Le Cercle des Economistes – 12 février 2024
Entre le maintien des baisses d’impôts promises et les 12 milliards d’euros d’économies à réaliser sur le budget 2024, le programme du Premier ministre, Gabriel Attal, pose la question de son financement. Pour Christian Saint-Etienne, la principale difficulté réside dans le contrôle de la dépense publique.
Le discours de politique générale du Premier ministre a tracé un certain nombre de pistes pour favoriser le travail, encourager la construction de logements, « réarmer notre système de santé », agir pour l’école et restaurer l’autorité. Les normes pesant sur les agriculteurs doivent être simplifiées tandis que la transition écologique sera accélérée par la création d’un service civique écologique et la mise en service de l’EPR de Flamanville.
Afin de favoriser le travail, il est envisagé de baisser les impôts sur les classes moyennes de 2 milliards d’euros tout en généralisant la réforme du RSA avec une obligation de 15 heures d’activité hebdomadaire d’insertion. Pour relancer la construction, M. Attal propose d’intégrer le logement locatif intermédiaire dans la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU). Il veut également désigner 20 ‘territoires engagés pour le logement’ avec pour objectif d’y créer 30 000 nouveaux logements d’ici trois ans. Le thème récurrent de ce discours est la nécessité de la simplification des normes, dans l’agriculture comme pour les TPE/PME. Il prône notamment le recentrage des travaux de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) sur les projets d’envergure nationale pour simplifier les procédures frappant les autres projets.
M. Attal n’est pas le premier ‘Premier ministre’ à s’engager à réformer et simplifier normes et procédures, ce qui n’empêche pas le carcan des normes et procédures de croître en permanence et d’étouffer les initiatives. Surtout, il fait face à une situation budgétaire tendue avec un déficit public qui reste supérieur à 4,5% du PIB, une dette qui se maintient autour de 110% du PIB, en sorte que ses marges de manœuvre sont réduites même si les mesures qu’il a annoncées n’aggravent pas de manière délibérée la situation des finances publiques.
La principale difficulté réside toujours dans le contrôle de la dépense publique qui, selon les prévisions économiques de la Commission européenne, va se maintenir autour de 56% du PIB en 2024 et 2025, soit 8 points de PIB au-dessus de la moyenne de dépense publique des 19 autres pays de la zone euro. Le déficit public ne baissera pas et se maintiendra à 4,5% du PIB en 2024-2025, soit un tiers de plus que dans le reste de la zone euro, alors qu’il faudrait le ramener autour de 1,5% du PIB pour enclencher un mouvement de baisse réelle du poids de la dette publique. Or, le programme de M. Attal ne porte pas de remède au poids insupportable de la dépense publique et ne permettra pas de réduire le déficit.
La France est ainsi le seul grand pays de la zone euro frappé par le double déficit, celui des finances publiques et celui de la balance courante qui se maintiendra autour de 2,4% du PIB en 2024 et 2025, comme en 2023. Il faudra, un jour de plus en plus proche, par la volonté ou par la contrainte extérieure, diviser par deux l’écart de dépense publique par rapport à nos voisins de la zone euro et allouer les 4 points de baisse du ratio de dépense publique à la baisse du déficit et à la réduction des impôts.
La situation économique de la France reste extrêmement préoccupante, son décalage de performance par rapport aux autres pays de la zone euro est inquiétant et le discours de politique générale de M. Attal, personnage au demeurant très sympathique, ne trace pas de perspectives permettant à l’économie française de retrouver un dynamisme durable.*
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Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce jeudi 8 février 2024.
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Ce jeudi 8 février, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des Économistes, Gaël Sliman, président d’Odoxa, et Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste du cabinet d’audit BDO France, se sont penchés sur les raisons du déficit commercial français en 2023, et les améliorations à apporter sur la politique monétaire afin de redresser la barre, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.
