France

L’Opinion – 14 juin 2023

L’Union européenne s’est construite, de par le traité de Rome de 1957, sur le principe de concurrence en éradiquant toute notion de puissance pour éviter le retour de la guerre sur le continent européen. Mais cette dernière a frappé à nouveau en février 2022 une Europe qui se croyait à l’abri depuis plus de trois quarts de siècle sous la protection des Etats-Unis. Une protection illusoire contre l’absence de principes actifs de médicaments importés à 80% de Chine et d’Inde, de microprocesseurs importés à 80% de Corée du Sud et de Taïwan, de batteries importées de Chine.

Pour l’Union européenne de 1958 à 2020, tous les produits et services étaient indéfiniment disponibles à condition de payer. Depuis le Covid et la guerre en Ukraine, même l’Union européenne a compris que le libéralisme ne rime pas avec négligence, même s’il s’oppose au protectionnisme. Le protectionnisme consiste à favoriser des producteurs nationaux même lorsqu’ils sont inefficaces ou innovent peu. Le libéralisme naïf, celui de l’Union européenne pendant trop longtemps, n’exigeait pas de réciprocité dans le commerce, permettant aux Chinois de faire en Europe ce que les Européens ne peuvent toujours pas faire en Chine.

Six filières clés. La souveraineté par l’innovation consiste à s’assurer que la production des six filières clés de la souveraineté soit assurée à au moins 75% sur son territoire. Ceci suppose une programmation stratégique conduite avec les entreprises dans ces six filières : la défense pour disposer des armements nécessaires, la finance pour financer les conflits éventuels, l’agroalimentaire pour nourrir le peuple en toutes circonstances, l’industrie pharmaceutique pour soigner le peuple, l’énergie pour alimenter le système et le numérique pour le faire fonctionner. Ce sont les six domaines dans lesquels les Etats-Unis et la Chine sont en compétition frontale. L’Europe a largement négligé ces secteurs, acceptant ses dépendances dans chacun de ces domaines.

Mais c’est la France qui est la plus coupable, depuis un quart de siècle, d’avoir laissé filer la dépense publique plutôt que de concentrer son énergie sur la souveraineté par l’innovation. Alors que nous disposions d’une armée complète en 1995, de la première place dans la pharmacie et l’agroalimentaire en Europe au tournant du siècle, d’une large souveraineté énergétique en 2010, nous sommes devenus dépendants dans la plupart des domaines clés de la souveraineté. Ce n’est pas en fermant nos frontières que nous pouvons revenir au premier plan, mais en invitant les principaux acteurs d’excellence de ces secteurs à produire en France dans le cadre d’une programmation stratégique ambitieuse à 15 ans visant à favoriser l’innovation et la production de biens et services dans ces six secteurs.

Nous devons nous doter d’agences publiques favorisant la recherche et l’innovation, comme la Darpa et la Barda américaine, continuer de réduire les impôts de production, accélérer le développement des formations techniques et inviter les grands industriels américains, sud-coréens et taïwanais à venir s’installer chez nous avec de puissantes usines permettant de servir le marché national et l’exportation dans une ouverture d’esprit complète.

Les Echos – 15/05/2023

En 2025, la Chine représentera 20% de la production mondiale de biens et de services et 25% de la consommation mondiale d’énergie. Des chiffres record qui se retrouvent dans les émissions de CO2.

La Chine a toujours été un géant politique et militaire, économique et technique avec une volonté affirmée de domination stratégique sur son environnement immédiat. SI la Chine devrait atteindre 20% du PIB mondial en 2025 – contre 23,5% pour les Etats-Unis – , son poids dans l’économie des biens, par opposition aux services, est en réalité bien plus élevé. En 2022, la Chine pesait déjà 24% de la consommation mondiale d’énergie primaire, 58% de la consommation mondiale de ciment, 56% de celle de nickel, 55% de celle de cuivre, 53% de celle d’acier, 49% de celle de zinc.
La Chine est donc un géant physique avec 1,4 milliards d’habitants, soit presque 18% de la population mondiale. Elle est le grand concurrent des Etats-Unis dans la révolution numérique, notamment dans l’intelligence artificielle et la conquête spatiale. Elle se veut l’égale des Etats-Unis en 2025 sur le plan militaire et diplomatique.

En Chine, une part prédominante de l’électricité produite au charbon.

