Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 6 octobre 2022.
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Les Echos – 4/10/2022
Dix chiffres comme autant de propositions pour éviter les erreurs commises il y a deux ans.
En 2019, la réforme des retraites a échoué pour deux raisons : par péché d’orgueil car l’on voulait remplacer 42 régimes par 1 seul, et parce qu’on a voulu cacher la nécessaire réforme paramétrique sous un régime dit « par points », la valeur de ces derniers baissant subrepticement sur la longue durée. Pour éviter ces deux erreurs, il faut reconnaître qu’il y a 5 façons de se relier au marché du travail, et donc 5 régimes s’imposent.
1. Pour les salariés du privé.
2. Pour les fonctionnaires de l’Etat qui s’engagent à vie avec des salaires faibles à condition d’espérer vivre décemment à la retraite.
3. Pour les indépendants, dont le nom dit tout : pourquoi un Etat centralisateur devrait-il gérer leur régime ?
4. Pour les régimes spéciaux du public (EDF, RATP, SNCF) qui doivent rester indépendants compte tenu de suggestions spécifiques.
5. Pour les régimes spéciaux du privé (médecins, avocats, etc.) qui sont excédentaires : pourquoi un Etat mal géré devrait-il prétendre gérer des régimes excédentaires ?
La deuxième erreur à éviter est de vouloir cacher la réforme paramétrique que les Français voient à livre ouvert. Ce n’est jamais bon de les prendre pour des imbéciles.
L’allongement de la durée de vie depuis la dernière réforme de 2010 devrait conduire à fixer l’âge de départ à la retraite à 65 ans avec une durée de cotisation de 44 ans. Même si une majorité des travailleurs du privé partent à 63,5 ans, le pays n’est pas prêt pour 65 ans. Il semble raisonnable de se caler sur 64 ans et 44 ans. Pour favoriser la natalité, on peut réduire de 4 mois par enfant avec un plafond de 16 mois, les deux paramètres. De même, pour prendre en compte la pénibilité, on peut construire une échelle de pénibilité permettant de réduire au maximum les deux paramètres de 18 mois, le maximum ne devant pas concerner plus de 15 % des travailleurs. Les deux paramètres seraient plafonnés à 24 mois. Ainsi, au maximum de ces deux cas, l’âge de départ serait à 62 ans avec une durée de 42 ans, les branches pouvant négocier une réduction supplémentaire d’un an à leurs frais. On peut gager qu’en moyenne, l’âge de départ serait à 63,5 ans avec une durée de 43 ans, tout en donnant un avantage aux familles et aux emplois pénibles.
Il faut enfin limiter les régimes de retraite en répartition en annuités à près de trois fois le plafond de la Sécurité sociale arrondi à 120.000 euros par an, pour calculer cotisations et prestations, et mettre en place des régimes assurantiels privés au-delà. Et il faut innover avec la mise en place du régime 80-90-100 %, négocié par branche, permettant aux travailleurs, à partir de l’âge de 63 ans, de travailler 4 jours par semaine (80 %), en touchant 90 % du salaire, et en venant le cinquième jour faire du tutorat pour les jeunes ou enseigner dans les CFA (100 % du temps). C’est reconnaître la valeur de l’expérience plutôt que de virer les gens comme des malpropres après 60 ans.
Enfin, il faut arrêter de concentrer l’essentiel de la formation permanente sur les moins de 40 ans, ce qui justifie de virer les gens réputés mal formés à 50 ans. Donc pour frapper l’attention, 40 % des fonds doivent bénéficier aux plus de 40 ans. Pour réussir la réforme des retraites, il faut donc 10 chiffres : 5 régimes, 64 ans pour l’âge de départ, 44 ans de durée de cotisation, 2 ans de bonus, 120.000 euros de plafond, 80-90-100 % de valorisation de l’expérience, 40 % de formation pour les plus de 40 ans. Et beaucoup d’amour pour les travailleurs.
