Christian Saint-Etienne était l’invité d’Emmanuel Cugny dans l’émission « Les débats de l’éco » sur France Info samedi 9 avril 2022.
Au programme : Climat : avons-nous les moyens de nos ambitions ? L’alliance Russie-Chine, prochaine bataille pour l’Europe ?
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mercredi 23 février 2022.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de l’économie de François Geffrier sur Radio Classique ce mercredi 12 janvier 2022.
Les décideurs du CAC 40, les grands patrons et les dirigeants d’entreprises ont la parole et répondent aux questions de François Geffrier.
Les Echos – 22/12/2021
Par Vincent Lorphelin & Christian Saint-Etienne
Les films « Matrix » et « Ready Player One », les jeux Fortnite, Minecraft et Roblox illustrent ce que seront les métavers : des univers virtuels dans lesquels les avatars des utilisateurs se rencontrent pour se distraire ou travailler. Hors de la science-fiction les métavers ont déjà un embryon d’économie : le rappeur Travis Scott a récolté 20 millions de dollars grâce à un concert virtuel. La vente d’objets virtuels, armes ou vêtements, représente plusieurs milliards d’euros. Les plateformes de discussion instantanée, de visiophonie ou de collaboration en ligne se valorisent à des dizaines de milliards.
C’est la nouvelle grande vision dans le monde numérique, portée au premier rang par Facebook et Microsoft, suivis par les Big Tech chinoises et des centaines d’autres. Le métavers est un concept transitoire, comme le fut le multimédia à son époque, donnant une cohérence à une multitude d’innovations déjà opérationnelles dont l’impact va être systématisé et amplifié.
Le métavers est une innovation de rupture conduisant à une nouvelle organisation de la production. Le modèle de référence est jusqu’à présent celui de l’entreprise industrielle. Wikipédia a montré comment organiser un projet sans hiérarchie avec des millions de contributeurs. Uber met en relation clients et fournisseurs sans autre intermédiaire. Zoom accélère le télétravail. Google Map a montré comment les cartes thématiques facilitent la vie, suivi par les maquettes 3D, la réalité augmentée et les autres jumeaux numériques. L’intelligence artificielle augmente la productivité en reconnaissant les pathologies sur des photos médicales. La blockchain, technologie née avec le bitcoin, permet de tracer, attester et rémunérer toute création, invention, contribution, propriété et partage, y compris pour des richesses infinitésimales comme un clic ou une data. Les cryptomonnaies rendent l’argent plus intelligent que les points de fidélité et les chèques essence. Les métavers sont la combinaison de toutes ces fonctionnalités et de leurs évolutions.
Les vagues successives de la révolution numérique ont bousculé des secteurs entiers comme les télécoms, les médias ou les commerces, et fait triompher les Big Tech. Ces derniers fournissaient des applications, ils fourniront des infrastructures et équipements. Leur modèle idéal est celui des Apple et Google Stores, qui contrôlent les applications sur smartphones et prélèvent 30 % de leurs revenus. Ceci renforcera leur pouvoir sur la formation, le savoir, la création, l’innovation, la collaboration, la commercialisation, la finance et la gouvernance. Bref, sur toute l’économie.
La nature des enjeux a déjà été révélée par le « cloud computing ». De même, les métavers sont des vecteurs d’innovation et de croissance, mais fournis par les Big Tech, ils représentent, en contrepartie, un risque de perte de souveraineté économique. Or, si le cloud est à la transition numérique ce que la centrale électrique était à la révolution industrielle, les métavers sont l’équivalent des éclairages et machines électriques.
A cause d’une mauvaise appréhension de ces enjeux, la politique économique risque de prolonger les erreurs commises avec le cloud. Au motif de la souveraineté, elle freine l’adoption de technologies pourtant essentielles à notre puissance économique. Comme si l’on avait freiné l’usage de l’ampoule électrique au motif que son inventeur, Edison, était américain ! Il fallait, bien sûr, l’adopter, en avance sur nos concurrents, pour innover, depuis le cinématographe jusqu’au scintillement de la tour Eiffel.