Il est encore un domaine où la Chine a pris le leadership mondial et creuse l’écart avec ses concurrents : les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie. En 2021, la Chine a émis 10,52 milliards de tonnes de CO2 (31,1% du total mondial), devant les Etats-Unis et l’Inde, avec respectivement 4,70 milliards et 2,55 milliards de tonnes (respectivement 13,9% et 7,5% de la pollution mondiale). L’Union européenne à 27 a émis 2,73 milliards de tonnes (8,1%), la Russie 1,58 milliards de tonnes (4,7%) et le Japon 1,05 milliards de tonnes (3,1%).
En 2021, L’Allemagne a représenté 23,1% des émissions de CO2 de l’UE, l’Italie 11,4% et la France 10%. Les émissions du Royaume-Uni étaient supérieures de 23% à celles de la France à population équivalente.
De 2017 à 2021, l’UE a réduit ses émissions de CO2 de 11% et les Etats-Unis de 6% quand celles de la Chine augmentaient de 11%. L’UE se fixe des objectifs ambitieux de réductions des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 alors que la Chine se fixe pour seul objectif de réduire ses émissions par point de croissance économique supplémentaire. En se calant sur les variations de 2017 à 2021, chaque fois que l’UE baisse ses émissions de x milliards de tonnes, la Chine les augmente de 3x ! C’est pourtant en Europe que s’expriment les mouvements les plus violents contre les émissions de CO2.
En 2021, les émissions de la France ont atteint 0,8% des émissions mondiales, soit 2,3% fois moins que l’Allemagne et 4 fois moins que le poids de la France dans le PIB mondial. Une réalité pratiquement jamais mise en avant par nos dirigeants ou les médias.

En 2025, les émissions des CO2 de la Chine atteindront 35% du total mondial contre 23,5% pour la somme des émissions des Etats-Unis, de l’UE à 28 (UE27 + Royaume-Uni) et du Japon ! Même si la Chine prend le leadership dans la production mondiale de voitures électriques, ces dernières fonctionneront pour une part prédominante avec de l’électricité produite au charbon.
L’UE peut se contenter, pour projet stratégique, de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, qui seront bientôt faibles à l’échelle mondiale, et investir trois fois moins que la Chine et neuf fois moins que les Etats-Unis dans l’intelligence artificielle. Et quatre fois moins que la Chine et cinq fois moins que les Etats-Unis dans l’espace. En dépit d’initiatives récentes, l’Europe n’est plus dans la course sino-américaine, sinon comme proie.

Photo de Max Zhang sur Unsplash

Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce mercredi 10 mai 2023.

Cliquez sur ce lien pour visionner le replay sur le site de l’émission.

Ce mercredi 10 mai, Gilles Raveaud, maître de conférence l’Institut d’études européennes de Paris-8 Saint-Denis, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM, membre du Cercle des économistes, et Xavier Timbeau, directeur principal de l’OFCE, se sont penchés sur les leviers pour asseoir davantage l’attractivité de la France, notamment l’école et le développement économique dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.


Christian Saint-Etienne s’exprime dans Libre Propos sur Xerfi Canal ce jeudi 4 mai 2023.

Le conflit stratégique entre la Chine et les Etats-Unis ne se limite pas à la destruction de ballons dans l’espace… Les deux pays sont lancés dans une compétition entre une puissance dominante de l’ordre international qui veut le rester – les Etats-Unis – et une puissance montante qui veut prendre sa place – la Chine -. C’est un conflit classique, depuis Athènes et Sparte. Depuis le XVe siècle, seize conflits de ce type ont été recensés dont douze se sont conclus par une guerre et quatre par le renoncement de l’un des deux ennemis. Les Etats-Unis sont prêts à tout pour rester le dominant ; la Chine également, comme l’a clairement exprimé Xi Jinping, pour les remplacer.

Le conflit entre les deux géants se décline en deux luttes complémentaires : 1/ pour être la puissance géostratégique et militaire dominante et 2/ pour être le leader dans la révolution informatique mondiale. L’informatique, comme science et technologie, transforme le monde depuis quatre décennies comme la vapeur à la fin du XVIIIe siècle et l’électricité à la fin du XIXe siècle. Le numérique désigne les applications de l’informatique dans ses interactions avec les consommateurs. L’informatique est la mutation scientifique, technique, industrielle, énergétique et logistique qui fait fonctionner la planète et qui nous a fait entrer dans l’iconomie entrepreneuriale. Si l’informatique s’arrête, tout s’arrête ! Plus de banque, d’assurance, de logistique et d’approvisionnement. Mais également plus d’eau, de pain (les fours sont électriques) ou d’électricité, de télécommunications ou d’hôpitaux. L’informatique, qui fait fonctionner les systèmes électriques, fonctionne elle-même à l’électricité. Les prochaines guerres globales commenceront par la destruction des systèmes électriques : l’Ukraine à la puissance 100. La révolution informatique est hyper-industrielle et investir dans la production d’ordinateurs, de microprocesseurs, de robots et d’électricité est une question de survie.

Et depuis trois décennies, les élites françaises pensent qu’on est entré dans un monde post-industriel, post-travail et post-énergie. Réindustrialiser dans le monde hyper-industriel informatisé supposerait de doubler la production électrique en vingt ans, ce que nos dirigeants ne conçoivent même pas.

