Christian Saint-Etienne était l’invité de Christine Kelly dans l’émission « Face à l’Info » pour un débat en face à face avec Eric Zemmour.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mercredi 1er février 2017.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de David Dauba dans l’émission « Les Décodeurs de l’Eco » sur BFM Business ce jeudi 7 juillet 2016.
Alors que les Bleus défiaient la Mannschaft ce jeudi 7 juillet, à l’occasion de l’Euro 2016 de football, toute l’Europe porte le match sur le terrain économique. Déficits publics, taux de chômage, coût du travail, natalité ou encore croissance… les critères pour comparer les deux plus grandes économies de la zone euro sont nombreux. Il y a encore quelques années, il n’y aurait pas eu match sur ce point. Mais la donne a changé pour l’Hexagone. La consommation des ménages est solide, et l’investissement des entreprises décolle. Berlin, de son côté, s’attend à voir son PIB progresser de 1,7%. Qui peut alors remporter le match économique entre la France et l’Allemagne ? – Avec: Bernard De Montferrand, ancien ambassadeur de France en Allemagne. Guy Maugis, Président de la Chambre franco-allemande de Commerce et d’industrie. Et Christian Saint-Etienne, économiste. – Les Décodeurs de l’éco, du jeudi 7 juillet 2016, présenté par David Dauba, sur BFM Business.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce jeudi 16 juin 2016.
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Christian Saint-Etienne était l’invité d’Audrey Pulvar dans l’émission On Ne Va Pas Se Mentir sur iTélé, ce lundi 18 avril 2016. Il débat suite à l’intervention de l’ancien ministre des finances grec, Yanis Varoufakis.
L’auteur, professeur titulaire de la chaire d’économie du Conservatoire des arts et métiers, avance les quatre raisons qui ont rendu très difficile une sortie de la Grèce de la zone euro.
Pourquoi tant d’énergie dépensée pour éviter la sortie de la Grèce de la zone euro ? Ce pays a maquillé ses comptes pour entrer dans la zone euro, a dilapidé 200 milliards de fonds structurels reçus depuis son entrée dans l’Union européenne en recrutements massifs de fonctionnaires inefficaces, et a été incapable ne serait-ce que d’élaborer un cadastre pour taxer les richesses immobilières des Grecs. De plus, en organisant un référendum le 5 juillet avec une question populiste sur le thème : « Acceptez-vous les conditions posées part l’Eurogroupe pour obtenir les prêts dont nous avons besoin ? » et en appelant à voter non, le gouvernement Tsipras a brisé la confiance entre la Grèce et l’Europe du Nord.
Malgré cela, tout est mis en œuvre pour éviter un Grexit qui peut sembler la meilleure solution pour boucher le puits sans fond qu’est devenue la Grèce. Car l’accord du 13 juillet sur la Grèce n’est pas le dernier. Il y en aura d’autres au cours des quinze prochaines années !
Pourquoi lutter contre un Grexit ?
La dette de la Grèce atteint 320 milliards d’euros et ce pays aura besoin d’environ 85 milliards d’euros de nouveaux financements d’ici à fin 2018, ces fonds servant notamment à rembourser une partie de sa dette actuelle.
S’opposer à la sortie de la Grèce de la zone euro est donc une décision lourde de conséquences qui peut s’expliquer par quatre raisons :
1 – Ne pas aider la Grèce actuellement peut coûter encore plus cher que de l’aider. Une sortie immédiate rendrait improbable le remboursement de la dette actuelle largement détenue par les Européens. La France seule perdrait sa créance directe de 42,5 milliards d’euros et l’essentiel de ses créances indirectes via la Banque centrale européenne (BCE) de 35 milliards d’euros.
2 – L’effondrement de la Grèce entraînerait une aide de l’Union européenne qui pourrait atteindre les 150 milliards d’euros d’ici à 2020, ne serait-ce que pour éviter que la Grèce n’ouvre ses portes à une immigration de millions de Syriens, d’Irakiens ou d’Erythréens vers l’Europe.
3 – La dimension géostratégique du dossier ne peut être ignorée. La Grèce est en face d’un Liban submergé par les déplacés syriens et de la zone de guerre en Irak et en Syrie. Ses bases sont utilisées par les Américains dans les conflits en cours.