Les Echos – 14/09/2022
La dérive budgétaire de la France a évidemment été spectaculaire sous l’effet de la crise du Covid-19 et du « quoi qu’il en coûte ». Sommes-nous pour autant en perdition ? La réponse doit être nuancée.
Le déficit public, c’est-à-dire le déficit de l’ensemble des administrations publiques, est passé en pourcentage du PIB de 2,3 % en 2018 à 8,9 % en 2020 et atteindra vraisemblablement 5,2 % en 2022 hors nouveau choc macroéconomique ou géostratégique avant la fin de l’année. La dette publique brute devrait passer de 98 % du PIB en 2018 à 113 % du PIB en 2022, soit une dégradation apparemment limitée compte tenu de la violence du choc. Elle est du même ordre de grandeur que la hausse en pourcentage de PIB de la dette de l’Italie et de l’Espagne sur la même période, mais elle atteint le double de la hausse de la dette publique en pourcentage du PIB de la zone euro et de l’Allemagne, sans parler des Pays-Bas dont la dette n’augmente pas sur la période !
Les points d’inquiétude sont autres. Le premier est lié au niveau d’entrée dans la crise. En 2019, la dette publique en pourcentage du PIB était à 97 % en France, contre 59 % en Allemagne, un écart de 38 points de PIB, alors que ces ratios de dette étaient comparables en 2007 avant la crise des subprimes. Donc la dérive des finances publiques françaises s’opère sur la période 2008-2017 sans correction ultérieure.
Le second est pire et concerne l’avenir. Le gouvernement a publié en juillet son programme de stabilité 2022-2027 qui fait apparaître un incroyable laxisme dans la gestion des finances publiques de la France à l’horizon du quinquennat. La dette publique serait au même niveau en 2027 qu’en 2022, soit 113 % du PIB, ce qui ne laisse aucune marge de manoeuvre en cas de nouveau choc macroéconomique international. Sachant que les chocs majeurs coûtent à la France une quinzaine de points de PIB, soit le double qu’en Allemagne, nous serions très vite en très grande difficulté financière. Le déficit public reste égal ou supérieur à 5 % du PIB en 2023, soit le maintien du déficit de 2022 ! L’incapacité du gouvernement de mener des réformes structurelles portant sur la dépense de protection sociale ou celle des collectivités locales devient un problème stratégique majeur qui porte atteinte à notre souveraineté financière au moment où nous devons renforcer considérablement nos capacités militaires.
La crise énergétique est un autre signal de l’impuissance stratégique des autorités publiques actuelles. L’actuelle Première ministre axe toute sa politique énergétique sur les restrictions de consommation et les punitions qui seront infligées aux entreprises qui ne respectent pas les « instructions » publiques. Aucune perspective n’est offerte en matière d’augmentation des capacités de production électrique. Or si l’on veut réussir la transition énergétique tout en réindustrialisant le pays, il faudra doubler la production électrique sur une vingtaine d’années afin de réduire la consommation de pétrole et éliminer le charbon.
La crise des finances publiques françaises est avant tout un élément de la crise générale de la décision publique qui s’affirme depuis dix ans comme mentalement bloquée sur le court terme, archaïque dans ses choix et limitée à des processus administratifs qui dévitalisent une nation autrefois tournée vers l’avenir, comme ce fut le cas dans les années 1960 et 1970 et dans une certaine mesure dans les années 1980. Quand sortirons-nous de trois décennies de renoncements ?
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 1er septembre 2022.
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Christian Saint-Etienne était l’invité d’Emmanuel Lechypre dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 21 juillet 2022.
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L’Opinion – 28 juin 2022
L’économiste propose des mesures détaillées, qui pourraient servir de base à un contrat de coalition entre différentes formations politiques.
