L’Opinion – 26 juillet 2021
« Le résultat est une France désindustrialisée, aux finances publiques à la dérive, à l’école en déshérence dans les comparaisons internationales, sans politique énergétique, avec une immigration subie, qui échoue dans les compétitions même quand elle a une bonne équipe »
Il y a un mystère français : comment autant d’individualités brillantes peuvent-elles produire un collectif aussi faible ?
Et ce n’est pas un phénomène récent. Dans La guerre des Gaules, Jules César écrit que si les Gaulois avaient été organisés, ils auraient massacré ses légions. Dans la guerre de 1870, des généraux de Cour, qui n’ont pas étudié la guerre de Sécession, envoient des soldats magnifiques à l’abattoir car les Allemands se sont équipés massivement de mitrailleuses largement utilisées à la fin de la guerre civile américaine. En 1939, la Ligne Maginot était efficace, contrairement à la doxa véhiculée depuis, et les Allemands la contournent pour cette raison. Ils passent par les Ardennes car des généraux français avaient considéré que c’était impossible : cette partie du front était peu protégée – sans évoquer la position ambiguë de la Belgique.
Et le problème s’aggrave. Dans les années 1990, selon les mêmes phénomènes de Cour, des sociologues et des politiques néomarxistes ou négligents décrètent, à quelques-uns mais au cœur du système, que nous sommes entrés dans un monde post-industriel et post-travail qui exige le partage d’un nombre limité d’heures de travail. Cette idée est reprise par le Parti socialiste qui gagne les élections législatives de 1997 et impose la semaine de 35 heures à des syndicats réticents, avec plein effet pour les entreprises de plus de 20 salariés au 1er janvier 2000 et pour les autres au 1er janvier 2002. La droite, élue en 2002, ne modifie le dispositif qu’à la marge.
La désindustrialisation du pays est la principale cause de son affaiblissement, de la désertification des territoires qui a provoqué le phénomène des Gilets jaunes, et du déficit extérieur qui mine les équilibres financiers de la France
Dans tous les pays développés, l’industrie est l’activité la plus internationalisée, et infiniment plus que les services. La semaine de 35 heures, qui a augmenté fortement le coût du travail, désorganisé la production et démotivé les travailleurs, a joué le même rôle pour les PME industrielles françaises que les mitrailleuses allemandes en 1870. La production industrielle stagne aujourd’hui à son niveau de l’an 2000 et la France a perdu, depuis cette date, plus de 40 % de ses marchés à l’exportation. La désindustrialisation du pays est la principale cause de son affaiblissement, de la désertification des territoires qui a provoqué le phénomène des Gilets jaunes, et du déficit extérieur qui mine les équilibres financiers de la France.
Idées loufoques. Et ça continue. Didier Deschamps a considéré, à 24 minutes de la fin du match, que son équipe ne pouvait pas perdre, avec un score de 3-1, et a dégarni son attaque qui était vraisemblablement la meilleure du tournoi. La défense, qui est considérée comme moins noble par les Français, était désorganisée et peu motivée. Il n’y a pas une personne au monde qui peut penser que les équipes italienne, espagnole ou allemande de football auraient perdu dans les mêmes conditions.
Il faut donc s’interroger sur trois faiblesses nationales : 1- la mauvaise organisation qui semble le mode latent de fonctionnement français sauf événements ou chefs exceptionnels ; 2- l’absence de curiosité de ce qui se fait ailleurs, comme pendant la guerre de Sécession ou au moment des 35 heures ; 3- le phénomène de Cour dans un Etat centralisé qui permet de mettre en œuvre des idées loufoques sans analyse sérieuse et contradictoire, ni même prendre en compte le retour d’expérience, quand il se révèle désastreux, pour corriger le tir.
On sait que, loin du post-industriel, nous sommes entrés dans la Nouvelle révolution industrielle de l’informatique depuis les années 1980, la transformation à l’œuvre s’accélérant depuis l’an 2000 pour fabriquer une industrie robotisée, numérisée et totalement internationalisée. Ce système hyper-industriel est plus que jamais au cœur de l’économie servicielle créant des écosystèmes de biens et services liés, dont l’industrie est le cœur. L’évidence glaçante du phénomène n’a nullement perturbé l’intelligentsia politico-économico-médiatique, d’environ 300 personnes, qui gouverne le pays. La crise de la Covid ayant montré les dégâts de la désindustrialisation en 2020, quelques mesures ont été prises dans ce qui est, en réalité, une indifférence générale marquée de sympathie désapprobatrice. On est très loin d’un impératif de survie qui réorganiserait la nation pour la préparer au combat.
