Les Echos – 2/12/2025
En mai 1975, 11 Etats européens ont créé l’Agence spatiale européenne (ESA), une organisation intergouvernementale indépendante de l’Union européenne (UE). Ces deux organisations travaillent ensemble, l’ESA menant, par exemple, le développement des programmes Galileo ou Iris2. Galileo est le système de navigation par satellite de l’UE, plus précis que le GPS américain, et Iris2 doit mettre en place une constellation de satellites de télécommunications fournissant des liaisons sécurisées et à haut débit en compétition avec Starlink.
L’ESA compte aujourd’hui 23 pays membres dont trois n’appartiennent pas à l’UE : le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse. Le budget de l’ESA pour 2025 est de 7,7 milliards d’euros avec trois programmes phares : l’observation de la Terre avec Copernicus, la navigation avec Galileo et le transport spatial. L’ESA dispose de deux lanceurs, Ariane 6 et Vega C. Des lanceurs réutilisables sont en développement.
On pourrait en déduire que l’Europe spatiale est puissante. En réalité, c’est un nain. Elle a pris du retard dans les satellites de communication en orbite basse. Starlink a mis en orbite plus de 8.000 satellites contre 650 pour Eutelsat Oneweb. Starlink domine l’Internet spatial haut débit avec deux tiers du marché mondial. Iris2, commandé par la Commission européenne à SpaceRise vise à accélérer dans ce domaine avec 300 satellites d’ici 2030, mais l’Allemagne ne soutient pas ce programme car elle veut construire un système militaire national.
Si la précision d’Ariane 6 pour l’insertion des satellites est exceptionnelle avec une montée en exploitation très rapide, la fusée n’est pas réutilisable. Le budget de la NASA est de 25 milliards de dollars – trois fois celui de l’ESA – dont 12 milliards de dollars consacrés à l’exploration spatiale contre 770 millions d’euros pour l’ESA.
Les dépenses spatiales de l’Europe n’atteignent que 10 % des dépenses mondiales – c’était 15 % il y a cinq ans – contre 60 % pour les Etats-Unis et 20 % pour la Chine. Le secteur spatial mondial progresse de 10 % par an, avec une Europe dépassée, alors que ce secteur est crucial pour la navigation, la conduite automobile autonome, la défense ou les paiements bancaires. L’UE est dépassée dans l’espace comme dans la production des microprocesseurs au coeur de la révolution numérique.
Un budget de 22 milliards d’euros a été attribué à l’ESA le 27 novembre 2025 pour la période 2026-2028 contre 17 milliards d’euros pour la période 2023-2025, mais si Iris2 est tué… La France sera le deuxième contributeur au budget de l’ESA 2026-2028 avec 3,6 milliards d’euros derrière l’Allemagne avec 5,1 milliards d’euros et devant l’Italie avec 3,5 milliards d’euros. La France ne peut pas simultanément dépenser 1.000 milliards d’euros par an en protection sociale et financer plus de 1,2 milliard d’euros par an pour sa contribution à l’ESA. Tels sont nos choix.
La priorité française dans l’ESA reste au transport spatial avec Ariane 6, la fusée Maia et le Centre spatial guyanais de Kourou. La politique spatiale française se déploie également par le CNES et le ministère des Armées. Tous vecteurs confondus, la France va consacrer 25 milliards au spatial d’ici à 2030 contre 40 milliards d’euros pour l’Allemagne. L’Allemagne ambitionne de prendre le leadership du spatial à la France dans l’Union européenne. Néanmoins, la France dispose encore d’une base industrielle et technologique spatiale de premier plan. La développer est une nécessité vitale.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Raphaël Legendre dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mardi 18 novembre 2025.
Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.
Ce mardi 18 novembre, Raphaël Legendre a reçu Christian Saint-Étienne, économiste et auteur de « Trump et nous : comment sauver la France et l’Europe », Rafik Smati, fondateur de Louxor.ai et président du groupe Aventers, et Rayan Nezzar, professeur à Sciences Po, dans l’émission Les Experts sur BFM Business.
Atlantico – 25/10/2025
Le bras de fer entre les Pays-Bas et la Chine sur le producteur de microprocesseurs Nexperia menace l’industrie européenne de disruptions majeures à très court terme.
Atlantico : Les Pays-Bas ont décidé de placer Nexperia, un producteur de semiconducteurs basé dans le pays mais propriété du groupe chinois Wingtech, sous contrôle direct de l’État.
L’objectif est d’éviter que l’Europe se retrouve à court de puces.
Quelle est la situation actuelle du bras de fer entre les Pays-Bas et la Chine concernant la production de microprocesseurs avec l’entreprise Nexperia ?
Existe-t-il une menace pour l’industrie européenne, avec des disruptions majeures à court terme, liées aux enjeux de souveraineté industrielle sur les microprocesseurs ?
