2017

Bercy-ILL2

Le Figaro – 19/12/2016

En matière économique et fiscale, l’assurance de la stabilité est la première vertu qu’on attendra du prochain président, plaide l’universitaire.

La situation économique de la France, on le sait, est préoccupante. En dépit d’une punition fiscale de 70 milliards d’euros sur la période 2011-2014, le déficit public sera supérieur à 80 milliards d’euros en 2016. La demande de produits et services augmente, certes, mais ce sont les entreprises étrangères qui répondent à cette augmentation. La part des importations progresse fortement depuis quinze ans.

La croissance en 2017 ne sera pas forte: de l’ordre de 1,2 % si tout va bien. Hors réformes significatives visant à relancer notre système productif, la croissance sera de l’ordre de 1,25 % en rythme annuel au cours du prochain quinquennat… à condition qu’il n’y ait pas de nouvelle crise en Europe. Dans le cas contraire, la croissance pourrait tomber à 0,75 % en rythme annuel.

La remontée des taux d’intérêt nous frapperait d’autant plus que nous ne parviendrions pas à réduire le déficit public au-dessous de 1,5 % du PIB contre une situation réelle de 3,5 % du PIB en 2016. Cet effort représente environ 45 milliards d’euros sur 2017-2018 et ne peut être réalisé que par une baisse des dépenses publiques si l’on ne veut pas étouffer ceux qui produisent encore en France.

Quelles sont les priorités du redressement à mettre en œuvre dès l’été 2017? En premier lieu, nous sommes pris dans une grande transformation du système économique et politique mondial: la révolution fondamentale de l’informatique et la pluie numérique qui irrigue notre société transforment notre système économique par l’iconomie, cette économie de l’informatique, de l’intelligence et de l’Internet. L’iconomie a déjà modifié 40 % de notre économie et ce n’est qu’un début. Le capital est le carburant de cette révolution. En portant la fiscalité du capital à plus de 60 % à l’automne 2012, quand elle est comprise entre 20 et 30 % dans toutes les autres nations industrielles, François Hollande s’est condamné à l’échec. Quel général enverrait ses armées au combat en rationnant le carburant? Il faut donc remettre toute la fiscalité du capital et l’impôt sur les sociétés à 25 %.

Déverrouiller le marché du travail

En deuxième lieu, la loi El Khomri votée cette année n’a pas permis de déverrouiller le marché du travail. Modifions le contrat de travail, non pas en allant vers un contrat unique – une fausse bonne idée traduisant la méconnaissance du réel -, mais en doublant l’actuel CDI, qu’il ne faut pas toucher, par un CDI à droits progressifs qui redonne de la souplesse au marché du travail. Généralisons au privé les contrats courts en vigueur dans le service public (dix-huit mois et trois ans).

En troisième lieu, il faut voter dès juillet 2017 une réforme constitutionnelle ambitieuse qui garantisse la pérennité de ces changements. Interdisons le déficit de la Sécurité sociale. Changeons le principe de précaution en un principe de responsabilité. Instaurons une règle d’or sur l’investissement net des collectivités locales. Posons le principe que la fiscalité française ne doit pas s’éloigner de celle des pays européens comparables.

Nous devons par ailleurs créer des fondations productives ayant pour objet de détenir des actions de sociétés industrielles et commerciales apportées par des personnes physiques qui n’en auraient plus la libre disponibilité pour des périodes très longues (de huit à douze ans). Aussi longtemps que ces conditions seraient respectées, les actions et revenus ainsi capitalisés seraient isolés du patrimoine personnel des personnes physiques qui ont consenti cet effort. Ces fondations seraient le support d’un entrepreneuriat du long terme au service de la création de richesses et d’emplois sur notre territoire. Ces fondations seraient créées par un nouvel article de la Constitution. Ainsi, l’orientation de la politique économique en faveur de la production compétitive sur notre sol serait crédibilisée à moyen terme.