Ces deux pays dominent tellement la planète et leur conflit est si intense, qu’ils produisent près de 43% du PIB mondial, assurent près de 60% des dépenses militaires mondiales, contrôlent 80% des licornes mondiales en capitalisation et 100% des grandes plateformes mondiales avec les Gafam américains et les BATHX chinois. L’Europe est et se pense en marge de cette transformation totale alors qu’elle est une proie. L’Allemagne, qui n’a pas de Gafam – ce qui montre qu’elle n’est pas intellectuellement invincible -, investit depuis deux ans dans quatre grandes usines de microprocesseurs quand la France s’est lancée dans un demi-projet d’extension d’une capacité existante. Notre pays a préparé son suicide lent en sous-investissant dans la production électrique et informatique depuis quinze ans.

En France, le débat porte sur l’âge de départ à la retraite, qui sera encore un des plus bas du monde en 2030 à 64 ans, les inconvénients à construire des usines propres et des centrales électriques même propres, le désagrément à réintroduire l’excellence, la discipline et les devoirs à l’école, et les formes légales que pourrait prendre le droit à la paresse. Le tsunami économique et l’affaissement brutal de la protection sociale qui se profilent – sans réveil stratégique -, vont sidérer les Français au-delà de ce qu’ils ont ressenti dans les pires moments de notre histoire. Nous pouvons encore réagir à condition de comprendre le Nouvel ordre mondial.

Les Echos – 3 mars 2023

La France n’a pas compris qu’un nouvel ordre stratégique mondial se mettait en place : la Chine et les Etats-Unis se battent pour être la puissance dominante dans une révolution « informatique » mondiale.

Le conflit stratégique entre la Chine et les Etats-Unis ne se limite pas à la destruction de ballons dans l’espace…Les deux pays se sont lancés dans une compétition entre une puissance dominante de l’ordre international qui veut le rester – les Etats-Unis – et une puissance montante qui veut prendre sa place – la Chine. C’est un conflit classique, depuis Athènes et Sparte. Depuis le XVe siècle, seize conflits de ce type ont été recensés dont douze se sont conclus par une guerre et quatre par le renoncement de l’un des deux ennemis. Les Etats-Unis sont prêts à tout pour rester le dominant ; la Chine également, comme l’a clairement exprimé Xi Jinping, pour les remplacer.

Le conflit entre les deux géants se décline en deux luttes complémentaires :

  1. pour être la puissance géostratégique et militaire dominante ;
  2. pour être le leader de la révolution informatique mondiale.

L’informatique, comme science et technologie, transforme le monde depuis quatre décennies, comme la vapeur à la fin du XVIIIe siècle et l’électricité à la fin du XIXe siècle. Le numérique désigne les applications de l’informatique dans ses interactions avec les consommateurs. L’informatique est la mutation scientifique, technique, industrielle, énergétique et logistique qui fait fonctionner la planète.

L’Ukraine à la puissance 100.

Si l’informatique s’arrête, tout s’arrête ! Plus de banque, d’assurance, de logistique et d’approvisionnement. Mais aussi plus d’eau, de pain (les fours sont électriques) ou d’électricité, de télécommunications ou d’hôpitaux. L’informatique qui fait fonctionner les systèmes électriques, fonctionne elle-même à l’électricité. Les prochaines guerres globales commenceront par la destruction des systèmes électriques : l’Ukraine à la puissance 100. La révolution informatique est hyperindustrielle et investir dans la production d’ordinateurs, de microprocesseurs, de robots et d’électricité est une question de survie.

Et depuis trois décennies, les élites françaises pensent qu’on est entré dans un monde postindustriel, post-travail, et posténergie. Réindustrialiser dans le monde hyperindsutriel informatisé supposerait de doubler la production électrique en vingt ans, ce que nos dirigeants ne conçoivent même pas.

La France prépare son suicide lent. »

Ces deux pays dominent tellement la planète et leur conflit est si intense, qu’ils produisent plus de 42% du PIB mondial, assurent près de 60% des dépenses militaires mondiales, contrôlent 80% des licornes mondiales en capitalisation et 100% des grandes plateformes mondiales avec les GAFAM américains et les BATHX chinois.

L’Europe est – et se pense – en marge de cette transformation totale alors qu’elle est une proie. L’Allemagne, qui n’a pas de GAFAM – ce qui montre qu’elle n’est pas intellectuellement invincible -, investit depuis deux ans dans quatre grandes usines de microprocesseurs quand la France s’est lancée dans un demi-projet d’extension d’une capacité existante.

Notre pays a préparé son suicide lent en sous-investissant dans la production électrique et informatique depuis quinze ans.