Christian Saint-Etienne : Il faut d’abord rappeler que l’Union européenne a raté la révolution de l’informatique et des microprocesseurs.
L’industrie des semi-conducteurs se divise en deux parties : la conception, largement dominée par les Anglo-Saxons, et la fabrication, dominée par les Asiatiques, puisque les Occidentaux avaient délégué la production à la Corée du Sud et à Taïwan au cours des cinquante dernières années.
Les Occidentaux pensaient que ce marché resterait totalement globalisé, sans fractures ni risques. Or, tous les acteurs du secteur découvrent aujourd’hui qu’il existe des risques de souveraineté, notamment en cas de guerre impliquant Taïwan, qui fabrique environ la moitié des microprocesseurs mondiaux, mais surtout 90 % des plus avancés, c’est-à-dire ceux dont la finesse de gravure est inférieure à sept nanomètres.
Ces micro-processeurs sont essentiels pour le développement de l’intelligence artificielle, des biotechnologies, de l’espace et du secteur militaire. L’Occident s’est donc placé dans une position extrêmement dommageable. Les États-Unis ont commencé à réagir avec la loi favorisant la production de microprocesseurs, votée sous la présidence de Joe Biden en 2022.
L’Europe, quant à elle, a pris un énorme retard. En l’an 2000, l’Union européenne produisait 20 % des microprocesseurs mondiaux. Ce chiffre est depuis tombé à 8 %, et la majorité des microprocesseurs fabriqués aujourd’hui en Europe ne sont pas les plus avancés. Ils concernent essentiellement des secteurs classiques, comme l’automobile.
L’entreprise néerlandaise Nexperia, ex-filiale de Philips, possède une expertise significative dans la fabrication de certains types de microprocesseurs. Elle constitue, avec STMicroelectronics et Infineon, l’un des derniers producteurs européens.
Les autorités néerlandaises ont observé que les Chinois, lorsqu’ils rachètent une entreprise, ont tendance à transférer souvent les expertises les plus sensibles vers la Chine. Le gouvernement néerlandais, probablement encouragé par les États-Unis, a donc décidé de bloquer ce transfert de compétences et de savoir-faire.
Cette décision est une manifestation de la volonté de l’Europe de redevenir un peu plus souveraine, mais il s’agit aussi clairement d’un sous-produit de la compétition entre la Chine et les États-Unis pour la domination mondiale dans le domaine des microprocesseurs.
Atlantico : Quels sont les manquements industriels qui ont conduit l’Europe à une telle situation de dépendance dans le domaine des microprocesseurs ? Les leçons de la pandémie de Covid-19, sur la fragilité des chaînes de production mondiales en cas de choc, n’ont-elles pas été retenues ?
Christian Saint-Etienne : Au moment où les États-Unis, sous la présidence de Joe Biden, ont voté en 2022 la loi sur les microprocesseurs afin de rapatrier partiellement la production délocalisée en Asie, l’Europe, sous l’impulsion de Thierry Breton, avait imaginé une stratégie similaire pour stimuler la production sur son territoire.
Cependant, cette stratégie a été mise en œuvre avec pusillanimité et avec très peu de moyens. Après le départ de Thierry Breton, l’essentiel du projet a été abandonné. L’objectif initial était de faire passer la part de l’Europe dans la production mondiale de microprocesseurs de 8 % à 12 %. Mais récemment, le commissaire européen chargé de cette initiative a reconnu publiquement que, compte tenu de la faiblesse des investissements, l’Europe ne pourrait espérer atteindre que 8,5 % en 2030, sans jamais atteindre les 12 % visés.
L’échec européen s’explique par plusieurs facteurs. L’Europe a raté la révolution informatique et ses conséquences, tant sur la fabrication des microprocesseurs que sur le développement des logiciels, des micro-ordinateurs ou des téléphones. L’Europe s’est largement effondrée dans ce secteur.
L’économie en Europe reste centrée sur des produits traditionnels, comme l’automobile ou les machines-outils, tandis que l’Union européenne reste très faible dans l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies.
Il en résulte à la fois une offre très limitée de microprocesseurs produits par des acteurs européens, marginaux à l’échelle mondiale, et une demande faible des utilisateurs, car l’Europe est en retard dans la révolution informatique, technologique et numérique mondiale.
Atlantico : Y a-t-il eu des insuffisances au niveau européen avec le Chips Act, qui reste assez modeste face au plan américain ? Y a-t-il eu, d’un point de vue politique, un manque de stratégie en défendant les champions nationaux (l’Allemagne avec Infineon, la France avec STMicroelectronics ou les Pays-Bas avec ASML) sans logique collective européenne ?
