L’Opinion

L’Opinion – 5/10/2021

« Il vaut mieux relever les plafonds, en exigeant la transparence des dons, que de favoriser une médiocrité opaque »

Indépendamment de l’actualité judiciaire, il est important de revisiter les règles de financement des campagnes présidentielles si l’on veut revitaliser la vie démocratique.

Les règles actuelles stipulent que les dons et aides matérielles des personnes morales, notamment les entreprises, sont interdits tandis que ceux des particuliers sont autorisés dans une stricte limite de 4 600 euros par citoyen quel que soit le nombre de candidats qu’il soutient. Outre ces dons, l’apport financier du candidat peut provenir de ses fonds personnels, d’aides de partis politiques ou d’emprunts auprès d’organismes bancaires.

Le plafond des dépenses électorales est fixé à 22,5 millions d’euros pour chacun des deux candidats restés en lice au second tour et à 16,85 millions pour chacun des autres. Ces dépenses sont remboursées par l’Etat à hauteur de 47,5 % du plafond pour les candidats ayant obtenu plus de 5 % des voix et 4,75 % pour les autres.

La dernière campagne électorale aux Etats-Unis a donné lieu à des dépenses globales de 11 milliards de dollars. Joe Biden a dépensé 484 millions de dollars et Donald Trump 456 millions de dollars. Ces fonds ne proviennent pas de financements publics pour ne pas être contraints par le plafond imposé de 84 millions de dollars.

Depuis les trois dernières élections, les financements sont privés. Depuis 2010, une décision de la Cour suprême américaine ne pose plus de limite au financement d’une campagne. Les “comités d’action politique” privés peuvent dépenser des centaines de millions de dollars pour soutenir un candidat en dehors du compte de campagne de celui-ci, ce qui explique l’écart entre les sommes déclarées par les deux candidats et la somme totale.

Entre deux-tours. Que doit-on en retenir pour la France ? La dépense officielle des candidats américains est en moyenne de 470 millions de dollars. En corrigeant de l’écart des PIB américain et français, l’équivalent français est de 70 millions de dollars, soit environ 60 millions d’euros. De plus, dans un monde numérisé et dans lequel les réseaux sociaux jouent un rôle clé, il est essentiel de donner plus de moyens aux candidats principaux en prenant en compte le fait que les trois dernières semaines de la campagne du premier tour et les deux semaines d’entre deux-tours sont décisives.

Il apparaît nécessaire de faire évoluer les conditions de financement des campagnes électorales présidentielles sous réserve d’une totale transparence. Je propose donc :

1/de porter le plafond du premier tour à 25 millions d’euros et le plafond de second tour à 40 millions. L’ouverture de l’écart s’explique par la nécessité de permettre aux principaux candidats espérant être au second tour à l’approche du premier tour, d’accélérer le mouvement à leurs risques et périls s’il dépasse le plafond du premier tour sans être au second ;

2/de porter le financement des particuliers à 12 000 euros mais en rendant publics les noms des personnes ayant donné plus de 3 000 euros, tous candidats confondus ;

3/d’autoriser à nouveau le financement officiel par les personnes morales à hauteur de 50 000 euros, tous candidats confondus et avec publication des donateurs au premier euro ;

4/d’établir une tarification nationale des prêts ou locations de salle afin que les candidats soient à égalité d’accès aux lieux de meetings électoraux.

Il vaut mieux relever les plafonds, en exigeant la transparence des dons, que de favoriser une médiocrité opaque.

Crédit photo : Atypeek Dgn

L’Opinion – 26 juillet 2021

« Le résultat est une France désindustrialisée, aux finances publiques à la dérive, à l’école en déshérence dans les comparaisons internationales, sans politique énergétique, avec une immigration subie, qui échoue dans les compétitions même quand elle a une bonne équipe »

Il y a un mystère français : comment autant d’individualités brillantes peuvent-elles produire un collectif aussi faible ?

Et ce n’est pas un phénomène récent. Dans La guerre des Gaules, Jules César écrit que si les Gaulois avaient été organisés, ils auraient massacré ses légions. Dans la guerre de 1870, des généraux de Cour, qui n’ont pas étudié la guerre de Sécession, envoient des soldats magnifiques à l’abattoir car les Allemands se sont équipés massivement de mitrailleuses largement utilisées à la fin de la guerre civile américaine. En 1939, la Ligne Maginot était efficace, contrairement à la doxa véhiculée depuis, et les Allemands la contournent pour cette raison. Ils passent par les Ardennes car des généraux français avaient considéré que c’était impossible : cette partie du front était peu protégée – sans évoquer la position ambiguë de la Belgique.

Et le problème s’aggrave. Dans les années 1990, selon les mêmes phénomènes de Cour, des sociologues et des politiques néomarxistes ou négligents décrètent, à quelques-uns mais au cœur du système, que nous sommes entrés dans un monde post-industriel et post-travail qui exige le partage d’un nombre limité d’heures de travail. Cette idée est reprise par le Parti socialiste qui gagne les élections législatives de 1997 et impose la semaine de 35 heures à des syndicats réticents, avec plein effet pour les entreprises de plus de 20 salariés au 1er janvier 2000 et pour les autres au 1er janvier 2002. La droite, élue en 2002, ne modifie le dispositif qu’à la marge.

La désindustrialisation du pays est la principale cause de son affaiblissement, de la désertification des territoires qui a provoqué le phénomène des Gilets jaunes, et du déficit extérieur qui mine les équilibres financiers de la France

Dans tous les pays développés, l’industrie est l’activité la plus internationalisée, et infiniment plus que les services. La semaine de 35 heures, qui a augmenté fortement le coût du travail, désorganisé la production et démotivé les travailleurs, a joué le même rôle pour les PME industrielles françaises que les mitrailleuses allemandes en 1870. La production industrielle stagne aujourd’hui à son niveau de l’an 2000 et la France a perdu, depuis cette date, plus de 40 % de ses marchés à l’exportation. La désindustrialisation du pays est la principale cause de son affaiblissement, de la désertification des territoires qui a provoqué le phénomène des Gilets jaunes, et du déficit extérieur qui mine les équilibres financiers de la France.