En France, le débat porte sur l’âge de départ à la retraite, qui sera encore un des plus bas du monde à 64 ans, les inconvénients à construire des usines propres et des centrales électriques même propres, le désagrément à réintroduire l’excellence, la discipline et les devoirs à l’école, et les formes légales que pourrait prendre le droit à la paresse.

Le tsunami économique et l’affaissement brutal de la protection sociale qui se profilent – de moins en l’absence d’un réveil stratégique -, vont sidérer les Français au-delà de ce qu’ils ont vécu aux pires moments de leur histoire. Nous pouvons encore réagir à condition de comprendre le nouvel ordre mondial.

Interview à Atlantico – 20 02 2023

L’intelligence artificielle aura-t-elle les mêmes conséquences pour les emplois de services que celles de la mondialisation vis-à-vis de l’industrie ? Après que Mark Zuckerberg ait annoncé que Meta allait remplacer le middle management par de l’intelligence artificielle, le cours de l’entreprise a bondi de plus de 20%, sa plus forte hausse en 10 ans.

Atlantico : L’intelligence artificielle risque-t-elle d’avoir les mêmes conséquences pour les emplois de services que celles de la mondialisation vis-à-vis de l’industrie ?

Christian Saint-Etienne : La mondialisation n’a pas eu les mêmes effets sur les emplois dans l’industrie à l’échelle des différents pays de la planète. Pour les nations qui avaient une stratégie nationale afin de conserver une industrie puissante, la mondialisation n’a pas eu les mêmes effets que dans un pays comme la France où les élites avaient décidé il y a trente ans que l’industrie appartenait au passé. Cela sera la même chose pour l’intelligence artificielle concernant les emplois de service. Cela va dépendre des stratégies nationales et des approches spécifiques des entreprises. Il n’est pas possible de considérer qu’il y a un effet soit de la mondialisation, soit de l’intelligence artificielle sur l’industrie qui est totalement indépendante des réponses stratégiques des Etats et des entreprises.

Laurent Alexandre : La mondialisation a créé énormément d’emplois à l’échelle planétaire. Il y a beaucoup plus d’emplois aujourd’hui qu’il n’y en avait en 1960. Il y a eu des destructions dans certains secteurs, dans les pays non-compétitifs, dans les branches qui ne sont pas modernisées. Mais à l’échelle mondiale, il n’y a pas eu de destructions d’emplois massives suite à la mondialisation.

En ce qui concerne l’intelligence artificielle, nous sommes face à une certaine inconnue. L’arrivée de ChatGPT dans sa version 3.5 est une grande surprise. Un aussi gros progrès semblait jusqu’alors impossible. Il n’y a pas encore eu de réflexions structurées sur l’impact de ces nouveaux réseaux de neurones, dits LLM, sur l’économie et sur l’emploi. Ce saut technologique est très récent. Il n’a pas encore été digéré par les experts en économie. Nous sommes dans une phase de progrès rapide dans ce domaine. Un plafond de verre sera-t-il rapidement atteint ? Ou est-ce que les réseaux de neurones LLM vont continuer à progresser pendant de nombreuses années ? S’ils plafonnent à moyen terme ou bien alors s’ils progressent continuellement sur dix ans, l’impact sur le monde du travail et sur la société sera radicalement différent d’une situation à l’autre. A la fin de l’année 2023, une meilleure vision de la vitesse de progrès des LLM se dessinera. Il sera alors possible d’établir des scénarios macroéconomiques sur l’impact de ces nouvelles formes d’intelligence artificielle.

Que vont devenir les personnes dont les emplois seront détruits suite aux progrès de l’intelligence artificielle et face à son impact direct sur le monde du travail ?

Laurent Alexandre : L’un des plus grands spécialistes de l’intelligence artificielle en France, Serge Abiteboul, a déclaré dans les colonnes du Monde qu’il fallait bien comprendre que les nouveaux métiers, comme les data scientists, nécessitent beaucoup de neurones. Ces emplois requièrent des profils innovants, adaptables et très intelligents. La difficulté qui va se poser est que les métiers qui vont être supprimés suite à l’évolution technologique vont être remplacés par des métiers très conceptuels et très compliqués. Il n’est pas évident que tous les travailleurs puissent se reconvertir.

Un autre grand spécialiste international de l’intelligence artificielle, l’un des trois inventeurs des réseaux de neurones, Yoshua Bengio, disait que faire croire que l’on va pouvoir transformer un chauffeur routier en spécialiste de l’informatique est un mensonge.

Il y aura donc des difficultés. Les nouveaux métiers qui vont se créer vont souvent être des métiers très complexes, très intellectuels et très conceptuels. Dans le monde du travail, tout le monde ne peut pas être innovant, conceptuel et brillant. Il y a donc un risque si l’on ne réforme pas radicalement l’école et la formation professionnelle. Les nouveaux emplois de demain pourraient ne pas être bien adaptés aux personnes qui vont perdre leur emploi à cause de ces nouveaux outils. Une vraie réflexion de fond doit être menée pour éviter de se retrouver dans la situation décrite par Yuval Noah Harari dans son livre « Homo deus », le monde du futur avec des « dieux » qui maîtrisent bien l’intelligence artificielle et des « inutiles » qui n’arrivent pas à trouver un emploi dans ce nouveau monde ultra complexe.