Christian Saint-Etienne : Il faut comprendre que, par le traité de Rome, les deux grandes responsabilités spécifiques de la Commission européenne sont la politique de la concurrence et la politique commerciale — deux domaines dans lesquels elle s’est magistralement trompée, entraînant avec elle tous les Européens.
La doctrine de la Commission en matière de droit de la concurrence est très en retard par rapport à la doctrine américaine, ce qui a contribué à l’affaiblissement de l’Europe dans tous les secteurs technologiques.
Concernant la politique commerciale, le marché unique européen a été ouvert à tous les producteurs mondiaux, sans réciprocité. Ayant échoué dans ces deux domaines de prédilection, l’Union européenne a voulu intervenir dans d’autres, comme celui des microprocesseurs.
Mais ces initiatives sont également un échec : au lieu de passer de 8 % à 12 % de la production mondiale, l’Europe va stagner à 8 % ou un peu plus.
Cela représente aussi un échec dans la relance des technologies militaires, car les 27 sont très désunis sur leur vision stratégique de l’avenir et sur les alliances qu’ils souhaitent favoriser.
Ainsi, avec une Commission européenne inefficace, des pays divisés et un ensemble d’États — y compris l’Allemagne — ayant raté la révolution numérique, l’Union européenne se retrouve dans une situation de dépendance considérable, qui continuera de peser sur les capacités d’action souveraines de l’Europe dans les dix prochaines années.
Atlantico : Quel pourrait être l’impact pour la France de cette pénurie de microprocesseurs ? Cela souligne-t-il nos difficultés à nous préparer à ce genre de choc pour l’appareil productif et industriel ?
Christian Saint-Etienne : La France reste l’un des grands pays européens les plus désindustrialisés. Il y a actuellement un effort de relance. Il sera intéressant de voir la version finale du budget : une proposition d’augmenter le budget militaire de 6 milliards d’euros est en discussion au Parlement.
Cette relance de l’industrie militaire est importante comme levier de développement du numérique. Mais l’affaiblissement de l’économie française et de ses outils industriels fait que le seul acteur significatif que nous ayons est STMicroelectronics, lui-même en difficulté en raison de la faiblesse de la production automobile européenne.
Depuis quinze ans, les gouvernements français ont été incapables de favoriser le développement d’une filière complète dans ce domaine.
Alors que l’Allemagne a construit de nouvelles usines de fabrication de microprocesseurs au service de son industrie, la France a été incapable d’augmenter les capacités de ses usines de microélectronique à Crolles, où un projet de 4 milliards d’euros est à l’arrêt.
La France est donc dans une position de dépendance et de faiblesse dans ce domaine, comme dans d’autres. Cette situation est criante et dangereuse.
Atlantico : Ursula von der Leyen souhaite introduire des critères « made in Europe » pour les marchés publics dans certains secteurs stratégiques et a annoncé son intention de renforcer le soutien aux industries stratégiques, comme les voitures et les batteries. L’Europe peut-elle réellement redevenir maîtresse de sa destinée industrielle avant la prochaine crise ?
Christian Saint-Etienne : Ursula von der Leyen est la pire présidente de la Commission européenne que nous ayons eue depuis cinquante ans. Tous les projets et initiatives de la Commission sous Ursula von der Leyen, depuis six ans, ont été des échecs.
Elle avait lancé le Green Act sans réfléchir aux conséquences en matière de filières industrielles et de développement économique. Elle est aujourd’hui contrainte de revenir partiellement en arrière, avec des difficultés, car elle n’est pas suivie par le Parlement européen.
Elle a d’ailleurs essuyé une nouvelle défaite cette semaine sur ce sujet. Donc, Ursula von der Leyen peut bien promettre de nouveaux dispositifs, mais il ne se passera rien tant qu’elle restera en place.
Atlantico : Quelles mesures pourraient être prises pour relancer la filière des microprocesseurs ?
Christian Saint-Etienne : La seule chose raisonnable serait que la France prenne une initiative avec l’Italie et l’Espagne pour développer, à ce niveau, les entreprises européennes de ces trois pays dans la production de microprocesseurs.
Mais la prétention et l’arrogance françaises vis-à-vis de l’Italie et de l’Espagne font que nous sommes devenus un partenaire junior vis-à-vis de l’Allemagne, tout en étant incapables de nouer des partenariats significatifs et constructifs avec nos voisins du Sud.
La France est donc aujourd’hui totalement à l’arrêt — politiquement, industriellement et stratégiquement — et risque de le rester encore deux ans.
L’Opinion – 22/09/2025
Commencer par la seule France au taux de 2 %, patrimoine professionnel inclus, alors que ce pays a une économie stagnante écrasée par l’impôt, aura pour seul effet d’achever le malade.