Idées loufoques. Et ça continue. Didier Deschamps a considéré, à 24 minutes de la fin du match, que son équipe ne pouvait pas perdre, avec un score de 3-1, et a dégarni son attaque qui était vraisemblablement la meilleure du tournoi. La défense, qui est considérée comme moins noble par les Français, était désorganisée et peu motivée. Il n’y a pas une personne au monde qui peut penser que les équipes italienne, espagnole ou allemande de football auraient perdu dans les mêmes conditions.

Il faut donc s’interroger sur trois faiblesses nationales : 1- la mauvaise organisation qui semble le mode latent de fonctionnement français sauf événements ou chefs exceptionnels ; 2- l’absence de curiosité de ce qui se fait ailleurs, comme pendant la guerre de Sécession ou au moment des 35 heures ; 3- le phénomène de Cour dans un Etat centralisé qui permet de mettre en œuvre des idées loufoques sans analyse sérieuse et contradictoire, ni même prendre en compte le retour d’expérience, quand il se révèle désastreux, pour corriger le tir.

On sait que, loin du post-industriel, nous sommes entrés dans la Nouvelle révolution industrielle de l’informatique depuis les années 1980, la transformation à l’œuvre s’accélérant depuis l’an 2000 pour fabriquer une industrie robotisée, numérisée et totalement internationalisée. Ce système hyper-industriel est plus que jamais au cœur de l’économie servicielle créant des écosystèmes de biens et services liés, dont l’industrie est le cœur. L’évidence glaçante du phénomène n’a nullement perturbé l’intelligentsia politico-économico-médiatique, d’environ 300 personnes, qui gouverne le pays. La crise de la Covid ayant montré les dégâts de la désindustrialisation en 2020, quelques mesures ont été prises dans ce qui est, en réalité, une indifférence générale marquée de sympathie désapprobatrice. On est très loin d’un impératif de survie qui réorganiserait la nation pour la préparer au combat.

Lorsque la négation ne suffit pas à éliminer le sujet, on en parle longtemps et en faisant en sorte que les comparaisons internationales restent à la marge du débat qui devient rapidement « pour ou contre »

Et lorsque, par exception, on se pique de traiter d’un sujet, comme la TVA sociale, l’origine de l’effondrement des performances scolaires, la réindustrialisation, la réforme des retraites, la question énergétique, le débat public obéit aux trois temps de la valse d’impuissance française :

1- on nie l’importance du sujet : non le coût du travail ne joue pas sur l’emploi, l’industrie est sale et dangereuse, le classement PISA de performances scolaires n’est pas fiable, la seule caractéristique du nucléaire est sa dangerosité, etc.;

2- lorsque la négation ne suffit pas à éliminer le sujet, on en parle longtemps, pendant des années, et en faisant en sorte que les comparaisons internationales, dans les rares cas où l’on s’en préoccupe, restent à la marge du débat qui devient rapidement « pour ou contre » : pour ou contre la TVA sociale, la globalisation, la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, le calcul mental à l’école, la vaccination, les robots, le nucléaire, l’immigration, etc. ;

3- et enfin, lorsque l’on a suffisamment ferraillé « pour ou contre », vient la paix des braves, c’est-à-dire le moment au cours duquel le sujet est décrété résolu pour en avoir assez parlé. Ainsi, on a parlé pendant quinze ans de la TVA sociale en France et les Allemands l’on fait en 2007, par le relèvement du taux principal de TVA de 16 % à 19 % avec, en parallèle, une baisse des cotisations patronales sur les salaires et, quelques semaines après, une baisse de l’impôt sur les sociétés qui mettaient l’Allemagne en bonne position pour encaisser la crise de 2008-2009 et rebondir ensuite. Le fait que les Allemands avaient mis en œuvre la mesure refermait définitivement le sujet en France, à la satisfaction générale.

Inconséquences. Le mécanisme des trois temps de la valse est suffisamment puissant pour « effacer », du moins on le croit, nos trois inconséquences : 1- la désorganisation latente de nos fonctionnements sans vision structurée et sans règles clairement énoncées et strictement mises en œuvre, 2- l’absence de curiosité sur ce qui se fait ailleurs, et même lorsque l’on veut bien ouvrir un œil, les solutions d’ailleurs ne sont jamais pertinentes ici, 3- le phénomène de Cour autour d’Ubu roi : plus c’est loufoque, mieux c’est. Et si c’est financé par la dépense publique, c’est magique.

Le résultat est une France désindustrialisée, aux finances publiques à la dérive, à l’école en déshérence dans les comparaisons internationales, sans politique énergétique, avec une immigration subie, qui échoue dans les compétitions même quand elle a une bonne équipe. Mais tout va bien, tant que le « méchant grand capital » est, en réalité, assez stupide pour financer notre indiscipline, notre refus d’ouvrir les yeux sur le monde, notre infini paresse intellectuelle et morale, et nos lâchetés qui sont toujours, naturellement, bienveillantes.

Crédit photo : Rafael Garcin

L’Opinion – 19 juillet 2021

L’impact de la crise sanitaire se mesure pour la France par une perte de fonds propres de l’ordre de 110 milliards d’euros pour les entreprises et par une augmentation de l’endettement public de 450 milliards d’euros sur cette période.

L’Europe se fait doubler par la Chine en montants annuels de capital-investissement, à la fois en biotechs et en numérique, et se trouve déclassée par rapport aux Etats-Unis d’un facteur 4 en biotechs et 2 en numérique. Il est donc impératif que tous les acteurs institutionnels européens triplent, au moins, sous trois ans leurs investissements en capital-investissement si l’on veut éviter la marginalisation.

