Les Echos

Les Echos – 14 mai 2025

En voulant passer du rôle de protecteur de l’ordre mondial créé par les Etats-Unis à une logique impériale à la Poutine, Trump systématise l’affaiblissement de la puissance américaine. « Make America Small Again », analyse Christian Saint-Etienne.

On a déjà beaucoup écrit sur la destruction de l’ordre mondial par Trump. De quel ordre s’agit-il ? Il a été édifié pendant sept décennies par les Etats-Unis eux-mêmes à partir de la conférence de Bretton Woods en juillet 1944, qui voulait reconstruire le système monétaire et financier mondial, et des accords du GATT d’octobre 1947, pour harmoniser les politiques douanières des 23 pays signataires à l’origine.

Parallèlement à cet ordre économique et financier, la Charte des Nations unies fut signée à San Francisco le 26 juin 1945. Elle codifie les grands principes des relations internationales, avec l’égalité souveraine des Etats, quelle que soit leur taille, et l’interdiction d’employer la force dans ces relations. L’Organisation des Nations unies est instituée le 24 octobre 1945 par les 51 premiers Etats membres.

De l’URSS à la Chine

Sur le plan militaire, l’Otan a été créée le 4 avril 1949 et compte 32 membres en 2025. L’Alliance, qui avait perdu sa raison d’être avec la fin de l’Union soviétique en 1991, l’a retrouvée en 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Des années 1980 aux années 2020, les Etats-Unis avaient conclu avec l’URSS puis la Russie des traités de limitation des armes nucléaires qui ont été remis en cause par la montée en puissance de la Chine, qui ne veut pas en faire partie.

Cet ordre monétaire, militaire, économique et financier a été construit pas à pas par les Etats-Unis pour éviter le retour des guerres militaires, monétaires et douanières sur la planète, après les épisodes désastreux des années 1930. Les Etats-Unis avaient ensuite négocié le traité transpacifique (TPP) le 4 février 2016, qui visait à corriger les conséquences négatives de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, sans avoir signé les protocoles ouvrant ses marchés publics ou interdisant les subventions aux exportations. Ils avaient négocié durement un accord sur le nucléaire iranien le 14 juillet 2015 qui visait à contrôler l’essor des armes nucléaires de ce pays.

Les Etats-Unis avaient donc constitué pendant sept décennies, de 1944 à 2016, un ordre global qui servait leurs intérêts mais qui était assez ouvert pour permettre l’essor économique de tous les pays y adhérant. Trump avait déjà porté des coups de canif à cet ordre mondial. Le 23 janvier 2017, il avait désengagé les Etats-Unis du TPP, à la stupéfaction des géostratèges américains, avant d’ensuite quitter l’accord sur le nucléaire iranien le 8 mai 2018. Parallèlement, il lançait une renégociation de l’Accord commercial nord-américain (Alena) qu’il avait violemment condamné dans sa campagne en 2016.

Fascination pour les dictatures

Trois constantes émergent des décisions de Trump. D’abord, un mépris sans nom pour les autres pays. Sur l’Iran, il fait comprendre qu’il va mettre le pays à genoux pour qu’il signe un accord meilleur que celui de 2015 : échec total car les Iraniens, peuple millénaire, refusent de se coucher face aux injonctions de Trump. Deuxième constante, des concessions telles qu’il finira par exemple par signer en 2018 un nouvel Aléna très peu différent du premier. Enfin, émerge une fascination pour les dictatures.

En voulant passer, au début de 2025, du rôle de protecteur de l’ordre mondial créé par les Etats-Unis à une logique impériale à la Poutine lui permettant éventuellement d’accaparer le Groenland ou le Canada, Trump systématise l’affaiblissement de l’ordre international américain, décrédibilise ses fondements et affaiblit les alliances politiques et militaires qui construisaient l’influence américaine dans le monde. Mais Trump est obligé de reculer quand les marchés obligataires rejettent sa politique tarifaire en avril 2025. De plus, il dessert les intérêts américains car les flux commerciaux vont se réorganiser pour contourner les Etats-Unis. Trump prépare MASA : « Make America Small Again ».

Les Echos – 7 avril 2025

Christian Saint-Etienne convoque les grands penseurs et l’histoire pour déplorer que, dans une France étouffant sous le poids de la fiscalité et de la centralisation, « la diatribe politicienne a remplacé la spéculation philosophique ».

Les fondements conceptuels, philosophiques et politiques de la démocratie libérale représentative s’élaborent aux XVIIe et XVIIIe siècles avec Hobbes, Locke et Montesquieu qui formalisent la philosophie politique libérale construite sur l’individu de raison responsable de ses actes. Dans la même période, Bacon, Descartes et Newton refondent la science moderne.

Alors que Descartes et Leibniz travaillaient en mode hypothéticodéductif à la recherche d’une théorie unifiée du tout, Bacon et Newton voulaient partir des faits, y trouver des régularités et les expliquer dans une approche inductive. Pour Bacon, le savoir doit être utile, notamment pour améliorer les conditions de vie de l’humanité qui, pour l’essentiel, n’avaient pas changé depuis les Grecs.