Ce que l’action publique doit freiner, ce sont les cyberattaques, les pratiques anticoncurrentielles des Gafa, leurs excès de captation et d’exploitation des données. Ce qu’elle doit encourager, c’est l’utilisation intensive des technologies par les TPE-PME et les aides à l’innovation. Pour ne pas reproduire nos dix ans de retard sur le cloud, l’Etat doit définir dès aujourd’hui, comme l’a fait la Corée du Sud, sa stratégie pour les métavers.
Crédit photo : James Yarema
Christian Saint-Etienne était l’invité de Stéphane Soumier sur la chaîne BE SMART ce mercredi 15 décembre 2021.
Quelle politique industrielle pour la France ?
La réindustrialisation s’impose comme l’un des thèmes majeurs de la prochaine campagne présidentielle. Avec la loi Finance 2021, le gouvernement d’Emmanuel Macron s’est déjà emparé de ce sujet en votant la baisse des impôts de production pour attirer les entreprises et accroître leur compétitivité.
L’Opinion – 14/12/2021
Pour l’universitaire, « trois contrats doivent être explicités pendant la campagne présidentielle : productif, social et civilisationnel.
La France va mal, alors qu’elle a tous les atouts pour redevenir une puissance qui compte, dans une Europe qui doit changer de nature pour affirmer sa souveraineté stratégique. Le rebond de croissance ramène le PIB de 100 en 2019 et 92 en 2020 à 98 en 2021. Il n’y a pas de miracle.
Au moment où la campagne présidentielle s’accélère, le pays est nerveux et insatisfait. Après vingt-cinq ans de mise en œuvre de l’idéologie de la fin du travail, avec la loi Robien de 1996 et les lois Aubry sur les 35 heures, et du délire de l’entreprise sans usines théorisée par Serge Tchuruk en l’an 2000, la France est éviscérée :la désindustrialisation du pays est la plus forte de tous les pays développés, et le désir du travail bien fait s’est évaporé dans un laisser-aller symbolisé par l’état pitoyable de la ville de Paris.
Or ce laisser-aller et cette saleté symbolique indisposent les Français. Une France qui s’est sublimée dans la recherche de l’excellence au cours du Grand Siècle, dans l’art et la fabrique au XVIIIe siècle, la science et l’industrie jusqu’à la Première Guerre mondiale et les années 1920, et la Reconstruction pendant les Trente glorieuses, s’abîme dans la facilité depuis les années 1980.
Excellence. Le peuple français est malheureux lorsqu’il n’est pas appelé à l’excellence qui transcende ses savoir-faire dans l’aviation, la chimie et la pharmacie, le luxe ou la navigation, la littérature ou la fabrication de bons ingénieurs trop longtemps détournés vers la finance. Seul un coup de reins peut permettre au pays de se redresser. Trois contrats doivent être explicités pendant la campagne présidentielle : productif, social et civilisationnel. Une réorientation de la construction européenne s’impose.
La réindustrialisation par l’innovation, la numérisation et la robotisation du système productif est une nécessité impérieuse. La part de l’industrie manufacturière dans le PIB a baissé de 14 % à 10 % de 2000 à 2019. A cette dernière date, cette part est de 20 % en Allemagne. Sur les vingt dernières années, la part de l’industrie manufacturière française a baissé de 20 % dans les exportations de la zone euro, de 30 % dans le PIB de la France et notre part dans les exportations mondiales de biens et services a baissé de 40 %. C’est un effondrement historique, sans équivalent en temps de paix depuis le début de l’industrie il y a deux siècles et demi.
La transformation des minima sociaux en accompagnement de la reprise d’une activité remet 1 million de personnes au travail sur la même durée, ce qui améliore les finances publiques de 15 milliards d’euros (baisse des prestations et hausse des cotisations). Au bout de six ans, l’amélioration est de 40 milliards d’euros par an.