Le même défi de triplement des investissements en capital-investissement sous trois ans s’impose aux investisseurs institutionnels français. Cet impératif est une opportunité compte tenu du différentiel de rendement en faveur du capital-investissement.

L’accélération de la croissance française s’impose si l’on veut éviter d’être enseveli sous les déficits. Le déficit public français était, en moyenne annuelle, de 2,8 % du PIB sur la période 2017-2019 et devrait être de 8 points de PIB sur la période 2020-2022. L’impact de la crise se mesure pour la France par une perte de fonds propres de l’ordre de 110 milliards d’euros pour les entreprises et une augmentation de l’endettement public de 450 milliards d’euros sur cette période.

Déficit extérieur. La France est le seul grand pays de la zone euro qui devrait avoir un déficit extérieur avec une balance courante annuellement déficitaire de 1,6 point de PIB sur la période 2020-2022. L’Allemagne a un excédent annuel de plus de 7 points de PIB, l’Italie un excédent annuel de 3 points de PIB et l’Espagne a un léger excédent.

La question centrale pour l’économie française en 2021-2022 concerne la restructuration de 1/7e de l’économie, d’une part, et la création de nouvelles filières de croissance et d’exportation afin d’éliminer le déficit extérieur et de créer des emplois dans la nouvelle économie au cours des cinq prochaines années, d’autre part

Ces différents éléments montrent que la France a une insuffisance d’offre en lien avec sa désindustrialisation massive sur les vingt dernières années.

La question centrale pour l’économie française en 2021-2022 concerne la restructuration de 1/7e de l’économie, d’une part, et la création de nouvelles filières de croissance et d’exportation afin d’éliminer le déficit extérieur et de créer des emplois dans la nouvelle économie au cours des cinq prochaines années, d’autre part.

La progression récente des investissements des fonds de capital-investissement français au bénéfice de la tech (biotechs et numérique) est significative, mais les montants en jeu sont très faibles si l’on veut favoriser une régénération du secteur productif français. En pourcentage du PIB, la France a investi trois fois moins qu’aux Etats-Unis dans la tech en 2020 (23 fois moins en dollars investis). Pour réindustrialiser le pays, le montant investi en capital-investissement en France par les capitaux-investisseurs (et institutionnels français) devrait passer de 12,5 milliards d’euros en 2020 – tous secteurs confondus mais pour les seules entreprises françaises – à 35 milliards d’euros par an, dont au minimum 15 milliards d’euros dans la tech (contre 6 milliards en 2020).

Robotisation. C’est loin d’être inatteignable (encours d’assurance-vie fin mars 2021 : 1 812 milliards d’euros, en progression de 4 % sur un an ; encours livret A et LDDS à fin avril 2021 : 467 milliards d’euros ; surplus d’épargne des ménages français en lien avec la crise : 140 milliards d’euros), mais cela suppose une stratégie déterminée de numérisation, robotisation et européanisation de l’économie française et de développement massif de la Tech française sur la période 2022-2026.

La France dépense chaque année 800 milliards d’euros dans sa protection sociale, moins de 40 milliards d’euros dans sa défense et 12 milliards d’euros dans le capital-investissement

Pour mobiliser l’épargne des Français vers l’investissement en fonds propres, on peut proposer la création d’un nouveau PEA, en plus des PEA et PEA-PME actuels. Il serait fléché sur les investissements en fonds propres des entreprises de moins de 5 000 salariés (au moment de l’investissement), comme le PEA-PME, mais il aurait un plafond propre de 225 000 euros en sus du plafond actuel de 225 000 euros pour la somme du PEA et PEA-PME, sous réserve d’investir dans des entreprises de la tech (notamment biotechs, fintechs, agri-techs, cleantechs, etc.) ayant leur siège dans l’Union européenne, avec une orientation française, et de garder les fonds dans ce PEA-Fonds propres plus de huit ans.

Les fonds seraient investis directement par le détenteur ou par l’intermédiaire de fonds de capital-investissement. Les revenus et plus-values seraient défiscalisés en contrepartie d’une garantie en capital de 80 % du montant initial investi dans les fonds de capital-investissement. En cas de décès du détenteur, le PEA-Fonds propres serait transmis sans fiscalité avec une nouvelle obligation de détention de huit ans.

La France dépense chaque année 800 milliards d’euros dans sa protection sociale, moins de 40 milliards d’euros dans sa défense et 12 milliards d’euros dans le capital-investissement alors que son offre productive est insuffisante et ses finances publiques à la dérive. D’autres arbitrages s’imposent.

Crédit photo : lilzidesigns

L’Opinion – 25/04/2021

Pour ne pas accentuer le retard dans les capacités des acteurs français du cloud, le pays doit simultanément développer ses capacités internes mais aussi s’allier, comme l’Allemagne, avec l’un des puissants acteurs du cloud mondial.

Le cloud concerne les activités d’infrastructures informatiques, de plateforme ou de logiciel hébergés sur les systèmes de fournisseurs extérieurs et mises à disposition du client par Internet. Le cloud se décompose en 1) Infrastructure as a Service (IaaS), l’infrastructure est fournie par Internet et l’utilisateur peut contrôler directement l’infrastructure grâce à une interface de programmation d’application (API) ou un tableau de bord, 2) Platform as a Service (PaaS), le matériel et les logiciels de la plateforme sont fournis et gérés par un prestataire de services extérieur, et 3) le Software as a Service (SaaS), qui permet d’utiliser une application gérée par un prestataire extérieur. En France, le marché des services cloud est de l’ordre de 15 milliards d’euros dont 35 % pour l’IaaS, 15 % pour le PaaS et 50 % pour le SaaS. Il croît de plus de 20 % par an.