4 – Un Grexit pourrait attirer l’attention sur les difficultés du Portugal et de l’Italie et éventuellement sur celles de la France…
La zone euro souffre de faiblesse. Les Etats-Unis comptent cinquante Etats dont certains sont proches de l’Allemagne, de l’Italie, de la France ou de la Grèce en termes de caractéristiques économiques. Pourquoi ces Etats américains ne connaissent-ils pas les difficultés de la Grèce ou de l’Italie ?
Pour réussir une union monétaire entre Etats ayant des caractéristiques différentes, il faut assembler trois conditions de succès :
1 – Un gouvernement économique de la zone qui vise à optimiser la politique monétaire, la politique budgétaire et la politique de change pour atteindre la croissance non inflationniste la plus forte possible.
2 – Un budget d’investissements dans les infrastructures structurantes pour contrer les effets de la spécialisation économique de chaque pays de la zone dans les activités ayant des productivités différentes. Il s’agit de contribuer, par des transferts budgétaires renforçant la compétitivité économique, à une égalisation des niveaux de vies.
3 – Une coordination fiscale et sociale afin d’éviter une guerre fiscale et sociale interne à la zone.
Les Etats-Unis ont naturellement mis en œuvre ces conditions de réussite en créant un Etat fédéral. Sans fédéralisation économique, au sens des trois conditions précédentes, la zone euro ne sera pas pérenne. Si tous les pays de la zone ne veulent pas de ces conditions, ceux qui les souhaitent peuvent créer un noyau dur fédéral.
De plus, si un Etat faible ne peut pas quitter la zone car sa nouvelle monnaie se dévaluerait et sa dette toujours libellée en euros serait encore plus lourde à porter (par rapport à un PIB dévalué car exprimé dans la nouvelle monnaie), un noyau dur fédéral autour de la France et de l’Allemagne pourrait quitter l’euro et créer un euro fédéral qui se réévaluerait par rapport à l’euro. Si les pays faibles ne peuvent pas quitter l’euro, les forts peuvent le quitter à tout moment pour cesser de garantir les dettes des faibles ! Le Grexit pourrait se transformer en sortie de l’Allemagne et d’autres pays de l’Europe du Nord ou en sortie d’un noyau dur fédéral ! Le tabou de l’euro a une source tragique : seuls les pays vertueux ont un billet de sortie…
Quoiqu’il arrive dans les semaines à venir, la crise de la Grèce et celle de l’euro ne sont pas terminées.
Le Monde – 15/07/2015
Il faut distinguer la situation de la Grèce, pays empêtré dans ses contradictions que l’on doit sauver malgré lui, de celle de la zone euro qui est en crise indépendamment de la Grèce. La zone euro doit se réformer car son économie stagne globalement depuis sept ans, même si certains pays tirent mieux leur épingle du jeu que d’autres.
La Grèce s’est mise largement toute seule dans sa situation actuelle, car le pays a bénéficié de 200 milliards d’euros de fonds structurels depuis son entrée dans l’Union européenne et n’a pas su développer une économie compétitive. L’Etat est structurellement faible et l’évasion fiscale, considérable. Depuis la crise de 2009-2010, la Grèce a bénéficié d’une remise de dette de 105 milliards d’euros par les banques en 2012 et de réductions de sa charge d’intérêt qui porte l’aide accordée au pays à environ 175 milliards d’euros. Si on ajoute les 200 milliards de transferts structurels, la Grèce a déjà obtenu une aide de l’Union européenne de 375 milliards d’euros, supérieure au double de son PIB actuel !
Arrêtons de dire que le pays est écrasé par l’Europe alors que la Grèce ploie sous le poids de son régime oligarchique et du refus de payer l’impôt ! La dette actuelle du pays de 320 milliards d’euros serait de 495 milliards sans l’aide massive déjà obtenue. Le sujet clé se résume à la capacité ou non de la Grèce à se tenir debout en établissant une situation viable de son économie et de ses finances publiques. Ceci suppose des réformes structurelles réduisant le nombre de fonctionnaires (plus du tiers de l’emploi total contre moins de 20 % en moyenne dans les pays développés mais 22 % en France), et luttant contre les oligarques (armateurs, BTP ou télécoms) et le clientélisme.