L’Opinion – 15/01/2024
La France a atteint le sommet de sa puissance relative dans le monde en 1999, si l’on mesure cette puissance par sa part dans les exportations mondiales de biens et services qui signale notre influence à l’international. Cette année-là, nous avions une position financière extérieure nette positive, signifiant que nous étions « créditeur » sur le reste du monde. Enfin, nous étions perçus comme la quatrième puissance économique mondiale et une puissance stratégique crédible.
Depuis, nous avons perdu la moitié de nos parts de marché dans le monde, notre niveau de vie a baissé de 15% par rapport à l’Allemagne et aux Pays-Bas, nos industries automobile, pharmaceutique, mécanique ou aéronautique ou agroalimentaire se sont étiolées, le monde agricole est en déshérence…
Que s’est-il passé au cours du dernier quart de siècle pour que nous apparaissions, au début de 2024, comme un pays affaibli et fracturé ? Et pourquoi ce démarrage en 1999 ?
Les trois raisons de ce marasme et de cet abaissement sont la désindustrialisation, le déraillement de nos politiques économiques et sociales, la désidentification de l’être national.
Révolution. La première racine vient de l’idée radicalement fausse qui décrète dans les années 1990 que nous sommes entrés dans un monde post-industriel et post-travail et qu’il faut donc partager le travail en laissant l’industrie s’atrophier. Or, au même moment se déploie une nouvelle révolution industrielle totale, celle de l’informatique qui prend son essor dans les années 1990 avec Internet et la mise en réseau de centaines de millions de micro-ordinateurs. Nos élites se convainquent à tort que nous sommes dans un monde post-industriel alors que la Nouvelle Révolution industrielle est hyper-technologique et hyper-industrielle. Les nations comme les individus peuvent se tromper, mais nous allons persévérer dans cette sottise jusqu’à la gifle du Covid qui montre ce qui se passe quand on n’a plus d’industrie : pas de masques, de tests, de vaccins, puis pas de microprocesseurs en 2022, puis pas d’électricité à l’hiver 2022-23, etc.
La deuxième racine vient de l’entrée « accidentelle » dans la zone euro. Accidentelle car nous ne voulions pas de la discipline que cela impliquait. La dette publique était déjà à 60% du PIB en 2000 et double quasiment en 2023. Il aurait fallu comprendre et accepter qu’en nous liant à l’Allemagne par la monnaie, nous devions progresser tout comme elle en termes de compétitivité tout en maintenant notre dette publique au niveau allemand. Déraillement des politiques économiques et sociales.
Il fallait surtout ne pas se décaler sur le coût du travail. Or nous mettons en œuvre la semaine de 35 heures en 2000-2002, que les syndicats ne demandaient pas, alors que les Allemands votent les réformes Hartz du marché du travail en 2003-2005. Les industries commencent à redéployer leurs usines hors de France alors que les Allemands investissent dans les leurs en Allemagne.
En se laissant désindustrialiser depuis le début des années 2000 – avec une part de l’industrie manufacturière dans le PIB qui a chuté d’un tiers de 2000 à 2022 -, désélectrifier en fermant de nombreuses centrales électriques et en sous-investissant dans les autres depuis 2012, dérobotiser – en ayant un nombre de robots inférieur par millier d’ouvriers à l’Espagne et l’Italie -, le France s’est auto-suicidée au cours du dernier quart de siècle en termes de compréhension du monde dans lequel elle opère et de capacités stratégiques relatives à celles de ses concurrents.
Cet affaiblissement s’est traduit par l’apparition d’un déficit extérieur croissant à partir du milieu des années 2000, qui est devenu préoccupant dans les années 2010 et grave dans les années 2020. Alors que la position financière extérieure de la France était encore à l’équilibre en 2002-2003, elle s’est établie au montant négatif de -1150 milliards d’euros ou -43,5% du PIB à fin 2022.
