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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mardi 7 janvier 2025.

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Ce mardi 7 janvier, Jean-Marc Daniel, éditorialiste BFM Business, Guillaume Richard, président du groupe de services à la personnes OuiCare, et Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM, sont revenus sur les effets de la désindustrialisation, ainsi que sur la volonté de relocaliser sept nouveaux médicaments, questionnant si c’est une vision stratégique ou une idée aberrante, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.

Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mercredi 30 août 2023.

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Ce mercredi 30 août, Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyses et prévisions de l’OFCE, Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des économistes, et Rafik Smati, chef d’entreprise dans le digital, se sont penchés sur la coalition allemande qui trouve un accord s’accordant sur une baisse de fiscalité pour les entreprises de 32 MDS€ en 4 ans, dont 7 MDS€ en 2023 dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.

L’Opinion – 20/01/2021

Christian Saint-Etienne propose d’accompagner le plan de relance d’un apport en fonds propres de 70 milliards pour les entreprises, d’un suramortissement pour tous les investissements en machines et équipements, et encourage à renégocier les créances par des procédures de conciliation au niveau régional.

Il faut comprendre un point clé concernant cette crise qui dure et dure… La baisse de la production économique n’affecte pas tous les secteurs de la même façon : toute l’activité n’a pas baissé de 10 % en 2020 et ne va pas rebondir de 5 % en 2021. En équivalent PIB, 20 % de l’économie continue de croître sur ces deux années, environ 60 % de l’économie va chuter d’un dixième et rebondir modestement, mais 20 % de l’économie va être massivement restructurée ou disparaître. Des mesures uniformes, dans ce contexte, n’ont pas de sens.

Le plan de relance de l’automne 2020, à juste titre, veut favoriser la transition énergétique pour 30 milliards d’euros, les relocalisations industrielles pour 35 milliards d’euros et la cohésion sociale et territoriale pour 35 milliards d’euros. Ce plan structurel en trois volets est plutôt bien conçu, mais il manque un quatrième volet qui accélère l’essor des entreprises en plein développement, préserve l’investissement des 60 % de l’économie productive qui se rétracte, et contribue à une restructuration rapide des 20 % de l’économie en perdition.

Fonds propres. Ce volet est constitué de trois éléments : 1/un apport en fonds propres de 70 milliards d’euros aux entreprises viables du secteur marchand, 2/une mesure autorisant l’amortissement fiscal en deux ans de tous les investissements en machines et équipements, notamment les robots et le numérique, à condition d’être commandés avant le 30 septembre 2021 (commande finalisée) et installés et opérationnels avant le 31 décembre 2022, 3/pour éviter les défaillances des entreprises viables, il faut encourager la renégociation des créances par des procédures de conciliation gérées par des commissions régionales présidées par la Banque de France, incluant le Trésor public, Bpifrance, la région.

Ces commissions interviennent en amont des procédures collectives et sans publication des décisions et visent à favoriser, pour chaque entreprise débitrice ayant fait une demande, un abandon partiel de créances par les créanciers privés (banques, foncières, personnes morales et physiques) et publics (Urssaf, Fisc, etc.) en contrepartie d’un crédit d’impôt pour les créanciers privés pouvant atteindre 40 % des montants abandonnés et de prises de participation en fonds propres ne dépassant pas 35 % du capital des entreprises dont le passif est restructuré. Les entreprises débitrices candidates pour ces commissions doivent avoir été bénéficiaires en 2018 et 2019 et doivent avoir des fonds propres positifs au 31 décembre 2020.

En ce qui concerne le premier élément (apport national de 70 milliards d’euros de fonds propres), qui vise à recapitaliser les entreprises viables n’ayant pas de difficultés immédiates liées à un excès d’endettement, mais qui hésitent à investir massivement dans l’innovation et la transformation de leur système de production ou de distribution, l’Etat doit apporter 20 milliards d’euros et les compagnies d’assurance, les banques et les fonds d’investissement 50 milliards d’euros avant le 30 juin 2022 à des entreprises solvables sous forme de fonds propres et quasi-fonds propres (la moitié des 70 milliards doit être engagée avant le 30 septembre 2021).

Partenariat public-privé. Dans l’approche originale exposée ci-dessous, l’Etat intervient en binôme avec un autre acteur (banque, compagnie d’assurance, fonds d’investissement) pour un ensemble d’opérations incluses dans un portefeuille d’opérations. L’Etat qualifie les opérateurs admis à travailler avec lui en binôme : il peut y en avoir une centaine ou plus. Les candidats doivent être des banques, compagnies d’assurance, family offices et fonds d’investissement ayant leur siège dans l’Union européenne, ayant plus de 100 millions d’euros de fonds propres et détenant au 31 décembre 2020 des actions ou des créances sur des entreprises françaises d’une valeur supérieure à 500 millions d’euros afin de démontrer une connaissance préalable du tissu économique et juridique français.