Lorsque la négation ne suffit pas à éliminer le sujet, on en parle longtemps et en faisant en sorte que les comparaisons internationales restent à la marge du débat qui devient rapidement « pour ou contre »
Et lorsque, par exception, on se pique de traiter d’un sujet, comme la TVA sociale, l’origine de l’effondrement des performances scolaires, la réindustrialisation, la réforme des retraites, la question énergétique, le débat public obéit aux trois temps de la valse d’impuissance française :
1- on nie l’importance du sujet : non le coût du travail ne joue pas sur l’emploi, l’industrie est sale et dangereuse, le classement PISA de performances scolaires n’est pas fiable, la seule caractéristique du nucléaire est sa dangerosité, etc.;
2- lorsque la négation ne suffit pas à éliminer le sujet, on en parle longtemps, pendant des années, et en faisant en sorte que les comparaisons internationales, dans les rares cas où l’on s’en préoccupe, restent à la marge du débat qui devient rapidement « pour ou contre » : pour ou contre la TVA sociale, la globalisation, la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, le calcul mental à l’école, la vaccination, les robots, le nucléaire, l’immigration, etc. ;
3- et enfin, lorsque l’on a suffisamment ferraillé « pour ou contre », vient la paix des braves, c’est-à-dire le moment au cours duquel le sujet est décrété résolu pour en avoir assez parlé. Ainsi, on a parlé pendant quinze ans de la TVA sociale en France et les Allemands l’on fait en 2007, par le relèvement du taux principal de TVA de 16 % à 19 % avec, en parallèle, une baisse des cotisations patronales sur les salaires et, quelques semaines après, une baisse de l’impôt sur les sociétés qui mettaient l’Allemagne en bonne position pour encaisser la crise de 2008-2009 et rebondir ensuite. Le fait que les Allemands avaient mis en œuvre la mesure refermait définitivement le sujet en France, à la satisfaction générale.
Inconséquences. Le mécanisme des trois temps de la valse est suffisamment puissant pour « effacer », du moins on le croit, nos trois inconséquences : 1- la désorganisation latente de nos fonctionnements sans vision structurée et sans règles clairement énoncées et strictement mises en œuvre, 2- l’absence de curiosité sur ce qui se fait ailleurs, et même lorsque l’on veut bien ouvrir un œil, les solutions d’ailleurs ne sont jamais pertinentes ici, 3- le phénomène de Cour autour d’Ubu roi : plus c’est loufoque, mieux c’est. Et si c’est financé par la dépense publique, c’est magique.
Le résultat est une France désindustrialisée, aux finances publiques à la dérive, à l’école en déshérence dans les comparaisons internationales, sans politique énergétique, avec une immigration subie, qui échoue dans les compétitions même quand elle a une bonne équipe. Mais tout va bien, tant que le « méchant grand capital » est, en réalité, assez stupide pour financer notre indiscipline, notre refus d’ouvrir les yeux sur le monde, notre infini paresse intellectuelle et morale, et nos lâchetés qui sont toujours, naturellement, bienveillantes.
Crédit photo : Rafael Garcin
L’Opinion – 19 juillet 2021
L’impact de la crise sanitaire se mesure pour la France par une perte de fonds propres de l’ordre de 110 milliards d’euros pour les entreprises et par une augmentation de l’endettement public de 450 milliards d’euros sur cette période.
L’Europe se fait doubler par la Chine en montants annuels de capital-investissement, à la fois en biotechs et en numérique, et se trouve déclassée par rapport aux Etats-Unis d’un facteur 4 en biotechs et 2 en numérique. Il est donc impératif que tous les acteurs institutionnels européens triplent, au moins, sous trois ans leurs investissements en capital-investissement si l’on veut éviter la marginalisation.
Le même défi de triplement des investissements en capital-investissement sous trois ans s’impose aux investisseurs institutionnels français. Cet impératif est une opportunité compte tenu du différentiel de rendement en faveur du capital-investissement.