Dans l’Union européenne à 27 (UE27), 36 % des entreprises utilisaient en 2020 un ou plusieurs services cloud. Le taux d’utilisation est de 26 % en Espagne, 27 % en France, 33 % en Allemagne, 59 % en Italie, 70 % en Suède et 75 % en Finlande (Source : Eurostat, Cloud computing, janvier 2021). Parmi les 36 % d’utilisateurs de cloud dans l’UE27, les usages sont de 76 % pour l’e-mail, 67 % pour le stockage de dossiers, 58 % pour l’utilisation de software, 47 % pour stocker ses bases de données, 45 % pour des applications de comptabilité et finance, 27 % pour des applications de CRM, et 24 % pour des capacités de calcul sur les logiciels de l’entreprise cliente.

Le cloud est un environnement où la présence mondiale et la capacité à industrialiser les opérations de traitement à grande échelle sont des avantages compétitifs massifs

Rattrapage. Amazon Web Services (AWS) a inventé le marché du cloud en 2006 et est le premier opérateur mondial du cloud public (IaaS et PaaS) avec une part de marché de 35 % contre 20 % pour Microsoft Azure et 10 % pour Google Cloud (d’après Synergy research group). Le cloud est un environnement où la présence mondiale et la capacité à industrialiser les opérations de traitement à grande échelle sont des avantages compétitifs massifs.

L’utilisation du cloud en France, en dehors des grandes entreprises et des ETI (entreprises de taille intermédiaire) est encore trop limitée. Ce retard vient de la trop faible numérisation des TPE-PME. Un double rattrapage s’impose en termes d’utilisation du numérique et du cloud. De fait, le cloud est souvent le meilleur moyen de rattraper son retard pour une entreprise de taille moyenne qui appréhende mal l’intérêt du CRM ou de l’intelligence artificielle.

L’interrogation concernant le cloud est évidemment celle de la sécurité des données face aux risques de piratage, d’incendie ou d’attaques des sites. Les principaux fournisseurs sont capables, non seulement de restaurer les sauvegardes qui peuvent être en double ou triple selon le niveau de service exigé par le client, mais aussi de réduire les surfaces d’attaque sur les données par les couches de protection qu’ils mettent en place sur leurs systèmes. Aucun système n’est infaillible mais une des clés de résilience vient de la capacité et de la vitesse de restauration des systèmes.

Perte d’autonomie stratégique. Pour la souveraineté sur les données, il faut distinguer la capacité de réguler le stockage, l’usage et le traitement des données, d’une part, de l’autonomie stratégique dans la disponibilité des systèmes et le lieu de stockage des données. Si l’Union européenne a une vraie puissance de régulation, elle a largement perdu son autonomie stratégique par négligence, au cours des trois dernières décennies, de l’importance de la révolution de l’informatique (production de microprocesseurs, systèmes d’exploitation, émergence d’acteurs ayant la puissance pour être leader dans le cloud). Toutefois, la nouvelle Commission européenne s’est donnée comme objectif de permettre à l’Union européenne de retrouver des éléments d’autonomie stratégique, ce qui exigera beaucoup d’efforts.

En termes d’autonomie stratégique, on distingue localisation des données et protection des données par le chiffrement. En fait, ces deux notions se complètent plus qu’elles ne s’opposent. La protection des données est fondamentale mais la localisation aussi. Il ne sert à rien d’avoir des données chiffrées si elles ne sont pas récupérables.

La France doit investir massivement dans les capacités de chiffrement où elle pourrait prétendre à un rôle de leader mondial

Pour ne pas accentuer le retard dans les capacités des acteurs français du cloud, le pays doit simultanément développer ses capacités internes mais aussi s’allier, comme l’Allemagne, avec l’un des puissants acteurs du cloud mondial et conclure un contrat d’alliance stratégique sur la localisation des capacités de stockage et de traitement de cet allié technologique sur le territoire national pour les applications de sécurité nationale et sur le territoire européen pour les données des entreprises françaises actives à l’exportation qui sont en concurrence directe avec les grandes entreprises américaines et chinoises. Dans le contexte d’une telle alliance, la France doit investir massivement dans les capacités de chiffrement où elle pourrait prétendre à un rôle de leader mondial. Il est clair qu’être en capacité de rajouter des couches de chiffrement, par des entreprises françaises localisées en France, sur des informations stockées en Europe chez un fournisseur même étranger est de nature à augmenter massivement la protection des données.

Crédit photo : Taylor Vick

L’Opinion – 31 mars 2021

Si la richesse intellectuelle et culturelle est le terreau où naît l’acte d’achat du bien ou service coûteux, il s’agit surtout d’accéder à un au-delà, qu’il soit de perfection humaine, de sensualité divine ou qu’il relève d’une aspiration à la spiritualité.

Pourquoi le luxe survit-il à la pandémie et au terrorisme ? Le luxe a longtemps été défini comme « le caractère de ce qui est coûteux, raffiné, somptueux » et ne « relevant pas des besoins ordinaires de la vie » (Larousse) ou comme « un mode de vie caractérisé par de grandes dépenses consacrées à l’acquisition de biens superflus, par goût de l’ostentation » (Robert). Il visait à donner du prestige ou à marquer son rang, notamment sous l’Ancien régime.

Aujourd’hui, on peut considérer le luxe semi-démocratisé, défini comme le luxe abordable par la classe moyenne même au prix d’un grand sacrifice financier, comme un signe d’appartenance à une classe sociale censée être « supérieure » afin de s’élever au-dessus de sa condition et d’échapper à des contraintes quotidiennes répétitives et pesantes. Mais une telle explication est un peu courte.

Le luxe semi-démocratisé diffère du luxe supérieur associé à la richesse. Le luxe supérieur ne présuppose pas un sacrifice financier et vise le pur agrément ou le prestige lié à la position sociale. L’un et l’autre ont pour objectif la jouissance personnelle, affichée ou secrète, et pour motivation consciente ou inconsciente d’échapper au réel et à la mort. L’objet de luxe est une clé de passage du fugace et du périssable au sublime impérissable. D’où les réactions violentes face au faux luxe ou de mauvaise facture.

Le luxe ne supporte pas la vulgarité et un objet de luxe perd son lustre en association avec une personne grossière. Le luxe est magnifié par la simplicité et le dépouillement.