Syllogismes

Avant Bacon, Galilée et Newton, la notion de protocole expérimental pour résoudre une question pratique ou théorique est étrangère à la réflexion qui obéissait à la connaissance déductive à base de syllogismes, méthode venant des philosophes grecs. Après Bacon, la science expérimentale cesse de se donner pour but de confirmer ce que l’on savait déjà pour tenter d’expliquer ce que l’on ne sait pas encore. Bacon produisit, avec le « Novum Organum » (1620), une synthèse puissante qui installa la science expérimentale au cœur des réflexions des savants européens.

Si l’on a beaucoup opposé le « Novum Organum » et le « Discours de la méthode » (1637) dans leur démarche, avec des controverses marquées aux XVIIe et XVIIIe siècles, on peut aussi considérer que les œuvres de Bacon et Descartes se complètent pour engendrer la révolution scientifique qui permettra le déclenchement de la révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle.

Double révolution intellectuelle

La double révolution intellectuelle de la philosophie politique libérale centrée sur l’individu de raison et de la science expérimentale est une révolution européenne. Cette double révolution aurait pu intervenir en Chine, en Inde, dans le monde musulman ou les grands royaumes africains qui avaient plus de richesses que l’Europe aux XVIIe-XVIIIe siècles, mais dont les structures politiques et sociales interdisaient les innovations philosophiques et scientifiques introduites en Europe à cette époque.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les Français vont exceller dans la théorie, et les Anglais, dans la mise en oeuvre de techniques permettant d’augmenter la production de richesses. Par exemple, en s’appuyant sur des préoccupations techniciennes visant à améliorer le fonctionnement de la machine à vapeur, Nicolas Sadi Carnot pose en 1824 les bases d’une science nouvelle, la thermodynamique. C’est sur cette base que se développeront le moteur thermique et le moteur à réaction. Au même moment, les Anglais multiplient les machines à vapeur dans la production et augmentent leur productivité.

Là où Bacon, Locke et Newton contribuèrent à fonder une approche pragmatique du gouvernement qui joua un grand rôle dans la Révolution glorieuse de 1688-1689, la France cartésienne et centralisée vit son économie stagner. La noblesse anglaise s’intéressait aux techniques productives et investit dans l’agriculture et la petite industrie pour augmenter la productivité du travail quand la noblesse française s’intéressait à la spéculation philosophique et scientifique et aux jeux de Cour, tout en délaissant ses domaines agricoles à la productivité stagnante. La France paiera cher la sous-productivité de son économie dans ses affrontements directs avec l’Angleterre jusqu’en 1815.

Si l’on remplace Angleterre par Allemagne ou Etats-Unis, qu’est-ce qui a changé en France en 2025 ? La diatribe politicienne a remplacé la spéculation philosophique. Une centralisation hébétée étouffe la nation de sa fiscalité. L’industrie stagne et l’agriculture est en panne.

Les Echos – 25 février 2025

Alors que le pays se cherche une nouvelle coalition de gouvernement, Christian Saint-Etienne pense que l’Allemagne n’a pas dit son dernier mot. Ce pays de travailleurs redoublera d’effort face aux incertitudes.

La croissance économique allemande est à l’arrêt depuis 2023 et les perspectives pour 2025 ne sont pas bonnes, alors que les Etats-Unis de Trump menacent les exportations européennes, notamment les automobiles allemandes, d’une hausse des droits de douane.

Le modèle allemand de développement des années 1990-2022 fondé sur des exportations industrielles massives vers la Chine et les Etats-Unis avec des coûts d’énergie faibles, grâce au gaz russe, a été miné par l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022. Depuis, l’incertitude règne avec le « grand protecteur américain » de la sécurité européenne qui ne veut plus assurer son rôle et qui agit brutalement pour inféoder l’Europe à une Amérique fantasmée par Trump.

Une Amérique qui se veut grande par l’abaissement de ses propres alliés séculaires et par la prédation des territoires de pays amis, le Groenland et le Canada, tout en exigeant la mainmise sur les ressources d’une Ukraine en guerre. Le shérif admiré de l’Allemagne s’est transformé en chef de bande prédatrice. Dieu est devenu le diable pour l’Allemagne de Martin Luther. Donc, l’Allemagne serait foutue.

Le choc est plus que rude, alors que tout semble ébranlé dans la grande Allemagne réunifiée qui régnait sur l’Europe, avec une France abrutie d’impôts et de réglementations qui ploie et geint. Mais l’Allemagne n’est pas finie. Une Allemagne qui, année après année et décennie après décennie, a une balance courante positive de plus de 6 points de PIB, qui est une des trois grandes nations créditrices au monde, dont le poids de l’industrie manufacturière en proportion du PIB est presque le double de cette proportion en France, et qui a un taux d’emploi de la population âgée de 18 à 65 ans nettement supérieur au taux français.