Effondrement scolaire. La troisième racine résulte des réformes du système éducatif introduites dans les années 1980 aux années 2010 : réforme Savary-Legrand de 1982 (« adaptation » des programmes nationaux à la diversité des élèves, réduction des durées d’enseignement), loi Jospin de 1989 (basculement du centre de gravité du système éducatif, de la recherche d’excellence au bien-être des élèves), réforme des lycées de 2010 visant à réduire « la suprématie excessive de la série scientifique », avec le premier effondrement massif du niveau des élèves constaté par l’étude Pisa de l’OCDE de 2012. Puis déconstruction du collège par Najat Vallaud-Belkacem en 2015 déclassant les enseignements du latin et du grec, supprimant les classes bilingues et européennes, et généralisant la baisse du niveau dans les apprentissages au nom de l’inclusion. En 2023, la France affolée se voit ridiculisée par une nouvelle évaluation Pisa.
Sous-jacents à ces réformes, s’imposent le refus de l’effort dans la recherche de l’excellence, mais surtout le mépris de ce que l’on est, de sa propre histoire au point d’évacuer des enseignements les grands personnages historiques qui ne servaient pourtant qu’à illustrer le don de soi, la bravoure, la recherche de l’excellence, le combat pour la liberté, etc.
Ces trois racines sont devenues des arbres, puis des forêts en feu qui ont recouvert de cendres l’enseignement républicain mis au service de l’abandon de notre identité de nation laïque vouée à l’excellence et à la raison depuis les XVIIe et XVIIIe siècles. Le wokisme, galopant dans le monde universitaire, parachève la déconstruction.
Durée. Le point clé est que ces racines se sont forgées en paradigme dominant de la pensée des élites dans les années 1990 et structurant nos politiques économiques et sociales dans les années 2000 et 2010 : 1/ La désindustrialisation prépare l’avenir post-industriel, post-travail, (alors que nous sommes dans une révolution hyper-industrielle), 2/ La zone euro nous protège de nos dérives (alors qu’elle favorise l’effondrement des faibles), 3/ L’abaissement du système éducatif prépare l’inclusion dans la diversité (alors qu’elle se traduit par un effondrement général du niveau et la montée des violences et des séparatismes à l’école).
Depuis 2022, on parle de réindustrialisation, de relance du nucléaire, du retour de l’excellence à l’école. Nous serions donc sauvés. Balivernes !
Le paradigme qui a favorisé la désindustrialisation, la dérive des politiques en zone euro et l’effondrement de l’école, s’est construit de 1981 à 1996, a gouverné la France de 1997 à 2021, et continue de dominer les politiques publiques (par exemple, on ne peut pas réindustrialiser les friches, car il faut préserver la faune et la flore qui s’y est installée !). Le déficit public reste à un niveau stratosphérique et le poids de l’industrie manufacturière dans le PIB a continué de baisser jusqu’en 2022 et probablement 2023.
Un paradigme se construit sur la durée, pendant des décennies, ne peut s’effacer que sous les coups de boutoir du réel et par une révolution conceptuelle que le pays continue de refuser.
La France est aujourd’hui un pays stratégiquement à l’arrêt dans un monde en mutation rapide avec la montée des tensions internationales, les ambitions du Grand Sud, la fracturation de l’Europe et le renouveau industriel des États-Unis.
Et, surtout, nous ne sommes pas vraiment sortis du paradigme destructeur qui règne en maître sur nos politiques depuis au moins un quart de siècle. Pour en sortir vraiment, il faudra construire un nouveau paradigme fondé sur l’excellence, la compétitivité, la réindustrialisation verte en impératif absolu, la volonté farouche de rétablir les fondements de notre identité afin de pouvoir nous rouvrir au monde.
Pour y parvenir, il faudra balayer ce qui reste des générations qui ont construit ce paradigme monstrueux, qui sont encore à des postes clés et qui ont nommé leurs semblables à la tête du pays. Un changement de Premier ministre sans changement réel de paradigme n’apportera rien.
Il n’y a pas d’alternative à une révolution totale.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business, ce lundi 22 janvier 2024.
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Ce lundi 22 janvier, Léonidas Kalogéropoulos, PDG de Médiation & Arguments, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM et membre du Cercle des économistes, et Philippe Mutricy, directeur des études de Bpifrance, ont parlé de la liberté d’entreprendre en France, et la confirmation de Bruno Le Maire de la hausse des prix de près de 10% en février, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.