L’accélération de la croissance française s’impose si l’on veut éviter d’être enseveli sous les déficits. Le déficit public français était, en moyenne annuelle, de 2,8 % du PIB sur la période 2017-2019 et devrait être de 8 points de PIB sur la période 2020-2022. L’impact de la crise se mesure pour la France par une perte de fonds propres de l’ordre de 110 milliards d’euros pour les entreprises et une augmentation de l’endettement public de 450 milliards d’euros sur cette période.
Déficit extérieur. La France est le seul grand pays de la zone euro qui devrait avoir un déficit extérieur avec une balance courante annuellement déficitaire de 1,6 point de PIB sur la période 2020-2022. L’Allemagne a un excédent annuel de plus de 7 points de PIB, l’Italie un excédent annuel de 3 points de PIB et l’Espagne a un léger excédent.
La question centrale pour l’économie française en 2021-2022 concerne la restructuration de 1/7e de l’économie, d’une part, et la création de nouvelles filières de croissance et d’exportation afin d’éliminer le déficit extérieur et de créer des emplois dans la nouvelle économie au cours des cinq prochaines années, d’autre part
Ces différents éléments montrent que la France a une insuffisance d’offre en lien avec sa désindustrialisation massive sur les vingt dernières années.
La question centrale pour l’économie française en 2021-2022 concerne la restructuration de 1/7e de l’économie, d’une part, et la création de nouvelles filières de croissance et d’exportation afin d’éliminer le déficit extérieur et de créer des emplois dans la nouvelle économie au cours des cinq prochaines années, d’autre part.
La progression récente des investissements des fonds de capital-investissement français au bénéfice de la tech (biotechs et numérique) est significative, mais les montants en jeu sont très faibles si l’on veut favoriser une régénération du secteur productif français. En pourcentage du PIB, la France a investi trois fois moins qu’aux Etats-Unis dans la tech en 2020 (23 fois moins en dollars investis). Pour réindustrialiser le pays, le montant investi en capital-investissement en France par les capitaux-investisseurs (et institutionnels français) devrait passer de 12,5 milliards d’euros en 2020 – tous secteurs confondus mais pour les seules entreprises françaises – à 35 milliards d’euros par an, dont au minimum 15 milliards d’euros dans la tech (contre 6 milliards en 2020).
Robotisation. C’est loin d’être inatteignable (encours d’assurance-vie fin mars 2021 : 1 812 milliards d’euros, en progression de 4 % sur un an ; encours livret A et LDDS à fin avril 2021 : 467 milliards d’euros ; surplus d’épargne des ménages français en lien avec la crise : 140 milliards d’euros), mais cela suppose une stratégie déterminée de numérisation, robotisation et européanisation de l’économie française et de développement massif de la Tech française sur la période 2022-2026.
La France dépense chaque année 800 milliards d’euros dans sa protection sociale, moins de 40 milliards d’euros dans sa défense et 12 milliards d’euros dans le capital-investissement
Pour mobiliser l’épargne des Français vers l’investissement en fonds propres, on peut proposer la création d’un nouveau PEA, en plus des PEA et PEA-PME actuels. Il serait fléché sur les investissements en fonds propres des entreprises de moins de 5 000 salariés (au moment de l’investissement), comme le PEA-PME, mais il aurait un plafond propre de 225 000 euros en sus du plafond actuel de 225 000 euros pour la somme du PEA et PEA-PME, sous réserve d’investir dans des entreprises de la tech (notamment biotechs, fintechs, agri-techs, cleantechs, etc.) ayant leur siège dans l’Union européenne, avec une orientation française, et de garder les fonds dans ce PEA-Fonds propres plus de huit ans.
Les fonds seraient investis directement par le détenteur ou par l’intermédiaire de fonds de capital-investissement. Les revenus et plus-values seraient défiscalisés en contrepartie d’une garantie en capital de 80 % du montant initial investi dans les fonds de capital-investissement. En cas de décès du détenteur, le PEA-Fonds propres serait transmis sans fiscalité avec une nouvelle obligation de détention de huit ans.