A la suite des élections législatives, la classe politique est désorientée et l’on nous annonce un gouvernement de la France « au cas par cas » sans vision d’ensemble. Or il est parfaitement possible de conclure un contrat de gouvernement dans lequel il faut inclure les trois priorités suivantes : accélérer la réindustrialisation par la multiplication des ETI dans une économie durable et selon une trajectoire de finances publiques soutenable, développer les compétences de la population active et mettre en place une nouvelle politique stratégique alors que la guerre est de retour en Europe.
La désindustrialisation massive est notre principale faiblesse géostratégique. La France est le pays développé qui s’est le plus désindustrialisé depuis vingt ans. La part de l’industrie manufacturière dans le PIB a baissé de 14% à moins de 10% de 2000 à 2019, niveau à peine maintenu en 2021. A cette dernière date, cette part était de 20% en Allemagne. En euros, la valeur ajoutée manufacturière de la France est tombée à 37% de la valeur ajoutée manufacturière allemande en 2021.
La part de l’industrie manufacturière française a baissé de 26% dans les exportations de la zone euro, de 30% dans le PIB de la France. Et, en lien avec la chute de notre industrie manufacturière, notre part dans les exportations mondiales de biens et services a chuté de 48% de 2000 à 2021. C’est un effondrement historique.
Or les entreprises de taille intermédiaire sont le principal levier de réindustrialisation. Il est essentiel de favoriser le développement des ETI industrielles, dans le cadre d’une politique d’ensemble notamment fiscale et énergétique.
1/ ll convient de créer un grand ministère de l’Industrie, de l’Energie, de l’Innovation et de la Formation professionnelle. En effet, on ne peut plus séparer les questions industrielles et énergétiques de l’innovation de produits et services industriels. De plus, en lien avec le rebond de l’apprentissage, les lycées techniques et la formation professionnelle doivent être des filières d’excellence financées par le ministère de l’Industrie.
2/ Afin de conduire cette réindustrialisation dans la croissance durable, la puissance électrique du pays doit être portée à 600 TWh en 2035 et 1000 TWh en 2050.
3/ Il faut supprimer rapidement la contribution sociale de solidarité des sociétés [C3S, taxe sur le chiffre d’affaires finançant l’assurance-vieillesse] et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises [CVAE, destinée aux collectivités locales].
«Les usines robotisées, numérisées et électrifiées sont au cœur de la transformation de notre système productif»
4/ Il faut attirer les investissements internationaux, tout en favorisant l’essor des ETI et des grosses PME par une baisse de l’impôt sur les sociétés prenant en compte les accords fiscaux internationaux conclus en 2021-2022. Le taux d’IS doit passer dès 2023 à 15% jusqu’à 100 000 euros de résultat des entreprises, 18% de 100 000 euros à 100 millions d’euros de résultat et 21% au-delà.
5/ Il faut pouvoir accueillir les usines robotisées, numérisées et électrifiées qui sont au cœur de la transformation de notre système productif. Il faut mettre en place une agence publique mettant en œuvre, avec les régions et les intercommunalités, la politique de réindustrialisation par une politique foncière stratégique permettant de créer rapidement un millier de zones industrielles électrifiées de 300 à 500 hectares bénéficiant de toutes les autorisations techniques et environnementales préalables.
Afin de financer ce programme tout en augmentant la taille de la population active, il faut porter l’âge de départ à la retraite à 64 ans et la durée de cotisation à 44 ans, avec deux mécanismes d’ajustement : a/ Les métiers pénibles peuvent obtenir une réduction simultanée de l’âge de départ et de la durée de cotisation qui peut atteindre au maximum dix-huit mois pour les emplois les plus durs, et de trois à dix-huit mois selon la nature des emplois, en fonction d’une grille nationale dérivée des grilles existantes, b/ la charge de famille permet de réduire de quatre mois l’âge et la durée par enfant, avec un plafond de 16 mois, le cumul des deux mesures étant plafonné à deux ans.