Le Journal du Dimanche – 10/12/2023
La Banque centrale européenne (BCE a augmenté ses taux le 14 septembre 2023, portant le taux de refinancement à 4,5%, après que ce taux a été maintenu à moins de 1,5% de 2011 à mars 2016, date à laquelle il passait à 0% jusqu’en juillet 2022. Depuis juillet 2022, la BCE a procédé à dix hausses de son taux principal de refinancement en faisant l’hypothèse, y compris lors de la dernière hausse en septembre 2023, que l’inflation se maintiendrait à un niveau élevé sur l’ensemble de l’année 2023 et résisterait en 2024.
Or quelques semaines après cette dernière décision, l’inflation baisse d’autant plus vite que l’activité économique dans la zone euro est atone et devrait rester décevante en 2024. L’inflation (IPCH – indice des prix à la consommation harmonisé) est tombée à 2,4% en novembre 2023 dans la zone euro et à 3,8% en France (3,4% pour l’indice classique à la consommation pour la France). Les prix des actifs immobiliers, notamment commerciaux, dégringolent depuis un an. L’Allemagne est entrée en stagnation et la France est en difficulté avec un double déficit (public et balance commerciale) qui apparaît de plus en plus ingérable.
C’est dans ce contexte dégressif que la présidente de la BCE vient d’annoncer une accélération de la contraction du bilan de la Banque centrale. La BCE peut-elle davantage être à contre-temps, alors qu’elle le fut déjà lors de la crise de 2008, qu’il a fallu la décision de Mario Draghi de juillet 2012 pour éviter la catastrophe – explosion de la zone – et que la BCE a trop tardé à relever doucement ses taux en 2021-2022 ? J’ai fait partie des rares personnes qui ont appelé la BCE à remonter son taux de refinancement à 0,5% puis progressivement 1% en 2021. Mais ce taux est resté nul pendant cette période avant de prendre brutalement l’ascenseur à l’automne 2022.
Une réduction trop rapide du bilan de la Banque centrale pourrait provoquer une crise du financement du sud de la zone euro qui conduirait la BCE à rouvrir en urgence les vannes du crédit, brisant ainsi la confiance des marchés financiers dans la conduite de la politique financière de l’Europe. Car la politique monétaire de la zone euro doit être analysée conjointement avec la politique budgétaire conduite par les vingt Etats membres de la zone, des Etats qui n’évoluent pas de la même façon au même moment.
Faut-il donc souhaiter une baisse rapide des taux d’intervention de la Banque centrale, tout en réduisant rapidement le bilan de la BCE, ou réduire modérément les taux et très progressivement le bilan de la banque ? Une réduction trop rapide des taux porterait en germe une reprise de l’inflation des prix à la consommation, mais surtout une accélération de l’inflation salariale conduisant à une boucle de prix-salaire rapidement ingérable.
Comme le marché des prêts immobiliers en volume s’est stabilisé en octobre-novembre 2023, du moins en France, et que les demandes de hausse salariale restent élevées, il convient de privilégier une approche progressive de baisse modérée des taux conjointement à une baisse très contrôlée des encours de la Banque centrale. On pourrait imaginer de ramener le taux de refinancement par quatre baisses de 0,25%, de 4,5% actuellement à 3,5% en juillet 2024, avec une baisse mensuelle modérée de l’encours de crédits de la Banque centrale. Sauf si l’activité dans la zone euro devait plonger en 2024 sous l’effet d’une aggravation de la guerre en Ukraine, d’une nouvelle crise énergétique ou pandémique, le taux de refinancement à condition que l’inflation recule en 2024, pourrait être ramené à 3% à la fin de 2024.
Il ne faut jamais oublier que la conduite du policy mix dans la zone euro, qui recouvre la conduite simultanée des politiques monétaires, budgétaire et de change, est compliquée en raison, d’une part, de la dépendance énergétique de l’Europe aux pétrole et gaz importés, d’autres part, de la fêlure entre le nord et le sud de la zone euro. Cette opposition ne résorbe pas, avec des pays du nord ayant gardé une industrie puissante, une dette publique faible et une position financière extérieure nette fortement positive, et des pays du sud très endettés et qui, pour certains, cumulent double déficit et position financière extérieure nette fortement dégradée, comme la France.
