Christian Saint-Etienne était l’invité de l’émission « Le Grand Dossier » sur LCI ce dimanche 18 janvier 2026.
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Au sommaire : Trump : l’Europe prête à riposter. Groenland : Trump a tranché, il veut acheter. Militaires européens au Groenland : bien joué ?
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mercredi 19 mars 2025.
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Ce mercredi 19 mars, Nathalie Janson, professeure d’économie à Neoma Business School, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des Économistes, et Guillaume Dard, président de Montpensier Arbevel, sont revenus sur le financement du budget de la défense, ainsi que la présentation du signal envoyé par la Grande-Bretagne, qui est un plan de réforme des dépenses sociales visant à économiser six milliards d’euros chaque année d’ici 2030, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.
Les Echos – 17/05/2024
Emmanuel Macron ne cesse de louer le bilan de l’UE. C’est oublier que, de 2020 à 2024, la croissance française a été inférieure d’un tiers à celle de la zone euro.
Quelle Europe demain ? Emmanuel Macron a présenté sa vision rénovée de l’Europe dans son discours à la Sorbonne le 25 avril 2024. Dans son précédent discours sur le sujet, le 26 septembre 2017, il trouvait l’Europe « trop faible, trop lente, trop inefficace ». La situation s’est-elle réellement transformée alors même que la guerre est sur le sol européen, en Ukraine ? Macron dit aujourd’hui : « Ce mandat [du Parlement européen] de 2019 à 2024, c’est celui de la transformation européenne. » Il oublie de préciser que sur les cinq années 2020-2024, en intégrant les prévisions de la Commission européenne pour 2024, la croissance de l’économie française est inférieure d’un tiers à la croissance de la zone euro, cette dernière étant elle-même anémique par comparaison avec celle des États-Unis. Parmi les succès évoqués par Macron, on note l’emprunt européen commun, qui n’est pourtant déboursé qu’aux tiers trois ans après sa mise en place, et l’idée d’une Europe de la défense, qui est constamment combattue par l’Allemagne ou la Pologne, qui s’arment aux États-Unis, en Israël et en Corée. L’adoption du Pacte migration et asile d’avril 2024 consacre la division entre l’ouest et l’est de l’Europe, ce dernier refusant d’accueillir des immigrés sur son territoire. Le Pacte vert de 2019 apparaît aujourd’hui comme un carcan insupportable pour les agriculteurs et les entreprises, car il prétend opérer la transition écologique par la réglementation et l’interdiction quand les Chinois et les Américains la réalisent par l’innovation industrielle, favorisée par des incitations financières puissantes.
En avril 2024, Macron admet que « l’Europe est mortelle ». Face aux poussées territoriales de la Russie, l’Europe est, selon lui, « dans une situation d’encerclement » d’autant plus que « les États-Unis ont deux priorités : les États-Unis d’abord, et la question chinoise ensuite ». Mais le président continue de rêver à une Europe autonome, pratiquant la réciprocité dans le commerce. Alors que l’Allemagne, qui dirige aujourd’hui l’Europe, fait tout pour maintenir le parapluie américain en achetant massivement des armes dans ce pays et refuse des sanctions européennes réellement efficaces contre les subventions chinoises pour maintenir ses exportations déclinantes vers ce pays…
Surtout, Emmanuel Macron ne voit pas à quel point la France est marquée par ses mauvaises performances économiques. Malgré un déficit public qui s’est établi en moyenne annuelle à 6 points de PIB depuis 2020, l’économie française est restée clouée au sol depuis quatre ans. La dette publique, de fin 2019 à fin 2023, a progressé de 13 points de PIB en France contre 4,5 points de PIB dans la zone euro et une quasi-stabilité de la dette publique de la zone euro hors France sur cette période. Le déficit public français sera proche du double, en pourcentage du PIB, de celui de la zone euro hors France en 2024.
C’est donc le constat d’un échec phénoménal de la politique économique et de la conduite des finances publiques de la France sur la période 2020-2024, par comparaison aux autres pays de la zone euro soumis aux mêmes vicissitudes, qui s’impose au regard impartial. Il ne suffit pas de faire de beaux discours tous les sept ans à la Sorbonne pour refaire de la France un pays à la croissance rapide conduisant l’Europe vers les gras pâturages. Il serait plus efficace de réindustrialiser massivement, de rebâtir l’école primaire pour éliminer l’échec scolaire et monter de 15 places dans le classement Pisa de l’OCDE, et d’accélérer la remontée en puissance de notre dispositif militaire. Mais cela suppose de se concentrer sur quelques objectifs clés et de les atteindre.