Il faut également limiter la hausse réelle des dépenses de fonctionnement des collectivités locales à 0,25% par an et réduire de 10 milliards d’euros en trois ans les concours de l’Etat à ces collectivités. Et, face à la crise des finances publiques qui arrive, il faut rétablir une taxe d’habitation fondée sur la valeur réactualisée des biens, appelée impôt citoyen, avec des recettes nationales limitées à 10 milliards d’euros, soit le tiers de l’ancienne taxe d’habitation.
L’affaiblissement des compétences de la population active française est tout aussi impressionnant que le rythme de sa désindustrialisation. Or l’échec scolaire commence très tôt. Il est donc essentiel de repérer ces difficultés dès le CE1 par un examen national d’évaluation des compétences des enfants à la fin de chaque trimestre, afin de ne pas envoyer en CE2 des enfants ne maîtrisant pas ces compétences. Ces enfants doivent être pris en charge dans un programme massif de détection des origines de leurs difficultés afin d’y remédier.
«Le niveau d’exigence des diplômes de fin de 3e et de terminale doit être relevé, notamment en français et en mathématiques. Les lycées techniques et la formation professionnelle doivent être des filières d’excellence financées par le ministère de l’Industrie»
De même, une évaluation doit être faite à la fin de chaque trimestre de CM2 pour déterminer si l’enfant peut aller au collège ou dans des classes primaires supérieures, qui doivent être rétablies, afin de s’assurer que les compétences défaillantes sont corrigées avant de revenir au collège ou d’intégrer des centres de formation technique d’excellence.
Le niveau d’exigence des diplômes de fin de 3e et de terminale doit être relevé, notamment en français et en mathématiques. En lien avec le rebond de l’apprentissage, les lycées techniques et la formation professionnelle doivent être des filières d’excellence financées par le nouveau ministère de l’Industrie.
L’année de terminale permet d’orienter les élèves vers une formation technique d’excellence en un ou deux ans ou vers l’université et les grandes écoles, après vérification de leur capacité à faire un commentaire composé et de faire un nombre réduit de fautes dans le cadre d’une dictée.
Il n’y aura pas de progression des compétences de la jeunesse sans une évaluation permanente des acquis et une orientation mise en œuvre avec exigence et bienveillance pour permettre à tous les élèves d’exprimer leur potentiel.
La France est une nation politique dont l’unité dépend de l’affirmation d’un projet stratégique qui doit s’appuyer sur une armée crédible.
La loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 a prévu un premier renforcement de nos capacités militaires après vingt ans de réduction de ces capacités, mais le format 2025 envisagé en 2018 n’est plus en phase avec le monde d’une compétition militaire accrue entre la Chine et les Etats-Unis, de la guerre en Ukraine et de la montée en puissance de nombreux pays comme la Turquie, l’Algérie ou l’Allemagne.
«Nos armées sont démunies de drones ou de missiles, de capacités anti-missiles, de moyens de transport et de munitions»
Le budget des armées est fixé à 41 milliards d’euros en 2022 et devait atteindre 44 milliards d’euros en 2023, ce que beaucoup d’experts mettaient en doute compte tenu du gel répété de crédits militaires depuis le vote de la LPM. Or nos armées sont démunies de drones ou de missiles, de capacités anti-missiles, de moyens de transport et de munitions. De plus, le format capacitaire envisagé pour 2025 est totalement décalé par rapport au souhaitable.
Le budget militaire de recherche-innovation-développement (BRID) doit passer d’un milliard d’euros en 2022 à 3 milliards d’euros en quatre ans, par incrémentation annuelle de 500 millions par an qui doit continuer jusqu’en 2030 (5 milliards d’euros), tandis qu’un fonds stratégique d’investissement défense dans la base industrielle et technologique de défense (BITD) doit être doté de 2 milliards d’euros par an, au cours des dix prochaines années, afin de contribuer à la réindustrialisation duale civile-militaire.