Une Allemagne au travail qui redoublera d’effort face aux incertitudes radicales qu’elle traverse. Alors que les élites politiques françaises pensent qu’il y a un nouvel impôt à inventer pour résoudre chaque problème, les élites allemandes, y compris à gauche, sont d’abord les ambassadeurs des usines et des travailleurs allemands.

« Pas de prospérité sans effort »

Certes la population allemande, chauffée à blanc par les attentats d’immigrés en déshérence – une faible proportion -, a voté aux extrêmes comme en France. L’AfD d’Alice Weidel, pro-russe et climatosceptique, atteint un score historique avec le slogan « Alice für Deutschland » qui singe le « Alles für Deutschland » de la milice nazie SA.

Mais même les extrêmes allemands n’imaginent pas qu’il y ait un impôt comme solution à tout problème. Le taux d’emploi des immigrés est élevé et l’Allemagne n’est pas choquée de ce que les autorités, à gauche comme à droite, veuillent reprendre le contrôle de leurs frontières. Les ETI allemandes restent solides et les investissements dans la tech, l’espace et la défense progressent rapidement.

Friedrich Merz, souvent décrit comme l’anti-Merkel, a faiblement gagné les élections du week-end dernier. Merz, le cancre à l’école qui a siégé dans de nombreux conseils d’administration, devrait néanmoins former le nouveau gouvernement. Au cours de la campagne électorale, Merz a tenu un discours « apocalyptique » : « Il n’y a pas de prospérité sans effort. Pas d’avenir pour notre pays avec la préretraite, la semaine de quatre jours, un équilibre entre vie professionnelle et vie privée. » Ce garçon n’a aucun avenir dans la politique française.

Les Echos – 29/01/2025

Des droits de douane élevés vont pousser les entreprises européennes à investir davantage sur le territoire américain. Mais quoi que fasse Donald Trump, le premier danger pour l’industrie européenne reste la Chine, estime l’économiste Christian Saint-Etienne.

Trois principales menaces pèsent sur l’industrie européenne : la politique exportatrice débridée de la Chine qui a enregistré un excédent commercial de 992 milliards de dollars sur le reste du monde en 2024, dont environ 300 milliards de dollars d’excédent dans ses échanges avec l’Union européenne ; les coûts de l’énergie deux à trois plus élevés qu’aux Etats-Unis depuis l’invasion russe en Ukraine, qui a fortement réduit les importations à bas prix de Russie ; et la politique de réindustrialisation mise en place par Joe Biden avec le Chips Act de 2022, visant à augmenter massivement la production de microprocesseurs sur le territoire américain, et l’Inflation Reduction Act (IRA) de 2022 qui vise à localiser aux Etats-Unis la production des technologies de la transition verte (panneaux photovoltaïques, éoliennes, voitures électriques, etc.).

Donald Trump est certes en train de détricoter une partie de l’IRA en annulant certaines dispositions favorables aux technologies de la transition verte et en poussant à la production d’hydrocarbures, en lien avec sa décision de sortir les Etats-Unis des accords de Paris sur le climat. Mais il maintient l’objectif de localiser la production industrielle aux Etats-Unis. Il a annoncé une baisse du taux de l’impôt sur les sociétés de 21 % à 15 % et la déréglementation de l’industrie de la finance, ces deux décisions contribuant à un essor général de l’activité aux Etats-Unis.

Quelles réponses de l’UE ?

Il faut attendre les décisions précises du gouvernement américain sur les droits de douane et leur périmètre d’application à l’Union européenne, ainsi que les réponses de l’UE pour apprécier les conséquences de ces mesures en matière de politique commerciale. Des droits de douane élevés vont pousser les entreprises européennes à investir davantage sur le territoire américain.

Pour les Etats-Unis, les mesures de baisse d’impôt et de déréglementation devraient compenser les conséquences de la guerre commerciale en termes d’activité. Pour l’Union européenne, la tenue de l’activité en 2025-2026 dépendra au moins autant des décisions de baisse des taux de la Banque centrale européenne et des mesures de déréglementation annoncées par la Commission européenne que de l’impact de la guerre commerciale. Si les prix de l’énergie se maintiennent au double ou triple en Europe de ceux constatés aux Etats-Unis, la baisse d’activité des industries fortement consommatrices d’énergie, comme la chimie, va continuer en Europe. Si la guerre commerciale frappe les exportations d’automobiles, cette industrie va continuer de se rétracter en Europe.

Mesures antidumping

Mais quoi que fasse Trump, le premier danger pour l’industrie européenne reste la Chine. Et c’est la volonté et la capacité de l’UE de contrer l’invasion de produits chinois subventionnés par le gouvernement chinois qui permettront d’apprécier le degré de crise de l’industrie européenne en 2025-2026. Des pans entiers de nos industries ont été délocalisés en Chine depuis trente ans au point que pour de nombreux secteurs industriels européens, les achats de produits semi-finis en Chine sont un élément clé de leur compétitivité et de leur survie.

