes de taux de remplacement, quoi qu’on en dise, donne néanmoins l’illusion d’un privilège aux fonctionnaires. Or, gare à ceux qui dissipent les illusions de personnes dont notre vie dépend (policiers, enseignants, hospitaliers, etc.) !
Naturellement, avec trois régimes et des systèmes informatiques standardisés, le passage de l’un à l’autre sera immédiat, car il suffira que chaque régime donne la somme des versements effectués et la durée de cotisation pour les créditer au nouveau régime d’affiliation. Qu’il y en ait un ou trois, les régimes paramétrés à prestations nominales fixées à l’avance sont plus protecteurs de l’équité entre professions et générations que l’illusoire régime par points à la valeur continuellement changeante et aux points bonus incontrôlés.
Tous les sondages montrent que les deux tiers des Français sont stressés par la perspective du régime en points variables, qui déstabilisera notre société, alors qu’il suffit d’adapter le régime paramétré actuel – aux prestations définies à l’avance – au vieillissement de la société, ce que les Français comprennent parfaitement.
La vérité au sein d’un régime paramétré rénové est infiniment préférable à la variabilité d’un régime à points qui prépare un appauvrissement spectaculaire des classes populaires à terme.