Le luxe de parfaite facture décrit les objets qui célèbrent le Beau dans la perfection de la réalisation faite pour durer des décennies ou des siècles, et les services raffinés et élégants qui supposent des gestes parfaits et une attitude irréprochable des acteurs du service. Il s’oppose aux objets de mauvaise facture ou aux services mal rendus qui traduisent la vulgarité et l’appât du gain chez ceux qui les proposent et aux objets de consommation qui s’épuisent par leur usage.

Le luxe de parfaite facture est associé aux nations et groupes sociaux de haute culture et de richesse maîtrisée et discrète. Le luxe ne supporte pas la vulgarité et un objet de luxe perd son lustre en association avec une personne grossière. Le luxe est magnifié par la simplicité et le dépouillement. Il est sublimé par un environnement austère.

Richesse intellectuelle. Il s’agit ici de tenter de comprendre pourquoi certaines personnes de la classe moyenne font des sacrifices considérables pour accéder au luxe de parfaite facture. Si ces personnes voulaient seulement faire acte d’appartenance à une classe supposée supérieure ou extérioriser une réussite sociale, elles pourraient se contenter d’objets de mauvaise facture copiant de beaux objets pas trop mal imités ou de services de moyenne gamme présentés comme « exclusifs ».

Il faut observer que ce comportement tourné vers le luxe de haute facture touche toutes les sociétés de haute culture en Europe, dans les Amériques ou en Asie, notamment en Inde et Chine et au Japon. Il reflète une aspiration de personnes généralement éduquées et appartenant à des sociétés ayant ou ayant eu une riche histoire. La richesse de ces personnes n’est pas financière mais intellectuelle et culturelle. Leur éducation pourrait les conduire à se détacher des biens terrestres et à ignorer ces biens et services pouvant leur coûter six mois ou un an de salaire mais elle peut aussi leur donner la capacité d’apprécier la perfection d’un tableau, d’un bijou, d’un repas de grand chef, d’un vêtement ou d’un accessoire de parfaite facture, nouvellement produits ou d’origine ancienne. Ce sacrifice financier rend le bien ou service de luxe encore plus précieux.

Si la richesse intellectuelle et culturelle est le terreau où naît l’acte d’achat du bien ou service coûteux pour celui qui l’acquiert ou l’expérimente, la motivation de l’acte reste secrète. Il s’agit certes d’échapper à une vie monotone. Mais il s’agit surtout d’accéder à un au-delà, qu’il soit de perfection humaine, de sensualité divine ou qu’il relève d’une aspiration à la spiritualité. En hindi, le mot aishwarya signifie luxe, opulence à partir d’une racine ish donnant l’intuition du divin (Vishnou). Le mot luxe est dérivé de lux, la lumière. Le mot opulence trouve sa racine dans ops lié aux divinités Abondance et Terra.

Le luxe peut être une porte d’entrée du rêve mais l’objet ne doit pas décevoir sous peine de transformer le rêve en cauchemar. Le luxe doit être associé à une éthique implacable. Mais ce n’est évidemment pas toujours le cas.

Le luxe de parfaite facture, associé à la grâce et à l’élégance, donne accès à la lumière et à l’au-delà. A condition de ne pas tricher.

Crédit photo : Alexandra Maria

L’Opinion – 23 février 2021

« Une durée de cotisation de quarante-quatre ans et un âge légal à 64 ans permettraient de dégager une vingtaine de milliards par an, qui pourraient notamment financer une remise à niveau complète de l’école primaire », plaide l’économiste

Les Français n’ont pas une idée claire du poids des retraites sur l’économie, la compétitivité des entreprises et la société. On rapporte généralement les retraites à la richesse produite, soit 14,3 % du PIB en 2019, dernière année avant la Covid-19. C’est quatre points de plus que dans les démocraties avancées et donc 100 milliards d’euros de cotisations sociales en plus qui contribuent massivement au coût du travail. Mais le PIB n’est pas le bon indicateur pour apprécier le poids exorbitant des retraites.

Si on rapporte les retraites au revenu disponible brut des ménages, on atteint 23,5 % pour 17 millions de retraités. Les actifs ne recevant que 947 milliards d’euros de salaires et traitements bruts, les retraites représentent même 36,6 % des salaires bruts d’activité. Or les 28,5 millions d’actifs devaient, en 2019, financer les 3,5 millions de chômeurs et les 18 millions de jeunes à leur charge, mais aussi les cotisations sociales santé qui bénéficient à plus de 60 % aux retraités. Le poids des retraites étouffe littéralement la population active alors que le coût du travail chargé, avec l’ensemble des cotisations sociales, en limite le nombre !

L’âge de départ à la retraite étant plus bas qu’ailleurs, le temps moyen passé à la retraite est supérieur de cinq ans au temps passé à la retraite dans les autres pays de l’OCDE. C’est donc sur la durée de cotisation et l’âge de départ à la retraite qu’il faut agir. La plupart des autres pays développés mettent progressivement en place un âge de départ à la retraite de 67 ans, qui correspond à l’allongement de l’espérance de vie. Sans aller aussi loin, dans un premier temps, il convient de porter au minimum la durée de cotisation à quarante-quatre ans et l’âge de départ à 64 ans d’ici 2027, en opérant le recul de l’âge de départ au rythme de quatre mois par an.

Enfants et pénibilité. Il faut compléter cette évolution par la mise en place d’une réduction de ces deux paramètres de six mois par enfant, mesure plafonnée à deux ans. De même, un mécanisme de pénibilité permet de réduire au maximum ces deux paramètres de dix-huit mois, le jeu conjoint des deux paramètres étant limité à 2,5 ans. Ceux qui en bénéficieraient pourraient ainsi partir à 61,5 ans avec une durée de cotisation de quarante et une années et demie.