Rétablir un État puissant qui dépense moins

Ces trois priorités une fois mises en œuvre l’été prochain, on pourra s’attaquer aux nécessaires réformes de l’organisation des territoires, de la santé et de l’éducation dans l’année qui suivra. Un ministre de la réforme de l’action publique introduira une révolution managériale, jamais mise en œuvre depuis 1945, et mettra en place les outils d’une forte hausse de la productivité de l’action publique. Il faut rétablir un État puissant qui dépense moins, en bloquant la dépense publique nominale au niveau atteint en 2018 au cours des années suivantes. Si cet État réformateur, et non plus dispendieux et impuissant, ne réduisait l’emploi public que de 300 000 personnes au cours du prochain quinquennat, ce ne serait pas dramatique. L’essentiel est ailleurs: rien d’efficace ne sera mis en place qui n’apparaisse comme pérenne.

csefigLe Figaro – 30/09/2016

Stopper la désindustrialisation et encourager les travailleurs indépendants devraient être deux priorités du prochain président.

Dans le cadre de la présidentielle 2017, le concours Lépine des baisses d’impôts est lancé. Le gouvernement actuel a enclenché plusieurs baisses d’impôts sur le revenu au bénéfice des classes populaires afin d’acheter des voix, à supposer que le peuple soit dupe. À droite, plusieurs candidats proposent des baisses d’impôts sur le revenu, voire une baisse de la CSG, afin de ne pas désespérer les électeurs.

Alors que la dette publique est passée de 85 % du PIB à fin 2011 à 96 % du PIB à fin 2015, elle atteindra vraisemblablement 98 % du PIB à fin 2017. La croissance est en train de s’affaiblir car nos blocages internes n’ont pas permis de transformer la chance historique de la triple baisse du prix du pétrole, de l’euro et des taux d’intérêt en 2014-2016 en croissance durable.

De ce point de vue, le quinquennat de François Hollande est un double désastre : le choc fiscal de 2012-2013 (hausse de 60 milliards d’euros des prélèvements obligatoires en deux ans) n’a que marginalement réduit le déficit (baisse d’un point du déficit seulement de 2011 à 2014 pour un choc fiscal de trois points de PIB) tandis que sa politique économique a détourné les investisseurs de l’Hexagone.

La croissance annuelle moyenne a été de 0,6 % en 2013-2014 et de 1,3 % en 2015-2016 avant de redescendre vraisemblablement à 1 % en 2017. Si le déficit était un facteur de croissance, cette dernière aurait dépassé 3 % depuis quinze ans ! Or, nous constatons un taux de croissance proche de 1 % sur la période 2001-2015 et un retour à ce taux en 2017.

Les facteurs de blocage de la croissance ont été renforcés par Hollande : hausse massive de la fiscalité du capital, multiplication de mesures de blocage du marché du travail (compte de pénibilité, introduction de syndicats politisés dans un tissu fragile de PME, etc.). La loi El Khomri ne peut produire d’effets car le président de République avait exclu du périmètre de la loi les trois facteurs clés du déblocage du marché du travail : le contrat de travail, les seuils sociaux et une limite effective des indemnités de licenciement. Sans parler de la dégressivité des allocations chômage.

La croissance est le fruit de trois facteurs clés de progrès : un investissement productif favorisant la hausse de la productivité, l’élévation des compétences des travailleurs et le renforcement de l’innovation. La seule mesure décisive en faveur de la croissance depuis dix ans a été le renforcement spectaculaire du crédit d’impôt recherche en 2008, mesure initialement décriée par la gauche avant d’être maintenue.