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » sur BFM Business ce vendredi 17 novembre 2023.
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Ce vendredi 17 novembre, Christian Saint-Étienne, professeur au Cnam et membre du Cercle des économistes, Olivier Babeau, président de l’Institut Sapiens, et Jezabel Couppey-Soubeyran, maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, se sont penchés sur l’annonce de nouvelles revues de dépenses par Élisabeth Borne et les menaces sur la politique de l’offre, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.
Les Echos – 9/11/2023
En dépit du changement de discours depuis deux ans sur la nécessité de réindustrialiser la France, après deux décennies de désindustrialisation suicidaire, le poids de l’industrie manufacturière dans le PIB a continué de baisser pour s’établir à 9,5% en 2022, contre 14,8% dans la zone euro et 18,4% en Allemagne. Nous avons 5 points de PIB de retard sur nos compétiteurs européens et non pas 0,5 point de PIB si l’on voulait simplement revenir à 10% du PIB.
Le gouvernement, à la suite de l’adoption de la loi industrie verte en octobre 2023 a annoncé un objectif de création de 50 « sites clés en main » pour accueillir de nouvelles usines. Ces 50 sites nécessitent 2.000 hectares de terrain bien desservis par les transports connectés au réseau énergétiques et dépollués. Selon Bercy, c’est une dixième du foncier nécessaire à la réindustrialisation du pays.
Mais peut-on être plus précis ? Différentes études disponibles en 2023 permettent d’établir qu’il faut 10.000 hectares par point de PIB supplémentaire de l’industrie dans le PIB total, dont 60% par création de nouvelles zones industrielles vertes (ZIV) et 40% par traitement des friches et densification des zones existantes. Si l’on veut remonter la part de l’industrie dans le PIB de 5 points, il faut donc 50.000 hectares de « sites clés en main » dont 30.000 hectares de terrains nouveaux et 20.000 hectares retraités. On peut estimer le nombre de sites nouveaux nécessaires autour de 500 à 700, avec des surfaces de 50 à 2.000 hectares selon les configurations.
Ces 500 à 700 ZIV feront travailler un million de personnes qualifiées (ingénieurs, techniciens, ouvriers qualifiés…) qui voudront s’installer près des 262 métropoles, communautés urbaines et communautés d’agglomérations regroupant exactement les deux tiers de la population française – arrondissons à 300 grands regroupements de communes (GRC) – afin de disposer d’emplois pour les conjoints d’équipements scolaires, de santé et de loisir.
Or c’est dans ces GRC que l’on manque de logements de qualité et à énergie positive. Il faudrait ainsi probablement un peu plus de 600.000 logements collectifs dans des immeubles de trois à cinq étages, soit précisément une hausse de 2% du stock actuel de résidences principales.
Réindustrialiser sérieusement le pays suppose donc de créer 2 à 3 ZIV par GRC, pour un total de 50.000 hectares dont 60% de nouveaux terrains d’ici à 2035. La construction de 600.000 logements de qualité, pour un coût de 300.000 euros par unité, nécessiterait d’investir 180 milliards d’euros au total, soit 15 milliards par an sur douze ans. La création des 500 à 700 ZIV et des infrastructures de réseaux afférentes, notamment les centrales électriques, devrait représenter un montant équivalent et contribuer massivement à la transition verte.
Réindustrialiser véritablement ne pose pas de problème de financement. Cela suppose surtout une vision forte et une politique volontariste en lien avec les 300 GRC sans lesquels rien ne peut arriver. Le financement, une trentaine de milliards d’euros par an pendant douze ans, est une goutte d’eau par comparaison aux 3.000 milliards d’euros d’épargne plus ou moins dormante ou aux 30 milliards d’euros de recettes annuelles de la taxe d’habitation supprimée à tort.