Quant aux industries encore localisées principalement sur le territoire européen, comme la sidérurgie et l’automobile, ce sont les mesures antidumping prises par Bruxelles qui vont décider de leur survie à bref délai. Dans ces deux secteurs, les annonces de plans de licenciements massifs sont liées essentiellement aux importations massives de Chine avec des droits antidumping qui interviennent toujours trop tard et à des niveaux ne corrigeant pas les aides directes et indirectes du gouvernement chinois à ses industries exportatrices.

Les Echos – 17/12/2024

Donald Trump lance une guerre commerciale aux conséquences financières et politiques très incertaines. Croyant bien faire, il pourrait porter un coup terrible aux Etats-Unis.

Donald Trump a annoncé, lors de la campagne électorale présidentielle aux Etats-Unis, qu’il envisageait d’augmenter les droits de douane avec une taxe de 10 % à 20 % sur l’ensemble des importations et de 60 % sur les importations venant de Chine. De plus, les pays qui voudraient cesser d’utiliser le dollar comme monnaie principale du commerce mondial seraient « punis ».

Sans réaction des contreparties, ce qui est inenvisageable, les prix des importations progresseraient peut-être de 6 % à 12 % – selon le taux pour l’ensemble des importations -, en moyenne aux Etats-Unis, en supposant des baisses des marges des exportateurs et des importateurs et un dollar qui pourrait se renforcer. Les importations atteignent 14 % du PIB américain. Sachant qu’il n’y a pas de produits de substitution pour tous les produits importés, les importations baisseraient peut-être de « seulement » 5 % à 8 %. La production américaine augmenterait dans quelques domaines mais l’inflation accélérerait.

Un négociateur mais pas un stratège

Sachant que le principal reproche fait à Biden par les électeurs était une inflation qui avait marginalement réduit leur pouvoir d’achat réel en 2022-2024, il est probable que les élections de novembre 2026 ne se passeront pas aussi bien qu’en 2024 pour Trump. Par anticipation des conséquences sur les exportations américaines, il est possible que les droits de douane augmentent moins que ce que Trump envisageait pendant sa campagne.

Trump n’est pas un stratège mais un négociateur de deals. Ses annonces sont des positions de négociation qui peuvent évoluer fortement au cours des discussions. Lors de la renégociation du traité de l’Alena, la version de novembre 2018 du traité commercial, qui prit le nom d’« Accord Etats-Unis-Mexique-Canada – Aeumc » ne différait que partiellement de la précédente version, alors que Trump avait laissé entendre qu’il allait tout « casser » et éventuellement annuler l’Alena.

Danger pour l’Europe

L’impact des décisions de Trump – si elles se confirment – sur l’activité des pays qui exportent vers les Etats-Unis serait élevé et pourrait entraîner un ralentissement d’une activité déjà misérable en Europe et une baisse des exportations des pays asiatiques qui pourrait affaiblir l’économie mondiale. A l’impact comptable d’une hausse des droits de douane, il convient d’ajouter l’impact sur la confiance et les investissements. Le ralentissement de l’économie mondiale sans réaction du reste du monde pourrait atteindre 1 point de pourcentage, soit un tiers de la croissance mondiale, en 2026.

Le point clé est celui des mesures compensatoires prises par les autres pays du monde. Le 17 juin 1930, le président républicain Hoover a signé la loi tarifaire Hawley-Smoot, qui a augmenté les droits de douane moyens sur les produits soumis à des hausses des droits de douane et par rapport aux taux moyens de 1925-1929, de 52 % en 1932. Comme le note l’économiste américain Sydney Ratner, les Américains furent terriblement surpris par les hausses de droits de douane sur les exportations américaines qui chutèrent fortement, notamment les exportations de produits agricoles, qui chutèrent de 68 % de 1929 à 1933.

Le commerce international s’effondra de plus de 60 % en valeur de 1929 à 1932 et resta en dessous du niveau de 1932 jusqu’en 1937. Les républicains subirent une défaite majeure aux élections de 1932. La crise des années 1930, accentuée par une politique monétaire restrictive de 1929 à 1933, porta le taux de chômage à plus de 20 % aux Etats-Unis.

La crise fut dévastatrice en Europe et favorisa grandement l’arrivée de Hitler au pouvoir en mars 1933. On sait toujours quand on commence une guerre commerciale mais on n’en maîtrise jamais complètement les conséquences à la fois commerciales, financières et politiques. Et Trump, en croyant bien faire, pourrait porter un coup terrible aux Etats-Unis.

Les Echos – 26/11/2024

La désindustrialisation de l’Hexagone, parmi les plus fortes en Europe, est appelée à se poursuive, selon Christian Saint-Etienne. La démonstration par la politique de réserves foncière et les impôts de production.