Il faut s’interroger sur la situation actuelle de l’économie française avant de considérer qu’il serait rassurant pour les électeurs de baisser les impôts au moment où l’on fera des réformes structurelles absolument nécessaires pour réduire la dépense publique de 5 points de PIB en 5 ans : taux unique à 25-28 % sur la fiscalité du capital et sur l’impôt sur les sociétés, division par deux des taux de l’ISF, réforme du contrat de travail et des seuils sociaux, réforme des retraites, réduction significative du nombre de fonctionnaires dans les missions non régaliennes.

Notre système productif est à genoux. Le déficit de la balance commerciale des échanges industriels augmente et tout gain de pouvoir d’achat se transforme en importations. Pour être plus précis, les Français consomment en moyenne environ 70 % de produits français et 30 % de produits importés. Mais quand on leur donne 100 euros de revenu supplémentaire, la proportion s’inverse : toute baisse des impôts sur les ménages, à ce stade, se traduit en hausse massive des importations ! La mesure la pire serait une baisse de CSG qui est le seul impôt intelligent que nous ayons avec la TVA : une large base et un faible taux.

Certes, il faut réformer la fiscalité du capital pour réattirer les investissements sur notre territoire et enclencher un train de réformes structurelles fortes et efficaces. Pour autant, réduire la CSG représenterait une erreur stratégique et baisser l’impôt sur le revenu de façon générale serait contreproductif. En revanche, remonter le quotient familial pour redonner confiance aux familles qui sont le fondement de la société, augmenter les incitations à l’investissement en actions des entreprises et accélérer la modernisation de nos usines par un amortissement fortement accéléré, sont des mesures nécessaires et cohérentes avec notre situation économique réelle.

En outre, dans le cadre de l’ubérisation de l’économie, il faut transformer le RSI (régime social des indépendants) en protection sociale offensive au service de tous les non-salariés en réduisant les cotisations d’un quart et en mettant en place l’autoliquidation des cotisations sous contrôle a posteriori des gestionnaires du régime.

On ne rassurera pas les Français en leur distribuant des bonbons. Il faut reconstruire en s’appuyant sur ce qui reste solide dans notre pays : les chercheurs et entrepreneurs innovants, les entreprises productives, les familles qui passent beaucoup de temps à éduquer leurs enfants, les travailleurs indépendants qui se battent avec le couteau de l’ubérisation sur la gorge, et tous ceux qui aiment passionnément notre pays. * Professeur titulaire de la chaire d’économie au Conservatoire national des arts et métiers. Auteur de « Relever la France : état d’urgence » (Odile Jacob, septembre 2016).

CSEFig2Le Figaro – 19/10/2015

Pour l’économiste, seul un leader capable de commander, prendre des décisions et se faire obéir pourra participer au redressement de notre pays.

La colère monte dans le pays, selon les déclarations répétées des principaux acteurs de la vie politique nationale, tandis que le Front national s’envole dans les sondages. Or le Front national n’apporte aucune solution positive aux problèmes réels de la France.

Ce parti propose trois réponses à la dérive actuelle du pays :

  1. une sortie de l’euro et la réintroduction d’une monnaie nationale qui se dévaluerait significativement par rapport à l’euro,
  2. la monétisation de la dette qui entraînerait une vague massive d’inflation,
  3. une sortie du marché unique et la mise en place de barrières douanières (droits de douane et quotas d’importation), ce qui provoquerait des pénuries massives à l’importation de produits alimentaires et industriels non produits en France et ce qui casserait les exportations de tous nos secteurs d’activité internationalisés (aéronautique, agroalimentaire, matériels de transport, tourisme, luxe, etc.). Le chômage s’aggraverait très fortement tandis que le pouvoir d’achat des salariés baisserait significativement.

La question fondamentale est donc celle-ci : pourquoi un peuple éduqué et ayant une histoire politique ancienne se jette-t-il dans les bras d’un parti populiste proposant des solutions suicidaires à des maux réels ?

Depuis 1992 (propos de François Mitterrand), les dirigeants du pays nous répètent que l’on a tout essayé pour résoudre les problèmes du chômage, et la situation continue d’empirer en France alors que le chômage de masse a disparu dans le nord de l’Europe.