La France dépense chaque année 800 milliards d’euros dans sa protection sociale, moins de 40 milliards d’euros dans sa défense et 12 milliards d’euros dans le capital-investissement alors que son offre productive est insuffisante et ses finances publiques à la dérive. D’autres arbitrages s’imposent.
Crédit photo : lilzidesigns
Christian Saint-Etienne était l’invité de Hedwige Chevrillon dans l’émission « Le Grand Journal de l’Eco » sur BFM Business ce mardi 4 mai 2021.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mardi 4 mai 2021.
Cliquez ici pour visionner la deuxième partie de l’émission.
L’Opinion – 25/04/2021
Pour ne pas accentuer le retard dans les capacités des acteurs français du cloud, le pays doit simultanément développer ses capacités internes mais aussi s’allier, comme l’Allemagne, avec l’un des puissants acteurs du cloud mondial.
Le cloud concerne les activités d’infrastructures informatiques, de plateforme ou de logiciel hébergés sur les systèmes de fournisseurs extérieurs et mises à disposition du client par Internet. Le cloud se décompose en 1) Infrastructure as a Service (IaaS), l’infrastructure est fournie par Internet et l’utilisateur peut contrôler directement l’infrastructure grâce à une interface de programmation d’application (API) ou un tableau de bord, 2) Platform as a Service (PaaS), le matériel et les logiciels de la plateforme sont fournis et gérés par un prestataire de services extérieur, et 3) le Software as a Service (SaaS), qui permet d’utiliser une application gérée par un prestataire extérieur. En France, le marché des services cloud est de l’ordre de 15 milliards d’euros dont 35 % pour l’IaaS, 15 % pour le PaaS et 50 % pour le SaaS. Il croît de plus de 20 % par an.
Dans l’Union européenne à 27 (UE27), 36 % des entreprises utilisaient en 2020 un ou plusieurs services cloud. Le taux d’utilisation est de 26 % en Espagne, 27 % en France, 33 % en Allemagne, 59 % en Italie, 70 % en Suède et 75 % en Finlande (Source : Eurostat, Cloud computing, janvier 2021). Parmi les 36 % d’utilisateurs de cloud dans l’UE27, les usages sont de 76 % pour l’e-mail, 67 % pour le stockage de dossiers, 58 % pour l’utilisation de software, 47 % pour stocker ses bases de données, 45 % pour des applications de comptabilité et finance, 27 % pour des applications de CRM, et 24 % pour des capacités de calcul sur les logiciels de l’entreprise cliente.
Le cloud est un environnement où la présence mondiale et la capacité à industrialiser les opérations de traitement à grande échelle sont des avantages compétitifs massifs
Rattrapage. Amazon Web Services (AWS) a inventé le marché du cloud en 2006 et est le premier opérateur mondial du cloud public (IaaS et PaaS) avec une part de marché de 35 % contre 20 % pour Microsoft Azure et 10 % pour Google Cloud (d’après Synergy research group). Le cloud est un environnement où la présence mondiale et la capacité à industrialiser les opérations de traitement à grande échelle sont des avantages compétitifs massifs.
L’utilisation du cloud en France, en dehors des grandes entreprises et des ETI (entreprises de taille intermédiaire) est encore trop limitée. Ce retard vient de la trop faible numérisation des TPE-PME. Un double rattrapage s’impose en termes d’utilisation du numérique et du cloud. De fait, le cloud est souvent le meilleur moyen de rattraper son retard pour une entreprise de taille moyenne qui appréhende mal l’intérêt du CRM ou de l’intelligence artificielle.
L’interrogation concernant le cloud est évidemment celle de la sécurité des données face aux risques de piratage, d’incendie ou d’attaques des sites. Les principaux fournisseurs sont capables, non seulement de restaurer les sauvegardes qui peuvent être en double ou triple selon le niveau de service exigé par le client, mais aussi de réduire les surfaces d’attaque sur les données par les couches de protection qu’ils mettent en place sur leurs systèmes. Aucun système n’est infaillible mais une des clés de résilience vient de la capacité et de la vitesse de restauration des systèmes.