Cet effort de reconstruction peut être mis en œuvre avec un budget militaire, hors fonds stratégique et hors pensions et fonds de concours et attributions de produit rattachés, progressant, par incrémentation annuelle de 3 milliards d’euros, de 41 milliards d’euros en 2022 à 56 milliards d’euros en 2027 et 71 milliards d’euros en 2032. Si ce projet est voté à l’automne 2022, le budget, fonds inclus, passerait de 46 milliards d’euros en 2023 à 73 milliards d’euros en 2032.
En supposant que le PIB en volume progresse de 1,5% par an et les prix de 2% par an de 2023 à 2032, le budget militaire passerait ainsi au total de 1,54% du PIB en 2022 à 1,94% du PIB en 2032. Toute hausse supplémentaire de l’inflation serait reportée sur le budget militaire pour conserver ces proportions.
L’effort de reconstruction de notre puissance militaire, ici proposé, est à la fois stratégiquement nécessaire, budgétairement très raisonnable, et industriellement souhaitable, en pleine cohérence avec les deux autres objectifs assignés au prochain quinquennat.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 23 juin 2022.
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Interview de Christian Saint-Etienne au Point – 20/06/2022
Pour l’économiste Christian Saint-Étienne, seul un accord entre Ensemble et LR permettra de faire les réformes nécessaires afin d’éviter la catastrophe.
Christian Saint-Étienne, professeur titulaire de la chaire d’économie au Conservatoire national des arts et métiers, vient de cosigner une étude sur l’avenir des entreprises de taille intermédiaire pour le compte du laboratoire d’idées l’Institut du bien commun. À l’entendre, il est urgent de faire passer des réformes pour que la France puisse enfin atteindre le même niveau de compétitivité industrielle que ses grands voisins européens. Or, estime-t-il au regard de la nouvelle donne à l’Assemblée nationale, aucune réforme économique ne pourra passer si Emmanuel Macron ne parvient pas à conclure avec Les Républicains un contrat de coalition à la manière allemande. Entretien.
Le Point : Quelles peuvent être les conséquences pour l’économie du pays de l’absence de majorité au Parlement ?
Christian Saint-Étienne : Tout le monde parle de France ingouvernable, de crise de régime… Cela me surprend, car ce n’est pas du tout le constat que je fais. Selon moi, deux éléments clés ressortent de cette élection. Premièrement, si vous calculez la somme de l’ensemble des députés des Républicains, d’Ensemble et de divers droite, vous voyez une majorité du peuple français qui est au centre droit. Et personne ne le dit ! Le deuxième enseignement, c’est que les Français ont forcé Emmanuel Macron à faire des compromis. À chaque fois que l’on voit un compromis en Allemagne, on dit que c’est formidable, et là ce serait une mauvaise nouvelle ? En vérité, je pense que les Français ont millimétré leur vote. Ils veulent être gouvernés au centre droit, notamment pour la sécurité – des jeunes que l’on dit « mineurs isolés » dépouillent en ce moment des touristes dans les environs de la tour Eiffel ou à Rennes –, la souveraineté et le développement économique, puisque le pouvoir d’achat est leur priorité. Et ils exigent une politique de compromis. Ils ont réélu Emmanuel Macron car ils ne voulaient pas de Marine Le Pen comme présidente de la République. Mais aux législatives, ils précisent le message.
Croyez-vous à une alliance LR-Ensemble ? Pour le moment, ils ne s’entendent pas…
Je ne sais pas si ça va se faire. Mais il est certain qu’il va y avoir des négociations entre les macronistes et les Républicains. Si Emmanuel Macron leur offre deux ministères régaliens et un Premier ministre issus de leurs rangs, ils diront peut-être oui. Et je le dis en tant que centriste. Le premier choix d’Emmanuel Macron pour le poste de Premier ministre était la LR Catherine Vautrin, avant qu’il ne nomme Élisabeth Borne sous la pression de certains de ses proches. Or, qui a été battu ? Richard Ferrand et Christophe Castaner, ceux qui s’étaient le plus opposés à sa nomination. Il peut y avoir un contrat de gouvernement à l’allemande entre les LR et les macronistes.