Christian Saint-Etienne : Depuis deux siècles, des questions se posent sur les conséquences des nouvelles technologies sur l’emploi. Les économies ont la capacité de s’adapter, de se transformer et de créer de nouveaux emplois suite aux évolutions technologiques et grâce à l’essor des progrès techniques. Toutes les études à l’horizon 2030 – 2035 montrent que, quelles que soient les évolutions technologiques, il y aura un essor considérable des emplois qualifiés. Il faudra développer des programmes d’intelligence artificielle. Il sera nécessaire de produire des micro-processeurs et des ordinateurs.

La question centrale est donc de savoir si une stratégie va être mise en place dans l’Union européenne afin de développer massivement l’intelligence artificielle, les logiciels et les microprocesseurs ou s’il va falloir importer toutes ces technologies ? Les stratégies vont donc déterminer l’impact réel.

Il faut bien distinguer les emplois de service à la personne des emplois dans le domaine technologique. Les emplois de service à la personne vont perdurer. L’intelligence artificielle aura du mal à s’occuper des enfants, des personnes âgées ou des malades avec la même empathie qu’un être humain. Il y aura donc une croissance des emplois qualifiés qui représentent 30 % de l’emploi. Des études de McKinsey laissent présager que cela pourrait augmenter encore de 20 %. Pour les emplois peu qualifiés, l’augmentation va aussi se poursuivre. Dans les restaurants, l’utilisation des robots n’est pas encore optimale. En Europe, aux Etats-Unis et en Asie, nous assistons à un fort développement des emplois de service à la personne ou dans les services directs. 40 % de l’emploi devraient continuer de progresser. Cela fait donc 70 % de l’emploi en tout.

La question se pose en revanche sur les 30 % restants. En menant une stratégie très offensive de production de micro-processeurs, des travailleurs dans les usines sont nécessaires. Si l’on souhaite robotiser, il faut construire des robots.

L’intelligence artificielle fera des dégâts s’il n’y a aucune prise de conscience et de réactions. Il est vital de mener des stratégies offensives afin de transformer l’intelligence artificielle en un instrument de modernisation.

En l’absence de stratégie, l’intelligence artificielle va devenir notre maître. Avec une stratégie puissante, conduite par les Etats européens et l’Union européenne dans son ensemble, la stratégie et la volonté collective peuvent transformer l’IA en instrument utile et décisif. Il est vital de décider de ce que nous allons faire de l’intelligence artificielle et comment nous devrons l’exploiter à bon escient.

Au regard de l’impact de la désindustrialisation ou bien encore suite à l’influence de Google sur l’économie, l’intelligence artificielle va-t-elle avoir des effets positifs sur le plan économique et sur le monde du travail ?

Christian Saint-Etienne : La situation récente aux Etats-Unis montre que les Américains sont prêts à relever le défi grâce à des lois puissantes et avec des moyens financiers considérables. Les Etats-Unis retrouvent leur souveraineté technologique et donc sur l’intelligence artificielle.

La grande question en revanche concerne la situation européenne. L’Europe n’a jamais mené de stratégie offensive dans le moindre domaine. Le Traité de Rome de la communauté européenne a été bâti sur un principe de concurrence et avait pour objectif de faire en sorte que l’Europe ne mène plus jamais de politique de puissance pour éviter la répétition des guerres. Le problème central est que l’Union européenne n’est pas un instrument de puissance. Elle ne parvient pas à imposer la réciprocité dans le commerce. Avant d’être capable de mettre en place des stratégies de maîtrise de l’intelligence artificielle au niveau européen, il sera trop tard.

Les Etats-Unis mettent en place des stratégies offensives avec des moyens adaptés à la différence de l’Union européenne.

Au niveau des Etats, en substitution de l’absence de capacité au niveau européen, des stratégies nationales se déploient. Les Allemands procèdent ainsi. L’Allemagne vient de lancer sa quatrième usine de semi-conducteurs. La France, ces deux dernières années, a tout juste réussi à décider d’une extension d’une usine de STMicroelectronics dans le bassin grenoblois. Les Allemands relèvent le défi à leur niveau. Les Français sont en retard. Cela est lié à la désindustrialisation massive que nous avons subie. L’industrie reste l’élément central de la maîtrise de l’intelligence artificielle. Lorsque vous êtes désindustrialisés, vous êtes démunis. La France doit donc se réveiller en contrôlant ses dépenses de fonctionnement et en augmentant massivement ses investissements dans l’industrie, la recherche, l’innovation, la production de micro-processeurs et l’intelligence artificielle.