Pour chaque portefeuille, l’apport de l’Etat doit couvrir jusqu’à 50 % des pertes nettes de chaque portefeuille de nouveaux investissements en fonds propres avec des apports pour chaque entreprise bénéficiaire qui peuvent varier de 50 000 euros à 500 millions d’euros selon la nature de l’entreprise et de ses projets, le solde de pertes étant couvert au prorata des apports. Les gains par portefeuille sont partagés au prorata des apports.

Compte tenu de cette garantie publique de prise en charge de 50 % des pertes par portefeuille, les fonds apportés par les acteurs agissant en binôme avec l’Etat sont considérés comptablement comme des obligations dont le capital est garanti à hauteur de 90 %, le solde de 10 % – correspondant à la perte statistique maximale probable – étant enregistré en actions.

La quote-part de l’Etat de 20 milliards d’euros se traduit par un apport de 5 milliards d’euros de l’Etat à Bpifrance qui administre le programme avec ses équipes et celles des banques, fonds d’investissement et compagnies d’assurance. Les 15 autres milliards sont prélevés sur les fonds du livret A (soit moins de 5 % de ces fonds) avec une garantie de l’Etat.

C’est le meilleur usage social que l’on puisse faire du livret A car ce plan d’investissements en fonds propres permettrait de consolider et créer beaucoup d’emplois, d’augmenter le taux de croissance du PIB, de multiplier le nombre de grosses PME et d’ETI, et de réduire à terme le déficit extérieur. Pour chaque euro en fonds propres, l’entreprise peut emprunter 0,50 euro à moyen terme, ce qui permet de réaliser, avec 70 milliards d’apports en fonds propres, plus de 100 milliards d’euros d’investissements en machines et outillage, notamment robots et systèmes numériques. Seuls ces derniers peuvent permettre de réellement relocaliser l’emploi.

On peut compléter ce programme de recapitalisation de l’économie productive par une distribution de bons d’achat à hauteur de 5 milliards d’euros aux familles à faible revenu, notamment monoparentales, avec pour but de provoquer un mini-boom de consommation dès qu’on sortira du confinement/couvre-feu en mars 2021 tout en aidant les familles pauvres à échapper à la misère. Les bons d’achat sont de 200 euros chacun.

Chaque famille ayant un revenu annuel inférieur à 18 000 euros pour au moins trois personnes par foyer, par exemple un parent isolé et deux enfants, reçoit de 2 à 4 bons avec un mois d’espacement. Ces bons ne permettent d’acheter que des biens de première nécessité sur le territoire français et leur valeur tombe à zéro s’ils ne sont pas dépensés en six semaines. Il s’agit d’éviter l’éparpillement et une éventuelle thésaurisation.

Il faut aller vite.

Les Echos – 14/06/2017

Par Jean Peyrelevade et Christian Saint-Etienne

Face à l’offensive de plus en plus marquée des capitalismes américain et chinois, nous devons redresser notre appareil productif. Il faut pour cela sortir de notre culture de lutte des classes et organiser la paix dans l’entreprise.

Trois formes différentes de capitalisme, entre lesquelles la compétition est engagée, se partagent la planète.

Le capitalisme de Wall Street ne se préoccupe que de l’enrichissement de ses actionnaires : le rendement du capital y est plus élevé que dans les autres pays développés, ce qui provoque un creusement des inégalités au détriment des salariés des classes moyennes. La puissance financière des sociétés, assise sur l’exploitation du plus grand marché du monde, y est considérable. Les dix plus grandes capitalisations boursières mondiales sont toutes américaines, dont la moitié (Apple, Google, Microsoft, Facebook et Amazon) spécialisées dans les nouvelles technologies. Leur capitalisation cumulée (3.700 milliards de dollars) est égale à deux fois celle de la place de Paris tout entière et à six fois celle des dix premières sociétés françaises. Capital first ! Donald Trump, en abaissant le montant de l’impôt sur les sociétés, va encore renforcer le mouvement. America first ! L’alliance de Wall Street et du pouvoir politique mettra les Etats-Unis dans la position de pouvoir racheter, partout dans le monde, tous les actifs industriels ou commerciaux qu’ils peuvent souhaiter.

