Les Echos

Les Echos – 25/06/2026

L’effondrement de l’industrie dans l’Hexagone, notamment automobile, et de la productivité, a des causes objectives. Il est temps de passer de l’obsession de la redistribution à celle de la production.

La part de l’industrie manufacturière dans le PIB français est plus basse en 2025 (10,0 %) qu’en 2023 (10,1 %). Quand on considère l’ensemble de l’industrie hors construction, la chute est plus marquée, passant de 13,2 % en 2023 à 12,0 % du PIB en 2025 en France contre, la même année en pourcentage du PIB, 20,7 % en Allemagne, 17,6 % en Italie, 17,0 % en zone euro et 14,2 % en Espagne. La France a donc un retard de 5 points de PIB de son industrie par rapport à la zone euro en 2025.

Cet écart s’est accru de 2023 à 2025 de 4,7 à 5 points de PIB, du fait de la dissolution catastrophique de juin 2024 qui a gelé depuis l’investissement des entreprises non financières dans le pays (Comptes de la Nation, 2026).

Baisse de la productivité globale

Notre secteur productif a enregistré une baisse de la productivité du travail depuis le choc du Covid. Selon une note de l’Insee, la baisse de la productivité apparente du travail en France, mesurée comme le rapport du PIB à l’emploi exprimé en personnes physiques et par rapport à la tendance d’avant-crise sanitaire, s’établit à 4,3 points en 2025 par rapport à 2019. Cette perte de productivité par rapport à la tendance est plus de deux fois plus marquée que dans le reste de la zone euro.

L’industrie étant plus productive que les autres secteurs économiques, l’affaiblissement du poids de notre industrie contribue à cette performance décevante de la productivité. Ajoutons que la hausse extrêmement rapide des indemnités journalières pour arrêt maladie depuis 2019, même corrigée des effets du vieillissement de la population active, a contribué à la baisse de la durée annuelle du travail des salariés à temps complet.

Pour ne pas s’effrayer, notons que la forte hausse des emplois d’alternants et de microentrepreneurs, dont la productivité est inférieure à celle des salariés à temps complet, a contribué à cette baisse de la productivité globale. Ces deux catégories ont contribué à 50 % de la hausse de l’emploi de 2019 à 2025, alors qu’elles ne représentaient que 12 % des emplois en 2019. Après correction de ce phénomène, la productivité des salariés des branches marchandes non agricole ne baisse que de 2,2 % par rapport à la tendance. La baisse est encore plus faible si l’on corrige également pour l’excès d’arrêts maladie par rapport à la tendance. Mais la productivité française a bien baissé quand elle progresse ailleurs avec l’industrie, l’intelligence artificielle et la robotisation.

On ne peut comprendre l’affaiblissement de l’industrie manufacturière en France que si l’on prend en compte la désertion des constructeurs automobiles depuis vingt ans. La France produisait 3.702.000 voitures et vans en 2002, et encore 2.270.000 en 2018 avant de s’effondrer à 1.477.000 en 2025, soit une baisse de 60 % de 2002 à 2025 et de 35 % de 2018 à 2025. C’est d’autant plus stupéfiant que l’Etat est partiellement actionnaire des deux grands constructeurs français.

Les délocalisations de production ont été massives vers l’Europe centrale, la Turquie et le Maroc, mais aussi vers l’Espagne. Ce dernier pays est devenu le deuxième constructeur de voitures en Europe, la France pointant à la cinquième place avec une production quatre fois inférieure à l’allemand et presque deux fois inférieure à l’espagnole.

L’Espagne a fait, au cours des vingt dernières années, ce que la France a oublié de faire : une politique de filière favorisant l’implantation des constructeurs européens sur son territoire en sorte que la filière automobile pèse aujourd’hui 10 % du PIB espagnol, 18 % des exportations et presque 2 millions d’emplois directs et indirects quand l’Île-de-France, autrefois berceau de la production automobile européenne, ferme ses dernières usines de production. Production : un mot célébré en Espagne et honnie en France où tout l’appareil politique et social est obsédé de redistribution de ce qui n’est plus produit. Les déficits publics et du commerce extérieur sont la conséquence de l’effondrement de la production.

Des impôts de production plus élevés

Il faut évidemment rapprocher ces chiffres du poids des impôts de production qui se situent, en pourcentage du PIB, à 3,6 % en France contre 1,9 % en Espagne et 0,6 % en Allemagne. Les impôts de production sont six fois plus élevés en France qu’en Allemagne et presque au double de leur niveau en Espagne !

Réduire les impôts de production de 1,6 point de PIB pour les ramener à 2 % du PIB, redonnerait 48 milliards d’euros aux entreprises qui investissent en France. Pour ne pas être naïf, on pourrait conditionner la baisse des impôts de production sur deux ans à une hausse effective équivalente des investissements des entreprises – formation brute de capital fixe et hausse des dépenses numériques – sur le sol français afin de booster la productivité du travail, seule garantie de la compétitivité. L’effondrement productif français a des causes objectives. Il faut arrêter d’en disserter et agir.