«Dégager progressivement une vingtaine de milliards d’euros par an permettrait de financer notamment l’ajout en primaire de deux heures de calcul par semaine, tout en reformant massivement les maîtres à l’enseignement des mathématiques»

Ainsi, on limiterait l’augmentation du nombre de retraités en lien avec l’arrivée massive des baby-boomers à la retraite. On objecte souvent que l’âge effectif moyen de départ à la retraite est inférieur à l’âge légal, ce qui est faux pour la Cnav, la caisse des salariés du secteur privé (62,8 ans en 2019). On observe également que, dans l’ensemble des pays de l’OCDE, l’âge effectif de départ recule comme l’âge légal au cours des deux dernières décennies, et que l’écart entre les deux n’augmente pas.

Cette réforme permettrait de dégager progressivement une vingtaine de milliards d’euros par an dans les comptes publics, qui pourraient par exemple financer une remise à niveau complète de l’école primaire dont les performances s’effondrent dans les classements internationaux. Il faut notamment ajouter deux heures de calcul par semaine, tout en reformant massivement les maîtres du primaire à l’enseignement des mathématiques. On doit également s’assurer que tous les enfants maîtrisent la lecture, l’écriture et le calcul à la fin du CE1 avant de les envoyer en CE2, car les performances des enfants en fin de CE1 dans ces trois matières sont prédictives à plus de 80 % de leurs compétences à 18 ans. Et enfin créer une filière mixte enseignement général et professionnel pour y accueillir dès l’âge de 12 ans les enfants qui ne s’épanouissent pas dans un enseignement formel, avec passerelle pour revenir ensuite dans l’enseignement général.

Reconversions. Il faut donc investir de 5 à 7 milliards d’euros par an pour rénover complètement l’enseignement primaire, le collège et la formation professionnelle. Mais aussi 3 milliards d’euros par an pour développer des centres de formation pour adultes au sein des entreprises car, à la suite de la crise actuelle, nous serons confrontés à la nécessité de reformer en trois ans 2 millions de travailleurs qui vont devoir changer d’entreprise ou de filière de production.

«On peut encore allouer 3 milliards d’euros au rééquipement de nos armées. Il reste un solde de 5 milliards pour réduire le déficit public»

Ainsi, cette réforme conjointe des retraites et du système d’enseignement et de formation permettrait de relever fortement le niveau de compétences des élèves et des travailleurs, tout en économisant une dizaine de milliards d’euros nets (20 milliards d’économies moins 8 à 10 milliards de nouvelles dépenses). On pourrait alors allouer 4 à 5 milliards d’euros par an à la numérisation et robotisation de notre système industriel et agroalimentaire, afin de regagner en activité et compétitivité dans ces deux secteurs soumis à une forte concurrence internationale. Si l’on prend les options de 8 milliards de dépenses nouvelles pour l’éducation et 4 milliards d’euros pour la modernisation du système productif, on peut encore allouer 3 milliards d’euros au rééquipement de nos armées, dont 1 milliard par an pour doubler notre effort de R&D militaire qui est très insuffisant. Il reste un solde de 5 milliards d’euros pour réduire le déficit public.

Il existe une voie de quadruple progrès (enseignement primaire et secondaire, formation des adultes, modernisation de l’appareil de production et rénovation technologique de nos armées) pour accélérer la croissance dans un contexte de transformation rapide de l’économie mondiale, tout en réduisant le déficit public et en allégeant la charge qui pèse sur les actifs.

Enfin la réforme des retraites proposée ici encourage la natalité, prend en compte la pénibilité du travail dans certaines professions et contribue à faire remonter le taux d’emploi de la population âgée de 20 à 64 ans, un taux de 8,5 points inférieur en France à ce qu’il était en Allemagne en 2019 (72,1 % contre 80,6 %, source Eurostat).

L’Opinion – 20/01/2021

Christian Saint-Etienne propose d’accompagner le plan de relance d’un apport en fonds propres de 70 milliards pour les entreprises, d’un suramortissement pour tous les investissements en machines et équipements, et encourage à renégocier les créances par des procédures de conciliation au niveau régional.

Il faut comprendre un point clé concernant cette crise qui dure et dure… La baisse de la production économique n’affecte pas tous les secteurs de la même façon : toute l’activité n’a pas baissé de 10 % en 2020 et ne va pas rebondir de 5 % en 2021. En équivalent PIB, 20 % de l’économie continue de croître sur ces deux années, environ 60 % de l’économie va chuter d’un dixième et rebondir modestement, mais 20 % de l’économie va être massivement restructurée ou disparaître. Des mesures uniformes, dans ce contexte, n’ont pas de sens.

Le plan de relance de l’automne 2020, à juste titre, veut favoriser la transition énergétique pour 30 milliards d’euros, les relocalisations industrielles pour 35 milliards d’euros et la cohésion sociale et territoriale pour 35 milliards d’euros. Ce plan structurel en trois volets est plutôt bien conçu, mais il manque un quatrième volet qui accélère l’essor des entreprises en plein développement, préserve l’investissement des 60 % de l’économie productive qui se rétracte, et contribue à une restructuration rapide des 20 % de l’économie en perdition.

Fonds propres. Ce volet est constitué de trois éléments : 1/un apport en fonds propres de 70 milliards d’euros aux entreprises viables du secteur marchand, 2/une mesure autorisant l’amortissement fiscal en deux ans de tous les investissements en machines et équipements, notamment les robots et le numérique, à condition d’être commandés avant le 30 septembre 2021 (commande finalisée) et installés et opérationnels avant le 31 décembre 2022, 3/pour éviter les défaillances des entreprises viables, il faut encourager la renégociation des créances par des procédures de conciliation gérées par des commissions régionales présidées par la Banque de France, incluant le Trésor public, Bpifrance, la région.