La Grèce brûle aujourd’hui du cash au rythme de 20 à 25 milliards d’euros par an. Les banques, qui avaient rétabli leur situation fin 2014, sont à nouveau virtuellement en faillite. Elles devront être recapitalisées à hauteur de 30 milliards d’euros. Même si on réduit sa dette, la Grèce reviendra continuellement tendre la main sans un programme crédible de réformes structurelles. La restructuration des finances publiques doit précéder la restructuration de la dette, contrairement à ce qu’a dit Tsipras devant le Parlement européen le 8 juillet.
On estime aujourd’hui les besoins de financement à environ à 85 milliards d’euros d’ici à 2018. La Grèce est un puits sans fond. Son gouvernement a soumis un plan a priori crédible de mesures permettant à la Grèce de rétablir la viabilité de ses finances publiques. Les mesures présentées sont proches de celles proposées par les créanciers le 26 juin, avant l’imposition du contrôle des changes le 29 juin et le référendum du 5 juillet. Il s’agit notamment d’unifier et d’augmenter la TVA à 23 %, de reculer l’âge de départ à la retraite à 67 ans ou 62 ans avec 40 ans de cotisations, de porter le taux de l’impôt sur les sociétés à 28 %, d’opérer des coupes dans le budget de la défense, de déréglementer certaines professions et d’enclencher les privatisations.
En contrepartie, le gouvernement Tsipras demande un financement de 53,5 milliards d’euros pour faire face à ses obligations sur la dette dont il souhaite le reprofilage. Un « Grexit » coûterait plus cher qu’un nouveau plan d’aide. C’est d’autant plus important que l’on ne peut ignorer la dimension géostratégique du dossier. La Grèce est en face d’un Liban fragile et de la zone de guerre en Irak et en Syrie. Les Russes sont à l’affût pour obtenir des bases en Grèce tandis que la Chine investit déjà dans le pays. Si la dette actuelle n’est pas remboursée, la créance directe de la France de 42,5 milliards d’euros sera perdue ainsi que ses créances indirectes de 35 milliards d’euros par l’intermédiaire des créances de la Banque centrale européenne (BCE) sur la Grèce. Personne ne peut prétendre que la chute de la Grèce serait sans conséquences sur la France.
La zone euro, indépendamment de la situation grecque, est en crise car sa faible croissance depuis sept ans ne permet pas de réduire le chômage. La crise de l’euro est institutionnelle, la zone n’ayant pas été dotée des conditions de sa réussite en 1991 par le couple Mitterrand-Delors. Delors l’a reconnu dans de nombreuses interviews en 2010-2012 et a dit « qu’on espérait en 1991 que la volonté politique pour doter la zone euro des institutions nécessaires viendrait sous trois ans », ce qui ne fut pas le cas. L’intégration de pays différents dans une même zone monétaire provoque toujours une spécialisation économique de chaque pays car les forces de la spécialisation se conjuguent avec celles conduisant à la densification des territoires pour atteindre l’efficacité productive maximale.
Pour résister à ces forces et préserver les équilibres internes de la zone euro, il faut donc un gouvernement économique de la zone et un budget d’investissement dans les infrastructures structurantes. De plus, il faut mettre en place une coordination fiscale et sociale afin d’éviter une guerre fiscale et sociale interne à la zone. Par exemple, aux Etats-Unis, les principaux systèmes sociaux et fiscaux sont fédéraux. Notons qu’il n’y a jamais eu de divorce durable entre souveraineté monétaire et souveraineté politique depuis 35 siècles d’existence de la monnaie dans sa forme complète.
La France devrait jouer un rôle de leader dans la nécessaire évolution des institutions de la zone euro. Mais la faiblesse économique de la France et l’écrasement fiscal à l’œuvre depuis trois ans ne permettent pas au pays de prendre le leadership des transformations nécessaires. Il est urgent d’adopter une politique plus ambitieuse et d’amorcer le redressement de la France pour qu’elle puisse à nouveau jouer un rôle phare en Europe.