La taxe Zucman s’appuie sur une prétendue baisse de la progressivité de l’impôt sur le revenu des très « riches ». Cette dernière assertion, répétée aveuglément depuis deux ans, est le vrai soubassement théorique et politique de la taxe Zucman. Cette dernière vise à s’assurer que la somme des impôts payés par les contribuables ayant un patrimoine supérieur à 100 millions d’euros atteint effectivement 2 % de leur patrimoine.
Une telle taxe pourrait avoir un sens si elle était appliquée au niveau mondial ou a minima au niveau européen – Union européenne plus Royaume-Uni, Norvège et Suisse – à un taux de 1 % hors patrimoine professionnel, mais commencer par la seule France au taux de 2 %, patrimoine professionnel inclus, alors que ce pays a une économie stagnante écrasée par l’impôt, aura pour seul effet d’achever le malade. Le patrimoine professionnel doit être exclu de la base de cette taxe éventuelle car c’est le patrimoine productif de la nation qu’il faut encourager et non détruire.
Dégressivité. C’est une note de l’Institut des politiques publiques (IPP) de juin 2023 qui est supposée avoir établi que, pour simplifier, les très riches ne paient qu’une fraction de ce qu’ils devraient payer et qu’il faut donc les punir, slogan au cœur des manifestations du 18 septembre. Alors que la proposition Zucman est rejetée partout, il faudrait l’appliquer dans la seule France pour « montrer l’exemple ». C’est évidemment absurde sauf à vouloir briser le pays.
Il est essentiel de comprendre que la taxe dite Zucman n’est pas un point de départ mais un point d’arrivée. Si l’on se convainc que les « riches » ne paient pas l’impôt sur le revenu comme les autres, ce qui ne manque pas de sel dans un pays où le décile supérieur de revenus paie 75 % de l’impôt sur le revenu, on n’a pas besoin de justifier la taxe Zucman qui semble naturelle. Or le point de départ est théoriquement faux. Venons-en donc à l’étude de l’IPP qui est le puissant courant sous-terrain sur lequel vogue la jolie barque Zucman.
Le fondement de la note de l’IPP, qui confirme par ailleurs que le 1 % supérieur des revenus paie bien l’impôt sur le revenu au taux marginal supérieur (!), est qu’il faudrait inclure dans le revenu des propriétaires d’entreprises qu’ils contrôlent, les bénéfices non distribués de ces entreprises. Pour les non spécialistes, « bénéfices non distribués » sonnent comme des bénéfices n’ayant pas payé l’impôt sur les sociétés, ce qui est évidemment faux. Ajoutons que les bénéfices distribués, c’est-à-dire les dividendes, sont à nouveau fiscalisées.
Dividendes. Or le point clé est que les entreprises industrielles et commerciales (EIC) qui ne distribuent pas ou peu de dividendes, ne le font pas principalement pour éviter de payer l’impôt sur le revenu mais pour financer leur développement et créer des emplois. On peut discuter des sociétés holding n’ayant pas d’activité industrielle ou commerciale, mais postuler que les bénéfices non distribués des EIC servent à ce que leurs actionnaires ne paient pas l’impôt sur le revenu est une absurdité intellectuelle, économique et comptable. C’est bien sûr la clé de voute de l’étude de l’IPP et le point faible de la taxe Zucman.
En réalité, ce qu’ignorent les auteurs de cette pseudo-étude est que les bénéfices non distribués des EIC sont mis en réserve et constituent les fonds propres des entreprises qui, non seulement financent leur activité et leur développement, mais surtout servent de base à l’analyse des risques des prêteurs aux entreprises. Pas de fonds propres = pas de développement économique et pas de création d’emplois.
Ignorant donc ce point crucial, la note de l’IPP s’embarque dans l’inclusion des bénéfices non distribués dans le revenu des entrepreneurs qui les contrôlent. Et l’on calcule alors le ratio entre l’impôt sur le revenu payé sur les revenus effectivement perçus par le contribuable en y ajoutant les bénéfices non distribués et déjà fiscalisés qu’ils n’ont pas perçu par définition !
Investissement. Si l’on concentre son attention sur les propriétaires des grands groupes mettant en réserve une part importante de leurs bénéfices, on obtient le résultat intellectuellement improbable de l’IPP. Les auteurs de la note calculent donc un taux d’imposition théorique avec un numérateur incluant les impôts personnels des ménages contrôlant une entreprise + les cotisations sociales non contributives et l’impôt sur les sociétés payés par les entreprises contrôlés et un dénominateur incluant leurs revenus réels + les cotisations non contributives et les profits non distribués. Le préjugé fondamental de cette approche est indiqué nonchalamment à la fin du document : les bénéfices non distribués seraient à la « libre disposition du contribuable », ce qui est faux pour les raisons indiquées ci-dessus car une entreprise sans fonds propres meurt.