L’Opinion – 9 avril 2024
La guerre en Ukraine est de plus en plus dure et les risques de percée russe des lignes ukrainiennes ne sont pas négligeables alors que la Russie a vraisemblablement doublé en 2023-2024 son effort réel de défense à 6,5% du produit intérieur brut (PIB). Un PIB qui ne s’est pas effondré, car il reste alimenté par les exportations de pétrole, gaz et minerais d’une part, et par le doublement de la production militaire d’armements, d’autre part. Cette année, la Russie produira plus de deux fois plus d’obus que la somme des productions européenne et américaine.
La France devrait dépenser 1,95% du PIB pour son budget militaire en 2024. Sommes-nous réellement prêts à entrer en conflit en Ukraine avec la Russie ?
Avec seulement 185 avions de combat, l’armée de l’Air et de l’Espace ne dispose pas des capacités nécessaires pour soutenir un conflit de haute intensité sur la durée quand la Russie dispose d’un millier d’avions de combat. L’armée russe est forte de 1,5 million d’hommes – et bientôt 1,8 million – (contre 208 000 forces combattantes en France), 14 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins – SNLE – (contre 4 en France), 800 missiles stratégiques ICBM, SLBM et bombardiers lourds (72 en France) et 6 000 ogives nucléaires (contre 290 en France), 2 400 chars (contre 200 en France). Il est évident qu’une menace française fait sourire les Russes.
Recrutement. Mais que se passerait-il si la France portait son effort à 3% du PIB progressivement d’ici 2030 et les années suivantes ? Il est essentiel de passer de quatre à six SNLE-3G pour en avoir toujours deux en patrouille et cinq à la mer en cas de durcissement politique mondial. Le nombre de sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) doit doubler. Mais il faut également déployer une vingtaine de missiles stratégiques mobiles sur terre et porter le nombre d’ogives nucléaires à 800. Le nombre de chars modernisés disponibles doit passer à 400 en relançant une chaîne de production en France sans attendre le char du futur.
La force aérienne doit être rapidement portée à 320 avions de combat avec la préparation nécessaire des bases aériennes principales et des pistes opérationnelles secrètes. Nous devons nous équiper notamment de 120 Rafales F5 le plus rapidement possible, en triplant les capacités de production de son constructeur, car le F5 est doté de la capacité de voler avec des drones de combat. Il faut aller rapidement vers un F6 en capacité de voler avec une douzaine de drones capables de supprimer les défenses adverses.
L’artillerie doit voir ses moyens décuplés en lien avec les enseignements du conflit en Ukraine. Nous devons nous équiper de plus de 300 canons Caesar et d’une centaine de lance-roquettes unitaires (LRU) montés sur des blindés à roues de type Himars, et de capacités de défense sol-air efficaces aussi bien dans les forces terrestres qu’aériennes. Et il faut renforcer considérablement la production de munitions sur le territoire national.
Les forces spéciales françaises doivent être portées à 10 000 hommes dans un effectif opérationnel total qui doit remonter à 320 000 hommes. Compte tenu des difficultés actuelles de recrutement, il faut mettre en place un service militaire de sept fois deux semaines sur sept ans, pour la totalité des hommes et femmes de moins de 35 ans, et proposer aux moins de 25 ans des contrats de dix-huit mois, incluant six mois de formation technique et militaire et conduisant à une intégration dans une réserve active de 140 000 hommes, c’est-à-dire des personnels qui peuvent s’intégrer en moins de 24 heures aux forces combattantes en étant parfaitement équipés et entraînés.
Frontières. Le service militaire ici proposé, dont le développement prendra cinq à sept ans, est clé pour la remontée en puissance de nos armées mais aussi pour la connaissance des forces physiques et mentales de la population, car chaque période de deux semaines comporte une journée d’évaluation mentale et médicale poussée, qui peut être en partie sous-traitée à des laboratoires privés sous contrôle militaire et celui des services de renseignement, et trois journées d’évaluation des capacités physiques qui peuvent être sous-traitées à des associations agréées sous contrôle militaire. Les dix autres journées forment à la discipline, au maniement des armes et à l’information sur les métiers militaires – on peut là aussi faire appel à des associations agréées formées d’anciens militaires et maillant tout le territoire. Ce service devrait susciter naturellement des candidats recensés et informés pour les forces opérationnelles et la réserve.
