Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce vendredi 8 février 2019.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Guillaume Paul dans l’émission « Inside » sur BFM Business ce mardi 5 février 2019.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mardi 24 juin.
Au programme : Le 24 juin, les réformes structurelles pour réduire le déficit et les alternatives au dossier Alstom ont été les thèmes abordés dans Les Experts par Nicolas Doze et ses invités: Mathilde Lemoine, directeur des études éco d’HSBC-France, auteur des « Grandes questions d’économie et de finance internationales », Editions De Boeck, Alain Madelin, président du fonds Latour-Capital, ancien ministre, Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM, auteur de « l’Iconomie pour sortir de la crise », Odile Jacob, co-auteur avec Robin Rivaton du « Kapital. Pour rebatir l’industrie » édité par la Fondapol, et auteur de « France : Etat d’urgence. Une stratégie pour demain » Odile Jacob, sur BFM Business. Chaque matin, les experts ; débats, controverses et coups de gueule, Nicolas Doze livre son grand éditorial entouré de pros du business sur BFMBusiness, première chaîne d’informations économiques en France.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce mardi 24 juin.
Au programme : Le 24 juin, les réformes structurelles pour réduire le déficit et les alternatives au dossier Alstom ont été les thèmes abordés dans Les Experts par Nicolas Doze et ses invités: Mathilde Lemoine, directeur des études éco d’HSBC-France, auteur des « Grandes questions d’économie et de finance internationales », Editions De Boeck, Alain Madelin, président du fonds Latour-Capital, ancien ministre, Christian Saint-Etienne, professeur au CNAM, auteur de « l’Iconomie pour sortir de la crise », Odile Jacob, co-auteur avec Robin Rivaton du « Kapital. Pour rebatir l’industrie » édité par la Fondapol, et auteur de « France : Etat d’urgence. Une stratégie pour demain » Odile Jacob, sur BFM Business. Chaque matin, les experts ; débats, controverses et coups de gueule, Nicolas Doze livre son grand éditorial entouré de pros du business sur BFMBusiness, première chaîne d’informations économiques en France.
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Christian Saint-Etienne était l’invité de l’émission « C à dire ?! » sur France 5, présentée par Axel de Tarlé. 10 minutes de dialogue pour un éclairage sur un sujet de l’actualité du jour. Ce lundi 23 juin : Quel avenir pour Alstom ?
LE DÉBAT LOUIS SCHWEITZER/CHRISTIAN SAINT-ÉTIENNE
PROPOS RECUEILLIS PAR GHISLAIN DE MONTALEMBERT – Le Figaro Magazine – 17 mai 2014
A l’heure où se joue l’avenir d’Alstom, convoité par l’américain General Electric et l’allemand Siemens, Louis Schweitzer et Christian Saint-Etienne analysent les raisons de l’affaiblissement de notre industrie.
Le démantèlement d’Alstom est-il le symbole du déclin industriel français ?
Christian Saint-Etienne – Les difficultés d’Alstom résultent d’erreurs stratégiques commises dans les années 90 par la direction du groupe. Ses responsables, convaincus à l’époque, à l’instar de Serge Tchuruk, qu’il fallait évoluer vers des entreprises sans usines, ont opéré des choix dont le groupe paye aujourd’hui le prix. Vouloir séparer la production, la recherche et le management de l’entreprise était une aberration. La compétitivité est une notion globale : elle résulte de l’association étroite de ces trois pôles. Alstom l’a oublié à ses dépens. La facture est lourde : en 1998, le groupe réalisait au moins le double du chiffre d’affaires de Samsung ; aujourd’hui, ce n’est plus qu’un cinquième.
Louis Schweitzer – Je suis d’accord avec vous : éclater les centres de décision, de recherche et de production des entreprises aux quatre coins de la planète n’est pas une solution viable. Alstom est un échec. Une entreprise doit avoir un cœur, une nationalité. Je ne connais pas de vraie multinationale. Coca-Cola ou IBM, bien qu’implantées dans le monde entier, restent des entreprises américaines.
Quel conseil donneriez-vous à Patrick Kron ?