Depuis 1999 (Jospin et Aubry), nos dirigeants nous assènent que la seule solution est le partage du travail alors que le chômage atteint ses plus bas niveaux dans les pays de l’OCDE ayant la durée du travail la plus longue.

Depuis 2005 (Chirac), le principe de précaution est posé en principe fondamental d’organisation en France alors que les pays les plus prospères privilégient l’entrepreneuriat et la prise de risque dans l’activité économique et la recherche et développement.

Depuis 2012 (Hollande), la taxation maximale des « riches » est érigée en fondement de l’action publique, ce qui fait fuir tous les entrepreneurs et innovateurs dont on attend par ailleurs la création d’activité et d’emplois.

Après vingt-trois ans d’action irresponsable, lâche ou passéiste (à quelques mesures près favorisant le travail et l’effort et vite effacées), on peut comprendre que le peuple se tourne vers des bonimenteurs dont les solutions briseraient les derniers pans d’activités qui fonctionnent encore dans le pays.

On peut supposer que si l’on proposait enfin des solutions rationnelles et cohérentes entre elles, le peuple se ressaisirait comme par magie. Il est clair qu’une réforme constitutionnelle interdisant le déficit de la Sécurité sociale, changeant le principe de précaution en principe de responsabilité et instaurant une règle d’or sur l’investissement des collectivités locales, serait une première pierre pour la reconstruction du pays. Une réforme ambitieuse des retraites et une rationalisation du « bloc communal », avec une dégressivité des allocations chômage, contribueraient au rétablissement de nos comptes publics. La TVA sociale permettrait de baisser significativement le coût du travail. Une baisse du taux d’impôt sur les sociétés et sur les revenus du capital favoriserait l’investissement productif.

Mais qui est encore prêt à écouter des solutions rationnelles aux maux du pays ? Qui croit encore à la parole publique après vingt-trois ans de débandade morale et d’échecs collectifs alors que nos voisins (Allemagne, Angleterre, Scandinavie) maîtrisent bien mieux que nous la mondialisation ?

Que faire alors ?

Il faut bien sûr présenter une vision de la France dans l’Europe et la mondialisation, capable avec tous ses atouts de faire aussi bien si ce n’est mieux que ses voisins aujourd’hui donnés en exemples. Il faut certainement affirmer une volonté de corriger ses errements et de faire enfin demain ce que l’on n’a pas fait hier, comme nous y exhorte un ancien premier ministre.

Mais dans l’état de déréliction qui est le nôtre, là n’est plus l’essentiel. La qualité centrale, décisive que l’on attend du prochain leader capable de redresser le pays, est l’autorité. Il ne s’agit pas de chercher un sauveur mais simplement de gouverner. Auctoritas : capacité à commander, prendre des décisions et se faire obéir. Oh mon Dieu, un mot latin, quelle horreur !

Et si cette autorité a une vision et affiche sa volonté, pourrait-il s’agir d’un chef d’État ? Chef du latin caput, tête : personne qui commande, qui exerce une autorité.

Enfin, tout est clair. C’était donc à cet effet qu’il fallait supprimer en urgence le latin de nos écoles. Évacuer l’autorité en même temps que l’excellence.

Christian Saint-Etienne était l’invité d’Olivier Galzi dans le « Grand Décryptage » sur iTélé, mercredi 17 juin 2015.

Au programme : Prélèvement à la source : mode d’emploi.

Pour aborder la question du prélèvement de l’impôt à la source, Olivier Galzi reçoit Christian ECKERT, secrétaire d’Etat chargé du Budget, Philippe BRUNEAU, président du « Cercle des fiscalistes », Christian SAINT-ETIENNE, économiste et « Délégué à l’économie » pour Les Républicains, et Vincent DREZET, secrétaire général du syndicat « Solidaires-Finances publiques ».