Il faut passer à deux groupes aéronavals – avec deux porte-avions -, et augmenter fortement le nombre de frégates de combat et de surveillance. La Marine doit se doter de cinq frégates de défense aérienne (FDA), de dix frégates multi-missions (Fremm) et de trois Fremm à capacité de défense aérienne renforcée (Fremm – DA). Le nombre de frégates de surveillance et de patrouilleurs doit remonter à cinquante. Ces forces doivent nous permettre de mieux contrôler nos frontières maritimes proches et lointaines avec l’appui de 70 bâtiments de gendarmerie maritime. Cet effort doit être consolidé par la multiplication du nombre de drones navals et aériens d’attaque et de défense.
Ce programme tient dans les 3 % du PIB. Naturellement, nous n’en avons pas les moyens, car nous avons fait d’autres choix, avec une dépense publique de 56,5% du PIB en 2024 dont 34% du PIB pour la protection sociale – six points de PIB de plus, pour le seul social, que la moyenne de la zone euro hors France. Le déficit public devrait être en 2024 de 5% du PIB et les ressources publiques de 51,5% du PIB – dont 44% du PIB de prélèvements obligatoires (PO). En résumé, 56,5% de dépense et 51,5% de ressources = 5% de déficit.
La dépense publique pour la défense est proche de 2% du PIB en 2024 et celle pour l’enseignement y compris supérieur et la R&D publique est d’environ 7,5% du PIB, ce qui donne une dépense cumulée Défense, Enseignement et R&D – nommons-la dépense DER – de 9,5% du PIB. La dépense publique hors défense, enseignement et R&D est de 47% du PIB en 2024. Nommons-la dépense publique HDER.
Technologies duales. Dans le cadre d’un sursaut national favorisant une réindustrialisation verte et la hausse du budget de la défense à 3% du PIB d’ici 2030, la croissance devrait atteindre 1,5% par an de 2025 à 2027 et 2% par an en 2028-2031, notamment sous l’effet d’une réindustrialisation civile et militaire effective.
Afin de ramener le déficit à 1% du PIB tout en augmentant le budget de défense, il faudrait réduire la dépense publique en sept ans à 52% du PIB. On continuerait néanmoins de garder la protection sociale la plus chère du monde.
On peut y parvenir en gelant en euros constants la dépense HDER qui baisserait ainsi de 47% du PIB en 2024 à 41,5% du PIB en 2031 et en augmentant la dépense défense, enseignement et R&D de 9,5% à 10,5% du PIB à cette échéance. En résumé arithmétique pour la dépense publique totale, 56,5 – 5,5 + 1 = 52% du PIB en 2031. Avec des ressources publiques de 51% du PIB en 2031, le déficit s’établirait à 1% du PIB. La dette est encore à 95% du PIB en 2031 mais elle baisse rapidement ensuite en maintenant le déficit à ce niveau. Les PO demeurent à 44% du PIB pendant toute la période.
Ce plan ambitieux et cohérent referait de la France une puissance majeure en Europe ainsi que dans le monde et contribuerait de façon extrêmement significative à la réindustrialisation du pays, car ces technologies sont duales – civiles et militaires.
Pas de panique, cher lecteur ! Il ne va rien se passer et les Russes vont pouvoir continuer de sourire. Mais il est important de savoir qu’il existe un chemin hors de notre médiocrité actuelle collectivement consentie.
Christian Saint-Etienne intervenait sur Xerfi Canal dans une vidéo « Libre Propos » publiée le 2 juin 2023.
Si Biden avait renouvelé le soutien américain à l’OTAN au sommet de l’organisation en juin 2021, c’est après l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 que les Américains ont réveillé l’OTAN pour en faire un instrument de leur politique stratégique européenne. Joe Biden a donné son appui à l’OTAN le 24 mars 2022 lors d’un sommet à Bruxelles, puis à nouveau en juin 2022 lors d’un sommet à Madrid. Lors de ce sommet, Biden a déclaré que Poutine « voulait une “finlandisation” de l’Europe », mais qu’il obtiendrait au contraire une « “Otanisation” de l’Europe ». […]
Boursorama / Cercle des économistes – 6 mars 2023
Pratiquement chaque semaine, les grands pays occidentaux annoncent des plans d’aide financière et en armement en faveur de l’Ukraine. Une fois dressé le bilan des moyens débloqués, Christian Saint-Etienne explique pourquoi, à ses yeux, les Etats-Unis seront les grands gagnants du conflit.