Alors qu’un petit courant de réindustrialisation semblait se manifester en France en 2022-2023 et au premier semestre de 2024, la dissolution et le débat budgétaire transformé en foire aux hausses d’impôts ont cassé l’élan. Les annonces de fermeture d’usines se multiplient depuis l’élection de Donald Trump, qui veut augmenter les droits de douane de 10 % à 20 % sur les importations de l’ensemble du monde hors Chine et de 60 % sur la Chine. La Chine accentuera son déversement de produits subventionnés sur l’Europe.

Alors que les impôts de production avaient été réduits de 3,4 % du PIB en 2019 à 3,1 % du PIB en 2023, notamment sous l’effet de la baisse de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) de 15 milliards à 4,3 milliards d’euros, le mouvement de baisse est stoppé par le gouvernement dans le cadre de la préparation du budget pour 2025. Il faut d’ailleurs relativiser la réduction des impôts de production puisque ces derniers se situent encore au double du niveau de la zone euro et à plus de quatre fois le niveau allemand.

Perte de lucidité

De plus, la loi ZAN (zéro artificialisation nette) est en train de détruire les zones d’activité qui étaient programmées pour l’activité économique et que les communes réduisent, parfois de moitié d’un trait de plume, pour faire des logements ou du « retour à la nature » en vue de respecter leurs autres obligations environnementales.

Nous n’avons plus la lucidité, ni la volonté pour mener une politique ambitieuse de réserves foncières productives régionales coordonnées par l’Etat. La surface nécessaire pour réindustrialiser est de 50.000 hectares, dont 20.000 hectares de friches restaurées, qui doivent être comptées hors ZAN. Si ça vous semble beaucoup c’est que vous ne savez rien. Nous étions prêts, dans le cadre du Green deal européen et sans étude d’impact, à geler 4 % de la surface agricole utile, soit 1,2 million d’hectares ! On peut geler 1,2 million d’hectares d’un trait de plume mais on ne peut pas préserver 50.000 hectares pour se tenir debout dans la compétition internationale.

Ratios de production manufacturière

En analysant les ratios de production manufacturière en pourcentage du PIB, il apparaît que, de 2019 à 2023, ils ont baissé pour tous les pays (ou ensemble de pays) en difficulté et augmenté dans les pays dont l’activité économique performe. Précisément, ces ratios ont baissé de 14,9 % à 14,7 % du PIB pour l’Union européenne à 27, de 14,7 % à 14,5 % du PIB pour la zone euro, de 19,4 % à 18,5 % du PIB en Allemagne, et de 9,9 % à 9,7 % du PIB en France.

Ces mêmes ratios ont augmenté de 10,7 % à 10,9 % du PIB en Espagne, de 10,4 % à 10,8 % aux Pays-Bas, et de manière encore plus spectaculaire de 14,8 % à 15,4 % du PIB en Italie qui est devenue le quatrième exportateur mondial en 2023. Selon les dernières prévisions économiques de la Commission européenne, l’Italie aura une croissance supérieure (!) à celle de la France en 2025, grâce à ses 27.000 entreprises industrielles internationalisées. Surtout, les Pays-Bas vont croître deux fois plus vite que la France et l’Espagne trois fois plus vite. Les industries italienne et espagnole sont désormais plus robotisées que les françaises.

La France continue d’être le pays le plus désindustrialisé avec l’industrie la moins robotisée des grands pays européens, ce qui se traduit par un déficit commercial abyssal alors que l’Italie accumule les excédents de son commerce extérieur. Seule une révolution politique totale pourrait nous redonner la lucidité et la volonté pour agir.

Les Echos – 19/11/2024

Selon l’économiste Christian Saint-Etienne, le budget 2025 en discussion est « une rustine coûteuse » et « sans effet structurel ». Tout ça pour ça ?

Le Premier ministre Michel Barnier a présenté le 10 octobre 2024 en conseil des ministres son projet de loi de finances pour 2025 (PLF 2025) qui prévoit une baisse du déficit de 60,6 milliards d’euros afin de le réduire de 6,1 % du PIB en 2024 à 5 % du PIB en 2025. Selon le gouvernement et sans ce projet, le déficit eût été de 7 % du PIB.

Dans son avis sur ce projet, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) a considéré que beaucoup d’économies annoncées « ne sont pas documentées ». Il explique que l’ajustement « structurel » du déficit de 1,4 point de PIB repose à 70 % sur des hausses de prélèvements obligatoires et à 30 % sur des baisses de dépenses publiques, alors que le gouvernement annonçait que son projet était fondé aux deux tiers sur une baisse de dépenses et un tiers sur une hausse d’impôts.

Le plus vraisemblable est que le déficit, si la croissance ne tombe pas en dessous de 0,8 % en 2025, se situera à 5,5 % du PIB en 2025. Ce budget est une rustine coûteuse à l’effet temporaire. Surtout, c’est le dernier budget de la Ve République construit par replâtrage. Car selon le PLF 2025 lui-même, la dépense publique hors crédits d’impôts en pourcentage du PIB devrait passer de 56,4 % en 2023 à 56,8 % en 2024, avant un retour à 56,4 % en 2025. 60 milliards de replâtrages sans effet structurel. Tout ça pour ça ?