Laurent Alexandre : Les effets positifs seront considérables. DeepMind, une filiale de Google, a mis au point une intelligence artificielle qui est capable de prévoir la forme des protéines à partir de la séquence de l’ARN (l’acide ribonucléique). En quelques semaines, en 2022, DeepMind a déterminé la forme en 3D de 200 millions de protéines, la quasi-totalité des protéines qui existent sur Terre. Ce travail aurait mis des siècles à être réalisé par la main de l’homme. Plusieurs mois sont nécessaires à une équipe entière de scientifiques pour déterminer la forme d’une protéine. Avec un oeil malthusien et pessimiste, il est possible de considérer que Google a retiré 1.000 ans de travail aux biochimistes. Mais avec un regard positif, il est possible de considérer que grâce à la détermination de toutes les formes des protéines existantes, la cancérologie va progresser, la lutte contre le vieillissement va avancer et des équipes entières de recherche vont pouvoir travailler plus efficacement sur de nombreux sujets biotechnologiques et agricoles dans les décennies qui viennent suite à cette découverte.

L’intelligence artificielle va créer beaucoup plus d’emplois que cela en a, en apparence, détruit.

L’économie, les pouvoirs publics et les dirigeants politiques vont-ils pouvoir s’adapter face à cette transition majeure et à la révolution technologique de l’intelligence artificielle qui va dépasser la simple robotisation ou l’automatisation des chaînes de production ?

Laurent Alexandre : La réflexion des politiques sur ce domaine est embryonnaire. Elle n’a pas véritablement commencé. Elle n’a pas débuté également au sein de l’école, à l’hôpital, chez les avocats, dans l’appareil d’Etat et dans les entreprises. Ce choc technologique de l’intelligence artificielle n’a pas été anticipé. Il est très récent.

Un certain délai est nécessaire afin que l’appareil d’Etat et les entreprises prennent la mesure du choc.

Les professions, les corporations et l’Etat ne vont pas se moderniser et intégrer ce bond technologique en l’espace de quelques semaines seulement.

L’impact des LLM sur l’école est considérable par exemple. Avec un LLM, un élève va en savoir plus et faire mieux, dans 100% des cas, que ce que fait son professeur. Aucun enseignant ne peut rivaliser en termes de connaissances et de synthèse avec ce que fait un LLM. La crédibilité des professeurs pourrait être remise en cause. Les enseignants vont devoir se réinventer.

Des interrogations demeurent sur la manière dont les enfants sont autorisés à se servir des LLM. Certaines écoles ou institutions comme Sciences Po ont interdit l’utilisation de ChatGPT. En revanche, l’Université de Wharton aux Etats-Unis a adopté une position intelligente. Le recours à ChatGPT n’est pas interdit à Wharton mais l’étudiant doit indiquer dans sa copie quel a été son usage précis de ChatGPT. Le niveau d’exigence aussi sera plus élevé pour cet élève par rapport à un étudiant qui n’aura pas utilisé ChatGPT dans sa copie.

Les enfants de 2040 se serviront de ce type d’outils. Interdire cela à l’université ne les prépare pas à la façon effective dont ils vont travailler dans le futur.

La France pourra-t-elle être compétitive et se positionner en tant que leader dans le marché de l’intelligence artificielle dans les années à venir ou la concurrence s’annonce-t-elle trop rude face aux Etats-Unis, à la Silicon Valley ou aux pays asiatiques ?

Laurent Alexandre : En France, le budget de l’INRIA (l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique) est de 300 millions par an. Dans le même temps, le budget du département de recherche d’Amazon approche les 40 milliards par an. L’investissement que fait la France en recherche et développement pour l’intelligence artificielle est absolument insignifiant. Il y a donc un effort très important à mener dans ce domaine. Le rapport Villani, publié il y a cinq ans, n’a pas pris la mesure du choc qu’était l’intelligence artificielle et l’a complètement sous-estimé.

Une analyse de fond devrait être menée afin d’évaluer les impacts prévisibles de ces réseaux de neurones. Cela permettrait de proposer des mesures rapides pour que la France ne soit pas définitivement distancée et perdue pour les technologies du futur.

La France est très affaiblie en intelligence artificielle. Elle n’est pas du tout à la hauteur des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) qui investissent des dizaines de milliards en intelligence artificielle.