Les Echos – 2/04/2026

Bloquer la réforme des retraites et multiplier les chèques tout en proclamant « sa » générosité avec l’argent des autres, c’est être au seul service de soi-même. C’est choisir éros face à philia.

On connaît la distinction entre la politique politicienne, celle des professionnels de la politique obsédés de leur intérêt propre, et la politique aristotélicienne, qui vise à construire des sociétés fortes, dynamiques et solidaires.

La France est aujourd’hui dominée par la politique politicienne. Depuis 45 ans, l’obsession de la classe politique est de distribuer des prébendes, pour attirer des électeurs, sous forme d’avantages sociaux non financés, ou de réduction de la durée du travail sans réduction des revenus quand le reste du monde accélère dans les technologies, la conquête des marchés et la recherche de souveraineté réelle. L’adaptation au vieillissement rapide de la population comme au changement climatique est un anathème : s’adapter, évoluer et planifier l’avenir ? Quelle horreur !

Le résultat est aujourd’hui visible : appauvrissement général du pays, cassure de l’ascenseur social, perte massive de souveraineté, effondrement de l’éducation et des mœurs.

La Chine vient d’adopter son quinzième plan et investit massivement dans les nouvelles technologies, l’adaptation au vieillissement par la socio-technologie et la souveraineté réelle. Les Etats-Unis font de même avec une organisation différente. Même en Europe et au milieu des difficultés, l’Allemagne et l’Italie mettent l’accent sur la production compétitive. Il ne s’agit pas d’être chinois ou américain mais de s’adapter en affrontant le réel.

Et l’amour ? Cet impensé du discours scientifique et politique se décline symboliquement en éros, philia et agapé selon la tripartition de Platon, Aristote et la tradition chrétienne primitive. Eros est l’expression du désir lié à un manque, pulsion de vie possessive que Freud oppose à thanatos, pulsion de mort. Philia est l’amour-amitié, fondement de la vie heureuse et éthique appuyé sur le respect, la bienveillance et la durée. Pour être direct, éros c’est mon ego, et philia c’est la dignité de l’autre. En France, aujourd’hui, Eros-Thanatos domine la politique.

Agapé, amour don et charité, des parents aux enfants, des soignants aux malades, est au cœur de la responsabilité infinie envers l’autre.

La politique politicienne, c’est éros dominateur et exterminateur au seul service de soi-même. Je bloque la réforme des retraites pour obtenir des voix aux élections et je multiplie les chèques inconditionnels à des citoyens transformés en assistés pour les enfermer dans la pauvreté tout en proclamant « ma » générosité avec l’argent des autres ponctionné par l’impôt.

Une révolution politique

La politique de l’adaptation, du développement et de la compétitivité dans l’éducation, la production et les services publics, cette politique créatrice du long terme qui distribue des cannes à pêche plutôt que des poissons, est fondée sur l’alliance de philia et agapé au service du peuple et des intérêts fondamentaux de la nation.

Dans la politique française, et notamment depuis 1997, éros gavé-de-soi a tué philia et agapé tout en se vantant de « sa générosité ». On proclame l’extermination de la nation et l’asservissement du peuple au nom de son médiocre génie, sur tout le spectre.

Que faire ? Une révolution politique. Sans transition, quelques éléments de transformation du pays : Tout d’abord, une réforme institutionnelle : 300 députés et 100 sénateurs avec un Office parlementaire d’évaluation des conséquences à long terme des projets de loi, 50 départements rapprochés des anciennes provinces pour l’identité, un millier de communes stratèges rassemblant les métropoles et les territoires dans une vision partagée de l’avenir. Ensuite, une réforme constitutionnelle interdisant le déficit de la protection sociale et retour de la planification stratégique pour organiser le rebond de la production compétitive. Enfin, le retour de l’exigence et de la science dans l’éducation.

Je sais. C’est un rêve d’amour.

Les Echos – 27/01/2026

Les Français s’appauvrissent collectivement. Seule une planification stratégique pour reconstruire des filières de financement et de production sortira le pays de l’ornière.

L’économie française représentait 71 % de l’économie allemande et 20,7 % de celle de la zone euro en 2015. Elle ne représentait plus que 67 % de l’économie allemande et 19,2 % de l’économie de la zone euro en 2024. Le basculement du leadership européen de la France à l’Allemagne, intervenu il y a une dizaine d’années après trois décennies d’affaiblissement relatif, est lié à la désindustrialisation de la France, à l’effondrement de l’école, aux mesures contre l’effort et le travail, et aux errements de sa politique de finances publiques. C’est une erreur grave d’imaginer que la croissance française à crédit, sous l’effet du double déficit public et extérieur, est uniquement une question d’endettement. C’est d’abord et surtout un problème d’appauvrissement collectif qui explique l’insatisfaction de la population en termes de pouvoir d’achat et de perspectives d’amélioration de la condition des travailleurs et de leurs enfants.