Par analogie, l’IPP considère que les entreprises en bonne santé, car les autres ne font pas de profits et souvent meurent, ont trop de fonds propres et, comme aurait dit Molière, trop de sang dans le corps : il faut donc les saigner pour qu’elles aillent mieux. Des centaines de milliers d’emplois seraient supprimés si l’on commettait cette erreur.
C’est donc sur la base de l’analyse de l’IPP que la taxe Zucman a pris son envol : les riches ne payaient pas d’impôts – ce qui est faux –, donc il faut les saigner et particulièrement en France, même si c’est le pays le plus fiscalisé au monde.
Est-ce à dire qu’il ne faut rien faire ? Evidemment non.
Dépenses. La France a une dépense publique qui dépasse 57 % du PIB, soit 9 points de PIB de plus que les autres pays de la zone euro avec lesquels elle est en concurrence frontale. Si la dépense publique créait la richesse, nous aurions la première économie du monde. Si elle créait la confiance, nous aurions le peuple le plus optimiste du monde alors que le niveau de pessimisme est très élevé. Le bonheur nous submergerait alors que la violence et la haine de l’autre s’affirment sans cesse.
Si la dépense publique était efficace en France, nous serions au sommet du classement PISA de l’OCDE, tous les jeunes auraient immédiatement un emploi à la fin de leurs études et la violence aurait été éradiquée.
La dépense publique inefficace ne créant ni la richesse, ni le bonheur, et nos performances économiques et sociales étant inférieures à celles de l’Allemagne ou du Benelux mais aussi de l’Italie devenue le quatrième exportateur mondial, il faut donc restructurer la dépense publique pour quelle nous permette d’avoir à nouveau une bonne éducation et une croissance économique enviable respectant l’environnement dans la sécurité publique. Il faut donc réformer l’action de l’Etat et des collectivités locales et freiner la progression apparemment inexorable des prestations sociales qui atteignent le quart du PIB, soit 5 points de plus que chez nos concurrents.
Action publique. Si l’on agit ainsi sur l’action publique, ce qui nécessitera un effort d’au moins trois ans pour engranger des résultats visibles, il peut être utile d’augmenter les impôts des plus riches, pour des raisons essentiellement politiques, dans un plan d’ensemble de la façon suivante :
–La loi de Finances pour 2025 a déjà prévu la création d’une Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) instituant un taux minimal de 20 % pour l’impôt sur le revenu des personnes physiques dont le revenu fiscal de référence est supérieur à 250 000 euros pour les célibataires, veufs ou divorcés et 500 000 euros pour les couples. On peut porter ce taux à 23 % pendant les trois années nécessaires pour réformer l’Etat,
–Au cours de ces trois années, les prestations sociales sont indexées sur l’inflation moins 1 %, sans baisse nominale des prestations si l’inflation tombe en dessous de 1 % et avec un ajustement pour les plus basses retraites,
–Les budgets de fonctionnement des collectivités locales ne peuvent pas augmenter plus vite que l’inflation moins 1% pendant trois ans. Ces taux sont modulables en fonction des négociations à mener,
–De plus, la France doit lancer une initiative au niveau européen pour la mise en place dans toute l’Union d’une taxe différentielle de 1 % sur les patrimoines non professionnels supérieurs à 100 millions d’euros. Les prélèvements différentiels sont naturellement versés dans chaque Trésor national.
La contribution des plus riches, déjà fortement imposés en France, vise à accompagner politiquement une restructuration de l’action publique afin que le déficit public soit ramené progressivement au-dessous de 1,5 % du PIB, permettant ainsi d’enclencher une réduction vertueuse du taux d’endettement public. Les négociations au niveau européen doivent s’inscrire dans la mise en place de minima fiscaux et sociaux européens.
Les propositions fiscales délirantes ne doivent pas empêcher de progresser vers un système fiscal et social européen plus juste.
Les Echos – 28/08/2025
Face aux subventions commerciales agressives de la Chine, l’Union européenne réplique trop faiblement, trop peu et trop tard. L’exemple des panneaux photovoltaïques est édifiant, estime Christian Saint-Etienne.
En ce qui concerne l’avenir de l’Union européenne, on peut faire des phrases ou regarder les faits. L’Union est une colonie numérique et militaire des Etats-Unis alors que ce pays, certes encore un allié, n’est plus un ami. De plus, la guerre commerciale de Trump, qui frappe directement l’Europe, redirige également les exportations chinoises vers nous.
