Christian Saint-Etienne était l’invité de David Jacquot dans l’émission « Ecorama – On ne va pas se fâcher » ce vendredi 28 novembre 2025.
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Jamais les Français n’ont exprimé autant de lassitude face aux impôts. Selon le baromètre du Conseil des prélèvements obligatoires, 8 sur 10 jugent la pression fiscale excessive, alors que le taux de prélèvements atteint 42,8 % du PIB en 2024, bien au-dessus de la moyenne européenne. Entre perception personnelle plus nuancée, progressivité de l’impôt sur le revenu et nouvelles hausses votées par les députés, le débat s’enflamme. Le Gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, appelle à cesser de « jouer avec l’impôt » et plaide pour des mesures ciblées et exceptionnelles. Mais le ras-le-bol fiscal est-il parti pour durer… ou pour exploser davantage ?
Les Echos – 5/11/2025
Le redressement français ne passera que par la restriction des dépenses publiques, la relance de la production et la justice fiscale. L’histoire du pays l’a démontré, rappelle Christian Saint-Etienne.
La classe politique française et ses électeurs veulent une protection sociale de pays riche alors que nous nous appauvrissons relativement aux autres pays européens sous l’effet d’une croissance misérable depuis vingt ans. Cette dernière dépasse à peine 1 % alors qu’elle devrait dépasser 2 % pour financer la protection sociale, l’éducation, la recherche et innovation, etc. Seule une réindustrialisation déterminée, une relance du bâtiment, des travaux publics et de la production agroalimentaire, et le doublement du nombre de grosses PME et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) peut conduire à la nécessaire accélération de notre développement durable dans le respect de l’environnement.
Une telle approche de résurrection de notre économie suppose la conjonction d’un projet stratégique ambitieux à sept ans et d’une rigueur de gestion des finances publiques qui soit stricte à trois ans. Au lieu d’une telle ambition, nous avançons à reculons avec le retour de l’âge de départ à la retraite à 62 ans et 9 mois, une dérive permanente des finances publiques et un matraquage fiscal centré sur les talents les plus recherchés dans l’économie moderne. Comment expliquer un tel divorce entre le souhaitable et le constaté ?
Ce n’est pas la première fois que la France se trouve enfermée dans ses contradictions. La chute de l’Ancien Régime, prévisible compte tenu de l’opposition de la cour, de la noblesse et du clergé aux réformes de Turgot, contrôleur général des finances dans le gouvernement pleinement constitué le 24 août 1774 – Louis XVI devenant roi le 10 mai 1774, clin d’oeil au 10 mai 1981 -, résulte de la crise des finances publiques qui mine la royauté au XVIIIe siècle. Dès le 1er septembre 1774, le roi s’entretient quotidiennement avec Turgot qui suggère un plan de réduction de la dépense publique : « Si l’économie n’a précédé, aucune réforme n’est possible. » Turgot propose l’établissement d’un impôt territorial sur la noblesse et le clergé, et l’établissement d’un cadastre pour une égale taxation de tous, mais son programme est centré sur le contrôle de la dépense qu’il ne parvient pas à imposer. Turgot, qui voulait notamment réduire les dépenses de Marie-Antoinette, est renvoyé le 12 mai 1776 car tous se sont ligués contre la réduction de la dépense et l’impôt territorial.
La crise des finances publiques provoque la convocation des Etats généraux en mai 1789, l’enclenchement de la Révolution et l’exécution du roi. Les crises de finances publiques sont à l’origine de la plupart des crises de régime dans l’histoire mondiale.
A contrario, des gouvernants aux idées claires, comme Poincaré en 1926, de Gaulle en 1958 ou Raymond Barre en 1976, parviennent à retourner la situation rapidement en contrôlant strictement la dépense et en favorisant le rebond des entreprises par des politiques stratégiques claires et ambitieuses.
Il n’y a pas de substitut, pour opérer un redressement national, à une politique simultanée de restriction de la dépense publique et de relance de la production marchande. La distribution de pouvoir d’achat suppose une accélération de la création de richesses et donc une politique pro entreprises, ainsi que l’élaboration d’un plan stratégique de développement de filières compétitives.