Louis Schweitzer – Il faut opter pour la solution offrant le plus de garanties au maintien des activités présentes en France. Or il n’est pas certain qu’un rapprochement avec Siemens soit optimal de ce point de vue. Très souvent, le voisin le plus proche est celui avec lequel on est le plus en concurrence. Quand j’ai pensé que Renault avait besoin de nouer une alliance pour se développer, j’avais deux priorités en tête. Premièrement, il me semblait essentiel de privilégier une solution dans laquelle la France occuperait une position dominante : il n’était pas question de faire de Renault un junior partner ! Seconde priorité : trouver un constructeur asiatique – Nissan était le partenaire idéal – car un mariage avec un européen aurait généré des doublons et conduit tôt ou tard à un massacre industriel et social. Beaucoup préconisaient à l’époque de fusionner Renault et PSA. Cela aurait été un désastre. Nous aurions donné naissance à un groupe purement européen qui, à terme, aurait été condamné.
Christian Saint-Etienne – Une alliance avec Siemens conduirait, j’en suis également convaincu, à des doublons en Europe alors que la croissance est en Asie et aux Etats-Unis. Un bain de sang serait inévitable, d’autant qu’Alstom France conçoit les mêmes produits que Siemens en Allemagne. Je préconiserais plutôt de discuter avec General Electric, en imposant aux Américains d’installer un certain nombre de centres mondiaux dans l’Hexagone et d’y maintenir les activités de recherche, tout en posant comme contrainte que, comme dans le cas de PSA avec Dongfeng, l’Etat prenne 35 % du capital du nouvel ensemble, au moins pour un moment.
Avec quel argent ? Les caisses de l’Etat sont vides. La France a-t-elle encore les moyens de ses ambitions en matière de politique industrielle ?
Christian Saint-Etienne – La France peut emprunter 50 milliards d’euros demain matin sur les marchés si c’est pour faire des investissements intelligents dans des entreprises compétitives. Alstom n’est pas un canard boiteux : si GE s’y intéresse, c’est pour l’intégrer dans sa stratégie de développement mondial. L’Etat ne ferait sans doute pas une mauvaise affaire !
Louis Schweitzer – L’obstacle, comme vous le rappelez, n’est pas forcément financier, mais plutôt à mes yeux d’ordre réglementaire : en Europe, il y a moins de garde-fous nationaux qu’aux Etats-Unis, au Japon ou en Chine. N’empêche : l’Etat n’a pas le droit d’être indifférent au sort de ses fleurons industriels. La politique industrielle est d’abord l’affaire des entreprises, mais c’est un sujet qui intéresse l’ensemble de la collectivité nationale. Quand une entreprise passe sous contrôle étranger, cela crée une dynamique négative pour le pays. Le patriotisme économique est très fort chez nombre de nos partenaires économiques. Nous ne devons pas hésiter, nous aussi, à défendre nos intérêts avec vigueur, dès lors qu’ils sont menacés. Regardez comme la classe politique britannique s’est emparée du dossier AstraZeneca, convoité par l’américain Pfizer. Après avoir entendu les déclarations de ce dernier, et compris que ses promesses ne garantissaient en rien la préservation des emplois et le maintien des centres de décisions en Grande-Bretagne, elle tire aujourd’hui la sonnette d’alarme.
Faut-il tout faire pour conserver une industrie tricolore puissante ?
Louis Schweitzer – Nous avons besoin de notre industrie, c’est une évidence. Celle-ci représente beaucoup plus pour un pays que les 13 ou 15 % de l’activité économique que l’on qualifie d’industrielle, nombre de services dépendant de l’importance du développement industriel. Il n’y a pas dans le monde de puissance économique qui ne soit une puissance industrielle. Même la Suisse est une place industrielle de premier plan, alors même que les coûts de production, les salaires notamment, y sont beaucoup plus élevés qu’en Allemagne ou en France.
Le fait que l’on ait besoin d’un dialogue constant entre l’Etat et les entreprises, si l’on veut développer une industrie puissante, est également pour moi une évidence absolue. En Allemagne, ce dialogue est permanent, je l’ai vu fonctionner de façon admirable dans le secteur automobile. Nous avons créé en France un commissariat général à la stratégie et à la prospective qui a vocation à être un lieu de dialogue intelligent, stratégique et national, un peu à l’image de ce que pouvait être le commissariat général au Plan dans le passé, mais sans l’idée de la planification. Sachons utiliser cet outil !