Vous attendez-vous à une hausse des écarts de taux, les fameux « spread », entre la France et les pays européens réputés plus rigoureux, comme l’Allemagne ?
Imaginons que les Républicains et les macronistes concluent un contrat de gouvernement, tout dépend de ce qu’il contient : s’il y a dedans la retraite à 64 ans ; la suppression de la C3S et de la CVAE, ces impôts de production qui grèvent notre compétitivité ; une réforme significative de l’école primaire et du collège pour que l’on cesse de s’effondrer dans les classements Pisa de l’OCDE ; et s’il y a une vraie volonté de réindustrialiser le pays, alors l’écart de taux entre la France et l’Allemagne serait très limité, voire réduit. Dans cette hypothèse, la France recolle à l’Europe du Nord. Si, en revanche, il y a un refus total de ce contrat de gouvernement par les Républicains, à ce moment-là, la France peut se retrouver dans une dérive de taux vers un scénario à l’espagnole ou à l’italienne. Avec un risque encore plus fort pour la France, à cause de son déficit du commerce extérieur. Si les Républicains et Ensemble ne s’entendent pas sur un contrat de gouvernement, on ira vers une crise économique et sociale majeure. Et si le président choisit l’option de la dissolution, cela pourrait être pire pour l’économie : le risque d’avoir 150 députés RN et 200 Nupes.
Vous êtes coauteur d’une étude pour favoriser le développement des entreprises de taille intermédiaire (ETI). Les députés Ensemble et Républicains pourraient-ils s’entendre pour faire passer certaines mesures que vous appelez de vos vœux, comme la baisse des impôts de production ?
Toutes les mesures qui sont dans notre étude pourraient parfaitement s’insérer dans un contrat de gouvernement entre LR et Ensemble. Créer un pacte Dutreil de nouvelle génération, diminuer les impôts de production, etc. Mais pour qu’un tel accord fonctionne, il ne faudra pas que les Républicains soient considérés comme des béquilles, mais qu’ils puissent imposer une vraie transformation au pays, comme les Verts l’ont fait en Allemagne.
Certes, mais les Républicains ont fait moins de 5 % à la présidentielle !
Je suis d’accord. Et je ne suis pas au bureau politique des Républicains. Seulement, on est un pays qui est en crise significative. Dans ce contexte, choisir une politique du niet pourrait entraîner une dissolution qui elle-même pourrait entraîner une disparition pure et simple des Républicains. Les Français pourraient être extrêmement sévères.
Ce matin, la Bourse de Paris a ouvert en très légère hausse…
Malheureusement, les Bourses européennes suivent les Bourses américaines depuis trente ans. Donc on devrait voir les conséquences de l’ouverture de Wall Street cet après-midi. Cela dit, c’est un résultat qui n’est pas inquiétant pour les investisseurs. Le vrai risque, c’était la Nupes, avec 250 milliards de hausse des dépenses publiques. Et le RN avec 150 milliards de dépenses publiques. Or, ces deux programmes très destructeurs du point de vue du développement économique du pays seront au final portés par moins d’un tiers des députés. C’est de nature à rassurer la Bourse et les investisseurs internationaux. Si la France veut créer de l’emploi, elle doit développer les PME, et si elle veut faire de l’exportation, elle doit développer les grosses ETI. Les deux programmes qui étaient désastreux pour les PME et les ETI étaient ceux de la Nupes et du RN.
Photo par Eddie Junior sur Unsplash
Christian Saint-Etienne était l’invité de Stéphane Pedrazzi dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 19 mai 2022.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mardi 26 avril 2022.