Le gouvernement a annoncé un plan France 2030, doté de 30 milliards d’euros déployés sur 5 ans pour atteindre 10 objectifs d’ici 2030, qui est davantage un outil de communication qu’une stratégie de réindustrialisation. Cette dernière passe par la création d’un ministère de l’Industrie, de l’Energie et de l’Innovation ayant la main sur la politique de recherche et développement, de formation scientifique et technique, et d’incitation massive à la numérisation et robotisation de l’agriculture, de l’industrie et des services afin de doubler l’augmentation de la productivité nationale pour permettre au pays de retrouver rapidement une croissance de 2 % l’an. Le budget alloué doit être rapidement de 30 milliards d’euros par an, à comparer au budget de protection sociale de 850 milliards d’euros en 2022.
L’effort national de R&D doit tendre vers 3 % du PIB. Il faut une vingtaine de collèges universitaires, de 10 000 étudiants chacun, de formation au numérique dont le codage et les services informatiques de conception et de production. La politique de réindustrialisation s’appuie sur une dizaine de filières d’excellence (défense, informatique et robotique, chimie, pharmacie, appareillages médicaux, énergie, agroalimentaire, transport, espace, finance de fonds propres).
A ce contrat productif répond un contrat social de mobilisation du pays.La réforme des retraites (64 ans d’âge de départ et 44 années de cotisation) permet d’économiser 25 milliards d’euros par rapport à la tendance actuelle au bout de six ans. La transformation des minima sociaux en accompagnement de la reprise d’une activité remet 1 million de personnes au travail sur la même durée, ce qui améliore les finances publiques de 15 milliards d’euros (baisse des prestations et hausse des cotisations). Au bout de six ans, l’amélioration est de 40 milliards d’euros par an (25 + 15).
Compétences. La réforme de l’école, prenant en compte les acquis de la science depuis vingt ans, permet de s’assurer que tous les élèves maîtrisent les trois compétences – lecture, écriture, calcul – à la fin du CE1. Des évaluations des compétences acquises permettent d’orienter les enfants à la fin de l’école Primaire. L’entrée en apprentissage, couplée à un enseignement exigeant, peut intervenir à la fin de la 5e. Le brevet vérifie à nouveau l’aptitude à suivre l’enseignement du lycée. Un effort considérable de formation des maîtres du Primaire et une rénovation des enseignements techniques sont financés par des compléments budgétaires atteignant 10 milliards d’euros au bout de 6 ans.
Ces deux contrats autofinancés rendent possible un contrat de civilisation par lequel la vocation à l’excellence de la France et à l’universalisme de la république est réaffirmée. L’enseignement de l’histoire est rénové avec une insistance sur les grands faits de civilisation et les dates et périodes clés permettant aux élèves de se situer dans le temps. L’enseignement de la géographie est revalorisé afin de permettre aux élèves de se situer dans l’espace français et européen.
Une France en voie de réindustrialisation, ayant repris le contrôle de ses finances publiques, menant une politique d’innovations dans les domaines civil et militaire, peut à nouveau affirmer sa vision du monde, ses valeurs et défendre ses intérêts dans le cadre d’une Europe souveraine
La mise en œuvre de ces trois contrats permet de redonner à la France la capacité d’impulser une évolution cruciale vers une Europe plus souveraine, ce qui suppose une réforme institutionnelle de l’organisation de l’Union européenne. Cette dernière, obéissant aux intérêts des Etats-Unis, n’est pas capable de conclure des accords avec la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie permettant de stabiliser les équilibres géostratégiques de l’Ecosse à Vladivostok. Sa position de faiblesse en Méditerranée permet aux démocratures de mener des politiques dangereuses. L’incapacité de contrôler les frontières ridiculise toute proclamation politique. Sur le plan commercial, l’absence de réciprocité permet aux Chinois et aux Américains de se servir du marché unique sans un accès équivalent en Chine et aux Etats-Unis.
Il faut recentrer l’UE sur le marché unique, une politique commerciale fondée sur la réciprocité et une politique de la concurrence qui considère le marché mondial comme marché pertinent sauf exceptions. En dehors de ces trois domaines, seuls soumis à la Commission européenne et à la Cour de justice européenne, toutes les autres fonctions de l’UE sont transférées à une nouvelle organisation intergouvernementale, sous le nom de Coopérative des Etats libres, qui prendra les décisions à la majorité qualifiée des nations composantes. L’UE doit évoluer vers des noyaux de pays menant des politiques fortes en matière de recherche, de défense, d’industrie, etc.