Perte d’autonomie stratégique. Pour la souveraineté sur les données, il faut distinguer la capacité de réguler le stockage, l’usage et le traitement des données, d’une part, de l’autonomie stratégique dans la disponibilité des systèmes et le lieu de stockage des données. Si l’Union européenne a une vraie puissance de régulation, elle a largement perdu son autonomie stratégique par négligence, au cours des trois dernières décennies, de l’importance de la révolution de l’informatique (production de microprocesseurs, systèmes d’exploitation, émergence d’acteurs ayant la puissance pour être leader dans le cloud). Toutefois, la nouvelle Commission européenne s’est donnée comme objectif de permettre à l’Union européenne de retrouver des éléments d’autonomie stratégique, ce qui exigera beaucoup d’efforts.
En termes d’autonomie stratégique, on distingue localisation des données et protection des données par le chiffrement. En fait, ces deux notions se complètent plus qu’elles ne s’opposent. La protection des données est fondamentale mais la localisation aussi. Il ne sert à rien d’avoir des données chiffrées si elles ne sont pas récupérables.
La France doit investir massivement dans les capacités de chiffrement où elle pourrait prétendre à un rôle de leader mondial
Pour ne pas accentuer le retard dans les capacités des acteurs français du cloud, le pays doit simultanément développer ses capacités internes mais aussi s’allier, comme l’Allemagne, avec l’un des puissants acteurs du cloud mondial et conclure un contrat d’alliance stratégique sur la localisation des capacités de stockage et de traitement de cet allié technologique sur le territoire national pour les applications de sécurité nationale et sur le territoire européen pour les données des entreprises françaises actives à l’exportation qui sont en concurrence directe avec les grandes entreprises américaines et chinoises. Dans le contexte d’une telle alliance, la France doit investir massivement dans les capacités de chiffrement où elle pourrait prétendre à un rôle de leader mondial. Il est clair qu’être en capacité de rajouter des couches de chiffrement, par des entreprises françaises localisées en France, sur des informations stockées en Europe chez un fournisseur même étranger est de nature à augmenter massivement la protection des données.
Crédit photo : Taylor Vick
Christian Saint-Etienne était l’invité d’Emmanuel Cugny dans l’émission « Les débats de l’éco » sur France info ce dimanche 14 mars 2021.
La France espère conclure un accord avec la Commission européenne dans les toutes prochaines semaines sur une réforme de la régulation du secteur nucléaire français. Il s’agit de réorganiser EDF pour améliorer ses perspectives . En fond de décor : une nouvelle régulation du parc nucléaire d’EDF qui passerait par une hausse des prix de sa production… quant à la refonte du groupe, elle lui permettrait notamment d’investir davantage dans les énergies renouvelables.
Cette réforme s’impose-t-elle ?
En divisant EDF en trois entités (EDF Bleu, EDF Vert, etc.), va-t-on vers un démantèlement de l’énergéticien ?
Quel est l’objectif poursuivi par Bruxelles ?
Bruno Le Maire veut conserver un groupe intégré. « Nous avons la possibilité de dire Non », dit le ministre. Quid ?
Quelles conséquences pour la filière nucléaire française ?
Quid du positionnement d’EDF dans la concurrence énergétique internationale, notamment chinoise ?
Avec une injection de 1.900 milliards de dollars, le plan de relance de l’économie américaine, dont le texte de loi a été signé jeudi par Joe Biden depuis le Bureau ovale, va avoir des retombées positives sur le reste de l’économie mondiale. Ce plan de sauvetage va rayonner bien au-delà des frontières des Etats-Unis mais le risque d’inflation et d’une remontée des taux d’intérêt ne sont pas exclus.
Le plan est-il à la hauteur de la situation ?
Budget équilibré mais à forte connotation sociale, destiné aux plus pauvres…
L’Europe en général et la France en particulier, doivent-ils s’en inspirer et l’imiter ?
Les Echos – 17 février 2021
Le veto du gouvernement français au rachat de Carrefour par le canadien Couche-Tard, qui exploite des petites surfaces alimentaires souvent adossées à une station-service, a choqué bien des observateurs de la sphère économique.