Un tel plan doit s’accompagner de justice fiscale. On privilégiera des mesures franches et simples à la technicité revancharde. Par exemple, plutôt qu’une fiscalité d’une complexité inouïe sur les holdings familiales, il faut simplement leur interdire de détenir des biens d’usage (voiliers, chalets et autres biens de luxe) qui doivent être détenus en direct par les particuliers. De même, le Dutreil ne s’applique pas aux biens d’usage.
Contrôle strict de la dépense publique, fiscalité simple et juste, et planification stratégique ambitieuse à moyen terme sont les éléments clés de la réussite politique.
Les Echos – 8/10/2024
Pour baisser le déficit sans casser la croissance, les études montrent qu’il faut miser à 80% minimum sur les baisses de dépenses.
La France fait face à un déficit public structurel d’au moins 4,5% du PIB sous l’hypothèse d’un trend de croissance de 1,15% par an en 2025-2027. En comptabilité conjoncturelle, le déficit public devrait être supérieur à 6% du PIB en 2024. Lors de son discours de politique générale du 1er octobre, le Premier ministre, Michel Barnier, s’est engagé à le réduire à 5% du PIB en 2025. Si nous voulons rétablir les finances publiques à long terme, il faut revenir à un déficit inférieur à 1,5% du PIB qui permettrait d’entamer une vraie décroissance de la dette publique en pourcentage du PIB. L’ajustement structurel requis est donc de 3 points de PIB sur un horizon de trois ans (2025-2027), soit 1 point de PIB par an.
Cet ajustement, sur le périmètre actuel de dépense, est d’autant plus nécessaire que pour réarmer dans un monde hostile, réindustrialiser et accélérer l’adaptation au changement climatique, il faut prévoir une hausse des dépenses publiques nouvelles de 0,25 point de PIB par an pendant six ans, soit 1,5 point de PIB d’investissements publics annuels innovants en 2030, qui devraient déclencher un effort équivalent du secteur privé. Cet effort conjoint devrait nous permettre d’espérer une croissance durable de 1,75% par an à partir de 2028. Cet ajustement est nécessaire si l’on veut investir pour une adaptation climatique significative sans sacrifier le pouvoir d’achat de la population.
Comment réaliser l’ajustement nécessaire de 2025-2027 tout en permettant l’avènement du projet stratégique, esquissé au paragraphe précédent, d’ici à 2030 ? La recherche universitaire, tout comme les études du FMI et de l’OCDE, portant sur les dizaines de plans d’ajustement conduits internationalement depuis 1990 pour rétablir la solidité des finances publiques des pays concernés, montrent que pour baisser le déficit sans casser la croissance, il faut que l’ajustement comporte au moins 80% de baisses des dépenses et au maximum 20% de hausses d’impôts.
Or le Premier ministre s’est engagé sur deux tiers de baisse de dépense et un tiers de hausse d’impôts, qui plus est dans un pays déjà fiscalement gavé. Il faut baisser les dépenses de fonctionnement et pas celles d’investissement. La France ayant le record du monde des dépenses sociales (33,5 % du PIB, soit 7 points de PIB de plus que la moyenne des autres pays de la zone euro), il faut agir sur cette dépense en priorité, tout en contrôlant strictement les dépenses de fonctionnement de l’État et des collectivités locales.
Sur la période 2025-2027, il faut donc baisser les dépenses dans leur périmètre actuel de 3 % du PIB en trois marches annuelles de 1 % du PIB, essentiellement en sous-indexant les dépenses sociales et celles de fonctionnement des collectivités locales, et augmenter les impôts au maximum de 0,75 % du PIB, en trois étapes annuelles de 0,25 % du PIB, pour réduire le déficit de 3 % du PIB et financer les nouvelles dépenses à hauteur de 0,75 % du PIB.
Pour le financement de ce plan triennal, il faut envisager une hausse des trois taux de TVA en conformité avec les règles européennes (7 %, 12 % et 21 %), un prélèvement exceptionnel sur les bénéfices des grands groupes énergétiques et une taxe temporaire de 1 % sur les revenus supérieurs à 180.000 euros par an.