Ces commissions interviennent en amont des procédures collectives et sans publication des décisions et visent à favoriser, pour chaque entreprise débitrice ayant fait une demande, un abandon partiel de créances par les créanciers privés (banques, foncières, personnes morales et physiques) et publics (Urssaf, Fisc, etc.) en contrepartie d’un crédit d’impôt pour les créanciers privés pouvant atteindre 40 % des montants abandonnés et de prises de participation en fonds propres ne dépassant pas 35 % du capital des entreprises dont le passif est restructuré. Les entreprises débitrices candidates pour ces commissions doivent avoir été bénéficiaires en 2018 et 2019 et doivent avoir des fonds propres positifs au 31 décembre 2020.

En ce qui concerne le premier élément (apport national de 70 milliards d’euros de fonds propres), qui vise à recapitaliser les entreprises viables n’ayant pas de difficultés immédiates liées à un excès d’endettement, mais qui hésitent à investir massivement dans l’innovation et la transformation de leur système de production ou de distribution, l’Etat doit apporter 20 milliards d’euros et les compagnies d’assurance, les banques et les fonds d’investissement 50 milliards d’euros avant le 30 juin 2022 à des entreprises solvables sous forme de fonds propres et quasi-fonds propres (la moitié des 70 milliards doit être engagée avant le 30 septembre 2021).

Partenariat public-privé. Dans l’approche originale exposée ci-dessous, l’Etat intervient en binôme avec un autre acteur (banque, compagnie d’assurance, fonds d’investissement) pour un ensemble d’opérations incluses dans un portefeuille d’opérations. L’Etat qualifie les opérateurs admis à travailler avec lui en binôme : il peut y en avoir une centaine ou plus. Les candidats doivent être des banques, compagnies d’assurance, family offices et fonds d’investissement ayant leur siège dans l’Union européenne, ayant plus de 100 millions d’euros de fonds propres et détenant au 31 décembre 2020 des actions ou des créances sur des entreprises françaises d’une valeur supérieure à 500 millions d’euros afin de démontrer une connaissance préalable du tissu économique et juridique français.

Pour chaque portefeuille, l’apport de l’Etat doit couvrir jusqu’à 50 % des pertes nettes de chaque portefeuille de nouveaux investissements en fonds propres avec des apports pour chaque entreprise bénéficiaire qui peuvent varier de 50 000 euros à 500 millions d’euros selon la nature de l’entreprise et de ses projets, le solde de pertes étant couvert au prorata des apports. Les gains par portefeuille sont partagés au prorata des apports.

Compte tenu de cette garantie publique de prise en charge de 50 % des pertes par portefeuille, les fonds apportés par les acteurs agissant en binôme avec l’Etat sont considérés comptablement comme des obligations dont le capital est garanti à hauteur de 90 %, le solde de 10 % – correspondant à la perte statistique maximale probable – étant enregistré en actions.

La quote-part de l’Etat de 20 milliards d’euros se traduit par un apport de 5 milliards d’euros de l’Etat à Bpifrance qui administre le programme avec ses équipes et celles des banques, fonds d’investissement et compagnies d’assurance. Les 15 autres milliards sont prélevés sur les fonds du livret A (soit moins de 5 % de ces fonds) avec une garantie de l’Etat.

C’est le meilleur usage social que l’on puisse faire du livret A car ce plan d’investissements en fonds propres permettrait de consolider et créer beaucoup d’emplois, d’augmenter le taux de croissance du PIB, de multiplier le nombre de grosses PME et d’ETI, et de réduire à terme le déficit extérieur. Pour chaque euro en fonds propres, l’entreprise peut emprunter 0,50 euro à moyen terme, ce qui permet de réaliser, avec 70 milliards d’apports en fonds propres, plus de 100 milliards d’euros d’investissements en machines et outillage, notamment robots et systèmes numériques. Seuls ces derniers peuvent permettre de réellement relocaliser l’emploi.

On peut compléter ce programme de recapitalisation de l’économie productive par une distribution de bons d’achat à hauteur de 5 milliards d’euros aux familles à faible revenu, notamment monoparentales, avec pour but de provoquer un mini-boom de consommation dès qu’on sortira du confinement/couvre-feu en mars 2021 tout en aidant les familles pauvres à échapper à la misère. Les bons d’achat sont de 200 euros chacun.

Chaque famille ayant un revenu annuel inférieur à 18 000 euros pour au moins trois personnes par foyer, par exemple un parent isolé et deux enfants, reçoit de 2 à 4 bons avec un mois d’espacement. Ces bons ne permettent d’acheter que des biens de première nécessité sur le territoire français et leur valeur tombe à zéro s’ils ne sont pas dépensés en six semaines. Il s’agit d’éviter l’éparpillement et une éventuelle thésaurisation.

Il faut aller vite.

L’Opinion – 20/11/2020

Les faits : Valeurs, rôle de l’Etat, poids du secteur public, politiques sociales, libertés, fiscalité… L’Opinion publie la cinquième édition de son sondage exclusif sur les Français et le libéralisme. Des personnalités le commentent.

Cliquez ici pour consulter la version en ligne sur le site de l’Opinion (incluant le sondage)

«Dans le contexte de désindustrialisation et de croissance médiocre depuis vingt ans, les Français, pour faire simple, pensent à 65 % que les libertés d’entreprendre et d’expression et le droit de propriété sont assurés mais à seulement 40 % que c’est le cas pour la sécurité des biens et des données et l’égalité devant la loi»

On ne peut pas analyser les attentes profondes des Français sans préciser quelques concepts et rappeler quelques faits.

C’est la philosophie politique libérale des XVIIe et XVIIIe siècles qui a inventé l’Etat de droit protégeant les libertés fondamentales de l’individu de raison, responsable de ses actes, et notamment ses droits politiques et économiques. En dépit des déterminismes biologiques, économiques et culturels qui nous façonnent, le libre arbitre fonde la responsabilité de nos actes : nous sommes responsables de nos actes car nous pouvons choisir entre le bien ou le mal, le juste ou l’injuste, l’efficace ou le gaspillage. Le libéralisme du libre arbitre protège notre liberté fondée sur notre responsabilité. Cette responsabilité nous conduit à privilégier l’efficacité, car nous paierons toujours directement ou indirectement les conséquences d’une mauvaise allocation des ressources et des gaspillages par négligence, ainsi que l’activité car l’oisiveté est mère de toutes les glissades, personnelles, sociales mais aussi politiques.