Une France en voie de réindustrialisation, ayant repris le contrôle de ses finances publiques, menant une politique d’innovations dans les domaines civil et militaire, peut à nouveau affirmer sa vision du monde, ses valeurs et défendre ses intérêts dans le cadre d’une Europe souveraine. Il n’y aura pas de miracle sans effort. Si l’on ne met pas rapidement en œuvre les trois contrats – production, social, civilisationnel –, la descente aux enfers du pays va s’accélérer.
Crédit photo : Yuedongzi CHAI
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mercredi 17 novembre 2021.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mercredi 17 novembre 2021.
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Les Echos – 29/09/2021
Après les élections françaises du printemps 2022, les pays du nord de la zone euro vont exiger un resserrement des politiques monétaire et budgétaire de la zone dont l’ampleur dépendra des nouveaux équilibres politiques internes à l’Allemagne. C’est dire la perte d’autonomie de la France, sous l’effet de sa désindustrialisation massive au cours des vingt dernières années, que de dépendre à ce point d’arbitrages qui lui échappent de plus en plus. Et justement, les tentatives récentes de réindustrialisation de notre pays ne risquent-elles pas d’être sacrifiées avec le resserrement à venir ?
La France est le pays développé qui s’est le plus désindustrialisé depuis vingt ans. La part de l’industrie manufacturière dans le PIB a baissé de 14 % à 10 % de 2000 à 2019, contre 20 % en Allemagne. En euros, la valeur ajoutée manufacturière de la France est tombée à un peu plus du tiers de la valeur ajoutée allemande.
En lien avec la chute de notre industrie manufacturière et sur la même période, notre part dans les exportations mondiales de biens et services a chuté de 40 % et la part des exportations de la France dans les exportations de la zone euro a chuté de plus de 20 %. C’est l’explication principale de l’écart entre l’excédent commercial allemand de 228 milliards d’euros et le déficit français de 82 milliards d’euros en 2020.
En résumé, la part de l’industrie manufacturière française a baissé de 20 % dans les exportations de la zone euro, de 30 % dans le PIB de la France et notre part dans les exportations mondiales de biens et services a baissé de 40 % au cours des vingt dernières années. C’est un effondrement historique, sans équivalent en temps de paix depuis le début de l’industrie il y a deux siècles et demi. La France, qui fut en pointe des révolutions industrielles des années 1780 aux années 1980, est devenue un nain industriel en trois décennies.
Les économies des pays développés ont un secteur des services qui représente plus de 80 % de leur PIB, sauf en Allemagne où ce secteur se situe autour de 75 %. On ne peut comprendre l’importance de l’industrie si l’on ignore ce que j’appelle le paradoxe des deux fois 80 %. Alors que nos économies sont à plus de 80 % des économies de services, près de 80 % des exportations mondiales de biens et services, hors matières premières et énergie, sont des exportations de produits manufacturés. De plus, on insiste sur l’importance de la recherche et développement (R&D) pour rester à la pointe des transformations globales. Or l’industrie effectue plus de 80 % de la R&D mondiale. Pour dire les choses avec la force nécessaire : « pas d’industrie = pas de R&D et pas d’exportations ».
Il faut également comprendre qu’un pays qui rate une révolution industrielle entre en sous-développement relatif et s’appauvrit rapidement. La désindustrialisation de notre pays a entraîné la désertification des territoires qui ont vu leurs usines fermer, raison clé de l’apparition des « gilets jaunes ».
Dans la nouvelle révolution industrielle de l’informatique et du numérique, il n’y a pas d’autre façon de survivre et de créer des emplois que de numériser et robotiser l’appareil de production, et de développer l’intelligence artificielle en lien avec la 5G et bientôt la 6G dans le basculement programmé vers l’informatique quantique, ce qui exige des investissements publics et privés élevés.
Crédit photo : Anamul Rezwan
Christian Saint-Etienne était l’invité de François Geffrier dans l’émission « L’invité de l’économie » sur Radio Classique ce jeudi 23 septembre 2021.
Les décideurs du CAC 40, les grands patrons et les dirigeants d’entreprises ont la parole et répondent aux questions de François Geffrier.
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