Jamais les Français n’ont été aussi pessimistes sur le bien-être futur de leurs propres enfants depuis le début de la Ve République. Si les Français ont eux-mêmes élu ceux qui abaissent le pays depuis près d’un demi-siècle, à quelques exceptions près, on peut saluer leur lucidité sur les conséquences de leurs mauvais choix. Il faut cesser de geindre sur la nullité de la classe politique actuelle sans admettre qu’elle est élue par le peuple qui porte l’entière responsabilité de son malheur.

La France, redevenue la quatrième puissance économique mondiale en 1974, encore un phare de l’humanité en 1980 et se tenant à peu près debout en 1997, s’étiole depuis son entrée dans la zone euro en 1999. Les pseudo-élites nationales ont cru qu’il s’agissait d’un bouclier nous protégeant des effets de nos renoncements alors que l’euro est un accélérateur des divergences à l’intérieur de la zone : ceux qui ne travaillent pas sont progressivement « mangés » par ceux qui innovent, investissent et produisent. La rétraction de la France, en poids relatif dans le PIB et les exportations de la zone, est considérable depuis vingt ans.

Sans planification stratégique de reconstruction de filières de production intégrées qui assure que chaque producteur final de marchandises et de services dispose des sous-traitants sur son territoire de production afin d’organiser la souveraineté de chaque filière, le pays ne se relèvera pas. Les « entreprises sans usines » est un slogan imbécile.

Mobiliser les milliards d’euros d’épargne

La planification stratégique ne se fait pas entre fonctionnaires dans un commissariat de confort. Il faut une volonté et une vision qui organisent un travail construit avec les industriels, les ingénieurs, les financiers, les chercheurs et les logisticiens. Il faut reconstituer des filières de financement au service des filières de production construites sur l’innovation, la productivité et l’investissement dans des acteurs ayant la taille critique dans chaque activité de production. C’est ainsi que la Chine, les États-Unis, l’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud travaillent dans la durée et dans un monde ouvert dans lequel les progressions se font sur des routes tracées par l’intelligence et l’effort.

Des centaines de milliards d’euros d’épargne dorment dans des livrets sans risque. Les mobiliser par des instruments bénéficiant d’une garantie, qui ne sera pas appelée si l’on travaille selon l’organisation présentée ici, permettrait de reconstruire une industrie verte compétitive, des biotechs et licornes numériques, spatiales et énergétiques, et des infrastructures numérisées et optimisées.

Au lieu de cette approche, nous privilégions le « sociétal dans l’endettement ». Comme pour l’alcoolisme, les trois premiers verres chaque jour sont réconfortants. Dans les deux cas, on finit dans l’abjection de la stagnation gavée de dettes. Nous y sommes.

Les Echos – 9/12/2025

La Chine est actuellement frappée par une déflation généralisée qui est le fruit d’une organisation territoriale déséquilibrée et d’une vision politique folle, explique Christian Saint-Etienne.

La Chine est constituée de 23 provinces et 5 régions autonomes. Ces dernières sont des provinces comptant d’importantes minorités nationales, c’est-à-dire des populations qui ne sont pas uniquement des Hans, le premier groupe ethnique en Chine avec plus de 92 % de la population. Contrairement à leur appellation, les régions dites « autonomes » sont sous le contrôle direct du gouvernement central qui se méfie de leurs habitants.

Surproduction permanente

Si le système politique communiste est ultra-centralisé, le pouvoir économique est sous le contrôle principal des responsables communistes dans les provinces dont la réussite et les promotions, décidées par le Bureau politique du Parti communiste, dépendent essentiellement de leurs performances économiques et de leur capacité à maintenir la discipline et la sécurité de la population de leur ressort. Les responsables régionaux sont donc en compétition entre eux pour développer la production d’acier, de ciment, de robots, de microprocesseurs ou de voitures électriques.

Il en résulte une surproduction permanente et une déflation rampante qui menace de plus en plus la stabilité économique et politique de la Chine. Il y avait 80 constructeurs automobiles en Chine en 2022 qui devaient fusionner pour qu’il n’y en ait plus que quelques-uns cinq ans plus tard. Ils sont plus de 100 aujourd’hui car aucune région ne veut abandonner les siens et que le droit des faillites n’est pas incitatif aux restructurations.

En conséquence de ce que je nomme surproduction compétitive, les coûts de production chinois sont inférieurs à ceux du reste du monde de plus de 40 % dans les smartphones, les produits chimiques ou les panneaux photovoltaïques, de 30 % dans les véhicules électriques et machines-outils, et d’un quart dans à peu près toutes les autres productions, d’autant plus que le taux de change effectif réel du yuan a baissé de 20 % au cours des trois dernières années.