Rappelons que les 10 % de revenus les plus élevés au sein des ménages sont déjà très taxés et paient plus de 70 % de l’impôt sur le revenu (IR). Et que les 20 % de ménages ayant les revenus les plus élevés paient plus de 75 % de la somme de l’IR, de la CSG, des cotisations chômage et des taxes foncières, une proportion sans équivalent dans le monde. Le rétablissement budgétaire ne peut réussir que s’il s’inscrit dans un projet stratégique crédible permettant d’enclencher une croissance durable avec un effort d’ajustement partagé.
Les Echos – 20/06/2023
Une reprise en main de notre déficit public s’impose d’autant plus que la transition climatique va coûter de plus en plus cher.
Le déficit public de la Franc est passé de 9% du PIB en 2020 à 4,7% en 2022 avant de remonter à 4,9% en 2023. Compte tenu de la hausse des taux d’intérêt, la baisse du déficit programmée par le gouvernement à 3,7% en 2025, soit 1 point de PIB en dessous du niveau de 2022, conduira à une stagnation de la dette publique à 109,5% de 2023 à 2025. Le gouvernement reconnaît lui-même que la situation de nos finances publiques est très dégradée et qu’aucune amélioration réelle n’est en vue jusqu’en 2027, avec un déficit qui reviendrait seulement au niveau de 2019, autour de 3%. Même si Standard & Poor’s a maintenu la note AA de la dette française le 2 juin 2023, le retour à l’équilibre de nos finances publiques est, à ce stade et sans changement d’orientation, une vue de l’esprit.
Cet affaiblissement public s’explique en grand partie par le niveau d’entrée du déficit dans la crise. Le déficit français s’établissait à 3,1% en 2019 contre 0,6% pour la zone euro et un excédent de 1,5% avec l’Allemagne, soit un écart de 2,5% du PIB avec la zone euro et de 4,6% avec l’Allemagne. La France avait réduit ces écarts en 2022, mais la dérive de la dépense publique française en 2023-2024 les rouvre. En 2024, le déficit français sera vraisemblablement supérieur de 2% du PIB à celui de la zone euro et de 3% à celui de l’Allemagne.
Le faible ajustement relatif de la trajectoire de nos finances publiques explique que l’écart de dette publique en pourcentage du PIB va se creuser avec la zone euro en 2023-2024, voire diverger en 2025-2027 si une reprise en main ne s’opère pas rapidement. Cette reprise en main s’impose d’autant plus que la transition climatique va coûter de plus en plus cher, de l’ordre de 3 points de PIB par an, ce qui pourrait conduire la France au désastre financier en cas de nouveau choc comparable à celui du Covid-19.
L’origine de cette dérive est identifiée. La dépense publique progresse plus vite en France que chez ses voisins de la zone euro, de 7,3 points de PIB de plus qua la moyenne de la zone euro en 2022 à 7,8 points de plus en 2024, selon les dernières prévisions de la Commission européenne. La réalité est plus grave si l’on compare la France à la zone euro hors France, l’écart de dépense publique atteignant 9,1 points de PIB en 2022 et 9,3 points en 2024. Non seulement la dépense publique dépasse de plus de 9 points de PIB celle des pays avec lesquels la France partage la même monnaie, mais cette dépense est inefficace puisque la croissance annuelle française est tombée à 1,15% sur la période 2014-2023 avec un déficit extérieur croissant. La croissance française qui permettrait de restaurer l’équilibre des comptes extérieurs est famélique et ne dépasse pas 0,75% par an.
La dépense sociale française dépasse 34% du PIB, soit le record du monde, sans que personne semble content ! L’école primaire est sinistrée avec un classement Pisa désastreux, 18% des enfants ne maîtrisent pas les compétences de base (lecture, écriture, calcul) et 12% des enfants qui les maîtrisent mal. Si la France surperformait ses compétiteurs dans tous les domaines, notre organisation serait un modèle. Mais dépenser 9 points de PIB de plus que les autres, alors que le pays s’appauvrit relativement, avec une baisse du niveau de vie de 12% comparée à l’Allemagne en moins de quinze ans, relève d’un Etat en faillite.
Christian Saint-Etienne était l’invité de François Geffrier dans l’émission « L’invité de l’économie » sur Radio Classique ce jeudi 23 septembre 2021.
Les décideurs du CAC 40, les grands patrons et les dirigeants d’entreprises ont la parole et répondent aux questions de François Geffrier.
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