De 2014 à 2024, le déficit des échanges de biens de l’UE avec la Chine a triplé à plus de 300 milliards d’euros. Ce n’est rien par rapport à ce que l’on peut anticiper pour 2025-2027, avec des exportations chinoises d’acier, de voitures et de batteries électriques, de panneaux photovoltaïques et de micro-ordinateurs, de pompes à chaleur et d’électrolyseurs, de biens intermédiaires et de produits textiles qui submergent une Union qui, pour l’essentiel, continue de pratiquer un commerce ouvert sans contrepartie. Bruxelles ne corrige qu’à la marge les effets des subventions chinoises à l’exportation et lorsque la Commission intervient, c’est toujours trop peu et trop tard, contrairement à l’action résolue du « Department of Commerce » américain.
Par exemple, pour les voitures électriques produites en Chine et depuis le 30 octobre 2024, les droits de douane ont été portés par la Commission à 17,8 % pour Tesla en Chine et 37 % pour le géant BYD, quand ils avaient été portés à 100 % par Joe Biden bien avant l’arrivée de Donald Trump. Alors que la Chine a mené pendant trois décennies une politique de contrôle féroce des importations de véhicules européens, l’UE est incapable de mettre en œuvre une politique équivalente pour les voitures électriques.
C’est pire encore pour les panneaux photovoltaïques. La Chine a éradiqué la production européenne de panneaux en versant des subventions massives à ses producteurs pendant deux décennies pour qu’ils conquièrent le marché européen. A chaque fois que les producteurs européens ont demandé la mise en place de droits compensatoires corrigeant les effets des subventions chinoises, la Commission a mis des mois à étudier le dossier et mis en œuvre des droits correcteurs inférieurs au préjudice subi par les industriels européens et pour une durée limitée, selon l’approche des « droits moindres », afin de maintenir une pression concurrentielle maximale sur les producteurs européens.
Les droits moindres pour une durée limitée après une longue enquête tuent les industries de la transition écologique, sacralisée par ailleurs, ou affaiblissent les industries chimiques, sidérurgiques et mécaniques, automobiles, textiles, etc. Alors que l’Union ne produira que 6 % des émissions mondiales de CO2 contre 60 % pour l’Asie en 2030, elle mène une transition écologique à base de technologies chinoises : un contresens stratégique colossal. Il faut développer les technologies européennes pour réussir la transition écologique afin de ne pas opposer transition et emploi.
De plus, la Commission manie le droit de la concurrence comme une arme de guerre contre ses propres secteurs économiques. Nous avons ainsi 180 opérateurs téléphoniques exsangues dans l’Union contre 3 ou 4 en Chine et aux Etats-Unis, alors qu’une dizaine suffirait en Europe.
Si la politique conduite par la Commission était un succès, la croissance de l’Union et notamment celle de la zone euro devrait dépasser celle des Etats-Unis et de la Chine, alors que l’inverse est vrai. En toute logique, la non-croissance européenne depuis la mise en œuvre du marché unique devrait provoquer une remise en cause totale des politiques menées, de l’organisation de l’Union et de son système de prise de décision. Pas ici. L’Union va continuer de stagner plutôt que de questionner les raisons des échecs passés et présents.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Margot Haddad dans l’émission « Face à Margot Haddad » sur LCI ce vendredi 18 juillet 2025.
Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.
Le Monde – 12 juillet 2025
Monument de bureaucratie, la Commision européenne a freiné la croissance au sein de l’UE, juge, dans une tribune au « Monde », l’économiste Christian Saint-Etienne.
La croissance de la zone euro est la plus faible de tous les grands ensembles économiques mondiaux depuis vingt ans. La croissance annuelle mondiale s’est établie à un peu plus de 3,3 % sur la période 2006-2025 et devrait se maintenir autour de 3 % sur les dix prochaines années, hors cataclysme. Aux Etats-Unis, elle a été un peu inférieure à 1,9 % annuel depuis 2006 et devrait légèrement dépasser 2 % au cours de la prochaine décennie. En Chine, elle devrait croître entre 3 % et 4 % par an et être autour de 6 % annuels en Inde jusqu’en 2035. Dans la zone euro, elle a été de 1 % par an depuis 2006 et pourrait se maintenir à ce niveau jusqu’en 2035, sauf nouvelle crise.
La croissance annuelle anticipée à moyen terme est donc, par rapport à la zone euro, deux fois plus forte aux Etats-Unis, au moins trois fois plus importante en Chine et six fois plus rapide en Inde. Depuis trente ans, comme l’a montré le rapport Draghi, l’Union européenne (UE) voit son poids économique, scientifique et technologique se marginaliser dans le monde.
L’Union se retrouve passagère d’un véhicule politique et militaire occidental au volant duquel le conducteur américain multiplie les embardées, selon son humeur. La construction européenne est donc un semi-échec, politique, économique et stratégique. Telle est la réalité taboue que toutes les institutions communautaires nient pour aveugler l’opinion européenne.