Xi refuse de pousser la consommation

Dans ce contexte de surproduction compétitive et de déflation aux effets mondiaux exacerbées par les droits de douane américains qui renvoient les produits chinois vers l’Union européenne et l’Asie hors Chine, Xi Jinping a choisi de combattre la surproduction locale, non par une hausse de la demande interne, mais par une accélération de la production manufacturière ! La Chine assure déjà 31 % de la production manufacturière mondiale et Xi veut qu’elle atteigne 35 % de la production mondiale en 2030 !

En cas de succès, c’est l’assurance de l’accentuation de la déflation généralisée pour les productions manufacturières mondiales. Le refus de Xi de pousser la demande interne a plusieurs causes :

L’investissement (plus de 40 % du PIB) est dans les mains du Parti communiste. Favoriser la consommation, c’est donner plus de liberté de choix aux ménages, ce à quoi Xi et le Parti répugnent.

Ensuite, pour favoriser la consommation, les ménages chinois devraient moins épargner, ce qu’ils ne souhaitent pas faire en l’absence d’une protection sociale généralisée. Les dépenses publiques de retraite et de santé atteignent environ 9 % du PIB en Chine contre 25 % du PIB en France. Pour renforcer la protection sociale chinoise, il faudrait créer une CSG locale et des taxes immobilières. Or la première affaiblirait à court terme la consommation déjà trop faible. Les secondes aggraveraient la crise immobilière avec des conséquences politiques potentiellement illimitées.

Heureusement pour Xi, l’Union européenne, politiquement impuissante face à Trump, est idéologiquement incapable de protéger ses producteurs dans une « économie de marché ouverte où la concurrence est libre » – ce mantra qui constitue la colonne vertébrale des traités européens et qui éviscère l’Europe dans un monde de compétition étatique brutale.

Les Echos – 2/12/2025

En mai 1975, 11 Etats européens ont créé l’Agence spatiale européenne (ESA), une organisation intergouvernementale indépendante de l’Union européenne (UE). Ces deux organisations travaillent ensemble, l’ESA menant, par exemple, le développement des programmes Galileo ou Iris2. Galileo est le système de navigation par satellite de l’UE, plus précis que le GPS américain, et Iris2 doit mettre en place une constellation de satellites de télécommunications fournissant des liaisons sécurisées et à haut débit en compétition avec Starlink.

L’ESA compte aujourd’hui 23 pays membres dont trois n’appartiennent pas à l’UE : le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse. Le budget de l’ESA pour 2025 est de 7,7 milliards d’euros avec trois programmes phares : l’observation de la Terre avec Copernicus, la navigation avec Galileo et le transport spatial. L’ESA dispose de deux lanceurs, Ariane 6 et Vega C. Des lanceurs réutilisables sont en développement.

La domination de Starlink

On pourrait en déduire que l’Europe spatiale est puissante. En réalité, c’est un nain. Elle a pris du retard dans les satellites de communication en orbite basse. Starlink a mis en orbite plus de 8.000 satellites contre 650 pour Eutelsat Oneweb. Starlink domine l’Internet spatial haut débit avec deux tiers du marché mondial. Iris2, commandé par la Commission européenne à SpaceRise vise à accélérer dans ce domaine avec 300 satellites d’ici 2030, mais l’Allemagne ne soutient pas ce programme car elle veut construire un système militaire national.

Si la précision d’Ariane 6 pour l’insertion des satellites est exceptionnelle avec une montée en exploitation très rapide, la fusée n’est pas réutilisable. Le budget de la NASA est de 25 milliards de dollars – trois fois celui de l’ESA – dont 12 milliards de dollars consacrés à l’exploration spatiale contre 770 millions d’euros pour l’ESA.

Les dépenses spatiales de l’Europe n’atteignent que 10 % des dépenses mondiales – c’était 15 % il y a cinq ans – contre 60 % pour les Etats-Unis et 20 % pour la Chine. Le secteur spatial mondial progresse de 10 % par an, avec une Europe dépassée, alors que ce secteur est crucial pour la navigation, la conduite automobile autonome, la défense ou les paiements bancaires. L’UE est dépassée dans l’espace comme dans la production des microprocesseurs au coeur de la révolution numérique.

Un budget de 22 milliards d’euros a été attribué à l’ESA le 27 novembre 2025 pour la période 2026-2028 contre 17 milliards d’euros pour la période 2023-2025, mais si Iris2 est tué… La France sera le deuxième contributeur au budget de l’ESA 2026-2028 avec 3,6 milliards d’euros derrière l’Allemagne avec 5,1 milliards d’euros et devant l’Italie avec 3,5 milliards d’euros. La France ne peut pas simultanément dépenser 1.000 milliards d’euros par an en protection sociale et financer plus de 1,2 milliard d’euros par an pour sa contribution à l’ESA. Tels sont nos choix.

La priorité française dans l’ESA reste au transport spatial avec Ariane 6, la fusée Maia et le Centre spatial guyanais de Kourou. La politique spatiale française se déploie également par le CNES et le ministère des Armées. Tous vecteurs confondus, la France va consacrer 25 milliards au spatial d’ici à 2030 contre 40 milliards d’euros pour l’Allemagne. L’Allemagne ambitionne de prendre le leadership du spatial à la France dans l’Union européenne. Néanmoins, la France dispose encore d’une base industrielle et technologique spatiale de premier plan. La développer est une nécessité vitale.