Le Figaro – 21 juin 2014
L’auteur, professeur titulaire de la Chaire d’économie au Cnam, insiste sur l’urgence d’une coordination des politiques économiques entre les pays du Nord et ceux du Sud.
Le cœur de la crise de la zone euro est lié à la fin de la circulation de l’épargne du nord vers le sud de la zone dans la mesure où les banques du Nord n’ont plus voulu prêter aux États et aux banques des pays en crise en 2009-2010. Les pays du Sud ont dû comprimer leur demande interne afin d’éliminer un déficit de leur balance courante qui n’était plus finançable. Or, pour que ces pays retrouvent la croissance sans retomber dans le déficit extérieur, ils doivent pouvoir exporter davantage, ce qui suppose de développer l’industrie exportatrice. Progressent-ils dans cette direction ?
De fait, si l’on prend la capacité de production manufacturière des pays périphériques (quatre du Sud : Espagne, Italie, Portugal, Grèce et Irlande), elle a baissé de 20 % de 2008 à 2013, contre 15 % en France (et une hausse de 20 % en Allemagne). La France échappe pour l’instant à son inclusion dans le Sud du fait de la mansuétude des marchés qui continuent à financer son déficit extérieur (jusqu’à quand ?).
Donc, les pays du Sud et la France sont condamnés à une croissance lente pour reconstituer leurs capacités de production exportatrice. Mais cette longue période d’ajustement s’accompagne d’un coût social et politique considérable dans la mesure où les pays du Sud ont vu leur niveau de vie relatif à celui de l’Allemagne baisser de 20 % de 2007 à 2013 tandis que l’émigration des talents de ces pays vers l’Allemagne s’accroît. Jusqu’à quand un tel divorce de perspectives entre le Sud et le Nord de la zone euro pourra-t-il être toléré ? Et que faudrait-il faire pour arrêter le massacre ?
Les économistes et l’Histoire montrent qu’il ne peut pas y avoir de divorce durable entre souveraineté monétaire et souveraineté politique dans une zone monétaire. Il faudra donc construire un gouvernement économique au sein de la zone si l’on veut éviter la récurrence des crises. Un tel gouvernement n’a rien à voir avec la gouvernance punitive qui s’est mise en place depuis 2010. Le gouvernement économique est l’optimisation des politiques monétaire, budgétaire et de change pour atteindre la croissance non inflationniste la plus forte possible. La gouvernance punitive, imposée par l’Allemagne et la Commission européenne, est un ensemble de normes et sanctions enserrant la politique budgétaire des États mais sans objectif d’optimisation des instruments de la politique économique.
Le gouvernement économique de la zone euro doit être complété par la création d’un budget de la zone de 3 % du PIB concernant les politiques de recherche et développement et d’innovation, d’enseignement supérieur et d’infrastructures physiques, énergétiques et numériques de la zone, et par une coordination des politiques fiscales et sociales des pays membres de la zone instaurant des minima fiscaux et sociaux dans ces pays (par exemple, le taux d’impôt sur les sociétés ne doit pas être inférieur à 20 % dans chacun des pays). Pour être clair, il doit y avoir coordination sur la base de taux minima et non harmonisation avec des taux uniques. Le budget de l’Union européenne serait alors plafonné à 1 % du PIB (dont 35 % des dépenses affectées à la politique agricole commune).
Si cette évolution institutionnelle de la zone euro n’intervient pas rapidement et si la France ne retrouve pas un minimum de crédibilité économique et politique en opérant de vraies réformes permettant de reconstruire sa capacité industrielle exportatrice, un retour des tensions en zone euro est plus que probable.
De façon étrange et fascinante, le sauvetage durable de la zone euro dépend de la capacité de la France à se réformer intelligemment, en accordant la priorité absolue au redéveloppement d’une puissante industrie exportatrice, et de la capacité de l’Allemagne à accepter une évolution des institutions de la zone. Est-ce pensable à bref délai ? C’est la question à 10 000 milliards d’euros qui s’impose aux politiques européens, et notamment aux Français et aux Allemands. L’avenir est décidément excitant !
CHRISTIAN SAINT-ÉTIENNE