Je suis un pro-européen qui ne se satisfait ni de cette situation ni de l’affaiblissement de la France dans une Europe stagnante. Quel est donc le nœud du problème ?
En 1957, le traité de Rome, qui fonde la Communauté économique européenne, est négocié pour éradiquer tout risque de nouvelle guerre en Europe. S’opposant à toute notion de puissance, il institue le principe de concurrence comme colonne vertébrale de la construction européenne. Les Etats ne peuvent subventionner leurs entreprises (car cela fausse le fonctionnement des marchés), et l’application du droit de la concurrence est confiée à la Commission européenne, qui s’est servie de cet instrument de puissance pour asseoir son ascendant sur les Etats membres. Puis les traités de Maastricht (1992) et de Lisbonne (2007) « constitutionnalisent » le seul objectif de l’UE : faire de l’Union une « économie de marché ouverte où la concurrence est libre« .
Ce qui pouvait se comprendre dans les années 1950, quand le monde se divisait en trois blocs – américain, communiste et tiers-monde – n’a plus de sens quand les Etats-Unis et la Chine se battent pour la domination mondiale à coups de subventions et d’incitations fiscales pour accélérer l’essor de leurs plateformes scientifiques et technologiques et s’affirmer comme des puissances globales. Surtout, l’application du droit de la concurrence est statique en Europe, car elle ne tient pas compte des avancées technologiques, alors qu’aux Etats-Unis, elle est dynamique. Pour la Commission, toute entreprise atteignant une certaine ampleur est présumée coupable d’abus de position dominante, du seul fait de sa taille.
Aux Etats-Unis et en Chine, personne ne songerait à freiner la progression d’une entreprise qui gagne en importance grâce à des innovations technologiques permettant de rendre un service supérieur aux consommateurs, à un prix inférieurs aux produits de la concurrence (à condition que cette entreprise n’entrave pas le développement des autres). Mais, en Europe, l’essor des grands groupes de télécoms a été cassé depuis trois décennies. Aujourd’hui, il y en a donc 180 dans l’Union, alors qu’une dizaine suffirait. En revanche, les Etats-Unis et la Chine en comptent seulement trois ou quatre chacun. Le même malthusianisme s’est appliqué aux autres secteurs depuis un demi-siècle, pourtant marqué par la nouvelle révolution de l’informatique qui a transformé le système économique et technologique mondial. Dans le numérique, les biotechs, l’espace, le militaire, etc. l’UE est aujourd’hui dépassée.
L’application statique du droit de la concurrence est le symptôme d’un système institutionnel européen qui s’est ossifié en bureaucratie. Selon la théorie économique, les bureaucraties sont des organisations qui fonctionnent sur des règles maniées comme des instruments de pouvoir. Dans le cas européen, ces règles sont « constitutionnalisées » à travers de simples traités. Or, la bureaucratie européenne est lente, même dans ses deux domaines de pouvoir absolu – droit de la concurrence et politique commerciale internationale. Obsédée pour l’extension indéfinie de ses domaines d’intervention, elle cache son échec terrifiant dans ses domaines de pouvoir absolu.
Même si, depuis les élections européennes de 2024, la Commission européenne reconnaît des échecs (notamment à travers le rapport Draghi), elle ne corrige que partiellement les errements, depuis la création d’un marché unique ouvert à tous les vents, du triptyque Commission-Parlement-Cour de justice. Elle opère en édictant de nouvelles règles, conformément à la nature des institutions européennes. Or, dans un monde en fusion avec la multiplication des conflits, une Europe bureaucratique est prise à revers par les pays opérant à coups de décisions politiques et stratégiques rapides.
Il est essentiel de modifier le fonctionnement des institutions européennes en faisant de la Commission européenne le secrétariat politique du Conseil européen, en édictant une nouvelle doctrine du droit de la concurrence, en modifiant les fondements de la politique commerciale de l’UE et en redonnant du poids au travail intergouvernemental de nations souhaitant accélérer leur essor technologique, industriel et militaire.
Les Echos – 19 juin 2025
Le fatras réglementaire auquel se consacre Bruxelles est inadapté et contre-productif. Il faut d’urgence transformer les institutions européennes si l’on veut que l’Union européenne survive.
Compte tenu du retard croissant de l’Europe en biotechs, numérique et espace, la croissance européenne sera, pour la décennie 2026-2035 et en se fondant sur des données du FMI, deux fois moindre que celle des Etats-Unis, trois à quatre fois moindre que celle de la Chine et six fois moindre que celle de l’Inde. Les débats sur l’avenir de l’Union sont une perte de temps quand son fonctionnement bureaucratique transforme l’industrie, l’agriculture et la transition écologique en marais stagnant.