Dépenser pour dépenser

Quel est le fondement du problème ? En France, seules deux lois d’ordre divin règnent sur les finances publiques, le Parlement et l’opinion publique. Primo, la dépense publique crée la richesse. Secundo, la dette n’a pas d’importance car elle est illégitime : il suffit de l’effacer. Ces deux lois n’ont pas cours en Europe du Nord et à la Commission européenne.

Si la dépense publique créait la richesse, la croissance en France serait de 5 % par an depuis 40 ans, le déficit serait un excédent de même ampleur, l’impôt sur le revenu serait remplacé par des chèques du Trésor aux ménages, etc. Quant à la dette qui, en France et selon les tenants des deux lois précédentes, serait le problème des créanciers, elle est une responsabilité morale en Allemagne mais aussi ici.

De fait, la France a toujours payé, y compris en or après la défaite de 1870. Avoir le record de la dépense publique en pourcentage du PIB en Europe mais une croissance misérable depuis 20 ans n’intéresse personne. Il s’agit de dépenser pour dépenser même si les résultats de l’école sont mauvais, l’insécurité croissante et le chômage important. Non seulement la dépense est élevée mais son efficacité à atteindre les objectifs fixés par les dépensiers est désastreuse. Que faire ?

Les trois règles d’or

Trois règles d’or doivent être écrites dans la Constitution. Première règle : pour l’Etat, le déficit ne peut dépasser le niveau de l’investissement et ne jamais dépasser 3 % du PIB. Deuxième règle : pour les collectivités locales, les recettes courantes doivent couvrir non seulement les dépenses de fonctionnement mais aussi 60 % de celles d’investissement, soit le montant de l’amortissement des infrastructures mesuré sur les 30 dernières années. Troisième règle : pour la Sécurité sociale, équilibre obligatoire sur un cycle de trois années car il est fou de faire payer nos boîtes de médicaments par les générations futures.

Le HCFP mettrait en oeuvre ces dispositions pour les entités ne les respectant pas. Soit nous écrivons ces règles nous-mêmes, soit les marchés financiers nous les imposeront après une crise d’une violence inouïe. En Grèce, après l’accession au pouvoir de Syriza (qui signifie « coalition de gauche radicale ») le 25 janvier 2015, avec la promesse de tout faire sauter, le même parti signait en août 2015 un plan d’ajustement couronnant les plans précédents avec pour effet une baisse du PIB d’un quart et des retraites et prestations sociales d’un tiers (en valeur réelle).

Les réformes structurelles seront faites de toute façon. Par un syndic de faillite ou un Parlement responsable ?

Les Echos – 8/10/2024

Pour baisser le déficit sans casser la croissance, les études montrent qu’il faut miser à 80% minimum sur les baisses de dépenses.

La France fait face à un déficit public structurel d’au moins 4,5% du PIB sous l’hypothèse d’un trend de croissance de 1,15% par an en 2025-2027. En comptabilité conjoncturelle, le déficit public devrait être supérieur à 6% du PIB en 2024. Lors de son discours de politique générale du 1er octobre, le Premier ministre, Michel Barnier, s’est engagé à le réduire à 5% du PIB en 2025. Si nous voulons rétablir les finances publiques à long terme, il faut revenir à un déficit inférieur à 1,5% du PIB qui permettrait d’entamer une vraie décroissance de la dette publique en pourcentage du PIB. L’ajustement structurel requis est donc de 3 points de PIB sur un horizon de trois ans (2025-2027), soit 1 point de PIB par an.

Cet ajustement, sur le périmètre actuel de dépense, est d’autant plus nécessaire que pour réarmer dans un monde hostile, réindustrialiser et accélérer l’adaptation au changement climatique, il faut prévoir une hausse des dépenses publiques nouvelles de 0,25 point de PIB par an pendant six ans, soit 1,5 point de PIB d’investissements publics annuels innovants en 2030, qui devraient déclencher un effort équivalent du secteur privé. Cet effort conjoint devrait nous permettre d’espérer une croissance durable de 1,75% par an à partir de 2028. Cet ajustement est nécessaire si l’on veut investir pour une adaptation climatique significative sans sacrifier le pouvoir d’achat de la population.

Comment réaliser l’ajustement nécessaire de 2025-2027 tout en permettant l’avènement du projet stratégique, esquissé au paragraphe précédent, d’ici à 2030 ? La recherche universitaire, tout comme les études du FMI et de l’OCDE, portant sur les dizaines de plans d’ajustement conduits internationalement depuis 1990 pour rétablir la solidité des finances publiques des pays concernés, montrent que pour baisser le déficit sans casser la croissance, il faut que l’ajustement comporte au moins 80% de baisses des dépenses et au maximum 20% de hausses d’impôts.