Pour que la France soit à la hauteur, il est nécessaire de redéfinir les priorités et d’investir plus d’argent dans l’intelligence artificielle. L’Etat doit faire un effort de compréhension de ces sujets-là.
Le gouvernement doit aussi transformer cette cause en un enjeu majeur. En France, l’intelligence artificielle a le « droit » à seulement un Secrétariat d’Etat. Il n’y a même pas de ministre du Numérique. L’intelligence artificielle est pourtant l’enjeu le plus important pour la France d’ici 2050. Elle ne peut pas se contenter simplement d’un Secrétaire d’Etat au Numérique. Cela est absolument suicidaire. Il est nécessaire d’avoir un réel ministre d’Etat en charge du développement de l’intelligence artificielle. Il disposera de pouvoirs étendus et sera directement rattaché au Premier ministre pour avoir plus d’impact.

Le ministère de l’Education nationale va aussi devoir évoluer. Il devra être rattaché au ministère de l’Intelligence artificielle. L’éducation de demain ne va être qu’une partie de la gestion et du développement de l’intelligence artificielle.

Il faut revoir la façon dont l’Etat gère l’intelligence artificielle.

Il est également urgent de revoir la grille salariale des spécialistes de l’intelligence artificielle en France dans l’appareil d’Etat et dans les instituts de recherche comme le CNRS ou l’Inria. Les bons spécialistes des LLM aujourd’hui gagnent entre 1 et 5 millions d’euros par an dans les grandes entreprises alors qu’un chercheur au CNRS ou à l’Inria gagne 100 fois moins. Cette situation est pathétique et intenable.

L’Etat ne peut pas payer 100 fois moins les spécialistes en intelligence artificielle que Google ou Microsoft. Cela est suicidaire et doit changer rapidement.

Christian Saint-Etienne : La France a des atouts mais elle ne les utilise pas par manque de compréhension des enjeux. La révolution de l’informatique est à l’oeuvre depuis quatre décennies. Elle entraîne une hyper industrialisation et ré-industrialisation de la planète par la robotisation, par la numérisation du système productif. La France, pendant ces 25 dernières années, s’est laissée massivement désindustrialiser par idéologie.

Au milieu des années 1990, les élites françaises se sont convaincues que nous entrions dans un monde post-industriel, post-travail. Cela correspond à un monde post-informatique, post-intelligence artificielle, post-électricité. Toute notre politique énergétique a été cassée ces quinze dernières années.

Le problème français est un problème de compréhension du monde par les élites. Même des personnes intelligentes comme Emmanuel Macron ne comprennent pas la mutation que nous évoquons. Si ces personnes le comprenaient, nous serions aussi en train d’ouvrir des usines de micro-processeurs comme les Allemands. Nous mènerions une politique de réduction beaucoup plus franche du déficit public par la réduction des dépenses de fonctionnement et l’augmentation très forte des investissements dans l’informatique, la robotique et l’électrification du système productif.

Lorsque nous annonçons le lancement de nouveaux EPR, les premiers vont arriver d’ici 15 ans. La réindustrialisation dans le monde de l’informatique et de l’intelligence artificielle s’opère sous nos yeux et elle va transformer le monde dans les quinze prochaines années.

La réindustrialisation dans la nouvelle révolution industrielle exige la robotisation et l’électrification du système productif. La France agit par des mini-mesures mais il n’y a aucune stratégie forte pour robotiser ou numériser tout le système productif, pas seulement l’industrie.

La France est parmi les pays développés celui qui a le moins de robots par millier de travailleurs. Nous avons encore les moyens d’agir. Nous ne les aurons plus dans dix ans. Nous avons encore des atouts. Les patrons de la recherche en intelligence artificielle chez les deux leaders mondiaux, Meta et Google, sont des Français. Mais paradoxalement, la France avait décidé de réduire l’enseignement des mathématiques, alors qu’elles sont au coeur de la révolution informatique et de l’intelligence artificielle. La France n’aura plus les moyens d’agir dans dix ans.

Depuis deux décennies, la France pêche par un manque de compréhension de la mutation du monde. Nos élites continuent de diriger la France comme si nous étions encore dans les années 1980. Elles n’ont pas compris la mutation du monde qui s’est opérée depuis trois décennies avec la révolution de l’informatique, dont l’intelligence artificielle est un sous-produit.

Nous sommes confrontés aujourd’hui à la troisième génération d’intelligence artificielle. Tout le monde s’extasie sur ChatGPT mais le système a été construit en partie par des petites mains en Inde qui ont intégré des milliards de données au sein de ce logiciel.

Dans l’intelligence artificielle, il y a deux niveaux. Il y a l’IA dans la main de l’homme. Les logiciels sont conçus par l’homme. Le niveau supérieur est l’intelligence artificielle autonome qui s’autodéveloppe. La puissance informatique permet ce développement.

L’intelligence artificielle auto-générative soulève de nombreuses questions et pose des problèmes éthiques et cybernétiques, surtout si cette intelligence artificielle tombait aux mains de cybercriminels.