L’Etat de droit doit être mis en œuvre par un Etat régalien qui assure l’ordre public, seule protection des faibles, et lutte contre les monopoles et oligopoles par le droit de la concurrence. Le marché, dont le fonctionnement est assuré par la mise en œuvre rapide de l’Etat de droit, favorise une bonne allocation des ressources s’il est régulé tout en offrant d’égales possibilités de développement et de financement à tous les acteurs y compris les nouveaux entrants. Deux modèles de société découlent de cette matrice.

Modèle 1 de société

Si la population est formée dès l’école, si son éducation est consolidée par des leaders politiques qui présentent les choix collectifs à opérer de façon non biaisée et si les médias renforcent la capacité de compréhension des citoyens par une information riche, vérifiée et éclairée par des analyses fouillées, alors le peuple attend de l’Etat une action efficace et impartiale qui favorise l’activité, l’égalité des chances, une insertion rapide sur le marché du travail et met en place une protection sociale dont les acteurs sont mis en concurrence pour une meilleure efficacité.

Cette protection optimisée permet à un peuple éduqué et en bonne santé d’assumer ses choix et sa prise de risque plus ou moins extensive selon les préférences individuelles. La mise en œuvre rapide des innovations permet aux entreprises d’investir dans les hommes et le capital productif, ce qui favorise une croissance rapide. La confiance entre acteurs économiques et sociaux favorise la prospérité.

Modèle 2 de société

Si la population est mal formée, si les choix politiques sont biaisés ou orientés par l’idéologie, si les marchés sont inefficaces ou mal régulés, alors les citoyens recherchent une sécurité « bas de gamme », considèrent que les libertés sont limitées par le mauvais fonctionnement de l’Etat de droit et des marchés, et pensent, en l’absence d’informations non biaisées, que les services publics seront moins mal assurés par le public que par le privé.

Au fond, dans la médiocrité générale, le public semble moins mauvais que le privé dont le fonctionnement est mal compris. La croissance est faible et les opportunités réduites. La méfiance entre acteurs domine dans une stagnation et une médiocrité qui exacerbent les tensions.

Pour les faits, avec une dépense publique à 56 % du PIB en 2019, dernière année avant la pandémie, dépassant de 9 points de PIB la moyenne du taux de dépense publique des dix-huit autres pays de la zone euro, la France est arrivée face à la Covid sans masque, sans test, avec une capacité de lits en réanimation deux fois moindre qu’en Allemagne, dont la dépense publique est 12 points de PIB inférieure à la nôtre. Le décrochage de l’économie française sera le double de l’allemand en 2020, comme le nombre de morts par million d’habitants. L’Etat français est obèse, inefficace, incapable d’anticiper et la dérive des finances publiques obère l’avenir.

C’est ici que l’on interroge les Français dans le sondage sur le libéralisme. Ils répondent, de manière apparemment stupéfiante compte tenu de ce qui a été rappelé, qu’ils veulent plus d’Etat en matière économique (plus de 50 % favorables, surtout les femmes, les catégories populaires et la gauche) et sociale (surtout les femmes, les moins de 35 ans et les moins éduqués), et pour assurer les services publics (santé, éducation, sécurité, transports en commun, ramassage des ordures ménagères) à plus de 80 % !

Tout ceci en dépit des mauvaises performances en matière d’éducation (classement PISA), de ce qui s’est passé en mars-avril sur la Covid, de l’insécurité croissante, des grèves à répétition dans les services publics, etc. Alors que la France devrait innover et investir pour accélérer la croissance et augmenter les opportunités d’insertion, les Français sont partagés 50-50 sur la mise en place d’un revenu universel pour tous sans condition de ressources plébiscité par les moins de 35 ans et la gauche.

Dans le contexte de désindustrialisation et de croissance médiocre depuis vingt ans, les Français, pour faire simple, pensent à 65 % que les libertés d’entreprendre et d’expression et le droit de propriété sont assurés mais à seulement 40 % que c’est le cas pour la sécurité des biens et des données et l’égalité devant la loi. Les Français restent lucides en pensant à 86 % que les dettes contractées pour faire face au Covid seront remboursées par des impôts. Au total, les Français apparaissent désabusés, ne font pas confiance au système et aux autres et, dans un régime général de médiocrité et de défiance, s’en remettent à des services publics chers et inefficaces.

Mais la vraie question qui ressort de ce sondage montrant une population défiante en recherche d’une protection « bas de gamme » est la suivante : est-ce le peuple qui doute à ce point de lui-même et de ses capacités ou cette neurasthénie est-elle le fruit du modèle 2 de société qui prévaut en France depuis les années quatre-vingt, favorisant le déterminisme déresponsabilisant contre le libre arbitre, l’émotion contre la raison, l’idéologie contre l’analyse objective ? Dans un élan de tendresse, on voudrait que les Français puissent goûter un jour au modèle de la liberté dans l’efficacité !

Sondage exclusif > cliquez ici pour accéder au sondage en ligne sur le site de l’Opinion.
Enquête Ifop réalisée par questionnaire auto-administré en ligne, du 13 au 14 octobre 2020, selon la méthode des quotas, auprès d’un échantillon de 1 032 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Christian Saint-Etienne, professeur d’Economie et conseiller de Paris (UDI) était l’invité de Nicolas Beytout sur le plateau de l’Opinion, ce vendredi 23 janvier 2015.

BCE, Mario Draghi, Europe, relation France/Allemagne… Il est revenu sur l’actualité économique indiquant qu’on a, selon lui, « constitué la zone euro sans les ingrédients de la réussite » et que la France est aujourd’hui « le maillon faible de la construction européenne ».