La seule question réelle, pour refaire de la France une grande nation prospère, est de s’interroger sur notre capacité collective à vraiment vouloir s’arracher à la stagnation, c’est-à-dire au 1,2% de croissance annuelle de 2001 à 2024. Ce qui n’exige qu’une politique volontariste parfaitement réfléchie pendant une douzaine d’années, mais sans nécessité d’un grand chef ou d’un miracle. Sommes-nous encore capables de volonté et de politique collective réfléchie sur la durée ?
Christian Saint-Etienne était l’invité de Nicolas Doze dans l’émission « Les Experts » ce jeudi 19 octobre 2023.
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Ce jeudi 19 octobre, Christian Saint-Étienne, professeur au CNAM, Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyses et prévisions de l’OFCE, et Pierre Jacquet, professeur de politique économique à l’École des Ponts ParisTech, parlent de destruction d’emploi, avec la Banque de France qui a relevé sa prévision de taux de chômage 2024 à 7,5%, dans l’émission Les Experts, présentée par Nicolas Doze.
Les Echos – 5/09/2023
La France est dotée d’un système de santé d’une grande complexité avec des établissements de santé, des groupements hospitaliers de territoires ou des maisons de santé qui ne doivent pas être confondues avec des maisons médicales de garde. Or personne ne semble satisfait du fonctionnement de ce système complexe qu’il faudrait rationaliser sur le périmètre des bassins de vie.
Fin 2020, le secteur hospitalier français comptait près de 3.000 établissements de santé, dont 1.350 hôpitaux publics, 970 cliniques privées et 670 établissements privés à but non lucratif – dont 20 centres de lutte contre le cancer. Parmi les établissements publics, on comptait 180 centres hospitaliers régionaux, 1.030 centres hospitaliers – dont 92 spécialisés en psychiatrie – et 140 autres établissements publics, essentiellement des unités de soins de longue durée.
Le nombre de structures et le nombre de lits diminuent régulièrement à mesure des restructurations et de l’essor de l’ambulatoire qui reste moins développé qu’ailleurs en dépit des progrès récents. Ces établissements employaient 1,36 million de personnes dont 160.000 soignants, 850.000 agents non médicaux soignants et 350.000 agents du personnel non médical, non soignant. Le secteur public employait 77% des effectifs salariés de secteur hospitalier.
Les groupements hospitaliers de territoires (GHT) sont un dispositif conventionnel, obligatoire depuis juillet 2016, entre établissements publics de santé d’un même territoire, par lequel ils s’engagent à se coordonner autour d’une stratégie de prise en charge commune du patient.
En mars 2023, la France comptait également 2.251 maisons de santé avec un objectif de 4.000 maisons qui sont des structures pluriprofessionnelles dotées de la personnalité morale et constituées entre professionnels médicaux, auxiliaires médicaux ou pharmaciens. Les maisons de santé ne doivent pas être confondues avec les 340 maisons médicales de garde qui accueillent les patients en dehors des horaires conventionnels (de 20 heures à 8 heures du matin).
Selon l’Insee, 1.707 bassins de vie structuraient le territoire français au début de cette année, dont 26 dans la France d’outre-mer. Chaque bassin de vie est défini autour d’une ou plusieurs communes qualifiées de pôles de services comprenant notamment les collèges, les commerces, les stations-service ou agences bancaires, les piscines et laboratoires d’analyses médicales ou encore les services publics de police/gendarmerie et de finances publiques. Ces bassins se divisaient en 65 bassins urbains denses, 386 urbains de densité intermédiaire et 1.256 bassins ruraux.
Il apparaît que le système de soins doit être restructuré sur ces bassins de vie en s’organisant pour qu’ils aient chacun, en fonction de leur taille, de 1 à 3 maisons médicales de garde ouvertes la nuit (de 20 heures à 8 heures) afin de mailler le territoire pour éviter les recours inutiles aux urgences. Avec, à terme, 4.500 à 5.000 maisons médicales de santé ouvertes le jour et un nombre équivalent de maisons de garde ouvertes la nuit, on pourra accélérer la restructuration du système en renforçant massivement les équipements des 180 centres hospitaliers régionaux (CHR) tout en réduisant le nombre d’établissements de santé de 3.000 à moins de 2.000 mieux équipés, certains des établissements en surnombre se transformant en maisons de santé et de garde.