L’intelligence artificielle n’est donc pas que de la technologie. Cela repose en grande partie sur une vision et de la stratégie afin de savoir si nous sommes en capacité de maîtriser cette révolution de l’intelligence artificielle. Il y a un volet éthique et de résistance à la cybercriminalité qui n’est pas suffisamment pris en compte. Si on met en oeuvre une stratégie puissante au niveau français pour rebondir et éliminer le déficit extérieur, qui va nous tuer si on ne bouge pas, il va falloir intégrer dans une stratégie déterminée tous ces éléments liés à la cybercriminalité et aux questions éthiques sinon la révolution de l’intelligence artificielle pourrait très mal se terminer.

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Les Echos – 30/01/2023

Christian Saint-Etienne montre que même si l’emploi va mieux, la réindustrialisation ne « prend » pas. Et explique ce qu’il faudrait faire pour inverser la tendance.

Comme j’aimerais, en ce début d’année, écrire que la France se réindustrialise ! Mais l’inverse est à l’oeuvre, en dépit de discours décalés du réel. Après l’épisode Hollande 1 (2012-2014), qui avait multiplié les discours et les mesures anti-riches, Hollande 2 (2015-2017) et Macron 1 (2017-2021) ont, eux, tenté de faciliter l’activité économique, notamment en réduisant les contraintes sur le marché du travail (lois El Khomri 2016, ordonnances sur le marché du travail 2017). En 2014, le CICE a été porté à 6 % de la masse salariale pour les rémunérations inférieures à 2,5 SMIC et remplacé par un allégement de cotisations sociales en 2019.

Cette politique a eu du succès en termes de créations nettes d’emplois. Mais en dépit de la baisse, en 2021, de 10 milliards d’euros desimpôts de production (qui demeurent trois fois plus élevés qu’en Allemagne ou en Suisse et 80 % plus élevés qu’en Italie en pourcentage du PIB), d’une baisse modérée du taux de l’IS à 25 % (qui reste supérieur de 5 points au taux d’IS moyen des pays européens compétitifs), les quelques mesures pro-entreprises depuis 2015 ont été noyées dans une politique pro-demande depuis la révolte des « gilets jaunes » et le choc Covid. Le déficit public a explosé et se maintiendra à 5 % du PIB cette année. La demande interne est financée par l’emprunt public, ce qui ne rassure pas les investisseurs industriels.

La valeur ajoutée manufacturière en France est tombée de 37 % en 2015 à 33 % en 2021 de la valeur ajoutée manufacturière allemande en euros et de 96 % à 84 % de la valeur ajoutée manufacturière en Italie sur la même période. Avec le même taux de change et les mêmes taux d’intérêt de Banque centrale, la France fait beaucoup moins bien que l’Allemagne, – nous sommes tombés au tiers de nos voisins – et que l’Italie aussi ! Notre performance est catastrophique et explique l’état pitoyable de notre commerce extérieur.

Notre production manufacturière est plus faible en 2021 en euros qu’en 2015 ! Sur la même période, elle a augmenté de 10 à 15 % chez nos voisins. En dépit du discours sur la start-up nation (mais les start-up importent plus de matériels et logiciels informatiques qu’elles n’exportent) et sur la production de Doliprane, rien n’est fait concernant les 300 médicaments en rupture qui conditionnent notre souveraineté de santé publique.

La réindustrialisation ne prend pas, et la comparaison France-Allemagne continuera de décevoir cette année compte tenu des investissements massifs de l’Allemagne dans l’énergie, l’automobile, les biotechs et les microprocesseurs.

Que faudrait-il faire ? Agir, tout simplement ! Réindustrialiser veut dire numériser, robotiser et électrifier l’ensemble du secteur productif, ce qui suppose de doubler la production électrique en deux décennies. Les annonces sur les EPR et le photovoltaïque (à base de panneaux importés de Chine…) ne permettront au mieux d’augmenter la production que d’un quart, d’ici vingt ans.

D’où viendra le reste ? Où est la filière nationale de photovoltaïque ? Quid des centrales pilotables au gaz décarboné ? Quid des investissements nécessaires dans l’hydroélectrique ?

Il faut créer un puissant ministère de la Réindustrialisation également responsable de la politique énergétique, de l’innovation et de la formation professionnelle. Il devrait être à l’oeuvre depuis cinq ans à la place des mesurettes qui ne visent à corriger qu’une fraction de nos handicaps. Faudra-t-il un mai 1940 industriel et militaire pour réveiller le pays ? Il se prépare : le commerce extérieur et l’endettement en sont les mèches.

Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 1er décembre 2022.

Cliquez ici pour visionner le replay de l’émission.

Ce 1er décembre, Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’OFCE, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des Économistes, et Gaël Sliman, président d’Odoxa se sont penchés sur le premier recul de l’inflation en zone euro ainsi que la stabilité de l’inflation en France sauf pour les prix alimentaires, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze. Les Experts est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.