Carrefour est un groupe de distribution alimentaire qui a réalisé un chiffre d’affaires de 81 milliards d’euros en 2019 (dont 52 % hors de France) et emploie 320.000 collaborateurs dans le monde. Mais sa rentabilité est faible. Couche-Tard a réalisé un chiffre d’affaires de 49 milliards d’euros en 2019, dont plus de 71 % dans la vente de carburants, et emploie 130.000 collaborateurs. Mais Couche-Tard affiche une rentabilité nette de 4 % contre 1,5 % pour Carrefour. Toutefois, Couche-Tard est sous la menace d’un basculement progressif du parc automobile vers l’électrique et l’hybride. Un rachat à bas prix de Carrefour en janvier 2021 était une opportunité exceptionnelle pour les actionnaires du groupe canadien.
C’est dans ce contexte que le gouvernement français a bloqué l’opération au nom de la souveraineté alimentaire du pays, déclenchant les sarcasmes qui rappellent ceux qui avaient suivi le refus de permettre le rachat de Danone par PepsiCo en 2005. Ceci après l’autorisation du rachat de Péchiney par le canadien Alcan en 2003, lui-même racheté par le géant minier anglo-australien Rio Tinto. Péchiney, un grand groupe de l’aluminium, fut broyé à la suite de cette opération. C’est à ce moment que s’accélère la désindustrialisation de la France qui perd 40 % de ses parts de marché mondiales à l’export de 1999 à 2019.
L’Etat français s’est réveillé en 2014, avec le décret Montebourg, sur la défense de quelques filières de souveraineté dont le nombre a été augmenté par le décret Le Maire de décembre 2019. Tous les autres pays développés protègent également leurs filières de souveraineté économique : Etats-Unis avec le Cfius créé en 1950, l’Allemagne, le Japon, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni, l’Australie, etc.
Les Etats-Unis ont défini, depuis plus d’un demi-siècle, cinq domaines de souveraineté nationale non négociables : défense, finance, agroalimentaire, santé-pharmacie, énergie, auxquels s’ajoutent aujourd’hui le numérique et l’espace. Les Etats-Unis sont en compétition avec la Chine pour la domination mondiale dans ces sept domaines.
Le refus français de l’opération Carrefour s’inscrit dans ce double contexte : affirmation mondiale des stratégies de souveraineté et mémoire de catastrophes comme celle de Péchiney. On a beaucoup évoqué la préoccupation de l’emploi comme raison du refus du gouvernement à la veille d’une présidentielle, Carrefour étant le premier employeur privé en France. C’est oublier que les grands distributeurs sont des têtes de filières pour les productions agroalimentaires.
Cette affaire fait surtout ressortir les faiblesses françaises : faiblesse des marges des entreprises, absence de fonds de pension constituant des actionnaires stables, incapacité à transformer l’épargne massive en instruments d’investissement de long terme, poids des charges sociales qui rend les entreprises peu manoeuvrantes, record du monde du taux de dépense publique (en % du PIB) pour une performance en éducation, santé, recherche, sécurité plus que médiocre en général, voire pitoyable face au Covid : absences de masques, de tests, sans parler des vaccins.
Tant que la France ne traitera pas ses maux profonds, nos entreprises resteront des cibles faciles pour d’habiles prédateurs. Seule une politique déterminée de réindustrialisation et de restauration de l’efficacité de l’action publique pourra protéger nos entreprises.
Crédit photo : François GOGLINS
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce lundi 8 février 2021.
Cliquez ici pour visionner la première partie de l’émission.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce lundi 8 février 2021.
Cliquez ici pour visionner la deuxième partie de l’émission.
L’Opinion – 04/02/2021
« En écho aux erreurs des années 1930, on retrouve la même incapacité à regarder à long terme tout en se comparant aux autres dans ce qu’ils font de mieux »
En 2020, l’activité économique a baissé de 8,3 % en France, de 7 % dans la zone euro, de 5 % en Allemagne et de 3,5 % aux Etats-Unis. Ce recul français intervient après vingt ans de forte désindustrialisation (chute de plus d’un tiers du poids de l’industrie dans le PIB), de faible croissance annuelle (0,75 % par an sur la période 2001-2020), de tragique montée de la dette publique (98 % en 2019, avant la pandémie, et peut-être 125 % fin 2021), d’un chômage qui varie de 8 % quand tout va bien à 12 % au premier accroc, et d’une chute de notre capacité d’innovation et de prise de risque.