La Russie a envahi l’Ukraine le 24 février 2022, ce qui semblait inconcevable pour les Ukrainiens dont la moitié d’entre eux considéraient la Russie comme une mère nation dont la langue véhiculait une culture supérieure. Poutine pensait être accueilli en héros et conquérir sa cible en quelques jours. Il voulait éviter que l’Ukraine ne rejoigne l’Union européenne et l’OTAN, considérant que l’Ouest avait trahi la Russie, après 1991, en englobant les anciennes démocraties populaires dans l’UE et l’OTAN. L’absence de réaction après la capture de la Crimée lui a laissé penser que les démocraties ne réagiraient pas à son coup de force. Elles ont, au contraire, fortement réagi sous la conduite des Etats-Unis qui en ont profité pour remettre la main sur l’Europe, pour qu’elle ne tombe pas complètement sous la coupe de la Chine.
Ces deux pays sont en effet engagés dans un conflit pour la domination du monde, un conflit classique entre une puissance ascendante (la Chine) et une puissance dominante (les Etats-Unis). Les Etats-Unis sont les premiers contributeurs à l’effort de guerre ukrainien car ils veulent affaiblir la Russie mais au risque de la pousser toujours plus dans les bras de la Chine, ce qui ne sert pas leurs intérêts de long terme dans leur conflit géostratégique avec ce dernier pays.
Contrairement aux attentes de Poutine, l’invasion russe a poussé les Ukrainiens à se rebeller, créant ou confortant un sentiment national qui existait depuis les années 1930 mais qui apparaissait fragile. Aujourd’hui, l’ensemble des Ukrainiens rejette l’intervention russe, la langue russe n’étant plus perçue comme celle d’une culture supérieure mais comme celle de l’envahisseur.
Les Américains et les Anglais sont les principaux fournisseurs d’aide militaire à l’Ukraine, pour un total qui dépassait 30 milliards d’euros à fin décembre 2022, contre 5 milliards d’euros pour l’Union européenne. En revanche, les aides humanitaires et financières américaine et anglaise atteignaient à cette date environ 35 milliards d’euros, soit le même montant que celui engagé par l’Union européenne. Il apparaît que le coût pour l’Europe de cette guerre résulte surtout de la hausse des dépenses d’importations d’énergie en 2022 qui est de l’ordre de 400 milliards d’euros, dont environ 50 milliards au bénéfice des exportateurs américains.
Le PIB de l’Ukraine a vraisemblablement baissé de 35% en 2022, contre 2% pour le PIB de la Russie, tandis que les destructions d’infrastructures et de logements ukrainiens dépassent 150 milliards d’euros et pourraient atteindre le double ou le triple en 2023 selon le cours de la guerre. Le bilan global du conflit intègre le coût humain avec des pertes en morts et personnes gravement blessées qui dépassent vraisemblablement 150 000 soldats du côté russe, 120 000 soldats du côté ukrainien plus les pertes civiles dans ce dernier pays.
Les coûts directs et indirects du conflit sont donc colossaux pour les belligérants en pertes humaines, pour l’Ukraine et l’Union européenne en coûts économiques et financiers. Les Etats-Unis sont, à ce stade, les grands gagnants du conflit sur le double plan géostratégique et économique.
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Christian Saint-Etienne a été interviewé par David Vives pour la chaine NTD ce 21 février 2023.
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Les Echos – 13/12/2022
Les scénarios sont sombres à court et moyen terme. Sauf si la guerre en Ukraine se terminait… Un conte de Noël.
Les prévisionnistes sont pessimistes ! Le conflit entre la Chine et les Etats-Unis pour la domination mondiale s’aggrave en dépit des déclarations de bonnes intentions des présidents de ces deux pays. La guerre de la Russie en Ukraine prend un tour de plus en plus violent avec des bombardements de civils pour essayer de cacher des insuccès militaires. L’Allemagne s’affirme comme la première puissance européenne, y compris sur le plan militaire, tout en étant incapable de mener une politique favorable à l’Europe : c’est le mercantilisme allemand au bénéfice de la seule Allemagne qui emporte tout.