Les Echos – 5/11/2025

Le redressement français ne passera que par la restriction des dépenses publiques, la relance de la production et la justice fiscale. L’histoire du pays l’a démontré, rappelle Christian Saint-Etienne.

La classe politique française et ses électeurs veulent une protection sociale de pays riche alors que nous nous appauvrissons relativement aux autres pays européens sous l’effet d’une croissance misérable depuis vingt ans. Cette dernière dépasse à peine 1 % alors qu’elle devrait dépasser 2 % pour financer la protection sociale, l’éducation, la recherche et innovation, etc. Seule une réindustrialisation déterminée, une relance du bâtiment, des travaux publics et de la production agroalimentaire, et le doublement du nombre de grosses PME et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) peut conduire à la nécessaire accélération de notre développement durable dans le respect de l’environnement.

Une telle approche de résurrection de notre économie suppose la conjonction d’un projet stratégique ambitieux à sept ans et d’une rigueur de gestion des finances publiques qui soit stricte à trois ans. Au lieu d’une telle ambition, nous avançons à reculons avec le retour de l’âge de départ à la retraite à 62 ans et 9 mois, une dérive permanente des finances publiques et un matraquage fiscal centré sur les talents les plus recherchés dans l’économie moderne. Comment expliquer un tel divorce entre le souhaitable et le constaté ?

Retour en 1774

Ce n’est pas la première fois que la France se trouve enfermée dans ses contradictions. La chute de l’Ancien Régime, prévisible compte tenu de l’opposition de la cour, de la noblesse et du clergé aux réformes de Turgot, contrôleur général des finances dans le gouvernement pleinement constitué le 24 août 1774 – Louis XVI devenant roi le 10 mai 1774, clin d’oeil au 10 mai 1981 -, résulte de la crise des finances publiques qui mine la royauté au XVIIIe siècle. Dès le 1er septembre 1774, le roi s’entretient quotidiennement avec Turgot qui suggère un plan de réduction de la dépense publique : « Si l’économie n’a précédé, aucune réforme n’est possible. » Turgot propose l’établissement d’un impôt territorial sur la noblesse et le clergé, et l’établissement d’un cadastre pour une égale taxation de tous, mais son programme est centré sur le contrôle de la dépense qu’il ne parvient pas à imposer. Turgot, qui voulait notamment réduire les dépenses de Marie-Antoinette, est renvoyé le 12 mai 1776 car tous se sont ligués contre la réduction de la dépense et l’impôt territorial.

La crise des finances publiques provoque la convocation des Etats généraux en mai 1789, l’enclenchement de la Révolution et l’exécution du roi. Les crises de finances publiques sont à l’origine de la plupart des crises de régime dans l’histoire mondiale.

Réformer les holdings et le Dutreil

A contrario, des gouvernants aux idées claires, comme Poincaré en 1926, de Gaulle en 1958 ou Raymond Barre en 1976, parviennent à retourner la situation rapidement en contrôlant strictement la dépense et en favorisant le rebond des entreprises par des politiques stratégiques claires et ambitieuses.

Il n’y a pas de substitut, pour opérer un redressement national, à une politique simultanée de restriction de la dépense publique et de relance de la production marchande. La distribution de pouvoir d’achat suppose une accélération de la création de richesses et donc une politique pro entreprises, ainsi que l’élaboration d’un plan stratégique de développement de filières compétitives.

Un tel plan doit s’accompagner de justice fiscale. On privilégiera des mesures franches et simples à la technicité revancharde. Par exemple, plutôt qu’une fiscalité d’une complexité inouïe sur les holdings familiales, il faut simplement leur interdire de détenir des biens d’usage (voiliers, chalets et autres biens de luxe) qui doivent être détenus en direct par les particuliers. De même, le Dutreil ne s’applique pas aux biens d’usage.

Contrôle strict de la dépense publique, fiscalité simple et juste, et planification stratégique ambitieuse à moyen terme sont les éléments clés de la réussite politique.

Les Echos – 21/10/2025

L’abandon de l’âge de départ à la retraite de 64 ans est une erreur politique et sociale. Relancer la production et traiter la pénibilité exige des réformes précises et non un retour en arrière brutal, explique Christian Saint-Etienne.

Nous allons donc simultanément, en 2026, ramener l’âge de départ à la retraite à 62 ans et 9 mois tout en empruntant 310 milliards d’euros pour financer le déficit et refinancer la dette publique. La moitié de ces sommes sera demandée à des fonds de pension de pays étrangers qui ont déjà fixé l’âge de départ à la retraite à 67 ans et envisagent de le porter à 70 ans. Est-ce sain et durable ? La réponse est dans la question.