Les CHR doivent être tous portés au plus haut niveau mondial d’équipements et de qualité de soins pour redonner à la France le pailleur système de santé au monde, la place qui était la nôtre il y a trente ans.
Les Echos – 20/06/2023
Une reprise en main de notre déficit public s’impose d’autant plus que la transition climatique va coûter de plus en plus cher.
Le déficit public de la Franc est passé de 9% du PIB en 2020 à 4,7% en 2022 avant de remonter à 4,9% en 2023. Compte tenu de la hausse des taux d’intérêt, la baisse du déficit programmée par le gouvernement à 3,7% en 2025, soit 1 point de PIB en dessous du niveau de 2022, conduira à une stagnation de la dette publique à 109,5% de 2023 à 2025. Le gouvernement reconnaît lui-même que la situation de nos finances publiques est très dégradée et qu’aucune amélioration réelle n’est en vue jusqu’en 2027, avec un déficit qui reviendrait seulement au niveau de 2019, autour de 3%. Même si Standard & Poor’s a maintenu la note AA de la dette française le 2 juin 2023, le retour à l’équilibre de nos finances publiques est, à ce stade et sans changement d’orientation, une vue de l’esprit.
Cet affaiblissement public s’explique en grand partie par le niveau d’entrée du déficit dans la crise. Le déficit français s’établissait à 3,1% en 2019 contre 0,6% pour la zone euro et un excédent de 1,5% avec l’Allemagne, soit un écart de 2,5% du PIB avec la zone euro et de 4,6% avec l’Allemagne. La France avait réduit ces écarts en 2022, mais la dérive de la dépense publique française en 2023-2024 les rouvre. En 2024, le déficit français sera vraisemblablement supérieur de 2% du PIB à celui de la zone euro et de 3% à celui de l’Allemagne.
Le faible ajustement relatif de la trajectoire de nos finances publiques explique que l’écart de dette publique en pourcentage du PIB va se creuser avec la zone euro en 2023-2024, voire diverger en 2025-2027 si une reprise en main ne s’opère pas rapidement. Cette reprise en main s’impose d’autant plus que la transition climatique va coûter de plus en plus cher, de l’ordre de 3 points de PIB par an, ce qui pourrait conduire la France au désastre financier en cas de nouveau choc comparable à celui du Covid-19.
L’origine de cette dérive est identifiée. La dépense publique progresse plus vite en France que chez ses voisins de la zone euro, de 7,3 points de PIB de plus qua la moyenne de la zone euro en 2022 à 7,8 points de plus en 2024, selon les dernières prévisions de la Commission européenne. La réalité est plus grave si l’on compare la France à la zone euro hors France, l’écart de dépense publique atteignant 9,1 points de PIB en 2022 et 9,3 points en 2024. Non seulement la dépense publique dépasse de plus de 9 points de PIB celle des pays avec lesquels la France partage la même monnaie, mais cette dépense est inefficace puisque la croissance annuelle française est tombée à 1,15% sur la période 2014-2023 avec un déficit extérieur croissant. La croissance française qui permettrait de restaurer l’équilibre des comptes extérieurs est famélique et ne dépasse pas 0,75% par an.
La dépense sociale française dépasse 34% du PIB, soit le record du monde, sans que personne semble content ! L’école primaire est sinistrée avec un classement Pisa désastreux, 18% des enfants ne maîtrisent pas les compétences de base (lecture, écriture, calcul) et 12% des enfants qui les maîtrisent mal. Si la France surperformait ses compétiteurs dans tous les domaines, notre organisation serait un modèle. Mais dépenser 9 points de PIB de plus que les autres, alors que le pays s’appauvrit relativement, avec une baisse du niveau de vie de 12% comparée à l’Allemagne en moins de quinze ans, relève d’un Etat en faillite.