Or le Premier ministre s’est engagé sur deux tiers de baisse de dépense et un tiers de hausse d’impôts, qui plus est dans un pays déjà fiscalement gavé. Il faut baisser les dépenses de fonctionnement et pas celles d’investissement. La France ayant le record du monde des dépenses sociales (33,5 % du PIB, soit 7 points de PIB de plus que la moyenne des autres pays de la zone euro), il faut agir sur cette dépense en priorité, tout en contrôlant strictement les dépenses de fonctionnement de l’État et des collectivités locales.

Sur la période 2025-2027, il faut donc baisser les dépenses dans leur périmètre actuel de 3 % du PIB en trois marches annuelles de 1 % du PIB, essentiellement en sous-indexant les dépenses sociales et celles de fonctionnement des collectivités locales, et augmenter les impôts au maximum de 0,75 % du PIB, en trois étapes annuelles de 0,25 % du PIB, pour réduire le déficit de 3 % du PIB et financer les nouvelles dépenses à hauteur de 0,75 % du PIB.

Pour le financement de ce plan triennal, il faut envisager une hausse des trois taux de TVA en conformité avec les règles européennes (7 %, 12 % et 21 %), un prélèvement exceptionnel sur les bénéfices des grands groupes énergétiques et une taxe temporaire de 1 % sur les revenus supérieurs à 180.000 euros par an.

Rappelons que les 10 % de revenus les plus élevés au sein des ménages sont déjà très taxés et paient plus de 70 % de l’impôt sur le revenu (IR). Et que les 20 % de ménages ayant les revenus les plus élevés paient plus de 75 % de la somme de l’IR, de la CSG, des cotisations chômage et des taxes foncières, une proportion sans équivalent dans le monde. Le rétablissement budgétaire ne peut réussir que s’il s’inscrit dans un projet stratégique crédible permettant d’enclencher une croissance durable avec un effort d’ajustement partagé.

Les Echos – 4/09/2024

Alors que le déficit public s’est encore creusé en 2023 – atteignant les 5,5 % du PIB -, pour Christian Saint-Etienne le constat est sans appel : la France a un important problème d’offre. Une offre de biens et services de moyenne gamme qui reste trop peu compétitive en dehors de quelques secteurs d’excellence.

Même si la croissance économique atteint 0,3 % au troisième trimestre grâce à un « effet Jeux Olympiques » , elle ne dépassera pour l’année 2024 que marginalement sa moyenne de 1,15 % sur la période 2001-2024. Or, avec une dépense publique à 57 % du PIB en 2024, soit 8,5 points de PIB de plus que la moyenne de la dépense publique de la zone euro hors France, le pays doit croître à 2 % ou 2,15 % par an pour compenser l’effet de freinage de la lourdeur administrative et créer les emplois industriels ou de service à forte valeur ajoutée qui commandent des salaires élevés.

Les Français réclament des hausses de pouvoir d’achat qui ne peuvent venir que de l’augmentation de la productivité du travail ou de la hausse de la quantité de travail fournie. La France est de plus frappée par la « maladie » du double déficit : déficit extérieur qui appauvrit le pays et déficit public gigantesque finançant une dépense sociale boursouflée : 33,5 % du PIB, soit 7 points de PIB de plus que la moyenne de la dépense sociale des autres pays de la zone euro.

Problème d’offre

Tous ces éléments conduisent à un diagnostic tout aussi évident que violent dans sa nature et ses effets : la France a un gigantesque problème d’offre, une offre de biens et services de moyenne gamme peu compétitive en dehors de quelques secteurs d’excellence (défense, aéronautique, luxe, services industriels, et, dans une moindre mesure, chimie, pharmacie, agroalimentaire). De fait, nous ne vendons pas assez de biens manufacturés haut de gamme pour compenser nos importations d’énergie et de biens manufacturés.

Ce diagnostic, qui aurait été non seulement partagé mais défendu par Keynes , devrait conduire à encourager l’essor des entreprises compétitives et exportatrices, à réduire la dépense sociale non conditionnelle actuellement déversée sur les personnes en capacité de travailler, à reculer l’âge de départ à la retraite au-delà de 64 ans pour augmenter la capacité d’offre, et à réduire les impôts sur les entrepreneurs et personnes qualifiées qui tirent la qualité de l’offre vers le haut.

Keynes explique clairement que la dépense publique est utile quand la demande macroéconomique est inférieure à l’offre, mais que stimuler la dépense sociale et réduire la capacité d’offre – en abaissant l’âge de départ à la retraite , en augmentant fortement le salaire minimum qui est à plus de 60 % du salaire moyen en France alors que l’OCDE recommande de le limiter à 50 % du salaire moyen pour accélérer l’insertion des jeunes et moins qualifiés, et en taxant massivement les créateurs de richesses présentés en France comme des accapareurs vicieux alors qu’ils sont déifiés dans les mondes anglo-saxon et germanique mais aussi en Italie – quand la demande est supérieure à l’offre compétitive est suicidaire.