L’approche européenne de la transition écologique fait massivement appel à la réglementation et à l’interdiction, quand les Etats-Unis font surtout appel aux incitations à produire, et les Chinois, à la défense de leurs seuls intérêts nationaux. L’Union européenne a voulu accélérer la transition sans se préoccuper de la production des panneaux photovoltaïques, des éoliennes, des électrolyseurs et des pompes à chaleur, tous secteurs dominés par la Chine. Cette domination va s’accentuer car plus de 80 % des projets de nouvelles usines dans ces équipements devant être mises en service dans le monde d’ici à 2030 sont en Chine.
Le déclin de l’industrie automobile européenne au bénéfice de la Chine est programmé sans modification majeure des règles du commerce en Europe. Les errements de Donald Trump sur le commerce ne font qu’aggraver la situation.
Les corrections annoncées en 2025 aux directives européennes restrictives adoptées depuis dix ans, et notamment depuis le Green Deal de 2019, ne vont corriger que moins de 10 % du fatras réglementaire européen d’ici deux ans. La politique européenne se concrétise dans de nombreux secteurs économiques par un gigantesque « Buy China Act » quand l’Europe refuse depuis un demi-siècle l’idée même d’un « Buy European Act ». Quelle est la nature du problème ?
Selon les enseignements de la théorie économique de la bureaucratie, l’organisation « Commission – Cour de justice européenne » est authentiquement une Bureaucratie, c’est-à-dire un système institutionnel qui fonctionne selon des règles et des procédures soumises au contrôle d’une autorité hiérarchique. Le calcul économique n’est utilisé que pour conforter la règle. Le fonctionnaire zélé met en oeuvre les règles et procédures en contrepartie d’un salaire élevé et d’une sécurité du travail. C’est une mécanique froide dont la course ne peut être modifiée que par des révoltes populaires.
Or, la Bureaucratie, dans un monde en évolution rapide, est un frein aux transformations nécessaires. La Bureaucratie est l’antithèse de la vigueur politique et de la pensée stratégique opérationnelle qui sont les clés du succès dans la tempête qu’est le monde aujourd’hui. Si l’on définit l’Union comme une « économie de marché où la concurrence est libre », toute autre considération est écartée. Le pouvoir du bureaucrate vient de l’interprétation et de l’application des règles de la concurrence libre, colonne vertébrale de l’Union de 1958 à 2023. Depuis deux ans, des « documents d’orientation » suggèrent des « changements stratégiques » : ils se traduiront en de nouvelles règles bureaucratiques.
Il convient donc en urgence de transformer les institutions européennes si l’on veut que l’Union européenne survive. La Commission doit intégrer les mutations stratégiques et technologiques dans ses deux domaines de compétence exclusive que sont la politique commerciale et le droit de la concurrence. Pour ses autres missions, elle doit devenir le secrétariat politique du Conseil européen tandis qu’un noyau dur de nations volontaires doit mettre en place une politique de puissance. Il est essentiel que l’Europe revienne au premier plan dans le numérique, les biotechs, l’espace et la défense. Seule une stratégie de puissance peut nous sauver.
Christian Saint-Etienne était Le Grand Témoin de Louis Daufresne sur Radio Notre Dame, jeudi 12 juin 2025.
Les quatre grands axes de la politique de Donald Trump, écrit Christian Saint-Étienne, sont le protectionnisme, la baisse des impôts, la lutte contre l’immigration et la fin des efforts fédéraux en faveur de l’environnement. C’est en fait l’envers de l’Union européenne, plateforme de libre échange. Non productive, elle exige des impôt versés par les pays membres, elle voit l’immigration comme la solution à la dénatalité, elle fait de l’environnement une norme qui a des conséquences sur ses industries, automobiles en particulier. Et pendant ce temps, dopée par un nationalisme vigoureux, la Chine s’implante partout où elle le peut, partout où elle le veut. Percluse de déficits énormes, la France est enlisée dans une crise politique dont nul ne sait à ce jour comment en sortir, et à la vérité, l’Union européenne ne se porte pas tellement mieux comme l’atteste la montée des populisme, en particulier à l’Est, pays qui pourtant, au début à l’ère de Jean Paul II pensaient que l’UE serait tout sauf l’URSS. Focalisant son attention sur Donald Trump, Christian Saint Étienne nous dis comment sauver la France et l’Europe.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Laure Closier dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mercredi 4 juin 2025.
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Ce mercredi 4 juin, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM, membre du Cercle des Économistes, Stéphane Van Huffel, fondateur de SVH Conseil, et Gaël Sliman, président et cofondateur d’Odoxa, sont revenus sur le moral économique des Français qui est au plus bas, aggravé par la dissolution, les bénéfices des Américains dans la guerre commerciale, et sur la loi fast fashion qui est en discussion au Sénat, dans l’émission Les Experts, présentée par Laure Closier.