Christian Saint-Etienne – Contrairement à vous, monsieur Schweitzer, je pense que l’importance de l’industrie n’est pas, en France, une évidence. Le dernier point haut de l’industrie française, c’est 1998. Depuis quinze ans, la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB français a baissé de plus de 30 %. Dans le même temps, la part des exportations françaises dans les exportations mondiales a chuté de 45 %… Ces chiffres traduisent l’effondrement de notre appareil industriel. Dans les années 90, l’industrie est devenue secondaire aux yeux des décideurs. L’idée, totalement fausse, que l’on allait vers un monde postindustriel et post-travail s’est imposée dans les esprits, et avec elle la nécessité de partager le travail par le biais de la mise en place des 35 heures. Rappelons d’ailleurs que la première loi sur la réduction du temps de travail a été conçue par la droite, c’est la loi Robien de 1996. La gauche a simplement systématisé cette idée aberrante qui était dans l’air. Les 35 heures ont posé d’énormes problèmes de management et de coût aux entreprises. Et lorsque les usines ont commencé à fermer par centaines, personne n’a su apporter une réponse de fond au problème. On s’est contenté d’accompagner les fermetures, par le biais d’un traitement social coûteux.
Tout ceci relève d’une erreur manifeste. Car l’industrie est au cœur de l’économie. Elle est le moteur des services à forte valeur ajoutée (avocats, comptables, publicité, marketing…), mais aussi des exportations : 80 % des exportations mondiales, hors énergie et matières premières, concernent des produits industriels. Si la France accuse un déficit commercial aussi important aujourd’hui, c’est parce qu’elle a laissé filer son appareil industriel. Nous sommes passés à côté de ce que j’appellerai la troisième révolution industrielle : celle de l’informatique, dans les années 80, à l’origine d’une transformation totale du système économique. A l’époque où il aurait fallu encourager l’émergence de nouvelles entreprises, on les a au contraire assommées d’impôts, de charges sociales et de réglementations à contre-courant, destinées à partager les emplois de la deuxième révolution industrielle.
Comment restaurer la compétitivité des entreprises françaises ?
Christian Saint-Etienne – L’effondrement de la profitabilité de nos entreprises est un vrai problème. Le taux de marge moyen de l’entreprise France est, depuis dix ans, inférieur d’un tiers à ce qu’il est en Allemagne, mais aussi en Italie du Nord, en Angleterre, aux Etats-Unis et depuis peu, en Espagne. Que faire ? Si l’on veut reconstruire une industrie puissante, il faut s’appuyer sur nos points forts : l’entrepreneuriat, nos ingénieurs qui sont parmi les meilleurs au monde, notre capacité d’épargne qui sert aujourd’hui à financer nos déficits… Créons des fonds de pension pour financer notre industrie à long terme.
Louis Schweitzer – Je suis en désaccord avec vous sur ce point. Les fonds de pension, notamment dans le monde anglo-saxon, ont des vues trop court-termistes. Ils sont exclusivement tournés vers la valeur actionnariale immédiate, beaucoup étant gérés selon le principe de la sur-performance par rapport à tel ou tel indice boursier. Je ne les vois pas soutenir une politique industrielle de long terme. En France, la fragilité n’est pas tant le manque d’épargne mais le fait que celle-ci, en vertu d’un certain nombre de règles, ne s’oriente pas suffisamment vers l’investissement productif.
Christian Saint-Etienne – Il faut mettre en place des incitations fiscales. A partir du moment où l’on considère que l’industrie est un élément de survie de la France, pourquoi ne pas sortir les actions de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) – au même titre que les œuvres d’art, et d’une façon plus générale, tout ce qui est investi à long terme dans le secteur productif ? Je plaide depuis plusieurs années pour la création de fonds de production. De même, il semblerait légitime que le taux de l’impôt sur les sociétés (IS) soit ramené à 25 %. Ce serait un signal fort envoyé aux investisseurs mondiaux, tendant à démontrer que la France redevient un pays où l’on peut investir à long terme. Surtout si c’est la gauche qui le fait ! Pourquoi ne pas inscrire la stabilité fiscale dans la Constitution ? La France doit corriger son image d’enfer fiscal, social et réglementaire. Il faut également faire oublier le climat antipatrons qui a sévi dans l’hexagone en 2012 et 2013… Tout ceci, amplifié par la presse anglo-saxonne, a eu un effet déplorable sur notre image à l’étranger.