De l’autre côté du monde, la Chine a réinventé le capitalisme étatique. La stratégie industrielle du pays consiste à utiliser de plus en plus ses excédents structurels d’épargne et de balance commerciale pour financer des acquisitions de sociétés étrangères, à un rythme désormais supérieur à une centaine de milliards d’euros par an. Ainsi, les deux premières puissances économiques du monde sont-elles toutes deux à l’achat. La position nette externe en actions des Etats-Unis (actions étrangères détenues moins actions américaines entre les mains de non-résidents) représente 10 % de leur PIB, soit près de 2.000 milliards de dollars. La Chine va suivre, encore à distance pour l’instant.

Nous ne pouvons pas laisser nos entreprises les plus brillantes, nos pépites technologiques les plus enviées, nos centres de décision les plus importants être achetés sans coup férir soit par Wall Street, soit par une émanation de l’empire du Milieu. Crainte exagérée ?

La tentative avortée d’OPA de Kraft-Heinz sur Unilever d’un côté, de l’autre les rachats récents des pneus Pirelli, des machines-outils KraussMaffei, celui en cours de la société agrochimique suisse Syngenta, tous déclenchés par la même entreprise publique ChemChina, dirigée par un membre éminent du Parti communiste, montrent que le danger est bien là.

Face à cette double menace, nous devons à la fois protéger et renforcer notre système productif :

Protéger tout d’abord. Il est urgent que l’Europe mette en place une instance d’agrément et de contrôle des investissements étrangers, à l’image de ce qui existe aux Etats-Unis. Le libre-échange de biens et services à travers les frontières, si chacun respecte les règles du jeu, est un facteur d’enrichissement pour tous les participants. En revanche, rien, absolument rien ne permet de dire que la liberté des mouvements de capitaux, appliquée aux acquisitions et cessions d’entreprises, aurait les mêmes avantages. Le transfert de propriété est d’une autre nature que l’échange commercial, car il détermine la localisation des centres de décision et d’innovation et celle des usines mères dans lesquelles on développe les savoir-faire techniques des entreprises. Donc, ne soyons pas naïfs.

Consolider ensuite. Le capitalisme français est fragile par rapport à son homologue allemand ou à ses voisins du nord de l’Europe, aux Pays-Bas et en Scandinavie. Là, les entreprises font partie d’un écosystème où actionnaires et salariés savent qu’ils partagent un intérêt commun. Chez nous, l’idée de la lutte des classes est toujours prégnante, qui veut que les patrons soient des adversaires, que les salariés soient protégés par l’Etat d’une exploitation abusive et que les revenus du capital, prélèvements sans justification au profit d’un capital inutile, soient surtaxés.

Nous ne redresserons pas notre appareil productif tant que nous ne supprimerons pas cette fracture délétère. Il est temps, décidément, de prendre conscience que l’entreprise est un objet d’intérêt général, dont la bonne santé commande la croissance et l’emploi. Il nous faut faire notre révolution culturelle et adopter enfin les meilleures pratiques du capitalisme rhénan, sauf à nous voir peu à peu rachetés par d’autres et perdre nos centres de décision : Usinor, Pechiney, Lafarge, Alcatel, Alstom, la liste est déjà longue des champions disparus.

Deux réformes fondamentales doivent être menées à terme, la première sur la répartition des profits ; la seconde sur celle des pouvoirs :

Il faut tout d’abord que l’ensemble des salariés soient plus directement intéressés à la prospérité de l’entreprise, par exemple par le versement en leur faveur d’une part significative des profits distribués. Dans le même esprit, il faut renforcer les mécanismes de participation et de constitution d’un véritable actionnariat salarié.

Mais l’argent ne suffit pas. Il faut aussi aller, dans toutes les entreprises dont la taille le justifie, vers une cogestion à l’allemande où la moitié des administrateurs sont directement élus par l’ensemble du personnel. Partager raisonnablement les profits, discuter de bonne foi avec les principaux intéressés les décisions stratégiques de l’entreprise tout en gardant le pouvoir de décision ultime, telles sont les contreparties nécessaires pour que la collectivité reconnaisse l’entreprise et admette enfin que la diminution de ses charges sociales et fiscales n’est pas un cadeau fait aux patrons. Et surtout pour que soit revue la fiscalité sur les revenus du capital qui est en France deux fois plus lourde que chez nos voisins et constitue la première cause d’un investissement insuffisant, d’une croissance faible et donc d’un chômage irréductible.

Allons, messieurs du patronat, ayez de l’audace politique et sociale, sortez de votre conservatisme, proposez et nous aurons une chance de gagner tous ensemble.

Jean Peyrelevade et Christian Saint-Etienne