Le débat politique et social s’est hystérisé en France depuis dix ans sur la question de la retraite et des inégalités sociales alors même que l’âge de départ à la retraite est l’un des plus bas du monde, même s’il restait fixé à 64 ans, et que les inégalités de revenus après redistribution sont parmi les plus faibles au monde. Quel est le sujet de politique économique massif qui n’est pas traité dans notre pays, sauf à la marge ?

La croissance annuelle moyenne de notre économie depuis vingt ans est à peine supérieure à 1 % quand elle devrait dépasser 2 % par an pour générer les recettes nécessaires afin de financer une protection sociale de pays riche alors que notre économie stagnante nous transforme en pays pauvre au sein de l’Union européenne. Or les débats politiques ne portent qu’occasionnellement sur la relance de la production, notamment industrielle. De plus, notre démographie est chancelante, car les familles ont intégré cet appauvrissement relatif dans leurs perspectives sociales de long terme.

Pénibilité

Même si l’industrie du futur se développe dans des usines robotisées, numérisées et électrifiées, et que les travaux dans le bâtiment – travaux publics, l’agroalimentaire et les activités répétitives dans le froid et le bruit – ont fait l’objet d’aménagements de confort significatifs, on peut considérer que 11 % à 14 % de la population active travaillent dans des conditions « pénibles ».

Les travaux du Conseil d’orientation des retraites et de l’Insee conduisent à considérer que la disparition du déficit des régimes de retraite exigerait de porter la durée de cotisation à quarante-quatre ans et l’âge de départ à la retraite à 65 ans d’ici à 2032 pour régler le problème jusqu’en 2060. Ceci permettrait d’augmenter le taux d’emploi de la population active et de contribuer à la hausse de la croissance économique. Comment concilier ces objectifs ?

Maternité

L’abandon de l’âge de départ de 64 ans est évidemment une erreur politique et sociale d’autant plus grave qu’elle ne traite pas les deux sujets majeurs de la pénibilité du travail et de la maternité.

Il faut maintenir l’objectif à terme d’un âge de départ à 64 ans avec une durée de cotisation de quarante-quatre ans, accompagné d’une grille de réduction de l’âge et de la durée allant jusqu’à deux années pour pénibilité en fonction de critères objectifs et de deux ans pour maternité – six mois par enfant avec un plafond de deux ans. Les deux aménagements seraient plafonnés à trois ans en cas de cumul aux extrêmes (emploi le plus pénible et plus de quatre enfants). On peut anticiper que les 11 % à 14 % d’emplois pénibles donneraient un bonus moyen de douze à quinze mois et que les mères de deux enfants auraient un bonus d’un an. Le bonus global pour les mères en emploi semi-pénible serait de dix-huit mois, à la fois sur l’âge et la durée, soit 62 ans et demi et quarante-deux ans et demi.

Il faut également favoriser les accords de filière permettant aux entreprises de secteurs à l’emploi difficile de réduire l’âge et la durée à leurs frais. Relancer la production et traiter la pénibilité exige des doigts de fée réformistes plutôt qu’un retour en arrière brutal et destructeur de prospérité collective.

Les Echos – 16/09/2025

Le débat sur la taxe Zucman ne doit pas faire oublier la création, dans la loi de Finances pour 2025, d’une contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR). Christian Saint-Etienne propose de l’augmenter de 3 % en échange de l’inclusion de 3 règles d’or budgétaires dans notre Constitution.

Le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, doit construire une base de compromis pour envisager la présentation d’un budget pour 2026. Le Parti socialiste (PS) s’arc-boute sur la mise en oeuvre de la taxe Zucman tandis que le parti Les Républicains ne souhaite pas de hausse de fiscalité sur les patrimoines. La loi de Finances pour 2025 a déjà prévu la création d’une Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) instituant un taux minimal de 20 % pour l’impôt sur le revenu, y compris pour la CEHR – contribution exceptionnelle sur les hauts revenus – des personnes physiques dont le revenu fiscal de référence est supérieur à 250.000 euros pour les célibataires, veufs ou divorcés et 500.000 euros pour les couples.

Non-sens économique

Oui, Bercy s’éclate, la CDHR concerne la CEHR afin de simplifier le code fiscal pour les contribuables. Cela étant clarifié (!), continuons. La taxe Zucman est une contribution différentielle visant à s’assurer que la somme des impôts payés par les contribuables ayant un patrimoine supérieur à 100 millions d’euros atteint effectivement 2 % de leur patrimoine. Dans le cas contraire, ils devront payer la différence entre les impôts payés et 2 % du patrimoine chaque année. Le débat porte sur l’inclusion ou non du patrimoine professionnel, Zucman et le PS répondant oui à la question. L’idée de base de Zucman est que le revenu des « riches » n’inclut pas – pour faire simple – l’excédent brut d’exploitation (EBE) de leurs entreprises, ce qui est un non-sens économique puisque l’EBE finance l’investissement et le développement global de l’entreprise. Les « riches » reçoivent des dividendes qui sont déjà fiscalisés.