Louis Schweitzer – Sur le plan fiscal, je suis convaincu qu’il faut traiter différemment l’argent investi dans l’avenir et celui qui ne l’est pas. En ce qui concerne l’impôt sur les sociétés, je constate que nous avons affaire à un impôt d’une extrême complexité, dont les grandes entreprises savent d’ailleurs bien tirer parti, contrairement aux plus petites entités. Le système est trop compliqué, donc pas efficace. Il faudrait le réformer, en suivant l’exemple allemand où le taux moyen a été abaissé et où beaucoup de petites exonérations ont disparu. Le produit n’a pas beaucoup baissé, tandis que l’impôt est devenu plus équitable et mieux compris.
Vous avez raison de plaider en faveur de la stabilité fiscale. Il faut des règles du jeu claires, et pas seulement en matière fiscale. Le crédit impôt-recherche est par exemple une mesure excellente et essentielle, mais pour garantir son efficacité, il faut que la règle soit absolument stable, comme l’a préconisé Louis Gallois dans son rapport remis au Premier ministre en 2012. Quand une entreprise décide de lancer un plan de recherche, ou de localiser un centre de recherche dans un pays, elle s’interroge avant tout sur la stabilité des règles du jeu.
La politique industrielle, à vous entendre, est une œuvre de longue haleine. Or, aujourd’hui, le gouvernement donne parfois l’impression d’agir dans l’urgence, voire la précipitation.
Louis Schweitzer – Ce que l’on voit, ce sont les incendies. Mais la réalité est une succession d’actions de long terme qui, dans le cadre d’un dialogue constructif et stratégique mené au niveau national, permettront de faire émerger l’industrie de demain. Le fait que des start-up naissent aujourd’hui de la recherche universitaire est par exemple un phénomène totalement nouveau, fruit des efforts menés pour rapprocher le monde de la recherche de celui des entreprises. Mais ce n’est pas visible – Alstom fait les gros titres !
Tribune de Christian Saint-Etienne – Le Figaro – 02/05/2014
FIGAROVOX TRIBUNE – Pour l’économiste Christian Saint-Etienne, la vente d’Alstom révèle la défaillance de la classe dirigeante française qui n’a pas su anticiper la troisième révolution industrielle.
Et donc Alstom nous quitte. Pas en TGV ou en métro mais sur les smart grids, technologie essentielle pour la maîtrise des réseaux électriques et pour entrer dans la croissance durable qui est la seule chance de survie de l’espèce humaine. Alstom Energie devrait être adossé à General Electric (GE). Notre pays ne devrait pas perdre les activités correspondantes si GE respecte ses engagements de garder les centres de recherche et de production afférents sur notre territoire. Mais c’est une claque pour la classe dirigeante française car elle fait apparaître son incompétence collective depuis 18 ans. Voici les preuves.
En transférant la prise de décision aux États-Unis, Alstom Energie ne pourra pas décider d’investissements ou de diversifications futures sans l’accord des actionnaires américains. Or ce transfert résulte de choix stratégiques imbéciles de Serge Tchuruk qui jette à la poubelle boursière GEC-Alsthom en 1998 avant de «théoriser» en 2001 son ambition de faire d’Alcatel une «entreprise sans usines». Alstom est vendu et Alcatel est un mort-vivant alors que les entreprises industrielles intégrées comme General Electric et Siemens survivent. Tchuruk et ceux qui l’ont conseillé devraient être jugés pour haute trahison. Au passage, c’est la Gauche qui gouverne la France à l’époque.
Une Gauche qui au même moment met en place les 35 heures en 1998-2002. Il faut revenir sur l’origine de cette mesure. Elle n’est pas «prise sur un coin de table» en 1997 comme le veut la légende ni appliquée aveuglément à tout le secteur productif à cause de la seule rigidité de Martine Aubry. En fait, tout le monde était d’accord, Gauche et Droite, décideurs économiques et politiques, car s’était installée dans les années 1990 l’idée que nous étions entrés dans un monde post-industriel et post-travail. La rigidité de la Gauche n’a fait qu’aggraver les conséquences d’une vision insensée selon laquelle il fallait laisser mourir l’appareil industriel en France pour produire en Asie et partager le travail car il allait manquer. Et beaucoup de prophètes tarés continuent de véhiculer ces idées fausses. Or et c’est la clé de compréhension des malheurs de la France, l’erreur commise par nos élites dirigeantes entre 1996 et 2002 a été de confondre le passage de la deuxième à la troisième révolution industrielle avec l’entrée dans un monde post-industriel!