Keynes désapprouverait

Loin de se limiter au multiplicateur IS-LM en économie fermée, Keynes a développé, dans deux chapitres de la « Théorie générale », une réflexion théorique puissante sur le rôle de l’entrepreneur preneur de risques en univers incertain et économie ouverte qui est continuellement ignorée par les élites françaises biberonnées à un sous-keynésianisme de fonction publique en économie fermée.

Keynes serait horrifié de voir le niveau de réflexion sur la politique économique et sociale de la France depuis la loi sur les 35 heures en 2000 , les hausses d’impôt massives de la dernière année de Sarkozy en 2011, et la politique soi-disant anti-riches de Hollande, Mélenchon et sbires qui cible en réalité les entrepreneurs et innovateurs. Une politique qui rapporte les voix de tous ceux que l’on prétend chauffer avec le bois de la branche sur laquelle le peuple est assis.

La hausse du pouvoir d’achat ne peut venir que du travail, de la productivité et de l’innovation par la prise de risques en univers incertain. Jusqu’à quand la pensée de Keynes sera-t-elle ridiculisée en France ?

Les Echos – 21/06/2024

Face à une crise systématique de l’action publique, le gouvernement n’a mené que des réformes pointillistes.

L’agence Standard & Poor’s a dégradé la note de la dette publique française de AA à AA– le 31 mai 2024. Le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a soutenu dans les jours suivants la thèse suivante : « La raison principale de cette dégradation est que nous avons sauvé l’économie française », en attribuant les difficultés des finances publiques au Covid et à la crise inflationniste de 2020-2023. Bruno Le Maire a tort, comme nous le démontrons ici.

Si le gouvernement a effectivement fait face à une double crise très grave, l’augmentation de la dépense publique et du déficit public pendant ces crises est inférieure à l’augmentation de ces agrégats dans la zone euro pendant cette période.

Par comparaison avec la moyenne de la dépense publique en 2015-2019, la dépense publique en points de PIB n’a augmenté que de 0,5 point en 2023 en France, contre 2,5 points dans la zone euro. Et par comparaison avec le déficit moyen en 2015-2019, le déficit public en points de PIB a augmenté de 2,4 points en 2023 en France, contre 2,5 points dans la zone euro.

Dérapage en 2010

Si l’on dégrade la note de la France et pas celle de l’Allemagne, par exemple, ce n’est pas la conséquence du Covid ou de l’inflation en 2020-2023 mais c’est le produit de la situation catastrophique de nos finances publiques en 2015-2019 avec un déficit public moyen de 3,1 points de PIB en France, contre un excédent de 1,4 point de PIB en Allemagne et un déficit de la zone euro de 1,1 point de PIB ! Emmanuel Macron est ministre de l’Économie ou président de la République depuis août 2014.

Au moment des élections législatives des 30 juin et 7 juillet, nous sommes confrontés à la situation catastrophique de nos finances publiques, avec un déficit public annuel moyen culminant, selon les prévisions de la Commission européenne, à plus de 5 points de PIB en 2024-2025, contre 2,5 points de PIB dans la zone euro hors France. Comment en est-on arrivé là ?

La dérive des finances publiques commence en 1981 mais, partant d’une situation extrêmement saine en 1980 – avec une dette brute à 20 % du PIB et une dette nette nulle ! –, nous étions encore dans une situation exactement à la moyenne de la zone euro en 2010-2012. Le dérapage, par comparaison avec la zone euro, commence au milieu des années 2010 et devrait durer jusqu’au milieu des années 2020.

En 2024, la dépense publique devrait s’établir à 57 % du PIB, dont 34 % du PIB de protection sociale, soit quasiment 60 % de la dépense publique. La dépense publique en France dépassera de 8 points de PIB le taux de dépense publique (en % du PIB) dans la zone euro hors France – dont 4 points de PIB au titre des retraites.

Le gouvernement a fait voter une réforme des régimes de retraite qui s’applique depuis le 1er septembre 2023 avec un âge légal de départ qui passera progressivement de 62 à 64 ans pour les régimes du privé et de la fonction publique, mais pas pour les entreprises publiques qui ont obtenu des dérogations avec des réductions de 2 à 3 années par rapport aux régimes principaux. L’âge d’annulation de la décote reste à 67 ans et la retraite minimale passe à 1.200 euros brut mensuels ou 85 % du SMIC net. Les départs anticipés sont facilités et de nouveaux droits familiaux ont été créés avec, au total, une économie d’ensemble de l’ordre de 0,4 point de PIB en application pleine dans huit ans, soit un dixième du surplus de dépense de retraite par rapport aux autres pays de la zone euro. Une réforme des conditions d’obtention de l’allocation chômage devait intervenir au 1er décembre.

Face à une crise systémique de l’action publique – baisse du niveau de l’enseignement, insécurité croissante, immigration incontrôlée, etc. –, le gouvernement mène depuis sept ans des réformes pointillistes, face à des oppositions dures, qui permettent de réduire à la marge les déficits publics. C’est ce qui vient de sanctionner Standard & Poor’s. Et la situation post-7 juillet est très incertaine, sauf miracle.