Le pays de Pasteur est absent des nouveaux vaccins car nos grands instituts « n’ont pas osé » se lancer dans les productions et thérapies nouvelles. Le niveau de robotisation de nos usines est aujourd’hui inférieur à celui de l’Espagne et la valeur ajoutée industrielle française en euros est tombée à 40 % de celle de l’Allemagne.
Face à la Covid, en mars-avril 2020, nos soignants n’avaient pas les équipements nécessaires alors que nous avons le record du monde de la dépense de protection sociale en proportion du PIB. Ils étaient dans la position des fantassins français qui ont dû attaquer les chars allemands quasiment à main nue en mai 1940.
Désastres. Trois raisons expliquent les désastres des vingt dernières années, en écho aux erreurs des années 1930.
D’abord, on retrouve la même incapacité à regarder à long terme tout en se comparant aux autres dans ce qu’ils font de mieux. Refus de l’adaptation à la guerre moderne fondée sur le couple avion-char dans les années 1930, refus de se préparer aux pandémies en analysant les politiques de santé de la Corée du Sud, de Taïwan et de Singapour et de favoriser l’essor de la recherche et de l’industrie pharmaceutique dont le poids relatif par rapport aux autres pays s’est effondré dans les années 2010.
Ensuite, incapacité des pseudo-élites administratives énarchisées d’analyser et de comprendre la nature de la Nouvelle révolution industrielle fondée sur la science et la technologie de l’informatique qui se développe depuis les années 1980 avec une très forte accélération depuis les années 2000. Une nouvelle accélération appuyée sur l’intelligence artificielle, la 5G, les biotechnologies, l’espace et l’informatique quantique est en cours et va tout bouleverser dans les années 2020. Sur les sept membres du bureau politique du Parti communiste chinois, il y a six ingénieurs. Aucun parmi les Présidents et Premiers ministres français depuis trente ans.
« Sur le plan stratégique, depuis quarante ans, nous avons posé le sac et mangé le casse-croûte sous les frondaisons au moment où les autres se mettaient au combat et accéléraient la course »
Au lieu d’accélérer dans la transformation de notre économie au milieu des années 1990, on met en place les 35 heures et les RTT, après la retraite à soixante ans en 1982 au moment où s’amorçait le vieillissement de la population. Sur le plan stratégique, depuis quarante ans, nous avons posé le sac et mangé le casse-croûte sous les frondaisons au moment où les autres se mettaient au combat et accéléraient la course. Depuis vingt ans, nous sommes vautrés dans le refus du combat, l’écœurement des fermetures d’usine, l’abjection du principe de précaution qui a castré l’ancienne furia francese et la négation de notre identité de grande nation.
Morgue. Enfin, de 1940 à 2020, la même morgue des pseudo-élites centralisées qui doutent de leur propre peuple comme nos généraux « n’avaient pas confiance dans leurs propres soldats » (Marc Bloch). Il faut territorialiser le pouvoir en reconstruisant nos institutions sur les 1 250 intercommunalités du pays qui correspondent aux bassins de vie, en divisant le nombre de départements par deux et en réintroduisant le couplage région-département par des élus uniques, au nombre divisé par deux, siégeant tour à tour au département et à la région.
Les interco, rebaptisées « communes métropolitaines » et élues au scrutin direct (les communes actuelles devenant leur subdivision), doivent produire des plans de développement économique et social de six ans, mis à jour tous les trois ans, en lien avec les entreprises, et des plans pour l’habitat, les transports, l’éducation et la santé coordonnés par les nouveaux départements. Les régions doivent avoir pour seule priorité le développement de l’industrie, de l’enseignement supérieur et professionnel et de la recherche dans la Nouvelle révolution industrielle. Il faut en urgence des fonds d’investissement régionaux, les plans stratégiques régionaux étant coordonnés par une Agence publique stratégique dont la direction est confiée à des ingénieurs et des économistes. Un fonds d’investissement national finance les grandes infrastructures du renouveau.
Tous les fonctionnaires élus doivent démissionner de la fonction publique afin de supprimer les parachutes dorés dans le public. Tous les responsables syndicaux, politiques et médiatiques doivent suivre des cycles de formation sur les mutations du monde et doivent visiter les centres industriels et de recherche des pays les plus avancés.
Qui est prêt, parmi les citoyens, à se lever pour sauver le pays ?
Crédit photo : Matt Hardy