Car nous sommes passés, en effet, de la deuxième à la troisième révolution industrielle dans les années 1980 avec une accélération foudroyante dans les années 1990. On ne peut encore parfaitement expliquer pourquoi, mais après deux millénaires de stagnation du niveau de vie de l’humanité jusqu’aux années 1780 (voir les travaux de l’OCDE sous la direction d’Angus Maddison), nous avons connu trois révolutions industrielles dans les années 1780, 1880 et 1980. La première s’appuie sur la machine à vapeur, la seconde sur l’électricité et la troisième sur l’informatique. Tout est bouleversé: les banques deviennent des ordinateurs géants, la biologie se transforme en biotechnologies, les communications et télécommunications changent d’ère, etc. L’informatisation des systèmes de production et de distribution s’accélèrent dans les années 1990 et 2000 avec les progrès de la micro-électronique, Internet et la mise en réseau des micro-ordinateurs. C’est exactement au moment de l’accélération de la troisième révolution industrielle que nos pseudo-élites écrasent les entreprises de charges sociales, d’impôts et de réglementation pour partager les emplois de la deuxième révolution industrielle tout en tuant la naissance des entreprises de la troisième révolution industrielle. Ces dernières émergent quand même, mais chétives et sous alimentées en profits et fonds propres.
Or la suite est la conséquence de l’intuition clé de cet article: c’est parce que la Droite partage cette idée fausse et vicieuse, ou qu’elle n’a pas la capacité intellectuelle d’en démontrer la fausseté, qu’elle ne prendra jamais réellement les mesures, entre 2002 et 2012 pour définitivement tuer les 35 heures (on les rogne à la marge), éliminer l’ISF sur les actions et fortement réduire les charges et réglementations sur les entreprises.
Puis, dans les deux premières années de la présidence actuelle, et en dépit du CICE, le gouvernement finit le travail en achevant le malade par un retour de l’âge de départ à la retraite à 60 ans, la suppression de la TVA sociale et l’alourdissement criminel de la fiscalité sur le capital qui accélère la fuite des investisseurs.
La vente d’Alstom est donc le constat de faillite de la vision fausse qui gouverne la France depuis 1996 (loi Robien du 11 juin 1996 non obligatoire mais qui s’inscrit déjà dans cette vision). De juin 1996 à juin 2014 (début de mise en œuvre du plan Valls), les élites françaises ont partagé deux idées: celle évoquée précédemment de la fin de l’industrie et son corollaire, seule la dépense publique peut encore créer des richesses et des emplois. Rien n’arrête plus la dépense publique qui atteindra son sommet en 2013 (en pourcentage du PIB). La France se réveille groggy de la plus colossale erreur stratégique de son histoire depuis la Libération qui aura gouverné la France pendant 18 ans!!!
Si la vente d’Alstom Energie conduisait la France à ouvrir les yeux, ce serait une bénédiction pour le pays. Mais pour cela, il faudrait totalement refondre nos institutions, notre fiscalité et notre protection sociale. Le plan Valls, sur ce point, ne propose que des mesurettes.
Peuple de France, réveille-toi! Vite.
Le Nouvel Observateur – 28 avril 2014
Pour l’économiste Christian Saint-Etienne, faute d’investisseurs à long terme, l’Etat doit intervenir et entrer au capital des fleurons de l’industrie française. Interview.
Après Arcelor, Lafarge ou Péchiney, le rachat de la branche énergie d’Alstom fait ressurgir la question de la fragilité des grandes entreprises françaises. Au moment où l’économie frémit, la France est-elle armée pour faire face à la compétition mondiale ? Economiste, universitaire et professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, Christian Saint-Etienne décrypte le bras de fer qui s’engage. Interview.
Existe-t-il une fragilité spécifique des grandes entreprises françaises ?