La France est à la dérive, avec des finances publiques enfoncées dans le rouge. Dès 2023, selon le FMI, et plus encore dans les années suivantes, la France devrait avoir les déficits publics les plus élevés d’Europe parmi les grands pays de l’Union. L’Italie cumule des excédents de son commerce extérieur avec des déficits publics qui seront bientôt en dessous de ceux de la France. La crise énergétique s’aggrave.
Avant la guerre, l’avenir était riant
Bref, l’Allemagne domine une Europe en crise à l’Ouest et en guerre à l’Est. Le monde se réarme. Et la France plonge dans le double déficit sous la conduite d’un président qui apparaît totalement dépassé face à la désindustrialisation qui continue. Est-ce le dernier Noël des temps heureux ?
Tel est le futur annoncé. Est-il certain ?
La guerre en Ukraine a beaucoup fait pour noircir des perspectives qui étaient riantes au début février 2022 lorsque le rebond de l’activité en Europe semblait solide et inarrêtable. Les prix de l’énergie et des matières premières ont explosé. Mais avec la hausse des prix de l’énergie et l’accélération de la transition vers un monde bas carbone, la consommation d’énergie a commencé à reculer tandis que le blé ukrainien a pu s’exporter en partie. Surtout, le coût de la guerre pour la Russie, en morts et fuite des compétences, devient tel que le peuple russe commence à ouvrir les yeux sur la nature de l’agression contre l’Ukraine, un pays frère martyrisé par l’oligarchie russe.
Alors que la récession semble programmée pour 2023, on ne peut exclure que les Américains finissent par se lasser d’aider l’Ukraine sans perspective de paix tout en alimentant une guerre qui jette un peu plus la Russie dans les bras de son réel ennemi stratégique, la Chine.
On sait que Poutine a accumulé les décisions désastreuses sur un substrat inflammable : contrairement à ce que souhaitait Henry Kissinger, les Etats-Unis et l’Union européenne ont été incapables de donner une place à la Russie dans un nouvel ordre européen qu’il aurait fallu construire entre 1991 et 2021. Et si Biden, qui n’a pas perdu les élections américaines de mi-mandat, s’entendait avec l’Allemagne et la France pour proposer les contours d’un nouvel ordre européen en contrepartie d’un arrêt immédiat du conflit en Ukraine ? La Russie garderait la Crimée tandis que le Donbass deviendrait autonome au sein de l’Ukraine libérée.
Dans ce scénario, qui semble relever du miracle à ce stade, et en cas d’accord, toutes les sanctions sur la Russie seraient levées. La baisse rapide des prix de l’énergie et des matières premières enclencherait un ralentissement massif de l’inflation. De nouvelles perspectives d’exportation s’ouvriraient pour les entreprises européennes. La confiance pourrait retrouver rapidement un niveau historiquement élevé.
Un conte de Noël ? Agissons pour qu’il se réalise.
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Christian Saint-Etienne était l’invité d’Emmanuel Cugny dans l’émission « Les débats de l’éco » sur France Info, le samedi 8 octobre 2022.
Crise de l’énergie : vers l’implosion de l’Europe ?
Lundi dernier, le ministre français des Finances Bruno Le Maire a appelé les pays européens à l’unité et à la solidarité face à la flambée des prix de l’énergie. Cet appel intervenait quelques jours après l’annonce par Berlin d’un plan de soutien unilatéral de 200 milliards d’euros à l’économie allemande. L’ampleur de ce paquet a suscité les critiques de plusieurs dirigeants qui craignent une concurrence déloyale et une fragmentation du marché unique européen : tous les Etats ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre budgétaires que l’Allemagne.
Renationaliser EDF, et après ?
L’État a lancé mardi dernier le processus de renationalisation d’EDF, une opération à 9,7 milliards d’euros voulue par le gouvernement pour relancer un vaste programme nucléaire après une année noire pour l’électricien. Ce retour dans le giron de l’Etat doit permettre de pouvoir planifier et investir sur le très long terme, affirme Bercy. Et après ?
Christian Saint-Etienne était l’invité de Sorya Khaldoun dans le journal de 23h sur France Info TV ce vendredi 2 septembre 2022.