Il faut rappeler que les 10 % de ménages ayant les revenus les plus élevés paient déjà 75 % de l’impôt sur le revenu et que, contrairement à l’approche générale en France, nous ne sommes pas en économie fermée mais ouverte. Une taxe Zucman à 1 % excluant le patrimoine professionnel pourrait être adoptée au niveau européen voire mondial pour faire sens. Mais choisir de l’appliquer d’abord dans le pays subissant la fiscalité la plus élevée au monde et en incluant le patrimoine professionnel ne relève pas de la théorie économique mais de la psychanalyse collective.

Respecter les règles d’or

Dans ces conditions que faire ? Je propose de remplacer la taxe Zucman de 2 % par une taxe Saint-Etienne de 3 % – je suis le plus fort ! – s’appliquant à la CDHR qui passerait à 23 % pendant trois ans, tandis que toutes les prestations sociales et la dotation globale de fonctionnement (DGF) des collectivités locales seraient indexées sur l’inflation moins 1 % pendant trois ans. Le calcul conduisant à la CDHR s’appuierait sur le ratio de l’IR + taxes foncières payées en France + CEHR + prélèvements libératoires sur le revenu fiscal de référence.

Donc, 3 % supplémentaires de CDHR et 3 ans de sous-indexation des dépenses contre l’inclusion de 3 règles d’or dans la Constitution : 1 – interdiction du déficit sur le périmètre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) avec une hausse de la CSG au démarrage pour équilibrer les comptes, 2 – les collectivités locales doivent couvrir par des recettes courantes non seulement les dépenses de fonctionnement mais 60 % du budget d’investissement, ce qui correspond à l’amortissement du stock de capital des collectivités, 3 – le déficit du budget de l’Etat ne peut dépasser 3 % du PIB en temps de paix et idéalement être inférieur à 1,5 % du PIB quand la croissance dépasse 1 % par an.

Donc trois fois 3, avec des mesures de bon sens pour sauver durablement le pays. Si vous avez supporté la lecture des sigles et des calculs jusqu’ici, sachant que Bercy va adorer, reprenez votre souffle et vous verrez que ce qui est proposé ici est très malin. Sourions.

Les Echos – 28/08/2025

Face aux subventions commerciales agressives de la Chine, l’Union européenne réplique trop faiblement, trop peu et trop tard. L’exemple des panneaux photovoltaïques est édifiant, estime Christian Saint-Etienne.

En ce qui concerne l’avenir de l’Union européenne, on peut faire des phrases ou regarder les faits. L’Union est une colonie numérique et militaire des Etats-Unis alors que ce pays, certes encore un allié, n’est plus un ami. De plus, la guerre commerciale de Trump, qui frappe directement l’Europe, redirige également les exportations chinoises vers nous.

De 2014 à 2024, le déficit des échanges de biens de l’UE avec la Chine a triplé à plus de 300 milliards d’euros. Ce n’est rien par rapport à ce que l’on peut anticiper pour 2025-2027, avec des exportations chinoises d’acier, de voitures et de batteries électriques, de panneaux photovoltaïques et de micro-ordinateurs, de pompes à chaleur et d’électrolyseurs, de biens intermédiaires et de produits textiles qui submergent une Union qui, pour l’essentiel, continue de pratiquer un commerce ouvert sans contrepartie. Bruxelles ne corrige qu’à la marge les effets des subventions chinoises à l’exportation et lorsque la Commission intervient, c’est toujours trop peu et trop tard, contrairement à l’action résolue du « Department of Commerce » américain.

Une réponse trop faible

Par exemple, pour les voitures électriques produites en Chine et depuis le 30 octobre 2024, les droits de douane ont été portés par la Commission à 17,8 % pour Tesla en Chine et 37 % pour le géant BYD, quand ils avaient été portés à 100 % par Joe Biden bien avant l’arrivée de Donald Trump. Alors que la Chine a mené pendant trois décennies une politique de contrôle féroce des importations de véhicules européens, l’UE est incapable de mettre en œuvre une politique équivalente pour les voitures électriques.

C’est pire encore pour les panneaux photovoltaïques. La Chine a éradiqué la production européenne de panneaux en versant des subventions massives à ses producteurs pendant deux décennies pour qu’ils conquièrent le marché européen. A chaque fois que les producteurs européens ont demandé la mise en place de droits compensatoires corrigeant les effets des subventions chinoises, la Commission a mis des mois à étudier le dossier et mis en œuvre des droits correcteurs inférieurs au préjudice subi par les industriels européens et pour une durée limitée, selon l’approche des « droits moindres », afin de maintenir une pression concurrentielle maximale sur les producteurs européens.