– Dans le CAC 40, il y a 35 entreprises industrielles dont une vingtaine est très globalisée et solide. Une petite moitié est fragile, oui, à l’image de l’économie française. Que se passe-t-il avec Alstom ? C’est une entreprise avec un capital de technologies exceptionnel mais qui n’a pas les fonds propres pour se développer.
Le rachat d’Alstom intervient après d’autres comme Arcelor, Lafarge ou Péchiney. N’y a-t-il pas un mouvement plus large ?
– Ce n’est effectivement pas une première. Quelques groupes très internationalisés comme Suez sont suffisamment solides. Mais, même Suez, si l’Etat n’était pas actionnaire minoritaire, c’est une entreprise qui serait opéable.
Et à chaque fois ce sont des centres de décision économique qui quittent le territoire.
– C’est absolument clé. Quand une entreprise part à l’étranger, rapidement, les centres de décision sont rapatriés dans le pays de l’actionnaire majoritaire. Ensuite, on perd les centres de recherche et enfin on perd les centres de production.
Dans ce mouvement de reprise de fusions-acquisitions, la France semble toujours perdante. Cela se passe-t-il vraiment à sens unique ?
– Nous payons nos erreurs depuis 20 ans. La France n’a pas de fonds de pension, pas d’investisseurs de long terme. On vient de créer la BPI mais c’est un tout petit acteur. Il nous manque un gros acteur capable de prendre des tickets de quatre ou cinq milliards d’euros comme les fonds de pension anglo-saxons ou ceux qui se développent dans les pays émergeants. Ce phénomène avait été un peu atténué avec le fort développement jusqu’à la crise, en 2008. La France est un pays capitaliste sans capital.
Elle n’est donc pas armée face au frémissement du redémarrage économique ?
– C’est pour cela que, dans cette phase, je propose que l’Etat fasse la soudure. Il ne faut pas que l’Etat laisse partir une entreprise comme Alstom qui détient des technologies-clés pour l’avenir. Ce ne serait pas idiot d’adosser Alstom, qui est très européen, sur GE, qui est très international, mais il ne faut pas lui vendre ! On peut négocier avec GE mais en contrepartie il faut qu’il maintienne tous les centres de décision et de recherche en France. Pour cela, l’Etat doit prendre 35% de la société.
Mais l’Etat a-t-il les moyens de se lancer dans cette aventure ?
– Il faut qu’il les trouve ! Dans la dépense publique, l’essentiel c’est de la dépense sociale. A un moment donné, il faut faire des choix ! On a l’argent. Dans la période transitoire actuelle, il faut à la fois réduire la dépense publique comme le propose Manuel Valls et faire des opérations en capital. D’ailleurs, elles rentrent dans la dette publique mais pas dans le déficit ! Si la France investit dans Alstom au même prix que Général Electric, la Commission européenne n’a rien à dire. L’Etat sera obligé d’emprunter pour revenir dans Alstom mais il faut le faire car c’est l’avenir de la France qui se joue.
Le gouvernement a donc bien une marge de manœuvre ?
– Oui, sur des dossiers où on n’investit pas à vide. Là, il y a un vrai capital technologique, une vraie boîte. C’est d’ailleurs bien pour ça que GE et Siemens s’y intéressent. On ne parle pas d’un canard boiteux. Alstom n’est pas au bord du dépôt de bilan. C’est juste une entreprise qui est trop petite pour développer son potentiel au plan mondial.
Cette faiblesse n’est-elle pas générale aux grandes entreprises françaises ?
– Il faudrait qu’elles puissent faire des augmentations de fonds propres pour investir, racheter d’autres boîtes.
Comment expliquer ce manque d’investissement dans les grandes entreprises en France ?
– Les Français préfèrent la terre et la pierre aux actions. Il y a eu des périodes où il y a eu un peu plus d’actionnaires mais, dès qu’il y a eu la crise, beaucoup de gens ont vendu leurs actions et ne sont pas revenus. C’est comme ça, il faut l’accepter. Nous avons d’autres talents. Il faut donc que ce soit l’Etat qui développe massivement la BPI, par exemple. Il y a 200 milliards d’euros à la Caisse des dépôts pour le Livret A, on peut très bien en utiliser 30 ou 40 pour investir dans des actions. Ce sont des décisions stratégiques : il faut y aller, sinon, on va se retrouver à poil.
Propos recueillis par Louis Morice – Le Nouvel Observateur