Les droits moindres pour une durée limitée après une longue enquête tuent les industries de la transition écologique, sacralisée par ailleurs, ou affaiblissent les industries chimiques, sidérurgiques et mécaniques, automobiles, textiles, etc. Alors que l’Union ne produira que 6 % des émissions mondiales de CO2 contre 60 % pour l’Asie en 2030, elle mène une transition écologique à base de technologies chinoises : un contresens stratégique colossal. Il faut développer les technologies européennes pour réussir la transition écologique afin de ne pas opposer transition et emploi.

Se remettre en cause

De plus, la Commission manie le droit de la concurrence comme une arme de guerre contre ses propres secteurs économiques. Nous avons ainsi 180 opérateurs téléphoniques exsangues dans l’Union contre 3 ou 4 en Chine et aux Etats-Unis, alors qu’une dizaine suffirait en Europe.

Si la politique conduite par la Commission était un succès, la croissance de l’Union et notamment celle de la zone euro devrait dépasser celle des Etats-Unis et de la Chine, alors que l’inverse est vrai. En toute logique, la non-croissance européenne depuis la mise en œuvre du marché unique devrait provoquer une remise en cause totale des politiques menées, de l’organisation de l’Union et de son système de prise de décision. Pas ici. L’Union va continuer de stagner plutôt que de questionner les raisons des échecs passés et présents.

Les Echos – 19 juin 2025

Le fatras réglementaire auquel se consacre Bruxelles est inadapté et contre-productif. Il faut d’urgence transformer les institutions européennes si l’on veut que l’Union européenne survive.

Compte tenu du retard croissant de l’Europe en biotechs, numérique et espace, la croissance européenne sera, pour la décennie 2026-2035 et en se fondant sur des données du FMI, deux fois moindre que celle des Etats-Unis, trois à quatre fois moindre que celle de la Chine et six fois moindre que celle de l’Inde. Les débats sur l’avenir de l’Union sont une perte de temps quand son fonctionnement bureaucratique transforme l’industrie, l’agriculture et la transition écologique en marais stagnant.

L’approche européenne de la transition écologique fait massivement appel à la réglementation et à l’interdiction, quand les Etats-Unis font surtout appel aux incitations à produire, et les Chinois, à la défense de leurs seuls intérêts nationaux. L’Union européenne a voulu accélérer la transition sans se préoccuper de la production des panneaux photovoltaïques, des éoliennes, des électrolyseurs et des pompes à chaleur, tous secteurs dominés par la Chine. Cette domination va s’accentuer car plus de 80 % des projets de nouvelles usines dans ces équipements devant être mises en service dans le monde d’ici à 2030 sont en Chine.

Le déclin de l’industrie automobile européenne au bénéfice de la Chine est programmé sans modification majeure des règles du commerce en Europe. Les errements de Donald Trump sur le commerce ne font qu’aggraver la situation.

Fatras réglementaire

Les corrections annoncées en 2025 aux directives européennes restrictives adoptées depuis dix ans, et notamment depuis le Green Deal de 2019, ne vont corriger que moins de 10 % du fatras réglementaire européen d’ici deux ans. La politique européenne se concrétise dans de nombreux secteurs économiques par un gigantesque « Buy China Act » quand l’Europe refuse depuis un demi-siècle l’idée même d’un « Buy European Act ». Quelle est la nature du problème ?

Selon les enseignements de la théorie économique de la bureaucratie, l’organisation « Commission – Cour de justice européenne » est authentiquement une Bureaucratie, c’est-à-dire un système institutionnel qui fonctionne selon des règles et des procédures soumises au contrôle d’une autorité hiérarchique. Le calcul économique n’est utilisé que pour conforter la règle. Le fonctionnaire zélé met en oeuvre les règles et procédures en contrepartie d’un salaire élevé et d’une sécurité du travail. C’est une mécanique froide dont la course ne peut être modifiée que par des révoltes populaires.

Penser opérationnel !

Or, la Bureaucratie, dans un monde en évolution rapide, est un frein aux transformations nécessaires. La Bureaucratie est l’antithèse de la vigueur politique et de la pensée stratégique opérationnelle qui sont les clés du succès dans la tempête qu’est le monde aujourd’hui. Si l’on définit l’Union comme une « économie de marché où la concurrence est libre », toute autre considération est écartée. Le pouvoir du bureaucrate vient de l’interprétation et de l’application des règles de la concurrence libre, colonne vertébrale de l’Union de 1958 à 2023. Depuis deux ans, des « documents d’orientation » suggèrent des « changements stratégiques » : ils se traduiront en de nouvelles règles bureaucratiques.

Il convient donc en urgence de transformer les institutions européennes si l’on veut que l’Union européenne survive. La Commission doit intégrer les mutations stratégiques et technologiques dans ses deux domaines de compétence exclusive que sont la politique commerciale et le droit de la concurrence. Pour ses autres missions, elle doit devenir le secrétariat politique du Conseil européen tandis qu’un noyau dur de nations volontaires doit mettre en place une politique de puissance. Il est essentiel que l’Europe revienne au premier plan dans le numérique, les biotechs, l’espace et la défense. Seule une stratégie de puissance peut nous sauver.